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Tuesday, December 13, 2016

Rencontre avec les artisans de la COP21 épisode 8 Yves Mathieu et le débat citoyen planétaire

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La lutte contre le changement climatique n'est pas qu'une question d'experts et les sommets de l'ONU sur le climat ne sont pas réservés aux diplomates. Chaque habitant de la planète, quelle que soit sont origine, est concerné puisqu'il est à la fois victime potentielle du réchauffement et contributeur à la réduction des émissions de gaz à effet de serre.
Mais comment prendre en compte l'avis des citoyens dans des discussions aussi complexes ? C'est à ce défi que s'attaque le "débat citoyen planétaire sur l'énergie et le climat" organisé le 6 juin avec le soutien de l'UNFCCC. Yves Mathieu, codirecteur de Missions Publiques, est un des initiateurs du projet. Il nous explique de quoi il s'agit :




Le débat citoyen planétaire est un exercice de démocratie participative d'une dimension inédite : le 6 juin, des panels de citoyens seront réunis dans plus d'une centaine de pays. Selon un protocole identique pour tous, ils échangeront leurs points de vue et répondront à 30 questions sur les enjeux de la COP21. Leurs réponses seront mises en ligne en temps réel sur le site du World Wide Views où l'on verra se dessiner au fur et à mesure que les discussions avances dans chaque créneaux horaires une opinion mondiale sur le changement climatique. Les résultats seront ensuite consolidés et analysés et remis aux décideurs lors de la conférence de Paris.

Un nouvel épisode de cette série est publié chaque jeudi. Pour n'en manquer aucun, abonnez-vous à ma chaine Youtube.
Les rencontres précédentes :
  • Alice Audouin et Art of Change 21
  • Vincent Laurent, Alternatiba et le village des alternatives à Paris
  • Didier Saulnier et Artists 4 Paris Climate 2015
  • Mathilde Imer, le WARN et la Conference of Youth
  • Brice Lalonde sur le Business & Climate Summit
  • Kamera Vesic sur "Welcome chez moi" 
  • Sylvianne Villaudière sur SolutionsCOP21
Vous recherchez d'autres événements ? Voici l'agenda de toutes les manifestions autour de la COP21.
Vous avez un projet et vous souhaiteriez apparaître dans cette rubrique ? Parlez-moi en.

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Monday, November 7, 2016

COP20Lima Suivez la conférence de lONU sur le climat comme si vous y étiez grâce à Twitter !

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La 20e conférence des nations unies sur le climat s'ouvre le 1er décembre à Lima. Si vous n'avez pas la chance d'être sur place, vous pouvez tout de même suivre la conférence de l'intérieur grâce aux comptes Twitter des très nombreux participants à la COP20.
Vous pouvez suivre tous ces comptes d'un seul coup en vous abonnant à cette liste.

Disclaimer : Il n'est pas possible de mettre tout le monde... J'ai essayé de maintenir un bon équilibre entre quantité et qualité mais si vous avez des suggestions ou des bonnes adresses à proposer, n'hésitez pas !

Continuer la lecture »

Thursday, September 15, 2016

Où en est la transition énergétique chinoise Le point sur le treizième plan quinquennal

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Mi-mars, la Chine a publié son 13e plan quinquennal. Ce document à l'appellation un peu démodée fixe les orientations économiques et sociales du pays pour la période 2016-2020.

L'énergie et l'environnement y tiennent naturellement une place importante. Et sur ces questions, les orientations du gouvernement chinois étaient très attendues : au lendemain de la COP21, alors que le secteur de l'énergie est en plein bouleversement et que la croissance chinoise ralentit, que compte faire la deuxième économie de la planète ?


Poursuite des efforts sur l'intensité énergétique


Le plan 2016-2020 fixe une limite à la consommation d'énergie chinoise : elle devra être inférieure à 5 milliards de tonnes équivalent charbon en 2020.
Pollution à Shanghai : le treisième plan quinquennal prévoit un réduction des émissions de CO2 et d'autres polluantsA première vue, ce chiffre est décevant : un objectif de 4.8 avait été annoncé en 2014. Par ailleurs, si on s'en tient aux statistiques officielles qui affichent une consommation de 3.6 en 2015, cela correspond à une simple stabilisation de l'intensité énergétique (puisque dans le même temps une croissance annuelle entre 6.5 et 7% est prévue).

En réalité cet objectif tient compte de la découverte en 2015 d'une sous-évaluation massive de la consommation de charbon chinoise.
Un fois les statistiques corrigées, l'intensité énergétique de l'économie chinoise devrait décroître de 15% entre 2016 et 2020. C'est un objectif légèrement inférieur celui des deux plans précédents (-16%) d'autant qu'ils avaient été dépassés (-18.2% pendant le 12e plan).


Des efforts accrus sur les émissions de gaz à effet de serre



Le recul de l'intensité carbone, c'est-à-dire la quantité de gaz à effet de serre nécessaire pour produire un renminbi de richesse, devrait lui s'accélérer par rapport à la période précédente. L'intensité carbone de l'économie chinoise devrait baisser de 18% entre 2016 et 2020. Pendant le plan précédent, l'objectif était fixé à -17% sur 5 ans et il a été largement dépassé (-20%).
Compte-tenu des prévisions de croissances, cette baisse de l'intensité carbone conduit encore à une augmentation sensible des émissions. Celles-ci devraient croitre entre 12 et 15% entre 2020 et 2015.
Malgré cette augmentation, la Chine se met sur la voie annoncée dans son INDC : celle-ci prévoyait une baisse de 60 à 65% de l'intensité carbone entre 2005 et 2030, en 2020 le pays devrait en être à -48%.

Conséquence logique, le développement des énergies bas-carbone va s'accélérer : les énergies "non-fossiles" (renouvelables + nucléaire) devrait représenter 15% du mix énergétique chinois en 2020 contre 12% en 2015 (l'objectif fixé par le 12e plan était de 11.4%). Là encore, l'essentiel du chemin sera fait vers l'engagement de 20% pris avant la COP21.

Le plan quinquennal ne donne pas de détail sur la part des différentes énergies. Celles-ci devraient être précisées dans des sous-plans publiés dans les prochains mois. Le gouvernement chinois a déjà promis des nouvelles capacités de 150GW en solaire et 250GW en éolien d'ici à 2020.
Simultanément, la consommation de charbon devrait baisser. Les centrales chinoises affichent un taux de charge particulièrement mauvais (4329 heures de fonctionnement en moyenne en 2015) et les autorités s'efforcent de réduire les surcapacités.


Pollution et infrastructures


En dehors des émissions de gaz à effet de serre, le 13e plan quinquennal s'attaque à la pollution, en particulier aux polluants atmosphériques : les émissions de dioxyde de souffre (SO2) et d'oxyde d'azote (NOx) devront baisser de 15%, les taux de particules fines (PM2.5) de 18%. Ces objectifs font suite à la révision de la loi sur la protection de l'environnement qui avait considérablement renforcé les sanctions pour les pollueurs fin 2015.
La pollution atmosphérique est devenu un enjeu sanitaire majeur dans les grandes villes et les chinois poussent leur gouvernement à l'action. De façon significative, le premier ministre Li Keqiang a mis particulièrement l'accent sur cette question dans son discours d'ouverture.

Enfin la Chine va continuer à s'équiper à grande vitesse - parfois en contradiction avec les objectifs précédents : une cinquantaine d'aéroports sont prévus dans des villes moyennes, 30.000km d'autoroute seront construits, le réseau ferroviaires sera étendu notamment le réseau à grande vitesse qui couvrira 80% des grandes villes en 2020 et le réseau urbain qui va croître de 3000km...


D'une manière générale, le 13e plan quinquennal chinois fait le job : il confirme les engagements déjà pris par la Chine et marque son intention de continuer sa transition énergétique et climatique. Mais ces prévisions sont peut-être encore pessimistes : au cours des deux périodes précédentes, les objectifs énergétiques et climatiques ont toujours été atteints et dépassés.
En 2015, la consommation d'énergie chinoise n'a augmenté que de 0.9%, les émissions de carbone liées à l'énergie ont, elles, baissé de 1.5% en raison du recul du charbon. Or depuis le début de l'année, la production de charbon thermique s'est écroulée de 6% ! Le basculement de la Chine vers un modèle plus respectueux de l'environnement est peut-être plus avancé qu'on le croit...


Publié le 31 mars 2016 par Thibault Laconde

Illustration : Par Alex Gindin [CC0], via Wikimedia Commons



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Tuesday, May 3, 2016

Le gaz peut il être une énergie de transition dans la lutte contre la changement climatique

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Le secteur électrique est responsable d'un quart des émissions de gaz à effet de serre d'origine humaine. Au cœur du problème : le charbon, qui reste la première source d'électricité à l'échelle de la planète.
Le sort des centrales à charbon existantes est donc un enjeu majeur dans la lutte contre le changement climatique et la mise en œuvre de l'Accord de Paris. Devrait-on, comme certains le recommandent, les remplacer par des centrales à gaz ?

> Cet article est un extrait d'une étude complète des  implications économiques et technologiques de l'Accord de Paris.


L'électricité, enjeu majeur de la mise en œuvre de l'Accord de Paris


Si nous voulons atteindre les objectifs de l'Accord de Paris, il nous faut baisser nos émissions de gaz à effet de serre d'au moins 4% par an jusqu'en 2050. La production d'électricité présente trois caractéristiques qui la place au cœur de ce défi :
  • Elle est responsable d'environ un quart des émissions de gaz à effet de serre à l'échelle mondiale, ce qui en fait un des premiers contributeurs au changement climatique, à peu près à égalité avec l'agriculture et les transports. 
  • Il existe un large choix de technologies permettant de produire de l'électricité sans émissions de gaz à effet de serre : hydroélectricité, nucléaire, biomasse, "négawatt", éolien et solaire photovoltaïque (même si certaines questions liées à l'intermittence restent à résoudre pour les deux derniers). D'autres technologies pourraient aussi arriver à maturité prochainement par exemple la capture du carbone ou la production de gaz sans émissions (biogaz ou méthanation). 
  • Le secteur présente une très forte inertie liée à la durée de vie des infrastructures : une centrale électrique fonctionne généralement pendant plusieurs décennies. Il faut donc prendre maintenant des décisions d'investissements qui décideront des émissions de gaz à effet de serre au milieu du siècle.
Le charbon qui est l'énergie fossile la plus émettrice de gaz à effet de serre reste aussi la première source d'électricité. C'est d'autant plus problématique que le parc de centrales à charbon est relativement jeune :
Centrale à charbon : puissance installée dans le monde par tranche d'âge

 

Le gaz peut-il être une "énergie de transition" ?


Une proposition fréquemment évoquée pour réduire les émissions liées à l'électricité consiste à effectuer une transition en deux étapes : d'abord du charbon vers le gaz, ensuite du gaz vers des énergies décarbonnées. Cette stratégie peut paraitre intéressante parce que, à énergie équivalente, le gaz émet beaucoup moins de dioxyde de carbone que le charbon. Il pourrait donc servir d'énergie de transition en attendant que d'autres solutions, plus satisfaisantes, soient disponibles.

Pour évaluer la compatibilité de cette proposition avec les objectifs de Paris, supposons que la construction de centrales à charbon cesse immédiatement et que celles qui existent soient systématiquement remplacées par des centrales à gaz lorsqu'elles arrivent en fin de vie, ces nouvelles centrales à gaz étant à leur tour remplacées par des énergies décarbonnées lorsqu'elles arrivent au terme de leur existence.

On prend ces hypothèses :

Les émissions de gaz à effet de serre liées au parc de centrales à charbon actuel et à son remplacement seraient alors les suivantes :
Emissions de gaz à effet de serre liées au parc actuel de centrales à charbon et à son remplacement par des centrales à gaz

Le remplacement du parc de centrales à charbon permet effectivement de diminuer les émissions mais pas suffisamment pour se conformer aux objectifs de Paris : on obtient une baisse de 27% entre 2015 et 2050, bien loin de la division par 4 qui serait nécessaire (au moins).

De plus, le gain immédiat permis par le remplacement d'une centrale à charbon par une centrale à gaz se paient par des émissions à long terme Remplacer les centrales à charbon par des centrales à gaz, c'est un peu comme demander un allongement de crédit à votre banquier : sur le coup vos mensualités vont baisser mais vous allez payer plus longtemps et, au total, beaucoup plus...
Dans ce scénario, la dernière centrale à gaz "de transition" fermerait ses portes à la fin du XXIe siècle. Au total, le parc actuel de centrales à charbon serait responsable de l'émission de près de 500 milliards de tonnes de dioxyde de carbone (ou 500GTeqCO2) entre 2015 et 2100, dont 270GTeqCO2 par les centrales à charbon et 230 par les centrales à gaz qui les remplacent. Il absorberait donc à lui seul les deux tiers du budget carbone qu'il nous reste si nous voulons limiter le réchauffement de la planète à 2°C.


Seule solution : une transition directe vers une électricité décarbonnée


Ce résultat ne dépend pas de la durée de vie des centrales à gaz : même en admettant qu'elles ne sont construites que pour 20 ans, la baisse des émissions serait de seulement 36% en 2050 et le cumul sur le siècle resterait de 390GTeqCO2. L'accélération de la fermeture des centrales à charbon n'aide pas plus : si on les ferme à leur trentième anniversaire pour les remplacer par des centrales à gaz construites elles aussi pour 30 ans, la baisse des émissions au milieu du siècle est limitée à 32% (cumul : 430GTeqCO2).
En fait, on obtiendrait un meilleure résultat (quoique encore insuffisant) en prolongeant légèrement les centrales à charbon pour pouvoir les remplacer directement par des solutions décarbonnées. Par exemple en leur donnant une durée de vie de 50 ans puis en leur substituant des énergies sans carbone, les émissions baisseraient de 41% en 2050 par rapport à 2015, les émissions totales entre 2015 et 2100 seraient aussi plus basses à 380GTeqCO2.

Scénario de transition charbon-gaz-décarboné avec leurs impacts climatiques sur le XXIe siècle
Quelques scénarios de transition électrique et leurs impacts climatiques


L'utilisation du gaz comme énergie de transition est donc manifestement incompatible avec les objectifs de l'Accord de Paris. Si les États tiennent leurs engagements, les projets de centrales à gaz qui sont lancés aujourd'hui devront être retirés avant leur fin de vie et ne possèdent probablement pas de rationalité économique.

Si on souhaite que les émissions liées au parc de centrales à charbon baissent de 4% par an afin de contribuer équitablement à l'effort nécessaire pour remplir les objectifs de Paris, un scénario possible consisterait à fermer ces centrales lorsqu'elles atteignent leur trentième année et à les remplacer directement par des alternatives sans carbone (renouvelables, nucléaire, CCS, baisse de la demande, etc.). Les objectifs de Paris impliquent donc une transition électrique rapide et sans étape intermédiaire : dans ce scénario, la dernière centrale à charbon fermerait avant 2050.

Cette échelle de temps n'est pas complètement irréaliste : en France, la transition vers le nucléaire s'est fait en une vingtaine d'années et l'Allemagne étudie en ce moment la possibilité de se passer du charbon avant 2040.


Publié le 8 avril 2016 par Thibault Laconde, dernière mise à jour le 2 mai 2016


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Monday, March 21, 2016

Nucléaire charbon prix de lénergie Le vrai et le faux sur la transition énergétique allemande

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L'Allemagne reste dépendante du charbon, ici la mine de lignite de Garzweiler avec en arrière plan les centrales de Frimmersdorf et NeurathModèle pour les uns, contre-exemple pour les autres, la politique énergétique allemande et sa "sortie du nucléaire" font paradoxalement plus débat de ce coté-ci du Rhin que de l'autre. Et comme souvent dans le domaine de l'énergie, ces polémiques ont leur lot d'affirmations contradictoires : L'Energiewende carbure-t-il au charbon ? La sortie du nucléaire impose-t-elle à l'Allemagne d'acheter de l'électricité à ses voisins ? Les énergies renouvelables rendent-elles le réseau instable ? L'électricité allemande est-elle la plus chère du monde ?
Pour vous y retrouver sur ces questions et quelques autres voici un vrai-faux sur la politique énergétique allemande.


L'Allemagne est un gros consommateur de charbon

     → Vrai

Le mix électrique allemand repose historiquement sur le charbon, surtout du lignite local mais aussi de la houille importée. Cet héritage explique que la part du charbon dans la production d'électricité allemande reste élevée : 42% contre 26% en moyenne dans l'Union Européenne.
Vu de France ces proportions peuvent paraitre énormes : dans notre pays le charbon ne compte que pour quelques pourcents de la production électrique. Mais ici c'est la France qui est atypique : toutes les autres grandes économies dépendent significativement du charbon. Celui-ci assure par exemple 30% de la production électrique au Japon, 32% en Grande Bretagne, 38% aux États-Unis et la Chine est bien au-delà avec 72% de charbon dans son mix électrique.


La consommation de charbon augmente en Allemagne

     → Faux

En valeur absolue, la production d'électricité à partir du charbon  est pratiquement constante depuis un quart de siècle. Comme dans le même temps la production totale d'électricité a sensiblement augmenté, la part du charbon a baissé régulièrement : elle était de 54% en moyenne dans les années 90, 47% entre 2000 et 2009 et 43% depuis depuis 2010. Difficile d'y voir une hausse... 

Production d'électricité grâce au charbon en Allemagne : valeur absolue et pourcentage de la production totale

Cette tendance de long terme à la baisse n'a été affectée ni par la réunification ni par la décision, prise dans les années 2000, de sortir du nucléaire. Le constat est plus mitigé pour la période qui suit l'accident nucléaire de Fukushima : la baisse de la part du charbon dans le mix électrique allemand semble faire une pause mais sans pour autant repartir à la hausse.



La sortie du nucléaire est une décision précipitée, prise sous le coup de l'émotion après l'accident de Fukushima

     → Faux

Les efforts de l'Allemagne pour se passer du nucléaire s'inscrivent dans un temps très long. La décision politique date des années 2000 et n'a jamais été remise en cause depuis malgré les alternances. Mais même cette décision s'inscrit dans une tendance antérieure : elle a été rendue possible par la construction d'un très large consensus (90% des allemands approuvent la politique énergétique de leur pays) et la création de filières industrielles dans les années 80 et 90.

Alors que vient faire Fukushima là-dedans ? Il y a effectivement eu brève inflexion de la politique allemande en 2010 et 2011. Reprenons la chronologie :
    1. En 2000, la coalition Vert-SPD officialise la sortie du nucléaire par la Convention du 14 juin 2000 qui limite la quantité d'énergie qui pourra être produite par les centrales en service avant leur fermeture. La fin du nucléaire allemand est alors prévue autour de 2020. Cette décision n'est pas remise en cause lorsque les Verts quittent le gouvernement en 2005.
    2. En 2010, la majorité conservatrice menée par Angela Merkel confirme la fin du nucléaire mais assouplit le calendrier. L'Allemagne se donne alors de nouveaux objectifs énergétiques à l'horizon 2050 (c'est ce qu'on a appelé l'Energiekonzept), la fermeture de la dernière centrale nucléaire y est prévue pour 2036.
    3. Quelques mois plus tard, en 2011, l'accident de Fukushima pousse Angela Merkel a revenir au calendrier de 2000. Pendant l'été, une nouvelle série de lois sur l'énergie est adoptée (Energiewende), elle ne remet pas fondamentalement en cause les orientations de l'Energiekonzept mais revient au calendrier des années 2000. La sortie du nucléaire est désormais prévue en 2022 et les 8 réacteurs les plus anciens sont mis à l'arrêt immédiatement.
      Pour une description plus détaillée de ces différentes étapes, vous pouvez lire cet article : Les leçons de la "sortie du nucléaire" allemande pour la transition énergétique française.



      La sortie accélérée du nucléaire signifie un retour aux énergies fossiles

           → Faux


      Le revirement de l'été 2011,et surtout la fermeture immédiate de 8 réacteurs soit près de 8.5GW, a fait dire à de nombreux commentateurs que l'Allemagne serait obligée d'augmenter sa consommation d'énergie fossile. Cette prévision tenait la route à l'époque mais 5 ans plus tard il est clair qu'elle ne s'est pas réalisé.

      Entre 2010 et 2014, les renouvelables ont plus que compensé la baisse du nucléaire en allemagne

      Avec le recul dont nous disposons maintenant, il est clair que les allemands sont en train de gagner leur pari : depuis 2010, les énergies renouvelables ont fait plus que compenser le recul du nucléaire permettant de baisser dans le même temps la production d'électricité d'origine fossile.



      Depuis 2010, c'est la consommation de gaz qui a reculé, pas la consommation de charbon

           → Vrai

      En 2015, la part du charbon dans le mix électrique allemand était de 42% exactement comme en 2010. Dans le même temps, la part du gaz a reculé de 14 à 9%. D'un point de vue climatique, l'inverse aurait évidemment été préférable puisque, à énergie équivalente, le gaz émet à peu près deux fois moins de dioxyde de carbone que le charbon.

      Cette évolution s'explique avant tout par la compétitivité du charbon en Europe par rapport aux autres fossiles. Deux responsables :
      • La baisse du cours du charbon qui est passé de 84$ la tonne au printemps 2011 à environ 60$ aujourd'hui. Cette baisse s'explique par l'exploitation rapide des gaz non-conventionnels aux États-Unis. Celle-ci à fait baisser de l'ordre de 30% le prix du gaz en sortie de puits mais le gaz étant difficilement transportable, la baisse des cours outre-atlantique ne l'a pas rendu plus compétitif en Europe. Au contraire elle a détourné une partie de la production américaine de charbon vers l'export. Plus récemment, le ralentissement de la croissance chinoise accompagné de fortes surcapacités a également tiré le prix du charbon vers le bas.
      • Les ratés du marché européen du carbone : un de ses objectifs était justement de rendre le gaz compétitif par rapport au charbon. Mais le prix de la tonne de CO2 (moins de 5€) est beaucoup trop bas pour cela.
      Les allemands sont bien conscients de ce problème et il est probable que la prochaine étape de leur politique énergétique va être de s'attaquer au charbon. Une consultation sur le sujet est en cours et devrait aboutir à la fin de l'année. En attendant, le gouvernement allemand a déjà décidé l'arrêt de 2.7GW de centrales à lignite dans les 5 prochaines années et la fermeture des mines de houilles avant 2018.


      La sortie du nucléaire se fait au détriment du climat

           → Faux (mais ça se discute)

      Si la part des énergies fossiles reculent dans le mix électrique allemand, les émissions de gaz à effet de serre ne peuvent que baisser. En 2015, les émissions liées à la production d'électricité étaient de 313 millions de tonnes de CO2 contre 320 en moyenne entre 2010 et 2014 et 334 entre 2000 et 2004. Même si cette baisse est modeste, le résultat de 2015 est le meilleur résultat depuis 15 ans à la seule exception de 2009 où la production d'électricité s'était fortement contracté sous l'effet de la crise.

      Cependant, si elle est plutôt neutre pour le climat, la politique énergétique allemande a un coût d'opportunité : à investissement égal, une politique énergétique tournée vers la réduction des émissions plutôt que la sortie du nucléaire aurait pu diviser par deux la consommation de charbon allemande entre 2000 et 2020 et faire baisser les émissions annuelles de carbone de 150 millions de tonnes environ. Au lieu de quoi, la production d'électricité grâce aux énergies fossiles est la même aujourd'hui qu'il y a 20 ans à quelques térawatt-heures près.
      Le choix des allemands a été de faire passer la fermeture des centrales nucléaires avant celle des centrales à charbon. Est-ce le bon ? L'effort allemand ne devrait-il pas être rééquilibré : fermer les réacteurs nucléaires moins vite pour réduire plus rapidement les énergies fossiles ? Ce sont des questions légitimes, alors autant la poser de façon honnête.
       


      L'Allemagne ferme ses réacteurs nucléaires mais compense en achetant l'électricité des centrales françaises

           → Faux

      C'est une idée qu'on entend de temps à autres : la sortie du nucléaire serait rendue possible par l'importation d'électricité venue des pays voisins. A la lecture des statistique cette affirmation apparait totalement fantaisiste. Au contraire, les exportations d'électricité allemande ont explosé depuis le début de la transition énergétique : importatrice nette en 2000, l'Allemagne a exporté 18TWh en 2010 et plus de 50TWh en 2015 !
      En particulier, le solde des échanges avec la France est positif (de 5.9TWh en 2014). C'est donc la France qui achète de l'électricité à l'Allemagne, pas l'inverse.

      (Un lecteur a attiré mon attention sur un paradoxe : Alors que l'Allemagne est exportatrice nette d'électricité vers la France, le solde des flux physiques d'électricité entre l'Allemagne et la France est négatif. L'explication est simple : de l'électricité française peut, par exemple, passer physiquement par l'Allemagne alors qu'elle est destinée au marché belge ou suisse. C'est donc bien le flux contractuel, évoqué plus haut, qui renseigne sur la réalité des échanges.)
       


      Avec un mix électrique qui intègre autant d'énergies renouvelables intermittentes, le réseau allemand est instable

           → Faux

      En 2014, le mix électrique allemand comptait 30% de renouvelable dont presque deux tiers d'éolien (13%) et de solaire (6%) - des énergies dites "intermittentes".
      Il y a encore quelques années, beaucoup d'experts pensaient que les réseaux électriques ne pourraient pas supporter longtemps la progression des énergies intermittentes, celles dont la disponibilité varient en fonction de facteurs extérieurs notamment la météo. Au-delà de quelques pourcents du mix électrique, disait-on alors, ces énergies dégraderaient la sécurité électrique, voire entraineraient l'effondrement du réseau.
      Avec le recul, l'intégration des énergies renouvelables est bien un défi technique (l'Allemagne doit par exemple renforcer son réseau notamment les lignes reliant le nord où les éoliennes sont installées et le sud industriel) et économique (avec des périodes où le prix de l'électricité est négatif) mais elle ne semble plus insurmontable. Aujourd'hui le réseau électrique allemand est un des plus fiable d'Europe. La durée annuelle des coupures y est quatre fois inférieure à celle du réseau français.
       


      L'électricité allemande est parmi les plus chères du monde

           → Faux et vrai à la fois

      Si on regarde le prix de gros, l'électricité allemande est la moins chère d'Europe. C'est logique : d'une part, les centrales à charbon sont déjà amorties et le combustible est peu onéreux, d'autre part les énergies renouvelables ont un coût marginal de production nul qui tire les prix vers le bas.

      Mais si on regarde la facture des consommateurs finaux, l'électricité allemande coute environ 0.3€/kWh ce qui la place parmi les plus onéreuses, c'est par exemple deux fois plus cher qu'en France. En effet, le développement des énergies renouvelables repose sur des prix garantis pendant 20 ans et ce sont les ménages qui payent le plus gros de la différence avec le prix spot via une taxe (l'EEG-Umlage).
      Même si les foyers allemands sont très économes, de telle sorte que leur facture finale est à peu près la même que dans les autres pays européens (en moyenne 978€/an contre 834 pour les français), la transition énergétique à un coût, tout particulièrement pour les les moins aisés qui consacrent une part plus importante de leurs revenus à l'énergie.


      La plupart des chiffres cité dans cet article sont tiré de l'AGEB. Comme d'habitude, vous pouvez accéder au détail des données et des calculs, il suffit de cliquer ici.
      Crédit photo : By Kateer 8 May 2007 (UTC) (Own work) [CC-BY-SA-2.5], via Wikimedia Commons

      Publié le 21 octobre 2013 par Thibault Laconde, dernière mise à jour le 27 juillet 2016 

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      Tuesday, June 2, 2015

      Infographie Le prix du pétrole est ridiculement bas La preuve

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      Le baril de pétrole navigue ces jours-ci entre 30 et 35$ le baril (au dernier pointage : 32.9 pour le Brent et 31.3 pour le WTI). Cela représente une chute vertigineuse depuis les 115$ par baril de mi-2014, mais se rend-on bien compte à quel point le pétrole est bon marché ?
      Continuer la lecture »

      Tuesday, April 7, 2015

      Mis à jour Et si finalement la finance sauvait le climat

      0 comments

      Finance et changement climatique : divestment, risque carbone, activisme actionnarial
      Vous n'associez pas a priori Standard & Poor's à la lutte contre la changement climatique ?
      Vous avez peut-être tort : en avril, l'agence de notation a averti que le changement climatique aurait un impact sur la solvabilité des entreprises - elle avait déjà lancé un avertissement similaire l'année dernière pour les dettes souveraines. A terme, elle pourrait prendre en compte la résilience au changement climatique dans sa méthodologie de notation : Imaginez ce qu'il se passerait si, d'un seul coup, les entreprises qui émettent le plus de gaz à effet de serre ou qui sont mal préparées aux effets du réchauffement voyaient leurs notes baisser...


      > Pour une mise à jour après la COP21, n'hésitez pas à télécharger cette études des conséquences économiques et technologiques de l'Accord de Paris




      Les financiers de plus en plus sensibles aux risques climatiques


      Refuser de placer son argent dans les industries les plus polluantes ou le retirer progressivement (le désinvestissement ou "divestment" en anglais) était jusqu'à assez récemment un comportement militant. Les universités anglo-saxonnes, poussées par leurs étudiants et professeurs, s'y sont illustrées depuis quelques années comme d'autres fonds déjà impliqués dans l'investissement socialement responsable.
      Mais depuis le sommet de New York en septembre 2014, c'est l'ensemble de l'industrie financière qui commence à s'intéresser au climat, et le prendre en compte dans les décisions d'investissement est de moins en moins tabou... Dans une étude récente, Novethic a recensé les investisseurs internationaux qui ont pris des engagements en matière de changement climatique. Résultats :

      "550 banques, assurances, fondations, etc. gérant plus de 22.000 milliards d'euros se sont déjà engagées pour le climat."




      Pourquoi ? Parce que les investisseurs perçoivent désormais des risques réels pour la valeur de leurs portefeuilles :
      1. Risque carbone, c'est-à-dire le risque de voir les entreprises très émettrices en gaz à effet de serre perdrent de la valeur parce que de nouvelles réglementations rendent leurs opérations plus difficiles, voire remettent en cause leur business-model. Les premiers concernés sont les énergéticiens qui détiennent des réserves de pétrole, de charbon ou de gaz : ces actifs ont-ils encore une valeur alors que la communauté internationale s'est engagée à limiter le réchauffement à 2°C, ce qui implique de laisser dans le sol un tiers des réserves de gaz, deux tiers de celles de pétroles et 80% du charbon ?
      2. Risque climat, c'est-à-dire le risque que le changement climatique mette des entreprises en difficulté. C'est par exemple le cas de l'agro-alimentaire : est-il réellement préparé pour faire face à une baisse des rendements agricoles ou à un accès plus difficile à l'eau ?
      Les investisseurs sont en train de réaliser que la combinaison de ces deux risques rend les investissements dans certaines entreprises hasardeux. Et cette prise de conscience pourrait avoir un très fort effet de levier : en détournant le capital des entreprises carbo-intensives, elle peut rendre instantanément plus difficile les investissements dans de nouvelles énergies fossiles comme les sables bitumineux ou le gaz de schiste. A l'inverse, les entreprises résilientes au changement climatique ou peu émettrices pourront accéder plus facilement aux fonds.


      Et après ? Comment mettre (et garder) le secteur financier sur la voie des 2°C ?


      Il est bien entendu trop tôt pour ce réjouir. Cette évolutions pose de nombreuses questions : Comment mesurer l'empreinte carbone d'un portefeuille ? Peut-on décliner dans le domaine de la finance l'objectif des 2°C ? En particulier, comment faire en sorte, non seulement de ne plus investir dans les activités polluantes, mais aussi de financer celles qui permettent la transition comme l'efficacité énergétique ou les énergies renouvelables ?
      Une question très concrète par exemple : faut-il réellement désinvestir ? Certes ça rendra la vie des pétroliers plus difficiles mais ça ne les incitera pas vraiment à améliorer leurs pratiques. Ne vaudrait-il pas mieux continuer à investir dans le secteur des énergies fossiles mais seulement chez les "best in class", les entreprises qui font de réels efforts ?
      De nombreux travaux sont en cours sur ces sujets, notamment chez le World Ressource Institute qui devrait les publier pendant la Climate Week en mai prochain.

      Enfin, et surtout, la finance est une affaire d'anticipation. Si le secteur bouge aujourd'hui, c'est parce qu'il anticipe des réglementation plus sévères. Il ne continuera pas longtemps dans cette voie si la mobilisation de la société civile s’essouffle ou si les gouvernements semblent incapables de limiter réellement les émissions de gaz à effet de serre.
      Un changement important est peut-être en train de prendre forme mais il reste fragile... et notamment conditionné à la réussite de la conférence de Paris sur le Climat !

      Illustration : By Harald Bischoff (Own work) [CC BY-SA 3.0], via Wikimedia Commons

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      Sunday, December 14, 2014

      Cotillons et rétrospective Energie et Développement Durable dépasse le demi million de lectures !

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      C'est sans doute négligeable par rapport au trafic quotidien brassé par les gros site du web mais toute de mêm un petit événement pour l'amateur : ce blog, qui a fêté le mois dernier ses trois ans, a été lu pour la 500.000e fois cette nuit.

      Le premier article a été publié en septembre 2011. Très techniques, ces textes atteignaient alors un nombre de vue proprement faramineux : 153 en septembre, 241 en octobre, 211 en novembre... Mais se sont bien rattrapés depuis : beaucoup d'entre eux ont accumulés plus de 10.000 lectures et sont solidement installés en tête des résultats sur Google.

      L'explosion du trafic a eu lieu l'année suivante : entre avril 2012 et avril 2013, le nombre de visiteurs est multiplié par 10. C'est aussi à cette époque que la "ligne éditoriale" change : je ne publie plus d'articles techniques mais des analyses sur les questions d'énergie et de développement durable. J'aborde des sujets d'actualité, parfois polémiques, en essayant de garder la pédagogie et la rigueur qui ont fait le succès des premières publications.
      Ce choix est payant au moment où se lance le débat sur la transition énergétique : mes articles sont repris par des sites institutionnels et un vrai débat se crée dans les commentaires.

      Depuis le blog a continué sur une croissance plus lente mais réelle (j'espère passer les 30.000 lectures par mois d'ici la fin de l'année) malgré un rythme de publication limité : tout juste 148 articles en 3 ans avec des périodes d'inactivités assez longues. Suivant mon évolution professionnelle, les sujets traités tendent à dépasser les questions énergétiques pour traiter plus largement de développement durable, de RSE et de solidarité internationale.



      Et en pratique, ça donne quoi ? Voici cinq articles emblématiques de ces trois années :
      • Comment calculer la production réelle d'un panneau solaire ?
        Article typique de ma période technicienne, c'est aussi le plus lu : il accumule à lui seul 66.763 vues... and counting.
      • Bonus-malus énergie : ce qui va changer sur votre facture d'électricité ou de gaz
        Publié en septembre 2012, il marque ma volonté de suivre le débat sur la transition énergétique. C'est l'article le plus commenté à ce jour : 52 commentaires avant que je close la discussion.
      • Allemagne, sortie du nucléaire et charbon : le vrai et le faux
        Si vous ne trouvez pas l'article de référence qui répondrait à toutes vos questions sur un sujet, écrivez-le vous même... Je l'ai fait aussi sur le gaz de schiste.
      • Visitez les centrales solaires les plus remarquables de la planète... avec Google Maps
        Puisque les grandes infrastructures énergétique sont visibles du ciel, pourquoi ne pas en profiter pour les faire visiter sur une carte... Existe aussi pour les mines de lignites allemandes et de sable bitumineux canadiennes ce qui permet de mesurer la dévastation qu'elles représentent
      • C'est prouvé : faire ses courses dans un magasin bio rend égoïste et malhonnête
        Titre provocateur, c'est vrai, mais il reflète le contenu d'un article parfaitement sérieux. Ici, on aime bien penser à rebrousse-poil...

      Sunday, November 23, 2014

      Infographie Entreprise ONG syndicats qui participe aux conférences internationales sur le climat

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      Vous vous demandez qui participe à la COP21 ?

      Retrouvez ici une version mise à jour de cet article !


      La 20e conférence internationale sur le climat (alias COP20) s'ouvre dans quelques jours, le 1er décembre, à Lima. Comme chaque années vous entendrez à la télévision ou vous lirez dans vos journaux que de très nombreux délégués ont fait le déplacement pour participer aux débats sur le changement climatique : près de 20.000 sont attendus cette année !

      Mais vous êtes vous déjà demandé qui sont ces gens ? Quel est le profil du participant à une conférence internationale sur le climat ?


      Qui participe aux négociations internationales sur le changement climatique ?

      En dehors des négociateurs, pour obtenir son billet d'entrée dans une conférence sur le climat, il faut représenter une organisation appartenant à l'un des collectifs reconnus par l'ONU. Par exemple le collectif dit BINGO (sic) constitué des entreprises et de leurs groupement, ENGO pour les organisations de protection de l'environnement, TUNGO pour les syndicats, LGMA pour les collectivités locales, etc.
      La liste des organisations accréditées est disponible sur le site de l'UNFCCC. C'est une mine de renseignements pour se faire une idée des personnes qui arpentent les couloirs des conférences sur le climat.
      Infographie - entreprises, ONG, syndicats... quelles organisations participent aux conférences de l'ONU sur le climat
      (cliquez pour agrandir)
      Continuer la lecture »

      Thursday, May 15, 2014

      Quel sera lévenement ou la tendance de 2015 dans le développement durable 5 blogueurs répondent

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      Que nous réserve 2015 ? RSE, protection de l'environnement, changement climatique... Quels sont les sujets qui feront l'actualité ? Dans le domaine du développement durable, cette nouvelle année est porteuse de beaucoup d'espoirs et de nombreuses craintes.

      Pour comprendre ces enjeux, j'ai demandé à quatre blogueurs aux profils variés mais tous intéressés par les questions environnementale et sociales quelle sera selon eux l’événement ou la tendance qui marquera l'année 2015.
      Je vous laisse découvrir leurs avis...



      "Les entreprises nous aideront à moins consommer." - Responsabilité sociale



      En ce début d'année 2015, je dois avouer qu'à défaut d'être sûr qu'elle sera déterminante, j'espère qu'une tendance forte sera celle de la prise de conscience grandissante par les entreprises de la raréfaction des ressources.

      Cela paraît être une évidence, tant il est vrai que nous pouvons lire partout que les ressources de la planète sont de moins en moins disponibles, que les réserves s'épuisent. Si nombreux sont ceux qui ont conscience de ce phénomène, nombreux sont également ceux qui agissent comme si de rien n'était.
      En 2014, le Jour du dépassement - Overshoot Day - qui marque dans une année la date théorique à laquelle l’humanité a consommé l’équivalent des ressources naturelles que peut produire la Terre en un an sans compromettre leur renouvellement, a eu lieu le 18 août. Ce qui signifie que nous avons vécu pratiquement 4 mois et demi "à crédit". Et ce sera pire en 2015, vraisemblablement 3 jours plus tôt.

      Je suis persuadé que les entreprises ont un rôle clé à jouer, si elles intègrent ces considérations de raréfaction des ressources dans leur stratégie. Par exemple en orientant leur business model vers l'économie circulaire, l'économie collaborative ou encore l'économie de la fonctionnalité. Il est possible pour une entreprise d'influencer la façon de consommer de ses clients. Et faire consommer moins ne signifie pas nécessairement voir son bénéfice baisser. Il s'agit simplement de miser sur l'innovation pour proposer des produits de meilleure qualité, répondant de manière plus simple à nos besoins, accompagnés d'un service à la clientèle hors norme.
      2015 pourrait être l'année où les entreprises nous aideront à moins consommer.


      "L'arrivée de la Chine va bouleverser le jeu." - Chinoiseries



      Deux fois plus peuplée que l'Union Européenne, la Chine est devenue en 2014 la première économie mondiale à parité de pouvoir d'achat en dépassant les États-Unis. C'est un mastodonte qui pèse lourdement dans toutes les questions environnementales - elle est devenue il y a déjà une dizaine d'année le premier émetteur de gaz à effet de serre tout en restant considérée comme un pays du Sud, donc sans obligations de réductions.
      Pendant longtemps la position chinoise a été de faire passer le développement économique avant toute considération environnementale ou sociale. Cette position est-elle en train de changer ? Les chinois se montrent de moins en moins tolérant vis-à-vis des dégradations de leur environnement et leur économie semble entrer en transition : la croissance, folle depuis un quart de siècle, se calme, les industries low cost s'exilent vers le Viet-Nam ou le Bangladesh et le pays tente une montée en gamme qui peut se jouer aussi sur le plan de la durabilité.
      Difficile de prévoir quelles seront les conséquences si la Chine décide de s'impliquer réellement dans la gouvernance mondiale de l'environnement, mais une chose est sure : son arrivée va bouleverser le jeu. Car ce sera l'entrée en scène d'un poids-lourd, mais surtout d'une nouvelle civilisation, dotée de sa propre manière de concevoir la place de l'homme dans le monde et ses relations avec la nature.



      "L'année de tous les dangers, attention implosion !" - D'Dline 2020



      Au chapitre Économie tout d’abord, aucune embellie en matière de croissance, bien au contraire, on parlera sans doute de déflation voire de décroissance. De surcroît 2015 pourrait bien être le théâtre d’une nouvelle crise financière comme le prédit Jacques Attali depuis mai 2014… « So, here we are ? »
      Au chapitre Social l’atmosphère politique devrait être plus qu’atone après les cinglantes désillusions des français tout au long de 2014. Le Politique est en crise de sens et son pilotage plus qu’incertain : le chômage, lui, galope toujours et il pourrait bien gagner le tiercé du désengagement irréversible des français … « Attention, implosion ! »
      Au chapitre Environnement seul le Climat devrait malheureusement réchauffer nos sueurs froides avec à la clé 2° de + sur Terre d’ici la fin du siècle… Notre sort est aujourd’hui plus qu’hier entre les mains des plus gros pollueurs de la Planète à savoir les États-Unis et ses toutes nouvelles richesses fossiles et la Chine, acculée dans son propre pays par une sidérante pollution… « Quand Géostratégie rimera-t-elle avec Compromis ? »
      Bon, parce que vous êtes sûrement nombreux comme moi à avoir envie d’y croire, voici quelques notes d’espoir :
      • l’avenir de l’économie est dans le partage et l’ESS reste à construire !  
      • l’avenir de l’emploi est dans la débrouille : amateurs de DIY, l’avenir est à vous !
      • l’avenir du climat et de l’environnement se joue à Paris en 2015 : ce sera l’année des accords durables ! "De quoi passer l'année tranquille"

      "Économiser, créer, recycler est devenu classe." - Eco-créateurs



      Pour prédire un peu l'avenir, il faut déjà regarder dans le passé, l'évolution que nous menons et vers quoi nous tendons. Je ne pense pas que l'année 2015 sera tellement différente de 2014. J'ai d'ailleurs été bien déçue (entre autre) par les non-prises de décisions des gouvernements sur le réchauffement climatique et ça devient vraiment urgent. Mais on sait tous que pour avancer, il ne faut pas toujours compter sur les autres n'est-ce pas?

      Cependant, de plus en plus de personnes s'investissent pour la cause environnementale et ça s'en ressent.
      Je me souviens, gamine, les routes étaient pleines de détritus... Aujourd'hui il devient rare de voir une personne jeter quelque chose volontairement ou aux yeux de tous par terre. On sait que c'est mal et c'est devenu aussi mal-vu.
      Tout le monde aujourd'hui connait les enjeux environnementaux et on sait tous qu'il faut que chacun apporte sa contribution tel un colibri dans une histoire africaine, et ce, grâce à internet. Il faut vraiment venir d'une autre planète pour ne pas être au courant !
      Grâce à la crise également, les gens ont peu à peu délaissé la surconsommation, se sont entraidé, ont commencé à fabriquer les choses elles-mêmes... Et puis finalement, un ami leur a dit que c'était écolo, et vu que ça met notre conscience plus tranquille et que c'est très bien vu, finalement, économiser, créer, recycler est devenu classe. Ce que l'on aurait pu voir comme péjoratif il y a encore peu, est aujourd'hui devenu une mode.

      La démocratisation des sites de partage comme le covoiturage, les amaps, les sites de deuxièmes mains et autre... Sont tous écolos et éconos, deux enjeux actuels qui se diffusent de plus en plus... font que je suis certaine qu'en 2015, il y aura encore beaucoup de sites, d'associations et de partages qui se créeront.
      Seul l’État verra cela d'un mauvais œil (et les grosses industries) finalement, puisque les bénéfices reviennent au peuple et forcément moins à eux... Il va juste falloir donc faire attention à ne pas se faire tout prendre et taxer parce que ça arrive vite malheureusement.
      En 2015, soyons simplement malin, soyons écolos, éconos, prêteurs, aidant son prochain en étant plus équitable et ne donnant plus toujours aux mêmes.


      Et pour conclure rapidement sur mon propre avis...


      Avec la COP21, 2015 verra une des toutes dernières chances d'endiguer le changement climatique avant que l'effet de serre entraine des effets ingérables. La probabilité d'un accord à la mesure de cet enjeu est faible mais quoiqu'il en soit je crois que cette année devrait être celle d'un sursaut : sursaut des Etats, peut-être, avec de réels engagements pour lutter contre les émissions de CO2 et contre leurs conséquences déjà perceptibles, mais plus probablement sursaut de la société civile.
      Peut-être cette année réaliserons nous, contraints et forcés, que nos institutions ne peuvent pas seules défendre l’intérêt général. Dans le domaine environnemental, comme dans bien d'autres, nous ne pouvons pas déléguer tous nos problèmes à une autorité chargée de nous guider : c'est à nous de nous relever les défis et d'agir à notre niveau.


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      Friday, May 17, 2013

      Le changement climatique opportunité ou menace Demandons son avis à un homme préhistorique

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      A priori, une hausse de la température moyenne est plutôt une chose sympathique. Entre autres, on peut espérer réduire les dépenses de chauffage, accélérer la croissance des plantes (donc les rendements agricoles) et aller à la plage plus souvent.
      C'est d'ailleurs comme ça que le voyait Svante Arrhenius, le premier a avoir compris que l'utilisation à grande échelle d'énergie fossile allait faire augmenter la température moyenne de la planète.
      En 1896, il calcule qu'un doublement de la concentration en dioxyde de carbone dans l'athmosphère conduirait à un réchauffement de 4°C (c'est à peu de choses près ce que prévoit toujours aujourd'hui le GIEC). Mais cette perspective ne l'inquiète pas particulièrement. D'autant qu'il savait déjà que le climat change naturellement : les archéologues du XIXe siècle avaient compris en analysant les restes d'animaux découverts sur des sites préhistoriques que la température avait changé significativement dans le passé - c'est d'ailleurs pour expliquer ces découvertes qu'Arrhenius s'intéresse à l'effet de serre. 


      Les variations climatiques du paléolithique supérieur et leur impact sur l'homme


      S'il avait disposé des connaissances que nous avons actuellement sur sur les variations passées du climat et de leurs conséquences pour les premiers hommes, il aurait peut-être été un peu moins enthousiaste....

      Lorsque les premiers hommes modernes débarquent en Europe, il y a environ 40.000 ans, ils y trouvent un climat a priori hostile : nous sommes en plein dans le dernier maximum glaciaire, une période de refroidissement global qui a culiminé il y a environ 20.000 ans, et la moitié nord de l'Europe est recouverte de quelques kilomètres de glace. Cependant cette période est ponctuée de rechauffements rapides et brefs. La température remonte alors pour atteindre des niveaux tempérés pendant quelques siècles. Ces anomalies sont connues sous le nom d'évenements de Heinrich et de cycle de Dansgaard-Oeschger et leur origine reste incertaine.

      Question : comment se sont comportés nos lointain ancètres lorsque ces événements leur offraient pour quelques générations un climat tempéré ?
      On peut répondre, au moins en partie, grâce aux progrès de la la datation au carbone 14 (notamment à la spectrométrie de masse par accélérateur) qui permet de dater précisément les vestiges et donc d'extrapoler les variations de population dans le temps. Et là, surprise...


      Les premiers européens préféraient le froid...


      Comme tout bon européen, nos ancètres sont allés se mettre à l'abri du froid en Espagne et dans le Sud de la France. Ils y resteront pendant toute la période glaciaire avec une population ne dépassant pas 40.000 individus (Van Andel et Davies, 2003).

      Plus surprenant : les intermèdes tempérés ne permettent pas à la population de croitre. C'est même le contraire qui s'est produit : la fréquences des sites baisse nettement à chaque réchauffement (d'Errico, 2010). Les premiers européens semblent bien avoir préféré les périodes de basse température...
      Les paléontologues expliquent ce résultat contre-intuitif par l'évolution de la végétation : nos ancètres étaient des chasseurs, grands consommateurs d'ongulés. Or ceux-ci se trouvent plus facilement dans les steppes, lorsque le climat se réchauffe, la steppe laisse place à une végétation plus dense, la chasse devient difficile et la population baisse.


      Et à l'âge de bronze ?


      Bon, vous me direz qu'il s'agissait de chasseurs dépendant très directement de leur environnement et qui n'avaient sans doute pas de connaissances techniques ou de structures sociales leur permettant de s'adapter à une variation du climat. Vous n'avez pas tort... Mais une société plus avancée garantit-elle un meilleurs résultat ?

      Faisons un grand bond en avant pour arriver en 850 avant notre ère. A ce moment-là, l'Europe connait encore un changement climatique rapide : son climat devient plus frais et plus humide.
      Au Pays-Bas, ce climat plus humide provoque une élévation rapide des nappes phréatiques : les plaines se tranforment progressivement en marais et en tourbières. Cette fois nos ancètres tentent de s'adapter : des fouilles ont montré queles habitants de Hollande Septentrionale, installés sur place depuis près d'un millénaire, ont modifié leurs techniques de constructions afin de surélever les habitations. Mais c'est insuffisant : les marécages continuant à gagner sur les terres arables, ces populations ont finalement été contraintes d'émigrer.
      Mais pour d'autres l'effet a été positif : c'est le cas des scythes, un peuple nomade installé à l'époque en Sibérie centrale. Pendant que les agriculteurs européens peinent, eux connaissent un remarquable développement démographique et culturel et une extension vers l'Europe de l'est et du Sud-est (ce qui les fera entrer en contact avec les Grecs). L'explication de cet essor semble tenir encore une fois à la végétation : avec un climat plus humide, des zones semi-arides se sont transformées en steppes favorables aux herbivores, donc aux nomades (Van Geel, 2009).

      Morale de l'histoire


      Parmi une multitude d'autres, ces quelques exemples montrent à quel point il est difficile de prévoir les effets d'une variation du climat sur une communauté humaine. Seront-ils positifs ou négatifs ? C'est l'interaction entre, d'une part, les modifications physiques de l'environnement causées par un changement climatique et, d'autre part, les caractéristiques (économiques, sociales, politiques, culturelles...) de la communauté considérée qui le dira. Interactions d'autant plus complexe et dynamiques que les sociétés sont développées et interdépendantes.

      De ce point de vue, je crois qu'il serait vraiment ambitieux d'essayer de prévoir comment le réchauffement que nous connaissons actuellement va influer sur nos propres sociétés et d'essayer de deviner des gagnants et des perdants, comme le font manifestement certains pays qui ne collaborent pas aux efforts de réduction des émissions.
      Nous pouvons sans doute, au moins en partie, prévoir les impacts du changement climatique actuel sur notre environnement physique mais beaucoup moins sur notre environnement humain. Et à l'arrivée, le résultat peut se révéler assez contre-intuitif...



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      Sunday, January 27, 2013

      Pour le solaire la Chine est un exemple mais pas celui que vous croyez

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      Solaire thermique en Chine : chauffe-eau solaire sur un toit près de Shanghai
      Dans le petit monde du solaire, le mois d'avril a été marqué par un brusque accès de sinophilie. Alors que la Chine s'était longtemps contenté de vendre des panneaux solaires au reste du monde, elle semble désormais décidée à développer son propre parc photovoltaïque à marche forcée. Plusieurs statistiques publiés ces derniers jours ont confirmé ce tournant avec des chiffres qui, vu de chez nous, sont à peine croyables.
      On ne peut que se réjouir de cette situation mais comme souvent dans le solaire, le photovoltaïque éclipse le thermique... Or s'il faut citer les chinois en exemple, c'est surtout pour leur usage massif du chauffe-eau solaire individuel.


      La Chine adopte enfin le solaire photovoltaïque...


      Le 30 mars, un rapport du programme photovoltaïque de l'Agence International de l'Energie a suscité une première vague d'enthousiasme en évaluant le parc solaire photovoltaïque chinois à 38.2 GigaWattcrêtes (pour comprendre ce qu'est un Wattcrête, voir cet article) en hausse de 60% par rapport à l'année précédente. Deuxième salve le 20 avril, lorsque l'administration chinoise de l'énergie a publié les chiffres de raccordement pour le premier trimestre 2015 :  5.04GWc, soit l'équivalent de la totalité du parc français (5.7GWc en 2014).
      A ce rythme, la Chine va très certainement rattraper l'Allemagne et devenir le leader mondial du solaire photovoltaïque en 2015. Pas si mal quand on sait qu'en 2011, elle faisait jeu égal avec... la Belgique. Et qu'en 2007, l'ensemble du parc chinois ne dépassait pas la puissance d'une grosse centrale solaire !

      Croissance explosive du parc solaire photovoltaïque chinois entre 2000 et 2014

      On peut certainement parler de croissance explosive : entre 2000 et 2014, le parc solaire photovoltaïque chinois a été multiplié par 2000 ! Mais ces chiffres doivent quand même être mis en perspective avec les dimensions de la Chine et le retard qu'elle avait accumulé : l'électricité solaire ne représente toujours qu'une fraction du mix chinois (de l'ordre de 35TWh d'après mes estimations, soit 0.7%) très largement derrière l'Italie, championne du monde en la matière avec 7.92% de son électricité d'origine solaire. Malgré son envol, le solaire photovoltaïque chinois est encore loin d'entamer la dépendance du pays au charbon. Après avoir été longtemps un immense fabricant de panneaux solaires mais un très petit installateur (un paradoxe dont je vous parlais en 2013), la Chine ne fait somme toute que rattraper son retard.
      Il existe cependant un domaine dans lequel le solaire chinois est vraiment impressionnant : c'est l'usage du solaire thermique.


      ... mais c'est dans le solaire thermique que la Chine est vraiment révolutionnaire


      La différence entre solaire photovoltaïque et solaire thermique ? Le solaire photovoltaïque, ce sont les panneaux solaires "classiques" que l'on voit régulièrement sur les toits français et qui permettent de produire de l'électricité. Le solaire thermique permet lui de produire de l'eau chaude, généralement pour des usages sanitaires ou pour le chauffage. Le principe est grosso modo le même que lorsque vous laissez un tuyaux d'arrosage au soleil et que l'eau en sort tiède quelques heures plus tard, avec quelques petits raffinements qui permettent par exemple de produire de l'eau chaude même lorsque la température extérieure est négative.

      Si vous vous êtes déjà rendu en Chine, et si vous avez un oeil d'énergéticien, vous avez certainement noté l'omniprésence des chauffe-eaux solaires. Pas un toit qui en soit dépourvu même dans l'habitat collectif et dans la moitié sud du pays il n'est pas rare que ce soit la seule source d'eau chaude du domicile y compris pour la classe moyenne urbaine.
      Les statistiques de l'Agence internationale de l'Energie illustrent l'avance de la Chine dans ce domaine : avec 180GW installés, elle possède les deux-tiers de la capacité solaire thermique mondiale, les États-Unis sont deuxième avec 16GW. Même en ramenant le parc à la population, la Chine reste en tête avec 33 watt par habitant contre 29 pour l'Australie (la France est loin derrière avec 2.7W/hab). Et les installations se poursuivent : en 2012, la Chine a installé 44.7GW, soit 85% des installations mondiales et autant que l'ensemble du parc existant en Europe !

      Solaire thermique : 70% de la capacité mondiale est installée en Chine
      Chauffe-eaux solaires près de Shanghai

      Comme chauffer de l'eau est très énergivore, cet usage massif du solaire thermique permet d'importantes économies d'énergies et de carbone : en 2012, toujours, l'AIE estimait que la Chine économisait ainsi 186TWh par an. Pour comparaison, la production d'électricité renouvelable chinoise (hors hydroélectrique) était à la même époque d'environ 160TWh. La contribution du solaire thermique au verdissement de la Chine est supérieure à celle du solaire photovoltaïque, de l'éolien et de la biomasse réunies ! En terme d'empreinte carbone, le gain est tout aussi important : l'AIE l'évalue à 52 millions de tonnes de CO2 par an, soit grosso-modo l'équivalent des émissions du Portugal ou de l'Autriche. Dernière précision : le secteur emploie 3.5 millions de chinois...

      De mon point de vue, la Chine est bien en train de révolutionner l'énergie solaire, mais ce n'est pas parce que le photovoltaïque y a connu quelques années de forte croissance. Au contraire alors que les pays développés s'orientaient pour la plupart vers le solaire photovoltaïque et ses nombreux problèmes, du stockage de l'électricité jusqu'au recyclage des panneaux, la Chine a résolument donné la priorité à une solution low-tech, plus simple mais aussi plus efficace.
      Aujourd'hui le solaire thermique est largement adopté par les chinois et, pratiquement sans aucune aide publique, il réduit sensiblement la demande en énergie du pays et ses émissions de gaz à effet de serre. Voilà une success story que nous serions bien inspiré de méditer...

      Si cet article vous a intéressé, voici quelques lectures complémentaires :
      • Interview : "En Chine, ce sont les pressions intérieures qui poussent à la transition énergétique"
      • Quelques réflexions sur le conflit entre l'Europe et la Chine sur le solaire photovoltaïque
      • Visitez les centrales solaires les plus remarquables de la planète... avec Google Maps 

      Publié le 4 mai 2015 par Thibault Laconde

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