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Monday, March 21, 2016

Nucléaire charbon prix de lénergie Le vrai et le faux sur la transition énergétique allemande

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L'Allemagne reste dépendante du charbon, ici la mine de lignite de Garzweiler avec en arrière plan les centrales de Frimmersdorf et NeurathModèle pour les uns, contre-exemple pour les autres, la politique énergétique allemande et sa "sortie du nucléaire" font paradoxalement plus débat de ce coté-ci du Rhin que de l'autre. Et comme souvent dans le domaine de l'énergie, ces polémiques ont leur lot d'affirmations contradictoires : L'Energiewende carbure-t-il au charbon ? La sortie du nucléaire impose-t-elle à l'Allemagne d'acheter de l'électricité à ses voisins ? Les énergies renouvelables rendent-elles le réseau instable ? L'électricité allemande est-elle la plus chère du monde ?
Pour vous y retrouver sur ces questions et quelques autres voici un vrai-faux sur la politique énergétique allemande.


L'Allemagne est un gros consommateur de charbon

     → Vrai

Le mix électrique allemand repose historiquement sur le charbon, surtout du lignite local mais aussi de la houille importée. Cet héritage explique que la part du charbon dans la production d'électricité allemande reste élevée : 42% contre 26% en moyenne dans l'Union Européenne.
Vu de France ces proportions peuvent paraitre énormes : dans notre pays le charbon ne compte que pour quelques pourcents de la production électrique. Mais ici c'est la France qui est atypique : toutes les autres grandes économies dépendent significativement du charbon. Celui-ci assure par exemple 30% de la production électrique au Japon, 32% en Grande Bretagne, 38% aux États-Unis et la Chine est bien au-delà avec 72% de charbon dans son mix électrique.


La consommation de charbon augmente en Allemagne

     → Faux

En valeur absolue, la production d'électricité à partir du charbon  est pratiquement constante depuis un quart de siècle. Comme dans le même temps la production totale d'électricité a sensiblement augmenté, la part du charbon a baissé régulièrement : elle était de 54% en moyenne dans les années 90, 47% entre 2000 et 2009 et 43% depuis depuis 2010. Difficile d'y voir une hausse... 

Production d'électricité grâce au charbon en Allemagne : valeur absolue et pourcentage de la production totale

Cette tendance de long terme à la baisse n'a été affectée ni par la réunification ni par la décision, prise dans les années 2000, de sortir du nucléaire. Le constat est plus mitigé pour la période qui suit l'accident nucléaire de Fukushima : la baisse de la part du charbon dans le mix électrique allemand semble faire une pause mais sans pour autant repartir à la hausse.



La sortie du nucléaire est une décision précipitée, prise sous le coup de l'émotion après l'accident de Fukushima

     → Faux

Les efforts de l'Allemagne pour se passer du nucléaire s'inscrivent dans un temps très long. La décision politique date des années 2000 et n'a jamais été remise en cause depuis malgré les alternances. Mais même cette décision s'inscrit dans une tendance antérieure : elle a été rendue possible par la construction d'un très large consensus (90% des allemands approuvent la politique énergétique de leur pays) et la création de filières industrielles dans les années 80 et 90.

Alors que vient faire Fukushima là-dedans ? Il y a effectivement eu brève inflexion de la politique allemande en 2010 et 2011. Reprenons la chronologie :
    1. En 2000, la coalition Vert-SPD officialise la sortie du nucléaire par la Convention du 14 juin 2000 qui limite la quantité d'énergie qui pourra être produite par les centrales en service avant leur fermeture. La fin du nucléaire allemand est alors prévue autour de 2020. Cette décision n'est pas remise en cause lorsque les Verts quittent le gouvernement en 2005.
    2. En 2010, la majorité conservatrice menée par Angela Merkel confirme la fin du nucléaire mais assouplit le calendrier. L'Allemagne se donne alors de nouveaux objectifs énergétiques à l'horizon 2050 (c'est ce qu'on a appelé l'Energiekonzept), la fermeture de la dernière centrale nucléaire y est prévue pour 2036.
    3. Quelques mois plus tard, en 2011, l'accident de Fukushima pousse Angela Merkel a revenir au calendrier de 2000. Pendant l'été, une nouvelle série de lois sur l'énergie est adoptée (Energiewende), elle ne remet pas fondamentalement en cause les orientations de l'Energiekonzept mais revient au calendrier des années 2000. La sortie du nucléaire est désormais prévue en 2022 et les 8 réacteurs les plus anciens sont mis à l'arrêt immédiatement.
      Pour une description plus détaillée de ces différentes étapes, vous pouvez lire cet article : Les leçons de la "sortie du nucléaire" allemande pour la transition énergétique française.



      La sortie accélérée du nucléaire signifie un retour aux énergies fossiles

           → Faux


      Le revirement de l'été 2011,et surtout la fermeture immédiate de 8 réacteurs soit près de 8.5GW, a fait dire à de nombreux commentateurs que l'Allemagne serait obligée d'augmenter sa consommation d'énergie fossile. Cette prévision tenait la route à l'époque mais 5 ans plus tard il est clair qu'elle ne s'est pas réalisé.

      Entre 2010 et 2014, les renouvelables ont plus que compensé la baisse du nucléaire en allemagne

      Avec le recul dont nous disposons maintenant, il est clair que les allemands sont en train de gagner leur pari : depuis 2010, les énergies renouvelables ont fait plus que compenser le recul du nucléaire permettant de baisser dans le même temps la production d'électricité d'origine fossile.



      Depuis 2010, c'est la consommation de gaz qui a reculé, pas la consommation de charbon

           → Vrai

      En 2015, la part du charbon dans le mix électrique allemand était de 42% exactement comme en 2010. Dans le même temps, la part du gaz a reculé de 14 à 9%. D'un point de vue climatique, l'inverse aurait évidemment été préférable puisque, à énergie équivalente, le gaz émet à peu près deux fois moins de dioxyde de carbone que le charbon.

      Cette évolution s'explique avant tout par la compétitivité du charbon en Europe par rapport aux autres fossiles. Deux responsables :
      • La baisse du cours du charbon qui est passé de 84$ la tonne au printemps 2011 à environ 60$ aujourd'hui. Cette baisse s'explique par l'exploitation rapide des gaz non-conventionnels aux États-Unis. Celle-ci à fait baisser de l'ordre de 30% le prix du gaz en sortie de puits mais le gaz étant difficilement transportable, la baisse des cours outre-atlantique ne l'a pas rendu plus compétitif en Europe. Au contraire elle a détourné une partie de la production américaine de charbon vers l'export. Plus récemment, le ralentissement de la croissance chinoise accompagné de fortes surcapacités a également tiré le prix du charbon vers le bas.
      • Les ratés du marché européen du carbone : un de ses objectifs était justement de rendre le gaz compétitif par rapport au charbon. Mais le prix de la tonne de CO2 (moins de 5€) est beaucoup trop bas pour cela.
      Les allemands sont bien conscients de ce problème et il est probable que la prochaine étape de leur politique énergétique va être de s'attaquer au charbon. Une consultation sur le sujet est en cours et devrait aboutir à la fin de l'année. En attendant, le gouvernement allemand a déjà décidé l'arrêt de 2.7GW de centrales à lignite dans les 5 prochaines années et la fermeture des mines de houilles avant 2018.


      La sortie du nucléaire se fait au détriment du climat

           → Faux (mais ça se discute)

      Si la part des énergies fossiles reculent dans le mix électrique allemand, les émissions de gaz à effet de serre ne peuvent que baisser. En 2015, les émissions liées à la production d'électricité étaient de 313 millions de tonnes de CO2 contre 320 en moyenne entre 2010 et 2014 et 334 entre 2000 et 2004. Même si cette baisse est modeste, le résultat de 2015 est le meilleur résultat depuis 15 ans à la seule exception de 2009 où la production d'électricité s'était fortement contracté sous l'effet de la crise.

      Cependant, si elle est plutôt neutre pour le climat, la politique énergétique allemande a un coût d'opportunité : à investissement égal, une politique énergétique tournée vers la réduction des émissions plutôt que la sortie du nucléaire aurait pu diviser par deux la consommation de charbon allemande entre 2000 et 2020 et faire baisser les émissions annuelles de carbone de 150 millions de tonnes environ. Au lieu de quoi, la production d'électricité grâce aux énergies fossiles est la même aujourd'hui qu'il y a 20 ans à quelques térawatt-heures près.
      Le choix des allemands a été de faire passer la fermeture des centrales nucléaires avant celle des centrales à charbon. Est-ce le bon ? L'effort allemand ne devrait-il pas être rééquilibré : fermer les réacteurs nucléaires moins vite pour réduire plus rapidement les énergies fossiles ? Ce sont des questions légitimes, alors autant la poser de façon honnête.
       


      L'Allemagne ferme ses réacteurs nucléaires mais compense en achetant l'électricité des centrales françaises

           → Faux

      C'est une idée qu'on entend de temps à autres : la sortie du nucléaire serait rendue possible par l'importation d'électricité venue des pays voisins. A la lecture des statistique cette affirmation apparait totalement fantaisiste. Au contraire, les exportations d'électricité allemande ont explosé depuis le début de la transition énergétique : importatrice nette en 2000, l'Allemagne a exporté 18TWh en 2010 et plus de 50TWh en 2015 !
      En particulier, le solde des échanges avec la France est positif (de 5.9TWh en 2014). C'est donc la France qui achète de l'électricité à l'Allemagne, pas l'inverse.

      (Un lecteur a attiré mon attention sur un paradoxe : Alors que l'Allemagne est exportatrice nette d'électricité vers la France, le solde des flux physiques d'électricité entre l'Allemagne et la France est négatif. L'explication est simple : de l'électricité française peut, par exemple, passer physiquement par l'Allemagne alors qu'elle est destinée au marché belge ou suisse. C'est donc bien le flux contractuel, évoqué plus haut, qui renseigne sur la réalité des échanges.)
       


      Avec un mix électrique qui intègre autant d'énergies renouvelables intermittentes, le réseau allemand est instable

           → Faux

      En 2014, le mix électrique allemand comptait 30% de renouvelable dont presque deux tiers d'éolien (13%) et de solaire (6%) - des énergies dites "intermittentes".
      Il y a encore quelques années, beaucoup d'experts pensaient que les réseaux électriques ne pourraient pas supporter longtemps la progression des énergies intermittentes, celles dont la disponibilité varient en fonction de facteurs extérieurs notamment la météo. Au-delà de quelques pourcents du mix électrique, disait-on alors, ces énergies dégraderaient la sécurité électrique, voire entraineraient l'effondrement du réseau.
      Avec le recul, l'intégration des énergies renouvelables est bien un défi technique (l'Allemagne doit par exemple renforcer son réseau notamment les lignes reliant le nord où les éoliennes sont installées et le sud industriel) et économique (avec des périodes où le prix de l'électricité est négatif) mais elle ne semble plus insurmontable. Aujourd'hui le réseau électrique allemand est un des plus fiable d'Europe. La durée annuelle des coupures y est quatre fois inférieure à celle du réseau français.
       


      L'électricité allemande est parmi les plus chères du monde

           → Faux et vrai à la fois

      Si on regarde le prix de gros, l'électricité allemande est la moins chère d'Europe. C'est logique : d'une part, les centrales à charbon sont déjà amorties et le combustible est peu onéreux, d'autre part les énergies renouvelables ont un coût marginal de production nul qui tire les prix vers le bas.

      Mais si on regarde la facture des consommateurs finaux, l'électricité allemande coute environ 0.3€/kWh ce qui la place parmi les plus onéreuses, c'est par exemple deux fois plus cher qu'en France. En effet, le développement des énergies renouvelables repose sur des prix garantis pendant 20 ans et ce sont les ménages qui payent le plus gros de la différence avec le prix spot via une taxe (l'EEG-Umlage).
      Même si les foyers allemands sont très économes, de telle sorte que leur facture finale est à peu près la même que dans les autres pays européens (en moyenne 978€/an contre 834 pour les français), la transition énergétique à un coût, tout particulièrement pour les les moins aisés qui consacrent une part plus importante de leurs revenus à l'énergie.


      La plupart des chiffres cité dans cet article sont tiré de l'AGEB. Comme d'habitude, vous pouvez accéder au détail des données et des calculs, il suffit de cliquer ici.
      Crédit photo : By Kateer 8 May 2007 (UTC) (Own work) [CC-BY-SA-2.5], via Wikimedia Commons

      Publié le 21 octobre 2013 par Thibault Laconde, dernière mise à jour le 27 juillet 2016 

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      Tuesday, June 2, 2015

      Infographie Le prix du pétrole est ridiculement bas La preuve

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      Le baril de pétrole navigue ces jours-ci entre 30 et 35$ le baril (au dernier pointage : 32.9 pour le Brent et 31.3 pour le WTI). Cela représente une chute vertigineuse depuis les 115$ par baril de mi-2014, mais se rend-on bien compte à quel point le pétrole est bon marché ?
      Continuer la lecture »

      Thursday, October 3, 2013

      Pourquoi la chute des prix du pétrole déprime t elle les marchés financiers

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      Pourquoi la chute du prix du pétrole fait-elle baisser les marchés financier ?En ce début d'année 2016, nous sommes témoin d'un phénomène curieux  : il semble désormais y avoir une corrélation positive entre les indices boursiers et les cours du pétrole. En d'autres termes, lorsque le baril de brut baisse, les bourses mondiales dévissent. Lorsque le prix du pétrole remonte, les marchés financiers le suivent à la hausse...

      Ce phénomène n'est pas seulement nouveau, il est à l'opposé de ce que le bon sens et la doxa économique tenaient pour une évidence il y a encore quelques semaines...

      Pourquoi le prix du pétrole devrait avoir un effet positif sur l'économie


      En principe, une baisse des cours du pétrole est sensé dynamiser l'économie des pays importateurs. A l'inverse une hausse peut, comme ce fut le cas lors des deux chocs pétroliers et en 2008, les précipiter dans la crise.

      En effet, le cours du pétrole donne la direction du prix de l'énergie : il détermine très largement le prix du gaz et dans une moindre mesure celui du charbon. Ces trois ressources fossiles représentent, rappelons-le, plus de 90% de la consommation mondiale d'énergie primaire.
      Or une baisse du prix de l'énergie stimule à la fois la consommation et l'activité :
      • Coté consommateur : la réduction de la facture énergétique fait augmenter le pouvoir d'achat et permet des dépenses qui, dans les pays importateurs au moins, auront un effet multiplicateur plus élevé,
      • Coté producteur : une énergie bon marché, ce sont des coûts de production qui baissent. L'énergie peut aussi se substituer partiellement à d'autres facteurs de production, notamment le travail, ce qui peut permettre d'augmenter la production.
      Pourquoi les bourses mondiales baissent-elles avec le pétrole dans ce cas ? Une seule explication possible : même si ces mécanismes continuent à exister, elles anticipent qu'un prix durablement bas de l'énergie aura des conséquences négatives suffisamment importantes pour les contrebalancer.
      Comme ce phénomène n'a jamais été observé auparavant, ces conséquences négatives sont à rechercher dans la conjoncture actuelle. Elles sont, à mon avis de deux ordres.


      Les hydrocarbures non-conventionnels seront-ils les subprimes de 2016 ?


      Il va de soi que si elle est positive pour les consommateurs, la baisse du prix du pétrole est négative pour les producteurs. De nombreux pays exportateurs d'hydrocarbure font déjà face à d'importants problèmes économiques. Ce n'est pourtant pas un jeu à somme nulle : dans le passé, les gains pour les pays consommateurs ont dépassé les pertes subies ailleurs, de telle sorte que le pétrole bon marché a profité à l'économie mondiale dans son ensemble. Est-ce que cela aurait changé ?

      D'ordinaire, c'étaient des économies périphériques (Venezuela, Moyen-Orient, Angola, Nigeria...) et/ou relativement fermées (URSS dans les années 80) qui subissaient le contrecoup de la baisse du pétrole. Aujourd'hui la première économie mondiale est aussi exposée, ce qui change radicalement la donne.
      En l'espace de quelques années, les États-Unis sont redevenus le premier producteur mondial d'hydrocarbures - place qu'ils tenaient jusqu'au début des années 70 mais à l'époque les prix étaient réglementés. Cet essor est basé sur des investissements importants dans l'extraction des gaz et pétrole non-conventionnels, une filière particulièrement onéreuse qui désigne les producteurs américains comme grands perdants de la baisse actuelle.

      On peut même aller au-delà avec une question qui taraude sans doute les investisseurs : si les producteurs d'hydrocarbures s'enfoncent dans la crise, une contamination est-elle possible au reste de l'économie américaine ? Et en particulier au secteur financier ?
      Le scénario catastrophe serait une répétition du credit crunch de 2008 avec l'oil & gas dans le rôle des subprimes :
      1. Une vague de faillite dans les hydrocarbures non-conventionnels,
      2. Les institutions financières qui sont engagées dans ce secteur commencent à prendre peur,
      3. On ne sait pas exactement qui est exposé et qui ne l'est pas donc plus personne n'ose prêter de l'argent,
      4. Faute de liquidité, le système financier cesse de fonctionner ce qui fait caler le reste de l'économie.
      Un tel scénario est-il réaliste ? Reprenons point par point :
      1. Une vague de faillite : probable. Le coût de production des hydrocarbures non-conventionnels américains est autour de 15$ le baril et comme ceux-ci se négocient généralement en dessous du cours de référence (le West Texas Intermediate), il est probable que beaucoup de producteurs ne parviennent déjà plus à rentrer dans leurs frais. Selon Moody's, le risque de défaut aux États-Unis est au plus haut depuis 2010 et c'est presque entièrement à cause des pétroliers et gaziers.
      2. Des institutions financières qui prennent peur : c'est en tous cas ce que suggère la fébrilité des marchés.
      3. Un système opaque qui provoque une défiance mutuelle : ici, la réponse est moins évidente. La situation n'est peut-être pas aussi catastrophique qu'en 2008 où, par la grâce de la titrisation, des institutions qui n'avaient jamais fait de prêt hypothécaire se retrouvaient avec des actifs toxiques plein leurs placards, mais des incertitudes existent notamment parce que le secteur oil & gas américain est très financiarisé. Aux pertes potentielles liés aux prêts (qui se chiffrent déjà en centaines de milliards) s'ajoutent peut-être d'autres risques plus opaques. 
      En bref, le parallèle entre la situation actuelle et celle qui a précédé l'éclatement de la bulle immobilière en 2008 n'est pas parfait mais il vient assez spontanément à l'esprit... et cela peut suffire dans une industrie où l'opinion moyenne compte plus que son propre jugement.


      Risque de déflation en Europe


      La baisse du prix du pétrole pourrait aussi avoir un effet moins spectaculaire mais tout aussi dévastateur en faisant basculer l'Europe dans la déflation.

      Pour comprendre de quoi il s'agit remontons un peu en arrière. Une baisse du prix de l'énergie entraîne une baisse des prix à la consommation, ce qui a priori stimule la croissance : les consommateurs gagnent du pouvoir d'achat, les entreprises vendent plus et l'activité augmente.
      Mais ce n'est pas toujours le cas. Si la baisse des prix devient générale et durable, c'est-à-dire si on rentre en déflation, les consommateurs seront incités à retarder leurs achats (puisqu'ils ont compris désormais que la télé qu'ils veulent dans leur salon coûtera moins cher dans quelques mois), les investisseurs et les employeurs à leur tour deviendront attentistes et l'économie entrera dans une stagnation qui peut s'éterniser. C'est ce mécanisme qui est à l'origine de la "décennie perdue" au Japon, et un quart de siècle après le pays n'en est pas encore sorti...

      Or l'Europe est depuis plusieurs années déjà sur le fil du rasoir avec une inflation très faible voire ponctuellement négative. A l'échelle nationale : en 2014, 5 pays européens étaient en déflation. En 2015, ils étaient 12, beaucoup n'y échappant que de l'épaisseur du trait : la France, l'Allemagne et l'Italie ont eu l'année dernière un taux d'inflation de... 0.1%.
      la baisse du prix du pétrole et de l'énergie pourrait faire basculer l'Europe dans la déflation et entrainet une nouvelle crise économique
      Inflation annuelle dans la Zone Euro (source : Eurostat)
      Ajoutons que l'Europe est complètement désarmée pour lutter contre une déflation. En effet, il existe deux outils pour cela qui seraient tous les deux inopérants dans la situation actuelle :
      • La méthode la plus conventionnelle consiste à baisser les taux d’intérêt : garder de l'argent sur son compte en banque devient alors moins intéressant et les consommateurs sont de nouveau incités à dépenser. Problème : comment faire lorsque le taux directeur de la Banque Centrale Européenne est déjà de 0.05% ?
      • La seconde méthode est tout simplement d'imprimer des billets et de les déverser sur l'économie, ce qui doit faire diminuer la valeur de la monnaie et donc augmenter les prix. Toutes les grandes économies ont eu recours à un avatar de cette méthode - le quantitative easing - depuis la crise de 2008, la BCE a d'ailleurs accéléré il y a un an. Mais elle ne fonctionne pas en déflation : s'ils anticipent une baisse des prix, les agents économiques vont thésauriser l'argent qu'ont leur donne au lieu de le dépenser. Vous pouvez donc créer autant de monnaie que vous voulez, cela n'aura aucun effet parce qu'elle n'arrivera pas jusqu'à l'économie réelle, c'est ce qu'on appelle un "piège à liquidité".
      Si la baisse des prix de l'énergie se poursuit, elle pourrait bien faire basculer l'Europe dans la déflation. On peut comprendre qu'une stagnation durable de la première zone économique de la planète ne soit pas une perspective très réjouissante pour les marchés.

      Publié le 29 janvier 2016 par Thibault Laconde.


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      Saturday, February 9, 2013

      Donner un prix au carbone Oui mais avec une taxe ou un marché

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      Taxe carbone ou marché ? quelle politique pour baisser nos émissions de CO2 ?
      Quelle(s) politique(s) mettre en oeuvre pour faire baisser nos émissions de gaz à effet de serre ?
      Même si cette question n'est pas directement à l'agenda de la Conférence sur le Climat de Paris (les négociations internationales portent sur les objectifs et laissent les moyens à la convenance des États), l'approche de la COP21 stimule les débats. Et un consensus semble se dessiner en faveur d'un prix du carbone.

      Du FMI à Greenpeace en passant par les grands patrons réunis lors du Business & Climate Summit, presque tout le monde semble d'accord sur cette expression, "prix du carbone", mais l'unanimité s'effrite rapidement lorsqu'il s'agit de l'outil à utiliser. D'un coté, il y a les partisans d'un marché des permis d'émission, de l'autre ceux d'une taxe sur le CO2. Petit comparatif....


      Taxe carbone, marché des émissions... comment ça marche ?


      D'abord, expliquons comment fonctionne un marché du carbone. Vous allez voir, c'est beaucoup plus simple qu'on l'imagine...
      1. Pour commencer, le régulateur définit les personnes et/ou les organisations concernées par le mécanisme. Par exemple, pour le marché du carbone européen (ou EU Emissions Trading System, ETS), il s'agit des producteurs d'énergie (à partir de 20MW) et des industries lourdes (raffinerie, métallurgie, fabrication de ciment, verre, papier, etc.) soit environ 11500 organismes.
      2. Ensuite, il définit une période d'engagement et le niveau d'émission qu'il souhaite pendant cette période.
      3. Il crée le nombre de permis d'émission correspondant. Par exemple si vous voulez émettre 1 milliards de tonnes équivalent-CO2, vous créez un milliard  de permis d'émettre une tonne.
      4. Enfin, le régulateur distribue ces permis aux régulés, il peut les donner gratuitement (c'est le cas dans le système européen pour les secteurs exposés à la concurrence internationale), les mettre aux enchères, etc.
      5. Les régulés peuvent vendre les permis qu'ils ont reçu ou au contraire en acheter d'autres, bref ils font leurs petites affaires. Les permis sont cotés et logiquement le prix varie en fonction de l'offre et de la demande.
      6. A la fin de la période, les régulés doivent posséder le nombre de permis correspondant à leurs émissions sinon ils payent un amende par permis manquant. Dans le système européen, cette amende n'est pas libératoire : les contrevenants doivent payer et acheter les permis manquants.

      Pour une taxe, ça commence pareil mais c'est encore plus facile :
      1. Le régulateur definit les personnes et/ou les organisations concernées par le mécanisme. 
      2. A intervalle régulier, les régulés présentent leurs comptabilités carbones et payent un montant fixé par tonne émise.

      Taxe vs. marché : le match


      Si vous avez suivi jusqu'ici, vous commencez sans doute à comprendre que la différence entre taxe et marché n'est pas que cosmétique.
      En fait, la régulation des émissions de gaz à effet de serre par un prix du carbone est un problème à deux dimensions :
      • D'une part le niveau d'émission acceptable, c'est-à-dire l'impact sur l'environnement,
      • D'autre part le prix d'une tonne de CO2 donc le coût global supporté par l'économie.
      Si vous choisissez une taxe carbone, vous fixez le prix de la tonne mais il vous sera très difficile d'anticiper le niveau d'émission qui en résultera. C'est un vrai casse-tête pour le régulateur : s'il fixe un prix trop faible, les émissions dépasseront le seuil acceptable, si le prix est trop élevé on sera en dessous du seuil mais des activités et des emplois seront détruits inutilement.
      Ajoutons que le régulateur peut aussi avoir d'autres considérations en tête que le niveau de prix optimal : la prochaine manifestation des routiers, le besoin de faire rentrer des recettes pour équilibrer le budget de l'Etat, sa réélection, etc. En bref, la taxe a peu de chance d'être fixée juste au bon niveau par contre elle est simple à mettre en oeuvre et lisible pour les acteurs économiques qui savent précisément combien ils devront payer et pourquoi.

      Si vous choisissez le marché, au contraire, vous fixez la quantité de gaz à effet de serre qui sera émise mais vous ne pouvez pas prévoir le prix de la tonne de carbone, celui-ci est fixé par l'offre et la demande. Il dépend donc des décisions des régulés, de la conjoncture économique ou même de la météo. En théorie, cela ne pose pas de problème : par la grâce de la main invisible le prix s'ajustera au niveau optimal, c'est-à-dire au coût marginal de la dernière réduction d'émission nécessaire pour atteindre le niveau fixé. Le système est donc très simple à gérer pour le régulateur et garantit que l'objectif d'émission sera atteint, en théorie avec un coût social optimal.
      Mais cette fois-ci, le casse-tête est du coté des régulés qui doivent décider de réduire leurs émissions ou d'acheter des crédits sans savoir combien cela leur coûtera. Le marché européen du carbone offre un bel exemple de cette imprévisibilité : depuis sa création il a connu plusieurs crash ce qui a mis en difficulté des entreprises qui, tablant sur un prix plus élevé, avaient investi dans l'amélioration de leur empreinte carbone...

      Ce tableau résume les principales caractéristiques des deux mécanismes :
      avantages et inconvénient de la taxe carbone et du marché d'émission pour réduire les gaz à effet de serre

      Notez au passage que, contrairement à une idée reçu, le système de marché des permis d'émissions n'est pas favorable aux entreprises : au contraire, il garantit le niveau d'émission en laissant les organisations régulées gérer les incertitudes.


      Qui est le gagnant ?


      Vous pouvez sans doute vous faire votre propre opinion...

      En ce qui me concerne, je crois que le marché aurait peut-être été une bonne méthode il y a 20 ans, lorsqu'on avait le temps d'organiser une décroissance lente des émissions, mais que ce n'est plus le cas aujourd'hui. Il nous faut un système qui soit fort et lisible afin d'inciter ceux qui le peuvent à réduire rapidement leurs émissions... et de pousser ceux qui ne peuvent pas à la faillite. C'est donc la taxe qui a ma préférence.

      Mais cette solution pose aussi des problèmes : 
      • Comment gérer les conséquences sociales ? Un prix du carbone, quel que soit la méthode utilisée, vise à modifier la structure de la consommation pour aller vers des produits moins émetteurs en gaz à effet de serre. Les compagnies aériennes, les éleveurs ou les fabricants de voiture, pour ne citer que quelques secteurs présents dans l'actualité, verront nécessairement leurs activités baisser. Et les utilisateurs de leurs produits, qui pour certains n'ont pas de substitution à court-terme, seront sanctionnés.
      • Comment organiser la coexistence des deux systèmes dans les endroits où un marché existe déjà ? Il n'est en effet pas question de démanteler un mécanisme qui fonctionne au risque de perdre à nouveau plusieurs années...
      • Comment éviter les fuites de carbone sans dispenser les secteurs exposés à la concurrence internationale ? La solution idéale serait une mise en place coordonnée dans les principaux pays émetteurs (au moins États-Unis, UE, Inde et Chine). A défaut reste l'idée d'une taxe carbone au frontière mais sa faisabilité pratique et juridique est douteuse.
        On l'a un peu oublié, mais il y a eu au début des années 90 plusieurs projets de taxes carbone aux Etats-Unis et en Europe, ils ont tous échoué faute d'avoir répondu à ces questions...

        Publié le 13 octobre 2015 par Thibault Laconde 


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        Thursday, August 30, 2012

        Pourquoi le prix du pétrole baisse Une tentative dexplication garantie 100 hétérodoxe

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        Baisse du prix du pétrole et "peak demand", une tentative d'explication
        Même si vous ne vous intéréssez pas particulièrement à la question, vous savez probablement que le prix du pétrole s'est effondré depuis mi-2014. Partis au-dessus de 115$ le baril, les indices de référence (Brent et WTI) sont passés sous les 30$ mi-janvier.
        Derrière cette baisse, comme on pouvait s'y attendre, on trouve une offre supérieure à la demande : en 2015, la production de brut a été excédentaire de plus de 650 millions de barils.

        Pour expliquer cette situation, la plupart des analystes pointent du doigt l'Arabie Saoudite en expliquant qu'elle entretient volontairement la surproduction afin de faire baisser les prix et de mettre en faillite les nouveaux producteurs d'hydrocarbure qui ont émergés depuis quelques années, en particulier ceux qui exploitent les huiles de schiste aux États-Unis.

        Cette explication ne m'a jamais paru très convaincante et j'aimerais vous en proposer une autre, qui diffère assez peu dans le fond mais radicalement quant à ses implications.


        Pourquoi la thèse du dumping saoudien contre les "oilmen" américains ne tient pas


        Le rôle de l'Arabie Saoudite est incontestable. Il est, par exemple, apparu clairement lors de la dernière réunion de l'OPEP en novembre où les pays qui voulaient réduire la production se sont heurtés à son opposition. Ce qui reste mystérieux, c'est la motivation des saoudiens alors qu'eux-même souffrent de la baisse des cours.

        Selon l'explication la plus fréquente, l'Arabie Saoudite tenterait tout simplement de pousser ses concurrents américains à la faillite. Cette thèse est en apparence plausible.
        Il y a un précédent : L'OPEP avait tenté (sans succès) une manœuvre de ce type contre les gisements de Mer du Nord dans les années 80. Il y a un mobile : plomber les hydrocarbures non-conventionnels qui ont permis aux États-Unis a rattraper la production pétrolière de l'Arabie Saoudite en 2013.
        Et de fait, les producteurs américains, dont les coûts sont élevés, ne sont pas viables économiquement avec un pétrole à 30$. Une quarantaine d'entreprises du secteur ont fait faillite l'année dernière, elles seront sans doute beaucoup plus nombreuses en 2016.

        Mais si les saoudiens tentent réellement une opération de dumping pour gagner des parts de marchés au détriment des producteurs américains, leur plan ne tient pas la route.
        En effet, l'exploitation des gaz et pétrole de schiste est beaucoup plus souple que celle des autres hydrocarbures : l'extraction est relativement simple techniquement, elle est peu intensive en capital et, comme vous pouvez pratiquement commencer dans votre garage (aux États-Unis, 54% du pétrole est produit par des entreprises qui font moins de 5 millions de chiffre d'affaire), une faillite n'affecte pas irréversiblement la production.
        Ce sont ces caractéristiques qui expliquent que la production ait progressé aussi rapidement dans les dernières années. De la même façon, même si la production d'hydrocarbures de schiste s'effondrait, elle pourrait sans doute revenir au niveau actuel en deux à trois ans au premier signe de retournement du marché.

        En fait, la baisse des cours risque de nuire plus durablement à l'off-shore profond, aux sables bitumineux et même à la production conventionnelle car ces filières nécessitent beaucoup plus d'investissements et des périodes de développement longues. Les projets qui sont abandonnés parce qu'ils ne sont pas rentables avec un pétrole à 30$ pourront difficilement redémarrer avant la prochaine décennie quelle que soit l'évolution des prix.

        En bref, les oilmen souffrent mais la production américaine de pétrole, elle, pourrait sortir renforcée de cette crise. J'ai du mal à croire que l'attitude de l'Arabie Saoudite puisse s'expliquer par un paris aussi incertain.
        Alors essayons autre chose...


        Et s'il s'agissait d'une réaction rationnelle à l'anticipation d'un pic de demande ?


        Imaginons un instant que la demande mondiale de pétrole soit actuellement proche d'un pic après lequel elle va décroitre pour devenir pratiquement nulle à la moitié du siècle. Cette perspective n'est pas que pure fantaisie, c'est celle que les pays réunis à Paris pour la COP21 ont tracé.
        Dans ce cas, ouvrir grand les vannes est la stratégie la plus rationnelle pour un producteur qui possède d'importantes réserves avec des coûts d'exploitation parmi les plus faibles du monde : en vendant aujourd'hui il est assuré de réaliser un bénéfice (puisque ses concurrents ont des coûts plus élevés) alors qu'en conservant ses réserves il risquerait de les voir perdre toute valeur à mesure que la demande baisse. Ce comportement n'a rien d'exceptionnel : lorsqu'une bulle s'apprête à éclater (en l’occurrence le pendant étatique de la "bulle du carbone"), le premier qui s'en aperçoit a tout intérêt à liquider son stock en douce le plus vite possible, même à des prix apparemment inférieur à sa valeur réelle.

        Est-il possible que l'Arabie Saoudite soit parvenue à cette conclusion ? Pourquoi pas, cela pourrait aussi expliquer le projet de privatisation de Saudi Aramco. Et après tout la position saoudienne a toujours été de dire que la demande de pétrole se tarirait avant la ressource : "l'âge de pierre ne s'est pas terminé par manque de pierre", n'est-ce pas...

        "La perspective d'un pic de demande change radicalement l'économie du pétrole."



        Allons un peu plus loin : selon l'évaluation désormais bien connue de Carbon Tracker, 80% des ressources fossiles doivent rester sous terre si nous voulons limiter le réchauffement de la planète à 2°C. C'est-à-dire qu'avec 16% des réserves prouvées de pétrole et 13% de part de marché, l'Arabie Saoudite n'a aucune chance d'exploiter complétement ses ressources.  En d'autres termes, pour les saoudiens, tout se passe comme si leurs réserves étaient désormais infinies : le pétrole n'est plus une ressource épuisable.
        Cela change radicalement le "juste prix" de cette ressource : si une richesse naturelle est non-renouvelable, l'exploiter constitue un arbitrage délicat entre un bénéfice immédiat et un bénéfice futur a priori plus important, mais si elle peut être considérée comme inépuisable alors vous avez intérêt à l'exploiter à pleine capacité dès que le prix du marché vous permet de couvrir vos coûts.
        Pour le dire de façon un peu plus savante : le marché du pétrole redevient ricardien avec une rente différentielle et un prix qui s'aligne sur le coût marginal de production.


        Le baril sous les 40$ pour longtemps...


        Cette interprétation au fond ne change pas grand chose à la compréhension de la situation actuelle - une baisse des cours entretenue par les saoudiens pour préserver leurs intérêts avec pour premières victimes les producteurs américains.
        Par contre, le scénario qu'elle dessine pour la suite est bien différent.

        Sur l'évolution des prix du pétrole

        • Si l'objectif de l'Arabie Saoudite est de gagner des parts de marché en détruisant les producteurs d'hydrocarbures non-conventionnels, le cours du pétrole est appelé à remonter assez rapidement. Soit parce que les saoudiens auront atteint leur but et seront libres de rentabiliser leur opération de dumping par des prix plus élevés, soit parce qu'ils auront accepté leur échec et que le marché reviendra à son état précédent.
        • Mais si l'objectif est de tirer le maximum de leur rente différentielle dans une perspective d'épuisement de la demande, alors le prix pétrole devrait converger à moyen-terme vers son coût marginal de production (probablement en dessous de 40$) et, d'ici-là, rester bas voire continuer à baisser jusqu'à ce que la production se soit ajustée.

        Sur la stratégie à adopter par les producteurs

        • Si l'objectif de l'Arabie Saoudite est de pousser le maximum de producteurs de pétrole de schiste à la faillite, ceux-ci ont tout intérêt à poursuivre leur activité aussi longtemps que possible parce que les survivants peuvent espérer redevenir rentables d'ici quelques mois à la faveur d'une remontée des cours et de la disparition de nombre de leurs concurrents.
        • Mais si l'attitude saoudienne est motivée par une baisse de la demande, alors les hydrocarbures les plus couteux à produire ne sont définitivement plus viables économiquement. La production va baisser là où elle est la moins rentable (États-Unis, Canada, Brésil et Europe) et  progresser dans les pays où les coûts sont les plus faibles (Moyen Orient, Russie et dans une moindre mesure Afrique, Amérique du Sud et Asie). S'obstiner à produire à perte ne fera que pousser le prix du pétrole encore plus loin à la baisse et rendre l'explosion de la bulle plus douloureuse pour l'ensemble de l'économie.

        Sur la stratégie à adopter par les gouvernements

        •  S'il s'agit d'une opération de dumping, on peut s'attendre à ce que les gouvernements soutiennent leurs producteurs. Les États-Unis qui ont levé en décembre l'interdiction d'exporter du pétrole pourraient, par exemple, être tenté d'inverser leur politique en imposant des restriction à l'importation.
        • Mais s'il s'agit d'un signe avant-coureur de l'adaptation de l'appareil productif mondial à la disparition des énergies fossiles alors il convient au contraire de faciliter et d'accompagner cette évolution.

        Voilà pour cette première réflexion... Certains passages mériteraient probablement d'être affinés ou mieux formalisés. Je vais y travailler dans les prochains jours.
        En attendant n'hésitez pas à me donner vos avis.


        Publié le 2 février 2015 par Thibault Laconde

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        Illustration : Martyn Gorman [CC-BY-SA-2.0] via Geograph
         
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