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Wednesday, April 1, 2015

La COP21 sera t elle un succès et autres tentatives plus ou moins imprudentes de divination

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prévoir le déroulement de la COP21 et ses résultats pour le climat
Demain s'ouvre officiellement la conférence de Paris sur le Climat. Ses objectifs sont connus - ils ont été fixés par le mandat de Durban : il s'agit d'une part de trouver un nouvel accord permettant de limiter la hausse de la température moyenne à 2°C et d'autre part de financer l'adaptation des pays en développement.

Mais que va-t-il vraiment se passer pendant ces deux semaines. Comme disait l'autre, "la prédiction est un art difficile, surtout lorsqu'elle concerne l'avenir", mais il faut savoir vivre dangereusement...

Voici donc en 4 questions, ce qui va vraisemblablement se passer et pourquoi :
  • Y aura-t-il un accord juridiquement contraignant ? 
  • Sera-t-il suffisant pour rester sous le seuil des 2°C ?
  • Qui seront les pays au centre des discussions ?
  • Et pour finir, est-ce que la COP21 sera un succès ?
Rendez-vous dans deux semaines pour vérifier...

[Edit] Pour savoir ce qu'il s'est passé pendant la COP21, vous pouvez desormais télécharger mon analyse de l'Accord de Paris et de ses implications technologiques et économiques



    Y aura-t-il un accord juridiquement contraignant ?

    Oui, mais pas entièrement.


    Les pays ne se séparent presque jamais après une COP sans un accord (la seule exception est la COP6 de La Haye). La question n'est donc pas s'il y aura un accord à la COP21 mais à quoi il ressemblera. Et en particulier : la conférence de Paris pourra-t-elle aboutir à un texte juridiquement contraignant ?

    Un accord juridiquement contraignant s'impose sur le droit national des pays qui le ratifient : une fois que vous vous êtes engagé, vous ne pouvez plus revenir en arrière même en modifiant votre  loi ou votre constitution. C'est donc, en théorie, un engagement très fort. Et comme les règles de l'ONU impose l'unanimité, il est toujours difficile d'y parvenir.

    Mais si l'accord de Paris ne sera pas entièrement juridiquement contraignant, c'est pour une autre raison : Barack Obama n'a ni le temps, ni les moyens politiques d'obtenir le vote des deux-tiers du Sénat, comme l'impose la Constitution américaine pour la ratification des accords internationaux.
    Il peut s'en sortir par une pirouette juridique : le président des États-Unis peut engager son pays sans passer par le Sénat avec un "executive agreement". De nombreux juristes ont planché sur la question et le consensus qui se dégage est qu'Obama pourrait signer sans l'accord du Sénat à condition que le texte ne contienne pas d'engagement d'émission ni de financement.
    Évidemment, cela réduit fortement les ambitions... Mais a-t-on le choix ? Les États-Unis sont le deuxième émetteur de gaz à effet de serre de la planète et il est peu probable que les grands pays émergents, Inde (3e émetteur) et Chine (1ère) en tête, signent s'ils ont un doute sur l'engagement américain.

    Sauf à créer une coquille vide, la communauté internationale est donc obligée de tailler un texte sur mesure pour les États-Unis. Cette contrainte exclut un accord entièrement juridiquement contraignant, il est probable que le texte qui sortira de la COP21 sera hybride : avec des parties contraignantes (probablement la procédure de révision des engagements) complétés par des engagements politiques (sur les émissions et les financements).


    Est-ce que l'accord permettra de rester sous le seuil de 2°C ?

    Non.


    C'est l'autre point-clé du mandat de Durban, hérité de la conférence de Copenhague : la communauté internationale veut limiter la hausse de la température moyenne à 2°C entre le début de l'ère industrielle et la fin du XXIe siècle.
    Les engagements de réduction des émissions qui seront pris à Paris (et qui n'auront pas de valeur juridique, cf. paragraphe précédent) seront sans doute insuffisants pour atteindre cet objectif. En effet, en amont de la conférence, les participants ont été invités à communiquer les engagement qu'ils sont prêts à prendre (aussi appelés INDC). Lorsque l'on agrège ces chiffres et qu'on les entre dans un modèle climatique, on voit qu'on se trouve sur la trajectoire d'une hausse de 3°C plutôt que de 2.

    Un degrés de plus, ça peut paraître peu mais cela correspond à plusieurs centaines de milliards de tonnes de dioxyde de carbone. Même si on est pas à l'abri d'une bonne surprise et d'engagements plus ambitieux annoncés pendant la conférence, il est peu probable qu'ils soient suffisants. C'est la raison pour laquelle il est important que l'accord contienne des clauses de revoyure, prévoyant un examen et une révision régulière des engagements.


    Quels pays vont bloquer ? Quels pays vont être au centre des discussions ?

    Les pays pétroliers et les grands émergents


    Les INDC permettent également de deviner le rôle des différents pays, et deux choses semblent évidentes :
    • Les pays pétroliers n'ont pas caché leurs mauvaise volonté : seuls deux pays membres de l'Organisation des Pays Producteurs de Pétrole ont publié leurs INDC dans les temps (l'Algérie et l'Equateur). Et lorsque, comme l'Arabie Saoudite, ils ont fini par rendre leurs copies elles se sont révélées très décevantes.
    • La Chine et l'Inde sont désormais au coeur du problème. Au début des années 90, le changement climatique était surtout un problème européen et américain. Depuis la Chine a connu un développement fulgurant et elle est devenue le premier émetteur mondial de gaz à effet de serre en 2007, l'Inde suit aujourd'hui le même chemin. D'après les INDC, en 2030, l'Inde et la Chine devraient être les deux premiers pollueurs de la planète très loin devant les États-Unis et l'Union Européenne.

      prévision d'émission de GES pour les principaux pays en 2030 : pourquoi la Chine et l'Inde seront les pays-clé de la COP21

      D'ici 15 ans, les émissions de ces deux pays devraient écraser celles des autres grandes économies : la Chine émettra 5 fois plus que l'Europe, l'Inde 3 fois plus. Et les émissions australiennes, par exemple, ne représenteront plus que 3% des émissions chinoises... Dans ces conditions, la Chine et l'Inde vont se retrouver au coeur des discussions : compte-tenu des volumes en jeu un effort supplémentaire de leur part, même quelques dixièmes de pourcents, sera significatif ! La position de l'Inde, qui est traditionnellement très attachée au droit au développement, sera particulièrement observée.
    Ces deux groupes de pays sont, a priori, protégés par le principe de responsabilité commune mais différenciée. Un principe inscrit dans la Convention Climat signée en 1992 et qui veut que les pays industrialisés (listés dans l'annexe I) soient les principaux responsables du changement climatique et doivent porter l'essentiel des efforts. On peut donc prévoir que ce principe de différencienciation sera au coeur des discussions.


      Alors, la COP21 sera un succès ou un échec ?

      Tout dépend ce qu'on en attend...


      Vous l'aurez compris à ce stade, il y aura vraisemblablement un accord le 11 décembre mais il sera insuffisant et très en recul par rapport aux objectifs affichés par le mandat de Durban.
      Mais d'un autre coté, le texte qui sortira de la COP21 sera sans doute le plus ambitieux et le plus complet de l'histoire des négociations climatiques : pour la première fois tous les pays devraient être à bord et s'engager sur une trajectoire de réchauffement beaucoup plus basse que les 4 à 5°C que nous aurions si nous ne faisions rien. La conférence de Paris devrait aussi permettre de redéfinir une méthode et des principes qui remettent les discussions sur les rails après 20 ans d'échec.

      Alors est-ce que ça en fait un échec ou un succès ? Une chose est sure : la question du changement climatique ne sera pas résolue à la fin du sommet : les engagements pris devront être vérifiés et revus régulièrement, ils devront être déclinés dans les politiques nationales, mis en oeuvre par les collectivités, les entreprises et les consommateurs... Même si je m'attend à un succès, la conférence de Paris sera plus un nouveau départ qu'un aboutissement.

      Publié le 29 novembre 2015 par Thibault Laconde


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      Thursday, October 3, 2013

      Pourquoi la chute des prix du pétrole déprime t elle les marchés financiers

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      Pourquoi la chute du prix du pétrole fait-elle baisser les marchés financier ?En ce début d'année 2016, nous sommes témoin d'un phénomène curieux  : il semble désormais y avoir une corrélation positive entre les indices boursiers et les cours du pétrole. En d'autres termes, lorsque le baril de brut baisse, les bourses mondiales dévissent. Lorsque le prix du pétrole remonte, les marchés financiers le suivent à la hausse...

      Ce phénomène n'est pas seulement nouveau, il est à l'opposé de ce que le bon sens et la doxa économique tenaient pour une évidence il y a encore quelques semaines...

      Pourquoi le prix du pétrole devrait avoir un effet positif sur l'économie


      En principe, une baisse des cours du pétrole est sensé dynamiser l'économie des pays importateurs. A l'inverse une hausse peut, comme ce fut le cas lors des deux chocs pétroliers et en 2008, les précipiter dans la crise.

      En effet, le cours du pétrole donne la direction du prix de l'énergie : il détermine très largement le prix du gaz et dans une moindre mesure celui du charbon. Ces trois ressources fossiles représentent, rappelons-le, plus de 90% de la consommation mondiale d'énergie primaire.
      Or une baisse du prix de l'énergie stimule à la fois la consommation et l'activité :
      • Coté consommateur : la réduction de la facture énergétique fait augmenter le pouvoir d'achat et permet des dépenses qui, dans les pays importateurs au moins, auront un effet multiplicateur plus élevé,
      • Coté producteur : une énergie bon marché, ce sont des coûts de production qui baissent. L'énergie peut aussi se substituer partiellement à d'autres facteurs de production, notamment le travail, ce qui peut permettre d'augmenter la production.
      Pourquoi les bourses mondiales baissent-elles avec le pétrole dans ce cas ? Une seule explication possible : même si ces mécanismes continuent à exister, elles anticipent qu'un prix durablement bas de l'énergie aura des conséquences négatives suffisamment importantes pour les contrebalancer.
      Comme ce phénomène n'a jamais été observé auparavant, ces conséquences négatives sont à rechercher dans la conjoncture actuelle. Elles sont, à mon avis de deux ordres.


      Les hydrocarbures non-conventionnels seront-ils les subprimes de 2016 ?


      Il va de soi que si elle est positive pour les consommateurs, la baisse du prix du pétrole est négative pour les producteurs. De nombreux pays exportateurs d'hydrocarbure font déjà face à d'importants problèmes économiques. Ce n'est pourtant pas un jeu à somme nulle : dans le passé, les gains pour les pays consommateurs ont dépassé les pertes subies ailleurs, de telle sorte que le pétrole bon marché a profité à l'économie mondiale dans son ensemble. Est-ce que cela aurait changé ?

      D'ordinaire, c'étaient des économies périphériques (Venezuela, Moyen-Orient, Angola, Nigeria...) et/ou relativement fermées (URSS dans les années 80) qui subissaient le contrecoup de la baisse du pétrole. Aujourd'hui la première économie mondiale est aussi exposée, ce qui change radicalement la donne.
      En l'espace de quelques années, les États-Unis sont redevenus le premier producteur mondial d'hydrocarbures - place qu'ils tenaient jusqu'au début des années 70 mais à l'époque les prix étaient réglementés. Cet essor est basé sur des investissements importants dans l'extraction des gaz et pétrole non-conventionnels, une filière particulièrement onéreuse qui désigne les producteurs américains comme grands perdants de la baisse actuelle.

      On peut même aller au-delà avec une question qui taraude sans doute les investisseurs : si les producteurs d'hydrocarbures s'enfoncent dans la crise, une contamination est-elle possible au reste de l'économie américaine ? Et en particulier au secteur financier ?
      Le scénario catastrophe serait une répétition du credit crunch de 2008 avec l'oil & gas dans le rôle des subprimes :
      1. Une vague de faillite dans les hydrocarbures non-conventionnels,
      2. Les institutions financières qui sont engagées dans ce secteur commencent à prendre peur,
      3. On ne sait pas exactement qui est exposé et qui ne l'est pas donc plus personne n'ose prêter de l'argent,
      4. Faute de liquidité, le système financier cesse de fonctionner ce qui fait caler le reste de l'économie.
      Un tel scénario est-il réaliste ? Reprenons point par point :
      1. Une vague de faillite : probable. Le coût de production des hydrocarbures non-conventionnels américains est autour de 15$ le baril et comme ceux-ci se négocient généralement en dessous du cours de référence (le West Texas Intermediate), il est probable que beaucoup de producteurs ne parviennent déjà plus à rentrer dans leurs frais. Selon Moody's, le risque de défaut aux États-Unis est au plus haut depuis 2010 et c'est presque entièrement à cause des pétroliers et gaziers.
      2. Des institutions financières qui prennent peur : c'est en tous cas ce que suggère la fébrilité des marchés.
      3. Un système opaque qui provoque une défiance mutuelle : ici, la réponse est moins évidente. La situation n'est peut-être pas aussi catastrophique qu'en 2008 où, par la grâce de la titrisation, des institutions qui n'avaient jamais fait de prêt hypothécaire se retrouvaient avec des actifs toxiques plein leurs placards, mais des incertitudes existent notamment parce que le secteur oil & gas américain est très financiarisé. Aux pertes potentielles liés aux prêts (qui se chiffrent déjà en centaines de milliards) s'ajoutent peut-être d'autres risques plus opaques. 
      En bref, le parallèle entre la situation actuelle et celle qui a précédé l'éclatement de la bulle immobilière en 2008 n'est pas parfait mais il vient assez spontanément à l'esprit... et cela peut suffire dans une industrie où l'opinion moyenne compte plus que son propre jugement.


      Risque de déflation en Europe


      La baisse du prix du pétrole pourrait aussi avoir un effet moins spectaculaire mais tout aussi dévastateur en faisant basculer l'Europe dans la déflation.

      Pour comprendre de quoi il s'agit remontons un peu en arrière. Une baisse du prix de l'énergie entraîne une baisse des prix à la consommation, ce qui a priori stimule la croissance : les consommateurs gagnent du pouvoir d'achat, les entreprises vendent plus et l'activité augmente.
      Mais ce n'est pas toujours le cas. Si la baisse des prix devient générale et durable, c'est-à-dire si on rentre en déflation, les consommateurs seront incités à retarder leurs achats (puisqu'ils ont compris désormais que la télé qu'ils veulent dans leur salon coûtera moins cher dans quelques mois), les investisseurs et les employeurs à leur tour deviendront attentistes et l'économie entrera dans une stagnation qui peut s'éterniser. C'est ce mécanisme qui est à l'origine de la "décennie perdue" au Japon, et un quart de siècle après le pays n'en est pas encore sorti...

      Or l'Europe est depuis plusieurs années déjà sur le fil du rasoir avec une inflation très faible voire ponctuellement négative. A l'échelle nationale : en 2014, 5 pays européens étaient en déflation. En 2015, ils étaient 12, beaucoup n'y échappant que de l'épaisseur du trait : la France, l'Allemagne et l'Italie ont eu l'année dernière un taux d'inflation de... 0.1%.
      la baisse du prix du pétrole et de l'énergie pourrait faire basculer l'Europe dans la déflation et entrainet une nouvelle crise économique
      Inflation annuelle dans la Zone Euro (source : Eurostat)
      Ajoutons que l'Europe est complètement désarmée pour lutter contre une déflation. En effet, il existe deux outils pour cela qui seraient tous les deux inopérants dans la situation actuelle :
      • La méthode la plus conventionnelle consiste à baisser les taux d’intérêt : garder de l'argent sur son compte en banque devient alors moins intéressant et les consommateurs sont de nouveau incités à dépenser. Problème : comment faire lorsque le taux directeur de la Banque Centrale Européenne est déjà de 0.05% ?
      • La seconde méthode est tout simplement d'imprimer des billets et de les déverser sur l'économie, ce qui doit faire diminuer la valeur de la monnaie et donc augmenter les prix. Toutes les grandes économies ont eu recours à un avatar de cette méthode - le quantitative easing - depuis la crise de 2008, la BCE a d'ailleurs accéléré il y a un an. Mais elle ne fonctionne pas en déflation : s'ils anticipent une baisse des prix, les agents économiques vont thésauriser l'argent qu'ont leur donne au lieu de le dépenser. Vous pouvez donc créer autant de monnaie que vous voulez, cela n'aura aucun effet parce qu'elle n'arrivera pas jusqu'à l'économie réelle, c'est ce qu'on appelle un "piège à liquidité".
      Si la baisse des prix de l'énergie se poursuit, elle pourrait bien faire basculer l'Europe dans la déflation. On peut comprendre qu'une stagnation durable de la première zone économique de la planète ne soit pas une perspective très réjouissante pour les marchés.

      Publié le 29 janvier 2016 par Thibault Laconde.


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