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Wednesday, April 1, 2015

La COP21 sera t elle un succès et autres tentatives plus ou moins imprudentes de divination

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prévoir le déroulement de la COP21 et ses résultats pour le climat
Demain s'ouvre officiellement la conférence de Paris sur le Climat. Ses objectifs sont connus - ils ont été fixés par le mandat de Durban : il s'agit d'une part de trouver un nouvel accord permettant de limiter la hausse de la température moyenne à 2°C et d'autre part de financer l'adaptation des pays en développement.

Mais que va-t-il vraiment se passer pendant ces deux semaines. Comme disait l'autre, "la prédiction est un art difficile, surtout lorsqu'elle concerne l'avenir", mais il faut savoir vivre dangereusement...

Voici donc en 4 questions, ce qui va vraisemblablement se passer et pourquoi :
  • Y aura-t-il un accord juridiquement contraignant ? 
  • Sera-t-il suffisant pour rester sous le seuil des 2°C ?
  • Qui seront les pays au centre des discussions ?
  • Et pour finir, est-ce que la COP21 sera un succès ?
Rendez-vous dans deux semaines pour vérifier...

[Edit] Pour savoir ce qu'il s'est passé pendant la COP21, vous pouvez desormais télécharger mon analyse de l'Accord de Paris et de ses implications technologiques et économiques



    Y aura-t-il un accord juridiquement contraignant ?

    Oui, mais pas entièrement.


    Les pays ne se séparent presque jamais après une COP sans un accord (la seule exception est la COP6 de La Haye). La question n'est donc pas s'il y aura un accord à la COP21 mais à quoi il ressemblera. Et en particulier : la conférence de Paris pourra-t-elle aboutir à un texte juridiquement contraignant ?

    Un accord juridiquement contraignant s'impose sur le droit national des pays qui le ratifient : une fois que vous vous êtes engagé, vous ne pouvez plus revenir en arrière même en modifiant votre  loi ou votre constitution. C'est donc, en théorie, un engagement très fort. Et comme les règles de l'ONU impose l'unanimité, il est toujours difficile d'y parvenir.

    Mais si l'accord de Paris ne sera pas entièrement juridiquement contraignant, c'est pour une autre raison : Barack Obama n'a ni le temps, ni les moyens politiques d'obtenir le vote des deux-tiers du Sénat, comme l'impose la Constitution américaine pour la ratification des accords internationaux.
    Il peut s'en sortir par une pirouette juridique : le président des États-Unis peut engager son pays sans passer par le Sénat avec un "executive agreement". De nombreux juristes ont planché sur la question et le consensus qui se dégage est qu'Obama pourrait signer sans l'accord du Sénat à condition que le texte ne contienne pas d'engagement d'émission ni de financement.
    Évidemment, cela réduit fortement les ambitions... Mais a-t-on le choix ? Les États-Unis sont le deuxième émetteur de gaz à effet de serre de la planète et il est peu probable que les grands pays émergents, Inde (3e émetteur) et Chine (1ère) en tête, signent s'ils ont un doute sur l'engagement américain.

    Sauf à créer une coquille vide, la communauté internationale est donc obligée de tailler un texte sur mesure pour les États-Unis. Cette contrainte exclut un accord entièrement juridiquement contraignant, il est probable que le texte qui sortira de la COP21 sera hybride : avec des parties contraignantes (probablement la procédure de révision des engagements) complétés par des engagements politiques (sur les émissions et les financements).


    Est-ce que l'accord permettra de rester sous le seuil de 2°C ?

    Non.


    C'est l'autre point-clé du mandat de Durban, hérité de la conférence de Copenhague : la communauté internationale veut limiter la hausse de la température moyenne à 2°C entre le début de l'ère industrielle et la fin du XXIe siècle.
    Les engagements de réduction des émissions qui seront pris à Paris (et qui n'auront pas de valeur juridique, cf. paragraphe précédent) seront sans doute insuffisants pour atteindre cet objectif. En effet, en amont de la conférence, les participants ont été invités à communiquer les engagement qu'ils sont prêts à prendre (aussi appelés INDC). Lorsque l'on agrège ces chiffres et qu'on les entre dans un modèle climatique, on voit qu'on se trouve sur la trajectoire d'une hausse de 3°C plutôt que de 2.

    Un degrés de plus, ça peut paraître peu mais cela correspond à plusieurs centaines de milliards de tonnes de dioxyde de carbone. Même si on est pas à l'abri d'une bonne surprise et d'engagements plus ambitieux annoncés pendant la conférence, il est peu probable qu'ils soient suffisants. C'est la raison pour laquelle il est important que l'accord contienne des clauses de revoyure, prévoyant un examen et une révision régulière des engagements.


    Quels pays vont bloquer ? Quels pays vont être au centre des discussions ?

    Les pays pétroliers et les grands émergents


    Les INDC permettent également de deviner le rôle des différents pays, et deux choses semblent évidentes :
    • Les pays pétroliers n'ont pas caché leurs mauvaise volonté : seuls deux pays membres de l'Organisation des Pays Producteurs de Pétrole ont publié leurs INDC dans les temps (l'Algérie et l'Equateur). Et lorsque, comme l'Arabie Saoudite, ils ont fini par rendre leurs copies elles se sont révélées très décevantes.
    • La Chine et l'Inde sont désormais au coeur du problème. Au début des années 90, le changement climatique était surtout un problème européen et américain. Depuis la Chine a connu un développement fulgurant et elle est devenue le premier émetteur mondial de gaz à effet de serre en 2007, l'Inde suit aujourd'hui le même chemin. D'après les INDC, en 2030, l'Inde et la Chine devraient être les deux premiers pollueurs de la planète très loin devant les États-Unis et l'Union Européenne.

      prévision d'émission de GES pour les principaux pays en 2030 : pourquoi la Chine et l'Inde seront les pays-clé de la COP21

      D'ici 15 ans, les émissions de ces deux pays devraient écraser celles des autres grandes économies : la Chine émettra 5 fois plus que l'Europe, l'Inde 3 fois plus. Et les émissions australiennes, par exemple, ne représenteront plus que 3% des émissions chinoises... Dans ces conditions, la Chine et l'Inde vont se retrouver au coeur des discussions : compte-tenu des volumes en jeu un effort supplémentaire de leur part, même quelques dixièmes de pourcents, sera significatif ! La position de l'Inde, qui est traditionnellement très attachée au droit au développement, sera particulièrement observée.
    Ces deux groupes de pays sont, a priori, protégés par le principe de responsabilité commune mais différenciée. Un principe inscrit dans la Convention Climat signée en 1992 et qui veut que les pays industrialisés (listés dans l'annexe I) soient les principaux responsables du changement climatique et doivent porter l'essentiel des efforts. On peut donc prévoir que ce principe de différencienciation sera au coeur des discussions.


      Alors, la COP21 sera un succès ou un échec ?

      Tout dépend ce qu'on en attend...


      Vous l'aurez compris à ce stade, il y aura vraisemblablement un accord le 11 décembre mais il sera insuffisant et très en recul par rapport aux objectifs affichés par le mandat de Durban.
      Mais d'un autre coté, le texte qui sortira de la COP21 sera sans doute le plus ambitieux et le plus complet de l'histoire des négociations climatiques : pour la première fois tous les pays devraient être à bord et s'engager sur une trajectoire de réchauffement beaucoup plus basse que les 4 à 5°C que nous aurions si nous ne faisions rien. La conférence de Paris devrait aussi permettre de redéfinir une méthode et des principes qui remettent les discussions sur les rails après 20 ans d'échec.

      Alors est-ce que ça en fait un échec ou un succès ? Une chose est sure : la question du changement climatique ne sera pas résolue à la fin du sommet : les engagements pris devront être vérifiés et revus régulièrement, ils devront être déclinés dans les politiques nationales, mis en oeuvre par les collectivités, les entreprises et les consommateurs... Même si je m'attend à un succès, la conférence de Paris sera plus un nouveau départ qu'un aboutissement.

      Publié le 29 novembre 2015 par Thibault Laconde


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      Tuesday, December 9, 2014

      Jai un projet décriture et jaimerais votre avis

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      Voici près de 4 ans que je tiens ce blog... C'est un expérience extrêmement enrichissante mais aussi, parfois, un peu frustrante parce que je peux difficilement aller au-delà de 6000 ou 7000 signes. Alors régulièrement j'ai envie d'écrire sans être limité... Et pourquoi pas un livre ? Justement, voici qu'arrive l'été - morte saison pour les blogueurs. Si c'était l'occasion de s'y mettre ?
      J'y ai un peu réfléchi. J'ai essayé de comprendre ce qui fait le succès de ce site, et ce qui me manque lorsque je vais faire le tour des librairies... Je crois qu'il serait possible de parler d'écologie et de développement durable de façon accessible sans tomber dans la simplification ou la moralisation. Ce sont des sujets complexes c'est vrai, parce qu'ils ont toujours des dimensions politiques, économiques, culturelles... mais ils nous concernent tous.

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      Saturday, August 2, 2014

      Avis dexpert Pourra t on un jour retirer des gaz à effet de serre de latmosphère

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      Dans quelques jours, l'Accord de Paris sur le climat sera ouvert à la signature au siège new-yorkais de l'ONU. C'est une première étape vers son entrée en vigueur, et l'occasion se s’interroger sur les effets de cet accord dans les années et les décennies qui viennent.

      > Cet entretien est extrait d'une étude sur les implications économiques et technologiques à long-terme de l'Accord de Paris. Vous pouvez télécharger l'étude complète ici.


      En se donnant pour objectifs d'atteindre zéro émission nette pendant la seconde moitié du XXIe siècle (article 4 : "parvenir à un équilibre entre les émissions anthropiques par les sources et les absorptions anthropiques par les puits de gaz à effet de serre au cours de la  deuxième  moitié  du  siècle"), l'Accord de Paris sous-entend que nous serions capable de retirer des gaz à effet de serre de l'atmosphère et ainsi de compenser les émissions que nous ne parviendrons pas à éliminer.
      En réalité, si nous commençons à savoir capter le dioxyde de carbone dans les fumées des installations émettrices, nous sommes encore loin de pouvoir l'isoler en grandes quantités dans l'air ambiant où il est 500 fois moins concentré. Alors, la capture atmosphérique du carbone est-elle un mirage ?
      J'en ai discuté avec Noah Deich, directeur du Center for Carbon Removal à l'université de Berkeley.


      En quoi la capture atmosphérique du carbone est-elle importante après l'Accord de Paris ?

      représentation d'une molécule de dioxyde de carbone (CO2), principal gaz à effet de serre d'origine humaineLa capture du carbone est très précieuse pour atteindre l'objectif de long-terme de l'Accord de Paris. Au rythme actuel, le budget carbone permettant de limiter le réchauffement à 2°C sera épuisé dans 20 ans et le budget associé à 1.5°C sera épuisé dans seulement 6 ans. Même si les INDC proposées avant la COP21 sont toutes respectées, les émissions vont continuer à croitre pendant les prochaines décennies. Comme seule la capture atmosphérique peut compenser un dépassement de notre budget carbone, c'est une assurance vitale au cas où nous ne pourrions pas réduire les émissions assez vite .
      Une autre raison importante pour développer les solutions de capture atmosphérique du carbone est qu'elles peuvent aider à élargir le soutien aux politiques climatiques, ce qui utile aussi bien pour réduire les émissions que pour capturer le CO2. Une explication complète de l’intérêt de la capture atmosphérique est disponible dans notre rapport Philanthropy Beyond Carbon Neutrality.

      La capture atmosphérique est souvent vue comme de la science-fiction, qu'en est-il vraiment ?

      La capture du carbone est souvent représentée à tort comme une seule solution ou une seule approche. En réalité, il existe une large variété de solutions écologiques et technologiques capables de retirer du CO2 de l'air, par exemple la restauration des écosystèmes, le biocharbon, la biomasse avec capture et séquestration du CO2 et des procédés chimiques qui isole le CO2 directement dans l'air ambiant.
      Toutes ces approches nécessitent encore de la recherche et développement avant que nous puissions retirer le dioxyde de carbone de l'atmosphère de façon sure et efficace. D'une manière générale, les techniques écologiques sont plus proches de leur maturité commerciale mais des pilotes et des démonstrateurs existent pour des technologies comme la biomasse + CSC ou la capture directe. Il ne s'agit donc certainement pas de science-fiction.

      Aperçu des méthodes de capture atmosphérique du carbone envisagées à l'heure actuelle
      (cliquer sur l'image pour agrandir)

      Quel est le retour d'expérience des projets existants ?

      Les premiers projets montrent que les méthodes biologiques nécessitent une comptabilité carbone et des standards d'analyse de cycle de vie rigoureux avant de pouvoir être valorisées. Les solutions technologiques, elles, sont encore chères mais les essais montrent que les coûts pourraient baisser considérablement avec leur déploiement. Nos analyses présentent plus d'informations sur les projets et les différentes solutions.
      La question clé est l'échelle : Quelles solutions ont le meilleurs potentiel ? Et sous quelles conditions pourront-elles être mises sur le marché ?

      Qu'est-ce qui est nécessaire aujourd'hui pour accélérer le développement de la capture atmosphérique ?

      De la recherche et développement et des démonstrateurs pour faire baisser les coûts et améliorer la comptabilisation du carbone, ainsi que des politiques, des réglementations et des marchés qui créent une demande pour la capture atmosphérique. Il faut encore de la R&D pour un grand nombre de solution et il est trop tôt pour dire qui seront les gagnants et les perdants.

      A votre avis, quand la capture atmosphérique pourrait-elle commencer à jouer un rôle significatif dans la lutte contre le changement climatique ? Et à quel prix ?

      D'ici une décennie, la capture atmosphérique pourrait jouer un rôle majeur dans les efforts d'atténuation. Je m'attend à ce que les premiers développement portent sur les solutions agricoles et écosystémiques qui s'appuient sur la photosynthèse pour séquestrer le carbone dans les plantes et les sols. Les systèmes technologiques, comme la biomasse + CSC ou la capture directe, pourraient être disponibles à l'échelle commerciale peu après. La vitesse à laquelle ces solutions seront commercialisées dépend des investissement qui seront réalisés par les gouvernements et le secteur privé.
      A long-terme, les coûts seront vraisemblablement entre 10 et 100$ par tonne équivalent CO2. Mais il est difficile de dire combien cela va couter de développer ces techniques jusqu'au moment où elle deviendront rentables.


      Publié le 20 avril 2016 par Thibault Laconde



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      Friday, May 17, 2013

      Le changement climatique opportunité ou menace Demandons son avis à un homme préhistorique

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      A priori, une hausse de la température moyenne est plutôt une chose sympathique. Entre autres, on peut espérer réduire les dépenses de chauffage, accélérer la croissance des plantes (donc les rendements agricoles) et aller à la plage plus souvent.
      C'est d'ailleurs comme ça que le voyait Svante Arrhenius, le premier a avoir compris que l'utilisation à grande échelle d'énergie fossile allait faire augmenter la température moyenne de la planète.
      En 1896, il calcule qu'un doublement de la concentration en dioxyde de carbone dans l'athmosphère conduirait à un réchauffement de 4°C (c'est à peu de choses près ce que prévoit toujours aujourd'hui le GIEC). Mais cette perspective ne l'inquiète pas particulièrement. D'autant qu'il savait déjà que le climat change naturellement : les archéologues du XIXe siècle avaient compris en analysant les restes d'animaux découverts sur des sites préhistoriques que la température avait changé significativement dans le passé - c'est d'ailleurs pour expliquer ces découvertes qu'Arrhenius s'intéresse à l'effet de serre. 


      Les variations climatiques du paléolithique supérieur et leur impact sur l'homme


      S'il avait disposé des connaissances que nous avons actuellement sur sur les variations passées du climat et de leurs conséquences pour les premiers hommes, il aurait peut-être été un peu moins enthousiaste....

      Lorsque les premiers hommes modernes débarquent en Europe, il y a environ 40.000 ans, ils y trouvent un climat a priori hostile : nous sommes en plein dans le dernier maximum glaciaire, une période de refroidissement global qui a culiminé il y a environ 20.000 ans, et la moitié nord de l'Europe est recouverte de quelques kilomètres de glace. Cependant cette période est ponctuée de rechauffements rapides et brefs. La température remonte alors pour atteindre des niveaux tempérés pendant quelques siècles. Ces anomalies sont connues sous le nom d'évenements de Heinrich et de cycle de Dansgaard-Oeschger et leur origine reste incertaine.

      Question : comment se sont comportés nos lointain ancètres lorsque ces événements leur offraient pour quelques générations un climat tempéré ?
      On peut répondre, au moins en partie, grâce aux progrès de la la datation au carbone 14 (notamment à la spectrométrie de masse par accélérateur) qui permet de dater précisément les vestiges et donc d'extrapoler les variations de population dans le temps. Et là, surprise...


      Les premiers européens préféraient le froid...


      Comme tout bon européen, nos ancètres sont allés se mettre à l'abri du froid en Espagne et dans le Sud de la France. Ils y resteront pendant toute la période glaciaire avec une population ne dépassant pas 40.000 individus (Van Andel et Davies, 2003).

      Plus surprenant : les intermèdes tempérés ne permettent pas à la population de croitre. C'est même le contraire qui s'est produit : la fréquences des sites baisse nettement à chaque réchauffement (d'Errico, 2010). Les premiers européens semblent bien avoir préféré les périodes de basse température...
      Les paléontologues expliquent ce résultat contre-intuitif par l'évolution de la végétation : nos ancètres étaient des chasseurs, grands consommateurs d'ongulés. Or ceux-ci se trouvent plus facilement dans les steppes, lorsque le climat se réchauffe, la steppe laisse place à une végétation plus dense, la chasse devient difficile et la population baisse.


      Et à l'âge de bronze ?


      Bon, vous me direz qu'il s'agissait de chasseurs dépendant très directement de leur environnement et qui n'avaient sans doute pas de connaissances techniques ou de structures sociales leur permettant de s'adapter à une variation du climat. Vous n'avez pas tort... Mais une société plus avancée garantit-elle un meilleurs résultat ?

      Faisons un grand bond en avant pour arriver en 850 avant notre ère. A ce moment-là, l'Europe connait encore un changement climatique rapide : son climat devient plus frais et plus humide.
      Au Pays-Bas, ce climat plus humide provoque une élévation rapide des nappes phréatiques : les plaines se tranforment progressivement en marais et en tourbières. Cette fois nos ancètres tentent de s'adapter : des fouilles ont montré queles habitants de Hollande Septentrionale, installés sur place depuis près d'un millénaire, ont modifié leurs techniques de constructions afin de surélever les habitations. Mais c'est insuffisant : les marécages continuant à gagner sur les terres arables, ces populations ont finalement été contraintes d'émigrer.
      Mais pour d'autres l'effet a été positif : c'est le cas des scythes, un peuple nomade installé à l'époque en Sibérie centrale. Pendant que les agriculteurs européens peinent, eux connaissent un remarquable développement démographique et culturel et une extension vers l'Europe de l'est et du Sud-est (ce qui les fera entrer en contact avec les Grecs). L'explication de cet essor semble tenir encore une fois à la végétation : avec un climat plus humide, des zones semi-arides se sont transformées en steppes favorables aux herbivores, donc aux nomades (Van Geel, 2009).

      Morale de l'histoire


      Parmi une multitude d'autres, ces quelques exemples montrent à quel point il est difficile de prévoir les effets d'une variation du climat sur une communauté humaine. Seront-ils positifs ou négatifs ? C'est l'interaction entre, d'une part, les modifications physiques de l'environnement causées par un changement climatique et, d'autre part, les caractéristiques (économiques, sociales, politiques, culturelles...) de la communauté considérée qui le dira. Interactions d'autant plus complexe et dynamiques que les sociétés sont développées et interdépendantes.

      De ce point de vue, je crois qu'il serait vraiment ambitieux d'essayer de prévoir comment le réchauffement que nous connaissons actuellement va influer sur nos propres sociétés et d'essayer de deviner des gagnants et des perdants, comme le font manifestement certains pays qui ne collaborent pas aux efforts de réduction des émissions.
      Nous pouvons sans doute, au moins en partie, prévoir les impacts du changement climatique actuel sur notre environnement physique mais beaucoup moins sur notre environnement humain. Et à l'arrivée, le résultat peut se révéler assez contre-intuitif...



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      Sunday, April 21, 2013

      Contre la terreur et la guerre faisons de la COP21 un succès

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      Passé le moment d'effroi, que faire dans de telles circonstances si ce n'est aller de l'avant ? Alourdi par le deuil, peut-être un peu tremblant, mais ni arrêté, ni ralenti, ni détourné de nos objectifs.

      Alors voilà... Dans tout juste deux semaines s'ouvrira à Paris la 21e conférence de l'ONU sur le climat. Il ne nous reste que quelques jours pour en faire succès, et quelle meilleure réponse pourrions nous apporter à la barbarie que l'image d'une communauté internationale réunie et solidaire pour faire face aux défis qui l'assaillent ?


      La COP21 aura lieu malgré tout


      L'annulation ou le report de ce rendez-vous aurait été dramatique. Sans même parler du signal que ce renoncement enverrait à nos agresseurs ou des enjeux de la conférence, c'est une machinerie trop imposante pour être arrêtée à deux semaines de l'ouverture : des années de négociations avec un mandat qui prévoit l'adoption d'un accord avant fin 2015, des centaines d'évènements d'ores-et-déjà prévus, des dizaines de milliers de personnes en route pour Paris...
      Pour la même raison, je ne crois pas beaucoup à l'idée de limiter la COP aux seules négociations. Même si il faut déjà réfléchir à de nouvelles formes de mobilisations, même si certains événements vont vraisemblablement être annulés, notamment la marche pour le climat du 29 novembre à Paris où 300.000 personnes étaient attendues ou les concerts dans l'espace public, je pense que la majorité des salons, débats, expositions, etc. se tiendront comme prévus.

      L'ambiance de la conférence sera cependant bouleversée. On peut imaginer que le drame de vendredi va conférer à la COP21 une solennité particulière et remettre la diplomatie au premier plan au détriment des autres acteurs notamment des ONG. La Conférence de Paris ne sera pas la fête populaire qu'elle aurait pu être mais au fond, c'est ça la réalité d'une COP : une négociation internationale austère avec des enjeux immenses.


      Parler de terrorisme plutôt que de climat ? Pourquoi pas les deux.


      Bien sur, les discussions risquent d'être polluées. Il n'a pas fallu attendre bien longtemps avant d'entendre  par quelques individus s'offusquer que l'on réunisse les dirigeants de la planète pour discuter du changement climatique plutôt que pour agir face à la menace immédiate du terrorisme :

      Mais est-ce réellement incompatible ? La question de la sécurité a toute sa place dans une conférence sur le climat car une chose est certaine : nos émissions de gaz à effet de serre nous préparent un monde dans lequel les grandes sécheresses sont plus fréquentes, les rendements de l'agriculture baissent et la montée du niveau des mers déplace des millions de personnes... Dans beaucoup d'endroits, le siècle qui vient sera sans doute plus instable et plus violent que le précédent.

      Quelques cyniques diront peut-être que les habitants de pays les plus pauvres et les plus fragiles sont les premiers concernés et que nous, pays développés, avons les moyens de nous adapter et de préserver nos conditions de vie. Ça n'a rien d'évident : souvenez de Katrina et comment même la première puissance mondiale a pu être déstabilisée par un phénomène climatique. De plus les attaques de vendredi nous rappellent qu'il serait naïf de penser que l'on pourra tenir à distance la violence dans un monde en chaos.
      Ce n'est certainement pas un hasard si, aux États-Unis, le Pentagone tire la sonnette d'alarme depuis des années face à l'inertie des politiques !


      Le Moyen-Orient, avant-goût du réchauffement climatique


      Le Moyen Orient, d'où sont venus les attaques de vendredi, est justement un laboratoire grandeur nature du monde qui pourrait naître d'un réchauffement incontrôlé. Le Croissant Fertile a toujours connu des périodes de sécheresse mais elles sont devenues plus sévères et plus longues avec le changement climatique. Entre 2007 et 2010, la Syrie a connu la plus grave sécheresse jamais enregistré dans le pays. Résultat : 1.5 millions de syriens ont été déplacés, généralement des habitants des campagnes qui sont venus s'entasser en ville dans l'espoir de survivre à la perte de leurs récoltes et de leurs troupeaux.
      Combiné à d'autres facteurs économique, politiques et sociaux, ce choc démographique a conduit au soulèvement de Daraa en 2011 et, de fil en aiguille, à la guerre civile et à la montée en puissance de Daech. Il ne s'agit pas là de spéculations mais d'un lien établi par plusieurs études publiées récemment dans des revues scientifiques (notamment celle-ci ou celle-ci).

      Autre point commun entre la destabilisation du Moyen Orient et le changement climatique : notre dépendance aux énergies fossiles. Daech tire des centaines de millions de dollars du trafic de pétrole, un pétrole qui après un long chemin en contrebande atterrit... dans nos réservoirs. Directement ou indirectement (via les pays pétroliers du Golfe qui les financent), les groupes terroristes du Moyen-Orient s'enrochisse de notre dépendance aux énergies fossiles.


      Plus résolus que jamais !


      Évidemment, il ne s'agit pas de dire que le changement climatique est responsable des attaques de vendredi mais prenons cette occasion pour rappeler deux vérités élémentaires :
      1. Le changement climatique n'est pas une menace lointaine et incertaine, c'est un phénomène en cours qui fait déjà des victimes.
      2. Limiter l'ampleur du changement climatique ce n'est pas faire plaisir aux arbres et aux petits oiseaux mais tenter de nous protéger, nous et nos sociétés, d'un choc d'une ampleur sans précédent.
      C'est pour ces raisons, et maintenant plus que jamais, que nous devons faire de la conférence de Paris un succès.

      Publié le 16 novembre 2015 par Thibault Laconde



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      Saturday, February 9, 2013

      Donner un prix au carbone Oui mais avec une taxe ou un marché

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      Taxe carbone ou marché ? quelle politique pour baisser nos émissions de CO2 ?
      Quelle(s) politique(s) mettre en oeuvre pour faire baisser nos émissions de gaz à effet de serre ?
      Même si cette question n'est pas directement à l'agenda de la Conférence sur le Climat de Paris (les négociations internationales portent sur les objectifs et laissent les moyens à la convenance des États), l'approche de la COP21 stimule les débats. Et un consensus semble se dessiner en faveur d'un prix du carbone.

      Du FMI à Greenpeace en passant par les grands patrons réunis lors du Business & Climate Summit, presque tout le monde semble d'accord sur cette expression, "prix du carbone", mais l'unanimité s'effrite rapidement lorsqu'il s'agit de l'outil à utiliser. D'un coté, il y a les partisans d'un marché des permis d'émission, de l'autre ceux d'une taxe sur le CO2. Petit comparatif....


      Taxe carbone, marché des émissions... comment ça marche ?


      D'abord, expliquons comment fonctionne un marché du carbone. Vous allez voir, c'est beaucoup plus simple qu'on l'imagine...
      1. Pour commencer, le régulateur définit les personnes et/ou les organisations concernées par le mécanisme. Par exemple, pour le marché du carbone européen (ou EU Emissions Trading System, ETS), il s'agit des producteurs d'énergie (à partir de 20MW) et des industries lourdes (raffinerie, métallurgie, fabrication de ciment, verre, papier, etc.) soit environ 11500 organismes.
      2. Ensuite, il définit une période d'engagement et le niveau d'émission qu'il souhaite pendant cette période.
      3. Il crée le nombre de permis d'émission correspondant. Par exemple si vous voulez émettre 1 milliards de tonnes équivalent-CO2, vous créez un milliard  de permis d'émettre une tonne.
      4. Enfin, le régulateur distribue ces permis aux régulés, il peut les donner gratuitement (c'est le cas dans le système européen pour les secteurs exposés à la concurrence internationale), les mettre aux enchères, etc.
      5. Les régulés peuvent vendre les permis qu'ils ont reçu ou au contraire en acheter d'autres, bref ils font leurs petites affaires. Les permis sont cotés et logiquement le prix varie en fonction de l'offre et de la demande.
      6. A la fin de la période, les régulés doivent posséder le nombre de permis correspondant à leurs émissions sinon ils payent un amende par permis manquant. Dans le système européen, cette amende n'est pas libératoire : les contrevenants doivent payer et acheter les permis manquants.

      Pour une taxe, ça commence pareil mais c'est encore plus facile :
      1. Le régulateur definit les personnes et/ou les organisations concernées par le mécanisme. 
      2. A intervalle régulier, les régulés présentent leurs comptabilités carbones et payent un montant fixé par tonne émise.

      Taxe vs. marché : le match


      Si vous avez suivi jusqu'ici, vous commencez sans doute à comprendre que la différence entre taxe et marché n'est pas que cosmétique.
      En fait, la régulation des émissions de gaz à effet de serre par un prix du carbone est un problème à deux dimensions :
      • D'une part le niveau d'émission acceptable, c'est-à-dire l'impact sur l'environnement,
      • D'autre part le prix d'une tonne de CO2 donc le coût global supporté par l'économie.
      Si vous choisissez une taxe carbone, vous fixez le prix de la tonne mais il vous sera très difficile d'anticiper le niveau d'émission qui en résultera. C'est un vrai casse-tête pour le régulateur : s'il fixe un prix trop faible, les émissions dépasseront le seuil acceptable, si le prix est trop élevé on sera en dessous du seuil mais des activités et des emplois seront détruits inutilement.
      Ajoutons que le régulateur peut aussi avoir d'autres considérations en tête que le niveau de prix optimal : la prochaine manifestation des routiers, le besoin de faire rentrer des recettes pour équilibrer le budget de l'Etat, sa réélection, etc. En bref, la taxe a peu de chance d'être fixée juste au bon niveau par contre elle est simple à mettre en oeuvre et lisible pour les acteurs économiques qui savent précisément combien ils devront payer et pourquoi.

      Si vous choisissez le marché, au contraire, vous fixez la quantité de gaz à effet de serre qui sera émise mais vous ne pouvez pas prévoir le prix de la tonne de carbone, celui-ci est fixé par l'offre et la demande. Il dépend donc des décisions des régulés, de la conjoncture économique ou même de la météo. En théorie, cela ne pose pas de problème : par la grâce de la main invisible le prix s'ajustera au niveau optimal, c'est-à-dire au coût marginal de la dernière réduction d'émission nécessaire pour atteindre le niveau fixé. Le système est donc très simple à gérer pour le régulateur et garantit que l'objectif d'émission sera atteint, en théorie avec un coût social optimal.
      Mais cette fois-ci, le casse-tête est du coté des régulés qui doivent décider de réduire leurs émissions ou d'acheter des crédits sans savoir combien cela leur coûtera. Le marché européen du carbone offre un bel exemple de cette imprévisibilité : depuis sa création il a connu plusieurs crash ce qui a mis en difficulté des entreprises qui, tablant sur un prix plus élevé, avaient investi dans l'amélioration de leur empreinte carbone...

      Ce tableau résume les principales caractéristiques des deux mécanismes :
      avantages et inconvénient de la taxe carbone et du marché d'émission pour réduire les gaz à effet de serre

      Notez au passage que, contrairement à une idée reçu, le système de marché des permis d'émissions n'est pas favorable aux entreprises : au contraire, il garantit le niveau d'émission en laissant les organisations régulées gérer les incertitudes.


      Qui est le gagnant ?


      Vous pouvez sans doute vous faire votre propre opinion...

      En ce qui me concerne, je crois que le marché aurait peut-être été une bonne méthode il y a 20 ans, lorsqu'on avait le temps d'organiser une décroissance lente des émissions, mais que ce n'est plus le cas aujourd'hui. Il nous faut un système qui soit fort et lisible afin d'inciter ceux qui le peuvent à réduire rapidement leurs émissions... et de pousser ceux qui ne peuvent pas à la faillite. C'est donc la taxe qui a ma préférence.

      Mais cette solution pose aussi des problèmes : 
      • Comment gérer les conséquences sociales ? Un prix du carbone, quel que soit la méthode utilisée, vise à modifier la structure de la consommation pour aller vers des produits moins émetteurs en gaz à effet de serre. Les compagnies aériennes, les éleveurs ou les fabricants de voiture, pour ne citer que quelques secteurs présents dans l'actualité, verront nécessairement leurs activités baisser. Et les utilisateurs de leurs produits, qui pour certains n'ont pas de substitution à court-terme, seront sanctionnés.
      • Comment organiser la coexistence des deux systèmes dans les endroits où un marché existe déjà ? Il n'est en effet pas question de démanteler un mécanisme qui fonctionne au risque de perdre à nouveau plusieurs années...
      • Comment éviter les fuites de carbone sans dispenser les secteurs exposés à la concurrence internationale ? La solution idéale serait une mise en place coordonnée dans les principaux pays émetteurs (au moins États-Unis, UE, Inde et Chine). A défaut reste l'idée d'une taxe carbone au frontière mais sa faisabilité pratique et juridique est douteuse.
        On l'a un peu oublié, mais il y a eu au début des années 90 plusieurs projets de taxes carbone aux Etats-Unis et en Europe, ils ont tous échoué faute d'avoir répondu à ces questions...

        Publié le 13 octobre 2015 par Thibault Laconde 


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        Sunday, January 27, 2013

        Pour le solaire la Chine est un exemple mais pas celui que vous croyez

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        Solaire thermique en Chine : chauffe-eau solaire sur un toit près de Shanghai
        Dans le petit monde du solaire, le mois d'avril a été marqué par un brusque accès de sinophilie. Alors que la Chine s'était longtemps contenté de vendre des panneaux solaires au reste du monde, elle semble désormais décidée à développer son propre parc photovoltaïque à marche forcée. Plusieurs statistiques publiés ces derniers jours ont confirmé ce tournant avec des chiffres qui, vu de chez nous, sont à peine croyables.
        On ne peut que se réjouir de cette situation mais comme souvent dans le solaire, le photovoltaïque éclipse le thermique... Or s'il faut citer les chinois en exemple, c'est surtout pour leur usage massif du chauffe-eau solaire individuel.


        La Chine adopte enfin le solaire photovoltaïque...


        Le 30 mars, un rapport du programme photovoltaïque de l'Agence International de l'Energie a suscité une première vague d'enthousiasme en évaluant le parc solaire photovoltaïque chinois à 38.2 GigaWattcrêtes (pour comprendre ce qu'est un Wattcrête, voir cet article) en hausse de 60% par rapport à l'année précédente. Deuxième salve le 20 avril, lorsque l'administration chinoise de l'énergie a publié les chiffres de raccordement pour le premier trimestre 2015 :  5.04GWc, soit l'équivalent de la totalité du parc français (5.7GWc en 2014).
        A ce rythme, la Chine va très certainement rattraper l'Allemagne et devenir le leader mondial du solaire photovoltaïque en 2015. Pas si mal quand on sait qu'en 2011, elle faisait jeu égal avec... la Belgique. Et qu'en 2007, l'ensemble du parc chinois ne dépassait pas la puissance d'une grosse centrale solaire !

        Croissance explosive du parc solaire photovoltaïque chinois entre 2000 et 2014

        On peut certainement parler de croissance explosive : entre 2000 et 2014, le parc solaire photovoltaïque chinois a été multiplié par 2000 ! Mais ces chiffres doivent quand même être mis en perspective avec les dimensions de la Chine et le retard qu'elle avait accumulé : l'électricité solaire ne représente toujours qu'une fraction du mix chinois (de l'ordre de 35TWh d'après mes estimations, soit 0.7%) très largement derrière l'Italie, championne du monde en la matière avec 7.92% de son électricité d'origine solaire. Malgré son envol, le solaire photovoltaïque chinois est encore loin d'entamer la dépendance du pays au charbon. Après avoir été longtemps un immense fabricant de panneaux solaires mais un très petit installateur (un paradoxe dont je vous parlais en 2013), la Chine ne fait somme toute que rattraper son retard.
        Il existe cependant un domaine dans lequel le solaire chinois est vraiment impressionnant : c'est l'usage du solaire thermique.


        ... mais c'est dans le solaire thermique que la Chine est vraiment révolutionnaire


        La différence entre solaire photovoltaïque et solaire thermique ? Le solaire photovoltaïque, ce sont les panneaux solaires "classiques" que l'on voit régulièrement sur les toits français et qui permettent de produire de l'électricité. Le solaire thermique permet lui de produire de l'eau chaude, généralement pour des usages sanitaires ou pour le chauffage. Le principe est grosso modo le même que lorsque vous laissez un tuyaux d'arrosage au soleil et que l'eau en sort tiède quelques heures plus tard, avec quelques petits raffinements qui permettent par exemple de produire de l'eau chaude même lorsque la température extérieure est négative.

        Si vous vous êtes déjà rendu en Chine, et si vous avez un oeil d'énergéticien, vous avez certainement noté l'omniprésence des chauffe-eaux solaires. Pas un toit qui en soit dépourvu même dans l'habitat collectif et dans la moitié sud du pays il n'est pas rare que ce soit la seule source d'eau chaude du domicile y compris pour la classe moyenne urbaine.
        Les statistiques de l'Agence internationale de l'Energie illustrent l'avance de la Chine dans ce domaine : avec 180GW installés, elle possède les deux-tiers de la capacité solaire thermique mondiale, les États-Unis sont deuxième avec 16GW. Même en ramenant le parc à la population, la Chine reste en tête avec 33 watt par habitant contre 29 pour l'Australie (la France est loin derrière avec 2.7W/hab). Et les installations se poursuivent : en 2012, la Chine a installé 44.7GW, soit 85% des installations mondiales et autant que l'ensemble du parc existant en Europe !

        Solaire thermique : 70% de la capacité mondiale est installée en Chine
        Chauffe-eaux solaires près de Shanghai

        Comme chauffer de l'eau est très énergivore, cet usage massif du solaire thermique permet d'importantes économies d'énergies et de carbone : en 2012, toujours, l'AIE estimait que la Chine économisait ainsi 186TWh par an. Pour comparaison, la production d'électricité renouvelable chinoise (hors hydroélectrique) était à la même époque d'environ 160TWh. La contribution du solaire thermique au verdissement de la Chine est supérieure à celle du solaire photovoltaïque, de l'éolien et de la biomasse réunies ! En terme d'empreinte carbone, le gain est tout aussi important : l'AIE l'évalue à 52 millions de tonnes de CO2 par an, soit grosso-modo l'équivalent des émissions du Portugal ou de l'Autriche. Dernière précision : le secteur emploie 3.5 millions de chinois...

        De mon point de vue, la Chine est bien en train de révolutionner l'énergie solaire, mais ce n'est pas parce que le photovoltaïque y a connu quelques années de forte croissance. Au contraire alors que les pays développés s'orientaient pour la plupart vers le solaire photovoltaïque et ses nombreux problèmes, du stockage de l'électricité jusqu'au recyclage des panneaux, la Chine a résolument donné la priorité à une solution low-tech, plus simple mais aussi plus efficace.
        Aujourd'hui le solaire thermique est largement adopté par les chinois et, pratiquement sans aucune aide publique, il réduit sensiblement la demande en énergie du pays et ses émissions de gaz à effet de serre. Voilà une success story que nous serions bien inspiré de méditer...

        Si cet article vous a intéressé, voici quelques lectures complémentaires :
        • Interview : "En Chine, ce sont les pressions intérieures qui poussent à la transition énergétique"
        • Quelques réflexions sur le conflit entre l'Europe et la Chine sur le solaire photovoltaïque
        • Visitez les centrales solaires les plus remarquables de la planète... avec Google Maps 

        Publié le 4 mai 2015 par Thibault Laconde

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          Sunday, July 22, 2012

          Rente ricardienne et règle dHotelling comment un économiste classique voit les ressources naturelles

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          Economie et finance des ressources naturelles non-renouvelables : quand extraire ? quand attendre ?
          Imaginez que vous découvriez dans votre jardin un gisement de pétrole, une veine de charbon, un filon de cuivre ou une autre ressource naturelle non-renouvelable : que devez-vous en faire ? L'exploiter immédiatement ? Attendre qu'il gagne de la valeur ? Voilà un vrai problème économique !
          Et pourtant, les économistes classiques, à l'image de David Ricardo, ont longtemps regardé cette question de haut. Il a fallu attendre le XXe siècle et Harold Hotelling pour voir s'ébaucher une théorie néoclassique des ressources épuisables. Voyons ce qu'ils ont à vous dire...

          Exploitez dès que les coûts d'extraction sont inférieurs au prix du marché (Ricardo) 


          Quelque part dans le grand livre des manques d'intuition des pères de l'économie trône cette citation fameuse de Jean-Baptiste Say :

          Les richesses naturelles sont inépuisables, car, sans cela, nous ne les obtiendrions pas gratuitement. Ne pouvant être ni multipliées ni épuisées, elles ne sont pas l’objet des sciences économiques."

          Pour les premiers économistes, dont Say, l'idée même de ressources épuisable est obscure. En effet, malgré le début de la révolution industrielle, la terre est encore de loin la ressource naturelle la plus critique. Il n'est donc pas surprenant que lorsque David Ricardo parle des ressources minières (dans Des principes de l'économie politique et des impôts en 1823), il utilise le même raisonnement que pour décider de cultiver ou non un terrain, oubliant au passage le caractère non-renouvelable de ces ressources.

          Le principe proposé par Ricardo est le suivant : A un instant t, vous pouvez vendre votre ressource au prix du prix du marché (appelons-le p(t), comme prix) à condition de l'extraire, ce qui a un coût (c(t), comme coût). Vous allez donc gagner (ou perdre si le coût d'extraction est supérieur au cours de la ressource) p(t)-c(t). Cette différence définit le prix de la ressource en terre que l'on note λ(t).
          Pour Ricardo, vous avez intérêt à extraire votre ressource dès que λ(t) est strictement supérieur à zéro, c'est à dire dès que le prix d'une unité de ressource est supérieure au coût de son extraction.


          Prendre en compte la valeur future de la ressource (Hotelling)


          Il y a quand même un petit défaut dans ce raisonnement : comme votre ressource ne se reconstitue pas, vous avez certes gagné λ(t) en l'exploitant mais vous avez aussi définitivement perdu l'opportunité d'attendre un temps x et de gagner λ(t+x).
          Si λ(t+x) est inférieur ou égal à λ(t), tout va bien pour vous. Mais a priori ce n'est pas le cas : on peut supposer que les coûts d'extraction vont décroitre avec le progrès technologique et que le prix de la ressource va augmenter au fur et à mesure qu'elle devient plus rare, donc que la fonction λ est croissante.
          Est-ce que cela signifie qu'il faut toujours attendre avant d'exploiter une ressource ? Pas nécessairement, mais cela signifie deux choses importantes par rapport à la règle de Ricardo :
            • Que la décision d'exploiter ou non une ressource n'est pas basée uniquement sur la situation actuelle mais aussi sur la situation (cours, progrès technologique, etc.) que vous anticipez dans le futur.
            • Que vous ne devriez exploiter votre ressource non-renouvelable que s'il est plus intéressant pour vous d'obtenir une somme λ(t) maintenant plutôt que d'attendre un peu et d'obtenir une somme a priori supérieure λ(t+x).

              En 1931, le statisticien américain Harold Hotelling a consacré un long article à ce sujet. Pour lui, décider d'extraire ou non une ressource revient à choisir entre :
              1. Laisser en terre la ressource pendant un temps x afin de gagner λ(t+x)
              2. L'extraire et la vendre immédiatement avec un profit λ(t), puis placer ce profit avec un niveau de risque comparable à celui de laisser votre ressource sous terre et obtenir un taux d'intérêt γ de telle façon que, avec les intérêts composés, votre gain au bout d'un temps x sera :
                Prévoir l'évolution du prix des matières premières naturelles (pétrole, gaz, charbon, cuivre, or, argent, etc.)
              Vous avez donc intérêt à extraire si et seulement si :
              Règle d'hotteling sur l'exploitation des ressources naturelles

              Derrière cette formule un peu barbare se cache une idée toute simple. Mettons que le pétrole que vous avez découvert dans votre jardin puisse vous rapporter 100€. Vous pouvez extraire et placer cette somme sur votre livret A (disons à 2%) et vous aurez 102€ dans un an, vous n'avez donc intérêt à attendre que si vous pensez que votre réserve de pétrole vous rapportera au moins 102€ l'année prochaine. C'est ce qu'on appelle la règle d'Hotelling.

              Si vous décider de gérer votre ressource en vous appuyant sur la règle d'Hotelling, cela a deux conséquences intéressantes (surtout pour analyser la situation actuelle du marché du pétrole) :
              1. Cette règle implique que les cours des matières premières devraient être corrélés aux taux d'intérêt.
              2. Elle signifie aussi qu'une baisse des cours peut être auto-réalisatrice : si les propriétaires de ressources naturelles anticipent que la hausse des cours ne va pas être suffisante, ils ont intérêt à extraire le plus vite possible et à placer leur argent ailleurs... ce qui aura pour conséquence de  faire effectivement baisser le prix de la ressource (et d'amener d'autre exploitants à revoir leur prévisions à la baisse et ainsi de suite : le phénomène peut s'auto-entretenir).
              On peut déduire plein d'autres résultats amusants de cette règle mais il y a quand même un petit problème : à des très rares exceptions, les marchés des ressources naturelles n'ont pas eu dans le passé le comportement prédit par Hotelling.

              Alors qu'allez vous faire des richesses enfouies dans votre jardin ? Vous pouvez continuer votre réflexion avec ces articles :
              • Combien d'années de pétrole ? Et autres questions sur les stocks de ressources non-renouvelables
              • Comprendre ce que sont les externalités positives et négatives : définition et exemples
              • L'actualisation, obstacle majeur à l'évaluation économique de l'environnement

              Publié le 19 février 2015 par Thibault Laconde

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