La 20e conférence des nations unies sur le climat s'ouvre le 1er décembre à Lima. Si vous n'avez pas la chance d'être sur place, vous pouvez tout de même suivre la conférence de l'intérieur grâce aux comptes Twitter des très nombreux participants à la COP20. Vous pouvez suivre tous ces comptes d'un seul coup en vous abonnant à cette liste.
Disclaimer : Il n'est pas possible de mettre tout le monde... J'ai essayé de maintenir un bon équilibre entre quantité et qualité mais si vous avez des suggestions ou des bonnes adresses à proposer, n'hésitez pas !
On n'attendait pas grand chose de la conférence sur le climat qui s'ouvre demain au Maroc, mais l'entrée en vigueur à grande vitesse de l'Accord de Paris a tout changé : voilà que la COP22 sera aussi la CMA1, c'est-à-dire la première conférence des parties à l'Accord de Paris (CMA est l'accronyme de "COP serving as Meeting of the parties to the Paris Agreement").
Un programme de travail chargé pour la CMA1
Or l'Accord de Paris a renvoyé de très nombreuses questions à cette première réunion. La CMA1 doit en particulier préciser le fonctionnement de plusieurs mécanismes prévus par le texte, c'est le cas :
Des contributions nationales, les fameuses INDC, dont il faut arrêter le calendrier (article 4)
Du mécanisme de réduction des émissions (art. 6)
Du renforcement des capacités (art. 11)
Du mécanisme de transparence par lequel les pays développés doivent rendre public tous les deux ans l'aide qu'ils apportent aux pays en développement (art. 13)
Des procédures permettant de s'assurer que l'Accord est bien respecté (art. 15)
La portée réelle de l'Accord de Paris dépendra largement de ces procédures qui dans une versions la ambitieuse peuvent empiéter sur la souveraineté des États. En tous cas, il n'est pas possible d'improviser des négociations sur des sujets aussi techniques et aussi sensibles.
Report probable mais à haut risque
Les décisions qui accompagnent l'Accord de Paris prévoyaient la création d'un groupe de travail spécial chargé de préparer la CMA1 (connu sous le petit nom d'APA dans les cercles spécialisés) et demandaient au GIEC de produire un rapport sur la mise en œuvre de l'Accord mais l'un et l'autre ont été pris de vitesse par l'entrée en vigueur du texte. Le rapport du GIEC doit paraitre en 2018 et l'APA ne s'est réuni qu'une seule fois à Bonn en mai... Il faut dire que l'entrée en vigueur de l'Accord de Paris était prévue aux alentours de 2020, pas dès cette année. La communauté internationale se trouve donc avec un programme de travail chargé sans avoir eu le temps de s'y préparer.
Par ailleurs, même si le texte est déjà en vigueur près de la moitié des pays n'ont pas encore terminé sa ratification. C'est le cas de gros émetteurs comme la Russie, l'Australie, le Royaume Uni, l'Italie ou le Japon mais aussi de nombreux pays d'Afrique et du Moyen Orient. Pour l'instant, ces pays ne peuvent participer à la CMA1 qu'en tant qu'observateurs et ils sont en théorie exclus des décisions. Trancher des points sensibles dans ces conditions risquerait d'entrainer d'interminables contestations.
Cela fait au moins deux bonnes raisons de reporter les négociations sur la mise en œuvre de l'Accord de Paris à plus tard. Reste à savoir ce qu'on reporterait, et à quand. Une échéance logique serait la COP24. De nombreux préparatifs pour la mise en œuvre de l'Accord doivent en effet s'achever en 2018 : le sixième rapport du GIEC, les travaux de l'APA, les recommandation du SBSTA (un autre organe de la Convention cadre) sur la comptabilisation des ressources financières, etc. Mais un défi de la conférence de Marrakech est aussi de préserver la dynamique née de la COP21 et de l'entrée en vigueur très rapide de l'Accord de Paris. Un report en bloc de deux ans serait un très mauvais signal, beaucoup d'acteurs y verraient une façon pour les États de revenir sur les engagements qu'ils ont pris l'année dernière.
Il va donc falloir trouver un équilibre difficile et s'efforcer de progresser dans l'application du texte dès maintenant. Le sommet qui s'ouvre demain promet d'être plus compliqué et mouvementé que prévu...
Le 15 mars, Peabody Energy n'a pas pu trouver les 71 millions de dollars d’intérêts qu'il devait verser à ses créanciers. Le charbonnier américain dispose maintenant d'un délai de grâce de 30 jours pour honorer ses engagements après quoi il sera officiellement en défaut de paiement. Sauf coup de théâtre l'entreprise devrait donc se déclarer en banqueroute avant mi-avril et réclamer la protection de la loi américaine sur les faillites.
Ce serait l'aboutissement d'une longue descente aux enfers : il y a 5 ans, les actions de Peabody s'échangeait à plus de 1000$, début 2013 elles valaient encore 300$, 100$ en 2015... et autour de 2.5$ aujourd'hui. L'entreprise croule sous les dettes : près de 6 milliards de dollars, plus de 100 fois sa valeur en bourse... Et elle a encore perdu 2 milliards l'année dernière.
Cette chute est d'autant plus remarquable que Peabody Energy n'est pas n'importe quel charbonnier. Créée en 1883, c'est, ou c'était, le plus grand producteur de charbon privé de la planète et le leader du secteur aux États-Unis.
Peabody est aussi un des pilier du lobby pro-charbon (et par extension anti-climat) à Washington. Malgré ses difficultés, l'entreprise a encore dépensé plus de 2 millions de dollars l'année dernière pour influencer ou soutenir des dizaines d'initiatives parlementaires. Ses lobbyistes ont été omniprésents sur tous les sujets en lien avec le climat, la pollution de l'air ou le "charbon propre". En 2014, Peabody s'était même lancé dans une campagne mondiale en faveur du charbon sous le nom d'Advanced energy for life.
Le charbon est-il en train de rejoindre les livres d'histoire ?
Les ennuis de Peabody Energy sont loin d'être isolés : 49 charbonniers américains ont fait faillite depuis de 2012. Le dernier en date, Arch Coal, qui s'est déclaré en banqueroute début janvier était le n°2 du secteur aux États-Unis après Peabody. En Chine, qui est de loin le premier producteur et le premier consommateur, la production de charbon thermique (celui qui est utilisé pour produire de l'énergie contrairement au charbon métallurgique) s'est effondré de 6% depuis le début de l'année. Une restructuration à haut risque s'annonce avec la fermeture de 1000 mines en 2016 et le licenciement de centaines de milliers de mineurs. En Inde, troisième consommateur après la Chine et les États-Unis, des mines sont contraintes de se mettre à l'arrêt faute de pouvoir écouler leurs stocks. L'équivalent d'un sixième de la production annuelle attend déjà sur le carreau des mines ou dans les centrales. Même chez nos voisins allemands où la consommation de charbon reste élevée, les opérateurs de mines et de centrales, notamment Eon et RWE, sont à peine en meilleure forme que leurs confrères américains. Les dernières mines de houilles vont d'ailleurs être fermées dans les 2 années qui viennent et une "sortie du charbon" s'ébauche.
Alors est-ce la fin du charbon ? Probablement pas : malgré la crise qu'il traverse, nous ne sommes pas prêt à nous en passer.
Même si on en entend rarement parler, le charbon représente encore un quart de l'énergie consommée sur la planète et surtout il reste d'assez loin la première source d'électricité : 39% contre 22% pour le gaz. De plus, la plupart des centrales à charbon sont récentes : la moitié environ ont moins de 20 ans alors que leur durée de vie est dépasse 40 ans. Il est donc peu probable que le charbon recule significativement avant au moins deux décennies.
Age des centrales à charbon dans le monde (source : AIE, 2012)
Le chapitre final de l'histoire du charbon reste encore largement à écrire, une seule certitude : il ne ressemblera pas à l'avenir mirifique que les publicistes de Peabody imaginaient il y a encore quelques mois...
Vous vous en souvenez peut-être, la Californie a connu une grave crise énergétique pendant l'hiver 2000-2001. Comme pour tous les films catastrophes à succès du siècle dernier, une suite est en préparation... Bientôt dans vos salles (forcément) obscures : California Energy Crisis 2 : Black-Out Los Angeles.
A l'origine : la fuite de gaz de Porter Ranch
La crise électrique californienne version 2016 commence par une (très grosse) fuite sur un (très gros) réservoir de gaz naturel. En octobre dernier, les employés de la SoCalGas s'aperçoivent que le site de stockage d'Aliso Canyon, à proximité de Porter Ranch dans le nord de Los Angeles laisse échapper du gaz. Et pas qu'un peu : environ de 1000 tonnes par jour. Il faudra 4 mois de tentatives infructueuses, pour qu'enfin, en février, la fuite soit péniblement colmatée. Entretemps, on estime que 97100 tonnes de méthane et 7300 tonnes d'éthane ont été rejetés dans l'atmosphère. Le coût de la catastrophe - qui a entrainé le déplacement de 2000 familles - est estimé à 665 millions de dollars. Le méthane est par ailleurs un puissant gaz à effet de serre : cette fuite a eu un impact climatique comparable aux émissions annuelles de 200.000 américains. La fuite de Porter Ranch est une désastre environnemental. Même si elle est beaucoup moins spectaculaire, elle est souvent comparée au naufrage de Deepwater Horizon en 2010 et à la marée noire qui avait suivi.
L'épisode a évidement entrainé l’arrêt des injections de gaz dans le réservoir et sa vidange progressive. Aujourd'hui il ne contient plus qu'une dizaine de milliards de pieds cubes sur une capacité de 86 (soit à peu près l'équivalent de 3 millions de barils de pétrole sur une capacité de 15). Pour que du gaz soit à nouveau injecté dans le réservoir, il faut attendre que ses 114 puits aient été vérifiés. Personne ne sait exactement combien de temps cela va prendre.
14 jours de coupures d'électricité prévus dans la région de Los Angeles
Problème : En temps normal le réservoir d'Aliso Canyon est le point de passage du gaz destiné au chauffage et à la cuisine de 11 millions de clients, ainsi qu'à 16 centrales électriques... Et c'est surtout là que le bât blesse : la Californie est très dépendante du gaz. A lui seul, il assure à peu près la moitié de la production d'électricité de l’état. Ces centrales peuvent parfaitement fonctionner sans ce réservoir, à condition de gérer le gaz en flux tendu. En l'absence de stockage, si la demande d'électricité, donc de gaz, est plus importante que prévue, la pression baisse entrainant l’arrêt des livraisons. Dans ce cas, les centrales à gaz doivent être arrêtées et il devient nécessaire de délester pour maintenir l'équilibre du réseau électrique. Le réservoir est donc particulièrement utile pour encaisser les variations de consommation pendant les périodes de forte demande - principalement en hiver, pour le chauffage, et en été, lorsque les climatiseurs tournent à plein régime.
Les agences publiques concernées ont étudié l'effet de la fermeture du réservoir d'Aliso Canyon sur la fourniture d'électricité. Leurs conclusions ont été publiées en avril : il ne sera pas possible d'éviter des coupures. En l'absence de mesure d'économie d'énergie, la durée des pannes d'électricité pourrait atteindre 14 jours. Cette évaluation est jugée optimiste par certains experts. Ceux-ci pointent notamment le risque de défauts en cascade sur un système électrique surchargé, auquel cas les coupures pourraient durer et s'étendre au reste de la Californie. Le record de 2001, où l'électricité avait été coupée pendant un total de 13 jours, risque donc bien d'être battu.
Les délestages à cette échelle sont excessivement rares dans les pays industrialisés et des images de Hollywood dans le noir ne peuvent que marquer les esprits... A quelques mois des élections présidentielles américaines, il est aussi probable que les coupures californiennes mettront l'énergie et le climat au cœur de la campagne.
Cet article fait partie de la série "Attendez-vous à en entendre parler", dans laquelle je vous explique des événements importants dans le domaine de l'énergie et du climat avant qu'ils surviennent*. Pour voir les articles précédents : cliquez ici.
* Les prévisions, pronostics et prophéties ne sont ni repris ni échangés. Aucune réclamation ne sera acceptée en cas de non-réalisation.
Depuis la conférence de Copenhague en 2009, la communauté internationale s'est fixé comme but de limiter la hausse de la température moyenne de la planète à 2°C entre le début de l'ère industrielle et la fin du XXIe siècle. Les pays les plus exposés au changement climatique jugent depuis longtemps cet objectif insuffisant et demandent de ne pas dépasser 1.5°C. Ce débat se retrouve à la COP21 dans l'article 2 du futur accord de Paris. A ce stade plusieurs options restent ouvertes :
L'objectif de Copenhague : "Contenir l’élévation de la température moyenne de la planète en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels",
La demande des pays vulnérables : "en dessous de 1,5 °C",
Et une formulation intermédiaire : "bien en dessous de 2 °C" avec une mention de la limite de 1.5°C.
De nombreux pays on pris la parole mercredi 9 pour réclamer la formulation la plus ambitieuse, certains en font même une ligne rouge. Il y a donc une bonne chance que la communauté internationale se donne à Paris un objectif en dessous de 2°C. Mais est-ce réellement une bonne nouvelle ?
> Pour plus de détails, vous pouvez desormais consulter mon analyse du texte final de l'Accord de Paris et de ses implications technologiques et économiques
1.5°C... promesse d'ivrogne
Compte-tenu des propositions des États, nous nous trouvons actuellement sur la trajectoire d'un réchauffement à 3°C environ. Limiter la hausse moyenne de la température à 2°C reste possible mais uniquement au prix d'efforts héroïques - et improbables (c'est pas moi qui le dit, c'est l'éditorial du numéro spécial de la revue Nature pour la COP21).
L'objectif de 1.5°C, lui, est largement hors d'atteinte. En effet, d'après le 5e rapport du GIEC (voir p. 64), pour avoir une probabilité de 66% de rester en dessous de 1.5°C, il faut que l'ensemble des émissions humaines ne dépassent pas 2250 milliards de tonnes équivalent-CO2 (GTeqCO2). Compte-tenu de ce qui a déjà été émis il ne nous restait plus en 2011 que 400GTeqCO2 à émettre... Au rythme actuel, nous dépasseront ce seuil autour de 2020. Même en acceptant de n'avoir qu'une chance sur deux rester en dessous de 2°C, notre budget carbone ne serait que de 150GTeqCO2 de plus, soit un sursis de 3 ou 4 ans.
Budget carbone (GIEC AR5)
Le monde peut-il parvenir à une économie zéro-carbone avant 2025 ? A ma connaissance, personne ne l'envisage, aucune ONG ne fait campagne là-dessus, aucun scénario n'a été proposé, aucune technologie actuelle ou en développement ne suffit à atteindre cet objectif sans baisse brutale du niveau de vie...
La communauté internationale s'apprête donc à se donner un objectif qu'elle sait pertinemment ne pas pouvoir atteindre.
Un objectif qui risque d'affaiblir l'accord
J'entends parfaitement le désespoir croissant des pays qui subissent déjà les effets du changement climatique et les arguments humanitaires et éthiques en faveur de cet objectif, même inatteignable. Mais qu'il soit quand même permis de se demander ce qu'il implique pour le futur accord de Paris.
A ce sujet, j'ai au moins trois préoccupations :
Imaginons, comme cela semble le plus probable aujourd'hui, que l'accord fixe un objectif de 1.5°C et une révision des engagements nationaux en 2023 ou 2024. Cela signifie que cette première révision aura sans doute lieu alors que l'objectif fixé par l'accord sera déjà dépassé. Il me semble prévisible que ce calendrier légitimera un discours de laisser-faire : "de toute façon, c'est déjà trop tard, pourquoi devrions-nous faire plus d'efforts ?" Cela ne peux que nuire à l'ambition de la communauté internationale, voire entamer la portée juridique de l'accord qui sera partiellement obsolète au moment même où il doit supposé produire son effet.
Puisque l'objectif n'est pas atteignable par une réduction des émissions, il me semble aussi qu'il fait le lit d'idées dangereuses comme le dépassement temporaire ("overshoot") et d'hypothétiques solutions technologiques pour refroidir le climat.
En cas de non-respect, l'accord de Paris pourrait servir de base à des actions en justice contre les États qui le ratifieront, soit de leurs citoyens (comme récemment aux Pays Bas ou au Pakistan) soit de pays-tiers. S'il contient un objectif irréaliste, cela ne va-t-il pas nuire au processus de ratifications ou inciter des pays à se retirer de l'accord pour éviter des poursuites ?
Les bons textes internationaux sont faits pour durer...Les difficiles négociations qui sont en cours autour de la différenciation montrent qu'une principe inattaquable au moment de son adoption peut, s'il n'est pas assez flexible, se changer quelques années plus tard en obstacle à l'action. N'est-on pas en train de refaire la même erreur en inscrivant un objectif de 1.5°C dans l'accord de Paris ?
A la veille de la COP21, tous les pays participant à la Conférence de Paris ont été invités à remettre leurs propositions pour lutter contre le changement climatique. Malgré quelques réfractaires (notamment les pays exportateurs de pétrole), la grande majorité s'est acquitté de cette formalité dans les temps. Ces documents (appelés INDC) contiennent les objectifs de chaque pays pour 2030. Avec un peu de patience, leur analyse permet de calculer les futures émissions de gaz à effet de serre et de dessiner la géopolitique du carbone pour les 20 ans à venir...
Dans cet article, je vous propose mes propres calculs pour les 10 plus gros émetteurs de la planète : Chine, États-Unis, Union Européenne à 27, Inde, Russie, Japon, Brésil Canada, Indonésie et Australie. Comme d'habitude, l'ensemble des calculs et les hypothèses utilisées sont accessibles. Je vous recommande de les consulter si vous souhaitez réutiliser ces chiffres.
Pour un aperçu rapide, cette infographie présente l'évolution des émissions de gaz à effet de serre par habitants entre 1990 et 2030 :
Évolution des émissions de gaz à effet de serre en valeur absolue
Commençons par les émissions totales de gaz à effet de serre. En 2030, les dix plus gros pollueurs de la planète devraient émettre un peu plus de 35 milliards de tonnes équivalent-CO2 contre 28GTeqCO2 en 2010. La répartition est la suivante :
On voit qu'en 2030, le classement est très largement dominé par la Chine et l'Inde, responsables des 2/3 du total. Suivent de loin les États-Unis puis l'Union Européenne. L'Indonésie qui était dernière de ce top10 en 1990 atteint la 5e place. La Russie poursuit sa régression et est dépassée par le Japon. En bas de classement, on trouve le Brésil, le Canada et l'Australie.
Les émissions de CO2 par habitant
Mais les émissions totales ne sont pas un très bon indicateur : Comment comparer, par exemple, l'Australie et le Brésil alors que le second est dix fois plus peuplé ? Pour se faire une idée plus exacte des efforts réalisés par chacun, il faut calculer les émissions par habitant. Et celles-ci racontent une autre histoire :
L'Australie et le Canada qui étaient en queue de classement se retrouvent premier et deuxième, suivis des États-Unis. Malgré une baisse sensible de leurs émissions, la hiérarchie des pires pollueurs de la planète n'est pas modifié : ces trois pays sont déjà sur le podium aujourd'hui... Arrive ensuite la Chine dont les émissions par habitant s'approchent de celle des États-Unis ! Les émissions indiennes aussi connaissent un bond spectaculaire : elles sont multipliée par 3 en 20 ans.
Dans le sens inverse, les européens polluent de moins en moins : avec des émissions par habitant pratiquement divisée par 2 entre 1990 et 2030, ils se trouvent en 2030 derrière l'Inde ou l'Indonésie. Enfin, il faut saluer l'ambition brésilienne : compte-tenu de la croissance de sa population, il réalise un effort considérable. Si les objectifs définis dans son INDC sont tenus, ses émissions par habitant devraient avoir baissé de moitié en 2030 par rapport à 2010 !
Que signifient ces évolutions pour les négociations internationales sur le climat ? C'est l'objet d'un autre article que vous pouvez retrouver ici.
Publié le 5 octobre 2015 par Thibault Laconde, dernière mise à jour le 19 juillet 2016.
Comme vous le savez si vous faites partie de mes lecteurs les plus fidèles, j'ai été jusqu'en décembre 2014 responsable du développement durable chez Action contre la Faim (voir ici). A ce titre, j'ai beaucoup travaillé sur les pratiques environnementales et sociales des associations et j'ai eu l'occasion d'échanger sur ces sujets avec de nombreux responsables d'ONG. Autant vous dire que j'observe les déboires actuels de la Croix Rouge avec beaucoup d'attention, et quelques remarques...
"Violence des échanges en milieu associatif"
D'abord les faits : alertée par un délégué du personnel, l'inspection du travail est allée enquêter au siège de la Croix Rouge Française à Paris. Elle y a dégoté de très nombreuses irrégularités, principalement des journées dépassant la durée maximale autorisée par le code du travail : 3300 pour la seule année 2014. Et l'addition risque d'être salée, entre les amendes et les indemnités, la Croix Rouge devrait débourser 11 millions d'euros alors qu'elle peine déjà à équilibrer son budget... Mais le pire, sans doute, pour l'ONG, c'est que le rapport de l'inspection du travail s'est retrouvé dans la presse qui, à la suite du Parisien, l'a copieusement commenté et continue joyeusement au moment où j'écris. Il est probable que cet épisode laissera des traces sur l'image de l'organisation et diminuera son attractivité auprès des donateurs, des salariés et des bénévoles. C'est malheureux pour la Croix Rouge qui est loin d'être la seule ONG a prendre des libertés avec le droit du travail.
C'est que les travailleurs associatifs sont généralement des gens très engagés qui ont tendance à accepter beaucoup plus qu'ils ne devraient les heures supplémentaires non-payées, les contrats précaires à répétition ou les licenciements abusifs... Le secteur associatif a d'ailleurs connu plusieurs conflits au cours des mois passé : vous avez peut-être entendu parler d'Aides, du WWF, de SoliCités... Derrière ces mouvements collectifs qui ont fait quelques encarts dans la presse, se cachent tous les cas individuels, souvent tabous au sein même des associations. Si on ajoute les problèmes de gouvernances et les questions environnementales, rares sont les organisations qui, même en menant de très belles actions, n'ont pas quelques cadavres dans leurs placards.
La mission sociale n'excuse pas tout, au contraire
Sans surprise, la Croix Rouge s'est retranchée derrière la ligne de défense traditionnelle de l'ONG prise la main dans la sac : "Oui, j'ai fauté. Mais, voyez-vous, je sauve des vies". C'est vrai qu'une partie des mauvaises pratiques peut sans doute s'expliquer par les conditions de travail des associations, dont les interventions humanitaires d'urgence sont un exemple paroxysmique... mais finalement assez rare. Dans de nombreux cas, il s'agit seulement de négligences excusées à bon compte au nom de la mission sociale de l'organisation.
D'ailleurs cette rhétorique touche vite ses limites : ce que l'inspection du travail reproche à la Croix Rouge, c'est une organisation "pathogène", "préjudiciables à la santé physique et mentale" des salariés. Est-ce vraiment des conditions permettant d'aider efficacement qui que ce soit ? C'est un secret de polichinelle que les humanitaires ont un vrai problème de gestion des ressources humaines : épuisement, maladie, burn-out, conduites à risques... écourtent beaucoup trop de carrières, gaspillant les potentiels et les compétences. Dans de nombreuses organisations, le taux de turn-over atteint 60 ou 70% au bout de 3 ans, il dépasse parfois 95% pour les postes de terrain. Comment alors avoir une action efficace ? Comment apprendre à connaître les personnes que l'on aide ? Développer une expertise ? Impossible... Pire, le recrutement et la formation deviennent de véritables gouffres, engloutissant les budgets, le temps et l'énergie de l'organisation.
Assurer des conditions de travail décentes ne nuit pas à la réalisation des missions des ONG. Au contraire, c'est une condition indispensable pour garantir un fonctionnement efficace et des programmes de qualité. Il en va de même pour d'autres sujets tout aussi négligés par les associations comme leurs impacts sur l'environnement.
Vers une responsabilité sociétale des associations
Il s'agit donc de trouver un équilibre entre la volonté louable de consacrer toute son énergie aux missions, désir souvent partagés par les salariés au point de se mettre en danger, et la nécessité de gérer durablement les organisations. Comment faire ? Comme souvent en France, on parle déjà de faire une loi... Mais l'encadrement juridique n'est pas la solution à tous les problèmes : il peut fixer des règles générales mais les conditions d'intervention des ONG nécessitent aussi de la souplesse, les humanitaires notamment doivent être prudents lorsqu'ils projettent leurs standards sur les pays où ils interviennent. Et puis ce serait oublier les très nombreux salariés étrangers des ONG : je doute que le droit du travail centrafricain ou népalais offre des solutions satisfaisantes...
Le respect du droit applicable, en France comme dans les pays hôtes, est évidemment incournable. Le cas de la Croix Rouge montre qu'il reste parfois du travail... Mais ce n'est pas suffisant : je crois qu'il est de la responsabilité des organisations d'assurer la santé et la sécurité de leurs salariés mais aussi de l'ensemble de leurs parties-prenantes : bénévole, prestataires, riverains, bénéficiaires... Bref ce que les entreprises ont pris l'habitude d'appeler leur responsabilité sociétale. Même si c'est difficile à entendre, le secteur marchand est en avance dans ce domaine, il a accumulé de l'expérience et développé des méthodes et des bonnes pratiques dont les associations seraient bien inspirées de se saisir. Ne serait-ce que pour ne pas laisser s'élargir le fossé entre leurs pratiques sociales et environnementales et celles des entreprises.
Plutôt que d'attendre la prochaine crise sous la menace de l'opinion et du législateur, les ONG doivent apprendre à porter un regard critique sur elles-mêmes et accepter de se saisir des expériences existantes pour définir ensemble un cadre de bonnes pratiques adapté à leurs situations particulières. Loin d'être en contradiction avec leurs missions, cela renforcerait leur crédibilité et participerait, au moins par l'exemple, à l'accomplissement de leurs mandats. Espérons que les mésaventures de la Croix Rouge aideront au moins à cette prise de conscience...
Vous n'associez pas a priori Standard & Poor's à la lutte contre la changement climatique ? Vous avez peut-être tort : en avril, l'agence de notation a averti que le changement climatique aurait un impact sur la solvabilité des entreprises - elle avait déjà lancé un avertissement similaire l'année dernière pour les dettes souveraines. A terme, elle pourrait prendre en compte la résilience au changement climatique dans sa méthodologie de notation : Imaginez ce qu'il se passerait si, d'un seul coup, les entreprises qui émettent le plus de gaz à effet de serre ou qui sont mal préparées aux effets du réchauffement voyaient leurs notes baisser...
> Pour une mise à jour après la COP21, n'hésitez pas à télécharger cette études des conséquences économiques et technologiques de l'Accord de Paris
Les financiers de plus en plus sensibles aux risques climatiques
Refuser de placer son argent dans les industries les plus polluantes ou le retirer progressivement (le désinvestissement ou "divestment" en anglais) était jusqu'à assez récemment un comportement militant. Les universités anglo-saxonnes, poussées par leurs étudiants et professeurs, s'y sont illustrées depuis quelques années comme d'autres fonds déjà impliqués dans l'investissement socialement responsable. Mais depuis le sommet de New York en septembre 2014, c'est l'ensemble de l'industrie financière qui commence à s'intéresser au climat, et le prendre en compte dans les décisions d'investissement est de moins en moins tabou... Dans une étude récente, Novethic a recensé les investisseurs internationaux qui ont pris des engagements en matière de changement climatique. Résultats :
"550 banques, assurances, fondations, etc. gérant plus de 22.000 milliards d'euros se sont déjà engagées pour le climat."
Pourquoi ? Parce que les investisseurs perçoivent désormais des risques réels pour la valeur de leurs portefeuilles :
Risque carbone, c'est-à-dire le risque de voir les entreprises très émettrices en gaz à effet de serre perdrent de la valeur parce que de nouvelles réglementations rendent leurs opérations plus difficiles, voire remettent en cause leur business-model. Les premiers concernés sont les énergéticiens qui détiennent des réserves de pétrole, de charbon ou de gaz : ces actifs ont-ils encore une valeur alors que la communauté internationale s'est engagée à limiter le réchauffement à 2°C, ce qui implique de laisser dans le sol un tiers des réserves de gaz, deux tiers de celles de pétroles et 80% du charbon ?
Risque climat, c'est-à-dire le risque que le changement climatique mette des entreprises en difficulté. C'est par exemple le cas de l'agro-alimentaire : est-il réellement préparé pour faire face à une baisse des rendements agricoles ou à un accès plus difficile à l'eau ?
Les investisseurs sont en train de réaliser que la combinaison de ces deux risques rend les investissements dans certaines entreprises hasardeux. Et cette prise de conscience pourrait avoir un très fort effet de levier : en détournant le capital des entreprises carbo-intensives, elle peut rendre instantanément plus difficile les investissements dans de nouvelles énergies fossiles comme les sables bitumineux ou le gaz de schiste. A l'inverse, les entreprises résilientes au changement climatique ou peu émettrices pourront accéder plus facilement aux fonds.
Et après ? Comment mettre (et garder) le secteur financier sur la voie des 2°C ?
Il est bien entendu trop tôt pour ce réjouir. Cette évolutions pose de nombreuses questions : Comment mesurer l'empreinte carbone d'un portefeuille ? Peut-on décliner dans le domaine de la finance l'objectif des 2°C ? En particulier, comment faire en sorte, non seulement de ne plus investir dans les activités polluantes, mais aussi de financer celles qui permettent la transition comme l'efficacité énergétique ou les énergies renouvelables ? Une question très concrète par exemple : faut-il réellement désinvestir ? Certes ça rendra la vie des pétroliers plus difficiles mais ça ne les incitera pas vraiment à améliorer leurs pratiques. Ne vaudrait-il pas mieux continuer à investir dans le secteur des énergies fossiles mais seulement chez les "best in class", les entreprises qui font de réels efforts ? De nombreux travaux sont en cours sur ces sujets, notamment chez le World Ressource Institute qui devrait les publier pendant la Climate Week en mai prochain.
Enfin, et surtout, la finance est une affaire d'anticipation. Si le secteur bouge aujourd'hui, c'est parce qu'il anticipe des réglementation plus sévères. Il ne continuera pas longtemps dans cette voie si la mobilisation de la société civile s’essouffle ou si les gouvernements semblent incapables de limiter réellement les émissions de gaz à effet de serre. Un changement important est peut-être en train de prendre forme mais il reste fragile... et notamment conditionné à la réussite de la conférence de Paris sur le Climat !
Illustration : By Harald Bischoff (Own work) [CC BY-SA 3.0], via Wikimedia Commons
Après les rebondissement de l'été - passage en force devant le conseil d'administration d'EDF puis mise à l’arrêt par le gouvernement britannique, la saga d'Hinkley Point pourrait connaitre prochainement son épilogue. Theresa May devrait en effet rendre sa décision bientôt et peut-être dès le G20 de Hangzhou les 4-5 septembre. Pourquoi ne pas profiter de ce répit pour prendre un peu de recul ? La Grande Bretagne est, depuis l'origine, un acteur majeur du nucléaire mais ce qui commençait comme une épopée industrielle tourne aujourd'hui au cauchemar. Comment en est-on arrivé là ? Et n'y aurait-il pas quelque chose à en apprendre au moment où le secteur nucléaire français est lui-même en pleine restructuration ?
1956-1970 : la Grande Bretagne leader du nucléaire civil
Les britanniques ont l'habitude revendiquer la construction du premier réacteur nucléaire commercial. Certes le réacteur soviétique d'Obninsk a été connecté au réseau en 1954 mais il produisait moins de 5MW... Rien de comparable avec la centrale de Calder Hall, et ses 4 réacteur de 49MW, inaugurée par la reine le 17 octobre 1956 (ci-contre en 1973). 1956, c'est aussi l'année de la crise de Suez. La Grande Bretagne, dont la production de charbon décline depuis les années 20, craint pour ses approvisionnements en pétrole. L'idée d'un vaste programme nucléaire fait déjà son chemin...
Les réacteurs de Calder Hall sont des Magnox - du nom de l'alliage à base de magnésium utilisé pour le gainage des barres de combustible. Il s'agit de réacteurs proches des UNGG que la France développe au même moment. Et comme en France, ils produisent aussi bien de l'électricité que du plutonium à usage militaire. Au total, 24 Magnox seront construits au Royaume Uni entre 1956 et 1971 et deux autres seront exportés en Italie et au Japon.
Partie en tête, la Grande Bretagne conserve jusqu'à la fin des années 60, le plus important programme nucléaire civil au monde, à peu près à égalité avec les États-Unis mais loin devant l'URSS et la France. Ce n'est qu'en 1969 que le parc nucléaire américain dépasse celui du Royaume Uni.
La débâcle de l'AGR, le réacteur anglais de seconde génération
Mais à cette date, les difficultés de l'industrie nucléaire britannique ont déjà commencé. En 1965, la Grande Bretagne lance son réacteur de seconde génération, l'AGR (pour Advanced Gas-cooled Reactor). Contrairement à la France qui abandonnera quelques années plus tard l'UNGG au profit des réacteurs à eau pressurisée, les anglais persistent dans la filière graphite-gaz. L'industrie nucléaire britannique est alors pleine d'ambition et le ministre de l'énergie de l'époque, Frederick Lee, affirme qu'avec l'AGR, elle "a gagné le jackpot" : avant même sa construction, le réacteur est réputé très supérieur à ses concurrents américains. Il doit produire une électricité moins chère que les centrales à charbon dont dépend encore très largement le Royaume et, bien sur, il se vendra comme des petits pains à l'étranger. Le premier AGR, promet-il à la Chambre des Communes, entrera en service en 1970 à Dungeness dans le Kent.
En réalité le réacteur de Dungeness B est inauguré en 1983... Des problèmes techniques complexes sont apparus dès 1966 sur la chaudière et le bâtiment réacteur. Il faut presque 2 décennies et un budget multiplié par 4 pour en venir à bout. Pourtant les gouvernements successifs, aussi bien travaillistes que conservateurs, s'accrochent à la filière graphite-gaz. Au total, 14 AGR seront construits, tous en Grande Bretagne. Le naufrage de Dungeness B a ruiné la réputation de l'industrie nucléaire britannique qui n'exportera plus jamais de réacteur.
Privatisation et disparition de l'industrie nucléaire britannique
Avec la privatisation de l'électricité, décidée par Margaret Thatcher en 1988, l'industrie nucléaire britannique se voit imposer un exercice de transparence inédit depuis sa création. On découvre alors que le Central Electricity Generating Board a dissimulé le coût réel de la filière notamment en sous-estimant le budget nécessaire aux démantèlements. Les incertitudes sont telles que le gouvernement Thatcher renonce à privatiser les centrales nucléaires. Il devient évident que l'électricité nucléaire est en réalité beaucoup plus couteuse que celle produite par les centrales à charbon. En 1990, une taxe est crée pour financer cet écart, elle fait augmenter les factures de 11%. En 1996, les réacteurs les plus modernes sont finalement privatisés sous le nom de British Energy. Les vieux Magnox restent propriété d'une entreprise publique : British Nuclear Fuel Limited (BNFL).
Dans les années 90, l'industrie nucléaire britannique semble avoir une occasion de renaitre. L'AGR a enfin été abandonné et la construction d'un premier réacteur à eau pressurisée commence en 1987. Sizewell B est supposé être le premier d'une série de nouveaux réacteurs parmi lesquels on parle déjà d'Hinkley Point C. En 1999, BNFL achète l'activité nucléaire de Westinghouse, l'entreprise qui a conçu le réacteur à eau pressurisée c'est-à-dire la technologie utilisée par les deux tiers des centrales en service dans le monde. L'année suivante l'entreprise publique reprend les activités nucléaires du suisse ABB. Un nouveau géant de l'énergie atomique semble brièvement se mettre en place...
Mais en réalité l'industrie nucléaire britannique s'enfonce dans la crise à partir du milieu des années 1990. D'une part, le gouvernement retire son soutien à la construction de nouvelles centrales. Cela conduit à l'abandon des projets de réacteurs à eau pressurisée : Sizewell B reste jusqu'à aujourd'hui unique en Grande Bretagne. D'autre part, le marché de l'électricité est encombré par la multiplication de centrales alimentées par le gaz de Mer du Nord et beaucoup plus compétitives que les centrales nucléaires. En 2002, British Energy doit appeler le gouvernement à l'aide. L'entreprise est de facto renationalisée avant d'être rachetée par EDF en 2009. De son coté, BNFL est démantelé et disparaît elle aussi en 2009, trois ans après la revente de Westinghouse à Toshiba. Un demi-siècle après ses débuts, l'industrie nucléaire britannique cesse d'exister. Lorsque le gouvernement Blair parle de "renaissance du nucléaire", il n'a plus d'autre choix que de faire appel à des entreprises et des capitaux étrangers.
La morale de l'histoire ?
On peut tirer beaucoup de leçons du naufrage de l'industrie nucléaire britannique. Voici celles que je retiens :
Les filières industrielles sont mortelles,
Un réacteur mal conçu peut à lui seul couler une industrie florissante,
S'entêter dans des voies sans issues ou tenter de dissimuler la réalité sont des réactions naturelles en situation d'échec mais elles ne font qu'aggraver les choses à long-terme,
Posséder une part importante de nucléaire dans son mix électrique (la Grande Bretagne est 2e du G20 pour cet indicateur derrière la France) n'est pas suffisant pour assurer la pérennité du secteur.
Voilà qui peut donner à réfléchir en pleine restructuration de l'industrie nucléaire française, non ?
[Publié initialement le 16/12/2013, mis à jour le 16/07/2015] Vous vous souvenez du débat entre Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal à la veille du second tour de la présidentielle de 2007 ? Et de ce moment épique où aucun des deux n'a été capable de dire quelle est la part du nucléaire dans la production d'électricité française ?
Cet exemple est vraiment caricatural, mais le scénario se répète : le débat sur l'énergie est tristement marqué par la méconnaissance des faits et qui le réduit souvent à une confrontation idéologique. Pourtant les entreprises du secteur ont fait de gros efforts de transparence et à condition de connaître les adresses et les outils disponibles, vous pouvez tout savoir minute par minute de la production d'électricité en Europe : Combien les parcs éoliens de mer du nord produisent-ils à cet instant précis ? En ce moment la France est-elle importatrice ou exportatrice d'électricité ? Quel est la part des énergies renouvelables dans la production allemande aujourd'hui ? Les réponses sont ici...
En France : RTE Eco2mix
Le service Eco2mix mis en place par le réseau de transport d'électricité offre un aperçu complet et ergonomique de l'état de la production électrique en France : la production instantanée des différentes filières, l'empreinte carbone des kilowattheures produits, les échanges aux frontières... Toutes ces données sont disponibles en direct ou pour n'importe quelle période des 3 mois précédents. Une version par région a même été mise en ligne récemment.
En Allemagne et en Autriche
De nombreuses informations sur la production d'électricité allemande sont disponible sur le portail de l'Institut Fraunhofer, notamment la production quotidienne et le prix spot (merci à Cyril qui m'a indiqué ce site en commentaire !). L'European Energy Exchange, la bourse de l'énergie en Europe centrale, met également à disposition de nombreuses données sur la production d'électricité en Allemagne, en Autriche et dans quelques autres pays.
En Grande Bretagne
Le service britannique brille plus par son exhaustivité que par son ergonomie... Avec un peu de patience il est possible d'y trouver à peu près tout ce que l'on peut souhaiter comme l'évolution de la production par filière, le détail de la production éolienne ou les flux internationaux.
Au Danemark
Energienet, l'équivalent danois du français RTE, propose une carte interactive sur laquelle apparaissent les productions et les flux à la fois d'électricité et de gaz.
Capture d'écran du service proposé par Energienet au Danemark
En Espagne
Le réseau de transport d'électricité espagnol, Red Eléctrica de España, met lui aussi à disposition un suivi de la production des différentes filières en temps réel. Avantage de ce service : il propose un historique remarquablement long puisqu'il est possible de retrouver les informations pour n'importe quel jour jusqu'en 2007 !
En Belgique
Elia propose de nombreuses informations mais le suivi en temps réel n'est disponible que pour l'éolien et le solaire. Pour les autres énergies, il faut se reporter au programme de production à J-1 ou au rapport de production réelle à J+1. Quelques données complémentaires peuvent être trouvé sur le site de l'EEX.
Vous connaissez des services équivalents en Chine, aux États-Unis ou dans d'autres pays ? Vous ne réussissez pas à trouver les informations que vous souhaitez ? N'hésitez pas à réagir en commentaire pour améliorer cet article !
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Suite à mon article de lundi, dans lequel je détaillais les futures émissions de principaux pollueurs de la planète sur la base de leurs INDC. Je vous propose une nouvelle façon de visualiser les résultats.
Cette infrographie représente le classement des 10 plus gros émetteurs de gaz à effet de serre en 1990, 2010 et 2030. Le classement est basé sur les émissions totales de gaz à effet de serre (pas seulement le CO2). Continuer la lecture »
Dans quelques jours, l'Accord de Paris sur le climat sera ouvert à la signature au siège new-yorkais de l'ONU. C'est une première étape vers son entrée en vigueur, et l'occasion se s’interroger sur les effets de cet accord dans les années et les décennies qui viennent.
> Cet entretien est extrait d'une étude sur les implications économiques et technologiques à long-terme de l'Accord de Paris. Vous pouvez télécharger l'étude complète ici.
En se donnant pour objectifs d'atteindre zéro émission nette pendant la seconde moitié du XXIe siècle (article 4 : "parvenir à un équilibre entre les émissions anthropiques par les sources et les absorptions anthropiques par les puits de gaz à effet de serre au cours de la deuxième moitié du siècle"), l'Accord de Paris sous-entend que nous serions capable de retirer des gaz à effet de serre de l'atmosphère et ainsi de compenser les émissions que nous ne parviendrons pas à éliminer. En réalité, si nous commençons à savoir capter le dioxyde de carbone dans les fumées des installations émettrices, nous sommes encore loin de pouvoir l'isoler en grandes quantités dans l'air ambiant où il est 500 fois moins concentré. Alors, la capture atmosphérique du carbone est-elle un mirage ? J'en ai discuté avec Noah Deich, directeur du Center for Carbon Removal à l'université de Berkeley.
En quoi la capture atmosphérique du carbone est-elle importante après l'Accord de Paris ?
La capture du carbone est très précieuse pour atteindre l'objectif de long-terme de l'Accord de Paris. Au rythme actuel, le budget carbone permettant de limiter le réchauffement à 2°C sera épuisé dans 20 ans et le budget associé à 1.5°C sera épuisé dans seulement 6 ans. Même si les INDC proposées avant la COP21 sont toutes respectées, les émissions vont continuer à croitre pendant les prochaines décennies. Comme seule la capture atmosphérique peut compenser un dépassement de notre budget carbone, c'est une assurance vitale au cas où nous ne pourrions pas réduire les émissions assez vite . Une autre raison importante pour développer les solutions de capture atmosphérique du carbone est qu'elles peuvent aider à élargir le soutien aux politiques climatiques, ce qui utile aussi bien pour réduire les émissions que pour capturer le CO2. Une explication complète de l’intérêt de la capture atmosphérique est disponible dans notre rapport Philanthropy Beyond Carbon Neutrality.
La capture atmosphérique est souvent vue comme de la science-fiction, qu'en est-il vraiment ?
La capture du carbone est souvent représentée à tort comme une seule solution ou une seule approche. En réalité, il existe une large variété de solutions écologiques et technologiques capables de retirer du CO2 de l'air, par exemple la restauration des écosystèmes, le biocharbon, la biomasse avec capture et séquestration du CO2 et des procédés chimiques qui isole le CO2 directement dans l'air ambiant. Toutes ces approches nécessitent encore de la recherche et développement avant que nous puissions retirer le dioxyde de carbone de l'atmosphère de façon sure et efficace. D'une manière générale, les techniques écologiques sont plus proches de leur maturité commerciale mais des pilotes et des démonstrateurs existent pour des technologies comme la biomasse + CSC ou la capture directe. Il ne s'agit donc certainement pas de science-fiction.
Aperçu des méthodes de capture atmosphérique du carbone envisagées à l'heure actuelle (cliquer sur l'image pour agrandir)
Quel est le retour d'expérience des projets existants ?
Les premiers projets montrent que les méthodes biologiques nécessitent une comptabilité carbone et des standards d'analyse de cycle de vie rigoureux avant de pouvoir être valorisées. Les solutions technologiques, elles, sont encore chères mais les essais montrent que les coûts pourraient baisser considérablement avec leur déploiement. Nos analyses présentent plus d'informations sur les projets et les différentes solutions. La question clé est l'échelle : Quelles solutions ont le meilleurs potentiel ? Et sous quelles conditions pourront-elles être mises sur le marché ?
Qu'est-ce qui est nécessaire aujourd'hui pour accélérer le développement de la capture atmosphérique ?
De la recherche et développement et des démonstrateurs pour faire baisser les coûts et améliorer la comptabilisation du carbone, ainsi que des politiques, des réglementations et des marchés qui créent une demande pour la capture atmosphérique. Il faut encore de la R&D pour un grand nombre de solution et il est trop tôt pour dire qui seront les gagnants et les perdants.
A votre avis, quand la capture atmosphérique pourrait-elle commencer à jouer un rôle significatif dans la lutte contre le changement climatique ? Et à quel prix ?
D'ici une décennie, la capture atmosphérique pourrait jouer un rôle majeur dans les efforts d'atténuation. Je m'attend à ce que les premiers développement portent sur les solutions agricoles et écosystémiques qui s'appuient sur la photosynthèse pour séquestrer le carbone dans les plantes et les sols. Les systèmes technologiques, comme la biomasse + CSC ou la capture directe, pourraient être disponibles à l'échelle commerciale peu après. La vitesse à laquelle ces solutions seront commercialisées dépend des investissement qui seront réalisés par les gouvernements et le secteur privé. A long-terme, les coûts seront vraisemblablement entre 10 et 100$ par tonne équivalent CO2. Mais il est difficile de dire combien cela va couter de développer ces techniques jusqu'au moment où elle deviendront rentables.
Ça vous a peut-être échappé mais deux grands pays émetteurs de gaz à effet de serre viennent de changer de premier ministre : l'Australie, où Tony Abbott a été remplacé par Malcolm Turnbull le 15 septembre, et le Canada, où les libéraux de Justin Trudeau ont écrasé Stephen Harper hier. Même s'ils ont exercé aux antipodes l'un de l'autre, Tony Abbott et Stephen Harper ont en commun d'avoir dirigé un des plus gros pollueurs de la planète et d'avoir pris des positions très conservatrices en matière de lutte contre le changement climatique. A 40 jours de l'ouverture de la conférence de Paris, leurs chutes quasi-simultanées lèvent deux obstacles vers un nouvel accord sur le climat.
"House of Carbon"
L'histoire du premier ministre australien, pour commencer, semble tirée directement d'un thriller politique dans lequel le changement climatique serait à la fois l'enjeu et l'arme du crime...
"Le destin politique de Tony Abbott ferait une bonne saison de House of Cards, et le climat y joue un rôle central."
Tony Abbott s'est imposé comme leader de l'opposition libérale australienne en décembre 2009 en détrônant Malcom Turnbull. Pour y parvenir, il a coalisé les climatosceptiques de son camp dans un vote de défiance à l'encontre de son prédécesseur qui était ouvertement favorable à une régulation des émissions. Turnbull ne s'est pas déclaré vaicu pour autant et s'est présenté à sa propre succession, Abbott l'a emporté... avec une majorité d'une seule voix ! Le tout à quelques jours de la conférence de Copenhague. Après une campagne dont il avait fait un référundum contre la taxe carbone, Tony Abbott est devenu premier ministre en septembre 2013. Deux an plus tard, le 14 septembre 2015, il a été renversé par une manoeuvre interne au parti libéral menée... par Malcom Turnbull. Celui-ci lui a succédé au poste de premier ministre dès le lendemain.
L'avis d'un spécialiste sur l'éviction de Tony Abbott (via PlacetoB)
Même si la question climatique occupe une place centrale dans cette histoire, la position de Tony Abbott sur le sujet est restée assez inconsistante. Remettant parfois en cause le consensus scientifique avant 2009, il a reconnu ensuite la réalité du réchauffement tout en s'opposant au projet de marché du carbone porté par la travaillistes. Il a entrepris dès son arrivée au pouvoir de faire annuler ce système entré en vigueur en 2012 mais cela ne l'a pas empêché de soutenir d'autres projets, par exemple la loi de 2010 fixant des objectifs en termes d'énergie renouvelables. Tony Abbott reflète plutôt la position des milieux d'affaires australiens : l'Australie a un des mix énergétiques les plus sales de la planète avec 45% de charbon et seulement un petit pourcent d'énergies renouvelables. Résultat : ses émissions par habitants sont parmi les plus élevées du G20. Par ailleurs elle dispose des 4e réserves mondiales de charbon et les combustibles fossiles représentent près du tiers de ses exportations... Autant dire que les industriels australiens peuvent voir avec une certaine inquiétude la mise en place de politiques de réduction des émissions de gaz à effet de serre en Australie et à l'international.
Fin d'un long règne au Canada
La situation au Canada est bien différente : Stephen Harper, qui a perdu sa place après les élections d'hier, était premier ministre depuis février 2006. Avant même son arrivée au pouvoir, Stephen Harper s'était illustré par des position tout en nuance sur les questions climatiques, qualifiant par exemple le protocole de Kyoto de "conspiration socialiste" et contestant les effets négatifs du dioxyde de carbone. C'est donc sans grande surprise que le Canada s'est retiré du protocole de Kyoto en décembre 2011. Son gouvernement s'est également illustré en verrouillant l'information sur le changement climatique - par exemple en obligeant les journalistes à obtenir une autorisation avant toute interview d'un scientifique. Harper avait d'ailleurs déjà annoncé qu'il n'avait pas l'intention de se déplacer pour la COP21.
"Entre le climat et Stephen Harper, c'était une affaire personnelle... Il voyait le protocole de Kyoto comme un "complot socialiste" !"
Longtemps le Canada s'est abrité derrière les États-Unis pour camoufler son inaction sur le climat, affirmant que cette question devait être traitée à l'échelle continentale. Avec l'arrivée de Barack Obama, Stephen Harper a du assumer seul ses décisions. Pour beaucoup d'observateurs, sous sa direction, le Canada a remplacé les États-Unis comme principal ennemi d'une action internationale contre le changement climatique. Il faut dire que le pays s'est lancé depuis les années 1990 dans l'extraction à grande échelle des sables bitumineux. L'exploitation de ces hydrocarbures particulièrement polluants a doté le Canada de réserves de pétrole supérieures à celles de l'Iran et du Qatar réunies ! Mais les canadiens se classent aujourd'hui parmi les plus gros pollueurs de la planète par habitant.
Et maintenant ?
Sans surprises, l'Australie et le Canada avait remis des contributions décevantes en amont de la conférence de Paris. Selon leurs INDC, ils devraient faire partie du top10 des pays les plus émetteurs en 2030 et se trouver en tête de ce classement en termes d'émissions par habitant. Dans 15 ans, un canadien pourrait émettre 2.4 fois plus de gaz à effet de serre qu'un européen, et un australien 2.7 fois plus !
Le renouvellement des premiers ministres australiens et canadiens va-t-il conduire à un infléchissement de ces positions pendant la COP21 ? On peut l'espérer mais il ne faut pas s'attendre à une révolution... En Australie, Malcom Turnbull est un opposant historique de la politique climatique de Tony Abbott mais il a sans doute aussi appris de ses erreurs et il est peu probable qu'il prenne le risque de diviser son camps par des mesures trop ambitieuses. Au Canada, Justin Trudeau, le successeur probable de Stephen Harper, a promis de travailler avec les provinces dans les premiers jours de son mandat pour mettre en place un plan de réduction des émissions mais il n'a pas pris d'engagements sur le contenu de ce plan. Il ne faut pas oublier que, au-delà de leurs parcours et de leurs convictions personnelles, les positions de Stephen Harper et de Tony Abbott reflétaient la situation énergétique de leurs pays, avec d'un coté la manne des sables bitumineux et de l'autre le règne du charbon. Ces situations ne vont pas changer du jour au lendemain...
Reste que l'éviction de deux des pires "climate villains" de la planète est un bon signe à quelques semaines de la COP21. C'est un message adressé aux dirigeants tentés par le populisme climatique : la recette ne marche pas à tous les coups ! Et surtout le remplacement de ces deux premiers ministres ouvre une fenêtre d'opportunité qui risque de se refermer avec l'élection probable d'un républicain à la Maison Blanche en 2016... Il faudra sans doute attendre de longues années avant de retrouver une situation politique aussi favorable à un accord sur le climat. C'est maintenant qu'il faut agir !