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Tuesday, May 3, 2016

Avis dexpert LAllemagne peut sortir du nucléaire en 2022 et du charbon en 2040

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En janvier 2016, le think tank allemand Agora Energiewende a proposé 11 principes pour sortir l'Allemagne de sa dépendance au charbon. Lors d'un récent passage à Berlin, j'ai pu en discuter longuement avec Dimitri Pescia qui est senior associate chez Agora.

Voici la retranscription de cet échange.

Quelle la situation énergétique de l'Allemagne à l'heure actuelle ?

Le système électrique allemand est en profonde transformation. L’année 2015 a été une année de tous les records : record de production renouvelable, record de production éolienne, record d'exportations...

Aujourd'hui, à peu près un tiers de la consommation électrique allemande est couvert par les énergies renouvelables, 40% par le charbon et le reste par le nucléaire et le gaz. Le changement est donc significatif par rapport aux années 90, où il n'y avait quasiment pas de renouvelables, à part un peu d'hydraulique et de biomasse. Le  nucléaire  couvrait alors plus de 30% du mix et la part du charbon était à peu près la même qu'aujourd'hui.

En une vingtaine d'années on a donc un vrai développement des énergies renouvelables mais peu d'évolution sur le charbon. La situation allemande est donc paradoxale : on bat des records de production renouvelable mais les émissions de CO2 diminuent peu, car le compétitivité du charbon conduit également à des records historiques d’exportation ! Dans ce contexte, l'Allemagne n’atteindra probablement pas son objectif national de réduction des émissions de CO2, fixé à -40% en 2020 par rapport à 1990. C'est pourquoi nous appelons à la mise en place de mesures supplémentaires. 



"Le marché seul ne conduira pas à la fin du charbon en Allemagne."





Vous proposez donc une sorte de mode d'emploi de la sortie du charbon, quels en sont les points clés ?

Notre proposition part du constat suivant : le marché européen des émissions de CO2 ne sera pas en mesure d’enclencher à temps la sortie du charbon en Allemagne. Le prix du CO2 va rester trop bas alors que les centrales sont amorties et leur coût marginal de production est très faible. Selon nos calculs, pour obtenir un basculement du charbon vers le gaz, ce qui permettrait de réduire les émissions du secteur électrique, il faudrait un prix du carbone qui passe de 5€ à 40 ou 50€, or il n'y a pas un volontarisme politique suffisant au niveau européen.
Sans mesures nationales, l'Allemagne n'atteindra donc pas ses objectifs de réduction d'émissions. Une solution consensuelle et de long-terme est nécessaire, en particulier pour accompagner le processus de restructuration socio-économique des régions minières et assurer la sécurité des investissements et la planification dans le domaine de l’énergie. Il nous faut donc construire ce consensus sur le charbon comparable à celui qui a permis la sortie du nucléaire. C’est dans cette optique qu’il faut comprendre notre proposition, qui s’appuie sur une modélisation du secteur électrique européen réalisée par l'institut Enervis.

Concernant plus particulièrement le secteur de la production électrique, nous proposons la mise en place d'un plan de sortie du charbon entre 2018 et 2040, fixant une date d’arrêt pour chaque centrale, les centrales les plus âgées qui sont aussi les plus émettrices étant retirées en premier.
L'Allemagne sortirait donc du charbon en 22 ans, soit la durée qui avait été fixée pour la sortie du nucléaire. C'est un horizon suffisamment long pour permettre aux opérateurs de planifier leurs restructurations.

Par ailleurs, nous proposons d’interdire la construction de nouvelles centrales à charbon. Cette mesure peut paraître évidente, mais nous la mettons néanmoins en avant, car certaines parties prenantes proposent de remplacer les vieilles centrales polluantes par d'autres plus efficaces. Notre analyse montre clairement que si l’on veut atteindre les objectifs climatiques de long-terme, réinvestir dans le charbon même dans des centrales moins polluantes, n’a aucun sens.
Aujourd'hui il n'y a pas de nouveaux projets de centrales à charbon en Allemagne, le prix est trop bas et le pays est déjà en surcapacité. Quelques centrales ont été raccordées ces deux dernières années mais il s'agit de projets lancés dans les années 2007-2008. 

Nous proposons également la mise en place d’une taxe sur la production électrique à base de lignite pour s'assurer de la remise en état des sites miniers. C'est un peu le même problème que pour le démantèlement nucléaire : les opérateurs provisionnent dans leurs comptes mais rien ne nous assure que ces provisions soient suffisantes à terme. Nous proposons donc une taxe qui abonde une fondation chargée de supporter les coûts de renaturation des sites.


"Le mix électrique allemand en 2040 : 65% de renouvelables, 35% de gaz."




A quoi ressemblerait le mix électrique allemand en 2040 ?

Notre scénario est basé sur les objectifs du gouvernement fédéral : un développement des énergies renouvelables qui prend petit à petit le pas sur le nucléaire et le charbon. En 2030, l'objectif est d'avoir 50% d'électricité renouvelable et en 2040, 65%. Le reste étant couvert par des centrales à gaz, à peu près 40 GW, dont la moitié seraient de nouvelles constructions.


Est-ce que votre scénario est compatible avec les objectifs de l'Accord de Paris, notamment les 1.5°C et zéro émissions nettes après 2050 ?

La sortie du charbon en 2040 est compatible avec les 2°C mais pour 1.5°C il faudrait aller plus vite.

Après 2040, le mix électrique intègre encore du gaz, car ces centrales sont nécessaires à l'équilibrage du réseau en raison de leur flexibilité. Sans réelle rupture technologique, le secteur électrique allemand continuera donc à priori à émettre du CO2 au milieu du siècle mais presque quatre fois moins qu’aujourd’hui, environ 100 millions de tonnes. Par ailleurs, sur le long terme, il n'est pas impossible de tendre vers  un mix non-émetteur, même en maintenant du gaz. De nouvelles technologies vont arriver : biogaz, power to gas... Évidemment les derniers pourcents de baisse des émissions vont être très difficiles à gagner.


Il n'est pas question de capture du carbone ?

Non. La capture et la séquestration du carbone n'a pas d'avenir en Allemagne, ni dans la plupart des pays européens d'ailleurs. D'abord, la CSC est trop chère par rapport aux autres options bas carbone, en particulier l'éolien et le solaire photovoltaïque. Ensuite, elle est socialement inacceptable à cause de l'enfouissement du CO2 : en Allemagne, il est presque aussi difficile d'enfouir du carbone que des déchets radioactifs !


"L'Allemagne ne peut pas être à la fois le pays de la transition énergétique et du charbon."




Est-ce que votre diagnostic sur la nécessité de sortir du charbon est partagé en Allemagne ?

Pour l’essentiel oui. Notre proposition a été largement commentée en Allemagne, tout en faisant l'objet de relativement peu de critiques de fond. Évidemment, nous essuyons les critiques des syndicats miniers, qui luttent pour les emplois concernés par la restructuration des bassins miniers, et qui considèrent que les mesures que nous proposons pour faciliter cette restructuration ne sont pas suffisants. A l’opposé, certaines organisations environnementales considèrent que notre proposition manque d’ambition et militent pour une sortie du charbon plus rapide. Mais globalement nous nous situons déjà dans une proposition de compromis. La majorité des acteurs réalisent qu'on ne peut pas être le pays de la transition énergétique tout en restant le pays du charbon.

Le ministre de l'économie, Sigmar Gabriel, a d’ailleurs repris notre première proposition, appelant à la mise en place d'une table ronde sur le charbon, afin de développer une position consensuelle avec l’ensemble des parties prenantes. D'ici la fin de l'année, nous pourrions voir ainsi émerger les premières lignes d’un accord.


La perspective de remplacer du lignite local par du gaz importé, notamment de Russie, ne pose pas problème ?

L’Allemagne importe aujourd’hui près de 40% de son gaz de Russie, le reste provenant essentiellement de Norvège et des Pays-Bas. Le pays dispose également de sites gaziers nationaux, essentiellement en Basse-Saxe, qui couvrent environ 10-15% de la consommation. La dépendance à la Russie existe mais elle est donc limitée.
Par ailleurs, aujourd'hui, près de 90% du gaz consommé en Allemagne est utilisé pour le chauffage, pas pour la production d'électricité. Donc, même si la part du gaz augmente dans la production électrique, compte-tenu de son potentiel de flexibilité, la part du gaz dans le mix énergétique global reste relativement stable, voire baisse, en particulier grâce aux efforts d’efficacité énergétique dans les bâtiments.


"L'Allemagne peut sortir du charbon en gardant une électricité bon marché et en restant exportatrice."





Qu'est-ce que votre proposition implique pour le prix de l'électricité ?

Elle conduit à une hausse de 2 à 3€ par mégawattheure sur le marché de gros en base. Aujourd'hui, les prix sont extrêmement bas, en dessous de 30€/MWh. Ces prix vont probablement rester bas puisque les énergies renouvelables continuent de croître d'environ 2% par an, et qu’elles produisent à coût marginal nul. La hausse des prix liée à notre plan est donc relativement modérée.

Nous proposons néanmoins que des mesures de compensations soient considérées en faveur des consommateurs industriels, au cas où cette hausse leur serait dommageable. L'Allemagne reste en effet un pays industriel sensible aux hausses de prix qui impacteraient ses entreprises électro-intensives. Divers mécanismes de compensation ont été mis en place afin d'assurer la compétitivité de ces entreprises. Aujourd’hui, certains industriels allemands bénéficient de prix parmi les plus bas d’Europe car le prix de gros se reflète directement sur leurs factures.


Quelles seraient les conséquences de cette sortie du charbon sur les exportation d'électricité ?

A l'heure actuelle, l'Allemagne exporte environ un électron sur dix qu’elle produit, soit environ 60 TWh, ce qui conduit à des effets de bords importants sur certains marchés voisins, notamment autrichiens et néerlandais, où des centrales à gaz sont mises sous cocon car elles sont moins compétitives que le charbon et les renouvelables allemands.

Une sortie progressive du charbon modifierait les échanges d'électricité entre l'Allemagne et ses voisins, en retrait par rapport aux niveaux historiques observés depuis quelques années. En particulier pendant la période charnière qui va de 2024 à 2028, alors que l’Allemagne aura fermé l’ensemble de son parc nucléaire, le pays pourrait devenir importateur  net d'électricité : il serait en mesure de couvrir sa consommation par des capacités nationales mais d'autres capacités étrangères seront plus compétitives, expliquant le renversement des échanges. Ensuite, l'Allemagne recommence à être exportatrice dès 2028, les exports se stabilisent sur le long terme à des niveaux élevés, mais inférieurs à ceux d'aujourd'hui.


Que deviennent les bassins miniers ?

C'est sans doute le point le plus critique pour la construction d'un consensus national sur la question du charbon. En Rhénanie-du-Nord-Westphalie et dans la Lusace, l'extraction du charbon crée encore beaucoup d'emplois locaux. Dans les régions économiquement faibles, notamment à l'est du pays, c'est parfois l'employeur dominant.
Il faut donc donner des débouchés. Nous proposons que l’État fédéral finance à hauteur de 250 millions d'euros par an la restructuration de ces bassins.


"En France aussi il devient clair que les énergies renouvelables vont se développer, et que c'est une bonne chose."




Comment voyez-vous le débat énergétique français et comment se compare-t-il à la situation allemande ?

La transition énergétique allemande a joué un rôle de référence très important dans le débat français qui a précédé l’adoption de la loi de transition énergétique. Soit comme une référence modèle, plus souvent comme anti-modèle. Dans l'énergie, comme sur beaucoup d'autres sujets socio-économiques, la France semble toujours très encline à se comparer à l'Allemagne.
Le débat énergétique français a été relativement tendu après Fukushima, avec un gouvernement conservateur très figé sur la question du nucléaire et relativement sceptique sur les renouvelables. Il a évolué depuis et j'ai l'impression qu'il s'apaise. Même si beaucoup de choses restent incertaines, en particulier en ce qui concerne l’avenir du nucléaire, certains points commencent à faire consensus : le volontarisme français en matière de développement des énergies renouvelables a progressé, et c'est quelque chose de positif.



Publié le 4 mars 2016 par Thibault Laconde

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Monday, February 9, 2015

Du Magnox à Hinkley Point Comment lindustrie nucléaire britannique a fait naufrage

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Après les rebondissement de l'été - passage en force devant le conseil d'administration d'EDF puis mise à l’arrêt par le gouvernement britannique, la saga d'Hinkley Point pourrait connaitre prochainement son épilogue. Theresa May devrait en effet rendre sa décision bientôt et peut-être dès le G20 de Hangzhou les 4-5 septembre.
Pourquoi ne pas profiter de ce répit pour prendre un peu de recul ? La Grande Bretagne est, depuis l'origine, un acteur majeur du nucléaire mais ce qui commençait comme une épopée industrielle tourne aujourd'hui au cauchemar. Comment en est-on arrivé là ? Et n'y aurait-il pas quelque chose à en apprendre au moment où le secteur nucléaire français est lui-même en pleine restructuration ?


1956-1970 : la Grande Bretagne leader du nucléaire civil


Première centrale nucléaire commerciale au monde : Calder Hall en Grande BretagneLes britanniques ont l'habitude revendiquer la construction du premier réacteur nucléaire commercial. Certes le réacteur soviétique d'Obninsk a été connecté au réseau en 1954 mais il produisait moins de 5MW... Rien de comparable avec la centrale de Calder Hall, et ses 4 réacteur de 49MW, inaugurée par la reine le 17 octobre 1956 (ci-contre en 1973).
1956, c'est aussi l'année de la crise de Suez. La Grande Bretagne, dont la production de charbon décline depuis les années 20, craint pour ses approvisionnements en pétrole. L'idée d'un vaste programme nucléaire fait déjà son chemin...

Les réacteurs de Calder Hall sont des Magnox - du nom de l'alliage à base de magnésium utilisé pour le gainage des barres de combustible. Il s'agit de réacteurs proches des UNGG que la France développe au même moment. Et comme en France, ils produisent aussi bien de l'électricité que du plutonium à usage militaire.
Au total, 24 Magnox seront construits au Royaume Uni entre 1956 et 1971 et deux autres seront exportés en Italie et au Japon.
Dans les années 60, la Grande Bretagne possédait le premier parc nucléaire au monde.


Partie en tête, la Grande Bretagne conserve jusqu'à la fin des années 60, le plus important programme nucléaire civil au monde, à peu près à égalité avec les États-Unis mais loin devant l'URSS et la France. Ce n'est qu'en 1969 que le parc nucléaire américain dépasse celui du Royaume Uni.



La débâcle de l'AGR, le réacteur anglais de seconde génération


Mais à cette date, les difficultés de l'industrie nucléaire britannique ont déjà commencé. En 1965, la Grande Bretagne lance son réacteur de seconde génération, l'AGR (pour Advanced Gas-cooled Reactor). Contrairement à la France qui abandonnera quelques années plus tard l'UNGG au profit des réacteurs à eau pressurisée, les anglais persistent dans la filière graphite-gaz. L'industrie nucléaire britannique est alors pleine d'ambition et le ministre de l'énergie de l'époque, Frederick Lee, affirme qu'avec l'AGR, elle "a gagné le jackpot" : avant même sa construction, le réacteur est réputé très supérieur à ses concurrents américains. Il doit  produire une électricité moins chère que les centrales à charbon dont dépend encore très largement le Royaume et, bien sur, il se vendra comme des petits pains à l'étranger. Le premier AGR, promet-il à la Chambre des Communes, entrera en service en 1970 à Dungeness dans le Kent.

En réalité le réacteur de Dungeness B est inauguré en 1983... Des problèmes techniques complexes sont apparus dès 1966 sur la chaudière et le bâtiment réacteur. Il faut presque 2 décennies et un budget multiplié par 4 pour en venir à bout.
Pourtant les gouvernements successifs, aussi bien travaillistes que conservateurs, s'accrochent à la filière graphite-gaz. Au total, 14 AGR seront construits, tous en Grande Bretagne. Le naufrage de Dungeness B a ruiné la réputation de l'industrie nucléaire britannique qui n'exportera plus jamais de réacteur.


Privatisation et disparition de l'industrie nucléaire britannique


Avec la privatisation de l'électricité, décidée par Margaret Thatcher en 1988, l'industrie nucléaire britannique se voit imposer un exercice de transparence inédit depuis sa création. On découvre alors que le Central Electricity Generating Board a dissimulé le coût réel de la filière notamment en sous-estimant le budget nécessaire aux démantèlements. Les incertitudes sont telles que le gouvernement Thatcher renonce à privatiser les centrales nucléaires. Il devient évident que l'électricité nucléaire est en réalité beaucoup plus couteuse que celle produite par les centrales à charbon. En 1990, une taxe est crée pour financer cet écart, elle fait augmenter les factures de 11%.
En 1996, les réacteurs les plus modernes sont finalement privatisés sous le nom de British Energy. Les vieux Magnox restent propriété d'une entreprise publique : British Nuclear Fuel Limited (BNFL).

Dans les années 90, l'industrie nucléaire britannique semble avoir une occasion de renaitre. L'AGR a enfin été abandonné et la construction d'un premier réacteur à eau pressurisée commence en 1987. Sizewell B est supposé être le premier d'une série de nouveaux réacteurs parmi lesquels on parle déjà d'Hinkley Point C.
En 1999, BNFL achète l'activité nucléaire de Westinghouse, l'entreprise qui a conçu le réacteur à eau pressurisée c'est-à-dire la technologie utilisée par les deux tiers des centrales en service dans le monde. L'année suivante l'entreprise publique reprend les activités nucléaires du suisse ABB. Un nouveau géant de l'énergie atomique semble brièvement se mettre en place...

Mais en réalité l'industrie nucléaire britannique s'enfonce dans la crise à partir du milieu des années 1990. D'une part, le gouvernement retire son soutien à la construction de nouvelles centrales. Cela conduit à l'abandon des projets de réacteurs à eau pressurisée : Sizewell B reste jusqu'à aujourd'hui unique en Grande Bretagne. D'autre part, le marché de l'électricité est encombré par la multiplication de centrales alimentées par le gaz de Mer du Nord et beaucoup plus compétitives que les centrales nucléaires.
En 2002, British Energy doit appeler le gouvernement à l'aide. L'entreprise est de facto renationalisée avant d'être rachetée par EDF en 2009. De son coté, BNFL est démantelé et disparaît elle aussi en 2009, trois ans après la revente de Westinghouse à Toshiba.
Un demi-siècle après ses débuts, l'industrie nucléaire britannique cesse d'exister. Lorsque le gouvernement Blair parle de "renaissance du nucléaire", il n'a plus d'autre choix que de faire appel à des entreprises et des capitaux étrangers.


La morale de l'histoire ?


On peut tirer beaucoup de leçons du naufrage de l'industrie nucléaire britannique. Voici celles que je retiens :
  • Les filières industrielles sont mortelles,
  • Un réacteur mal conçu peut à lui seul couler une industrie florissante,
  • S'entêter dans des voies sans issues ou tenter de dissimuler la réalité sont des réactions naturelles en situation d'échec mais elles ne font qu'aggraver les choses à long-terme,
  • Posséder une part importante de nucléaire dans son mix électrique (la Grande Bretagne est 2e du G20 pour cet indicateur derrière la France) n'est pas suffisant pour assurer la pérennité du secteur.
Voilà qui peut donner à réfléchir en pleine restructuration de l'industrie nucléaire française, non ?

Publié le 2 septembre 2016 par Thibault Laconde


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Saturday, March 9, 2013

Comprendre le contract for difference et le montage financier du projet nucléaire dHinkley

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Le 28 juillet, le Conseil d'Administration d'EDF se réunira pour étudier la décision finale d'investissement de la centrale nucléaire d'Hinkley Point C. Si, comme c'est probable, il donne son feu vert, la construction de 2 EPR commencera dans le sud de l'Angleterre mi-2019.
Ce projet va couter très cher : presque 25 milliards de livres, soit de l'ordre de 1.5% du PIB britannique. Et pourtant, il se fera sans investissement public... un vrai tour de force dans le contexte de forte incertitude qui accompagne le Brexit.
Comment les britanniques sont-ils parvenus à monter ce projet ? C'est ce que nous allons voir.



Au cœur du réacteur : le "contract for difference"


Le financement du projet est basé sur un contrat de différence (contract for difference ou CfD en anglais) inspiré du produit dérivé du même nom dont le secteur financier est familier.
Ce type de contrat permet à un "acheteur" et un "vendeur" de spéculer sur le prix d'un produit à une date donnée sans avoir à acheter ou vendre le produit en question : si à la date d'exécution, le prix est inférieur à celui convenu (ou strike price) l'acheteur paiera simplement la différence au vendeur, dans le cas contraire, c'est le vendeur qui paiera l'acheteur.

Dans le cas d'Hinkley Point, le vendeur est l'exploitant de la centrale : NNB Generation Company, une filiale d'EDF Energy créée pour construire et exploiter de nouveaux réacteurs en Grande Bretagne. L'acheteur est la Low Carbon Contracts Company (ou LCCC), une entreprise appartenant à l’État britannique et financée par un prélèvement sur la facture des consommateurs d'électricité.
Le contract for difference est d'une durée de 35 ans à partir de la mise en service de la centrale, il fixe un prix du mégawatt-heure à 92.5 livres sterling de 2012. Ce prix est indexé sur l'inflation et sera abaissé de 3£/MWh si de nouveaux EPR sont construits en Grande Bretagne.
Aux termes de ce contrat, l'électricité produite par la centrale d'Hinkley Point C sera vendue sur le marché de gros, si le prix du marché est inférieur au strike, la LCCC remboursera la différence à l'exploitant. Si le prix est supérieur, c'est NNBG qui reversera l'excédent à la LCCC.

Explication du montage financier de la centrale nucléaire d'Hinkley Point C : le contract for difference
Principe du "contract for difference", mécanisme utilisé pour le financement d'Hinkley Point




Un contrat trop généreux ?


Le contrat de différence n'est pas réservé à Hinkley Point ou au nucléaire. Il est largement utilisé par le gouvernement britannique pour financer les énergies décarbonées : en 2015, des CfD ont été attribués à 27 projets d'électricité renouvelable représentant plus de 2GW.
Dans cette liste, seuls les projets d'éolien off-shore et de pyrolyse/gazéification des déchets bénéficient de tarifs supérieurs à 92.5£/MWh. Sur les 27 CfD attribués en 2015, 22 ont un prix garanti inférieur à celui d'Hinkley Point : les projets solaires photovoltaïques se situent entre 50 et 79£/MWh, l'éolien terrestre entre 79 et 83, etc.

Comparaison entre le prix de l'électricité nucléaire d'Hinkley Point et celui de projets solaire, éolien ou biomasse



Rien de surprenant dès lors que le prix garanti de 92.5£/MWh pendant 35 ans fasse hurler en Grande Bretagne. D'autant qu'il est nettement supérieur au cours actuel de l'électricité, entre 30 et 40£/MWh.

Pourtant le gouvernement britannique a pris deux précautions supplémentaires pour éviter qu'EDF réalise des profits indus :
  1. Si la construction de la centrale coûte moins cher que prévu (on peut rêver !), les économies seront partagées à parts égales entre NNBG et la LCCC. Au-delà d'un certain seuil (qui n'a pas été rendu public), la LCCC empochera 75% des gains.
  2. Si le retour sur investissement est supérieur à celui prévu (11.4%), la LCCC en récupérera 30%. S'il dépasse 13.5%, la part de la LCCC passera à 60%. Ce mécanisme de gain-share restera en vigueur pendant toute l'exploitation de la centrale, même après la fin du tarif garanti. Il a été durci sous pression de la Commission Européenne : initialement le gain ne devait être partagé que au-delà de 15% de retour sur fonds propres.
Notons également que, en cas de retard excessif, le gouvernement britannique peut annuler le CfD et donc le tarif garanti. Il y a donc un vrai risque pour EDF dans la mesure où aucun des 4 EPR en construction n'a été achevé pour l'instant. La date à partir de laquelle cette annulation devient possible figure dans le contrat mais elle est protégée par le secret des affaires. Les actionnaires et les salariés d'EDF n'ont qu'à croiser les doigts...


Un précédent intéressant


Quoiqu'on pense du projet lui-même, le montage contractuel d'Hinkley Point mérite qu'on s'y attarde un instant. Il constitue en effet un précédent intéressant pour toutes les filières, trop risquées ou trop chères, qui ne peuvent pas se développer en comptant seulement sur le marché de l'électricité. Ce système ayant été validé par la Commission Européenne, il pourrait servir de modèle pour d'autres pays sur le Continent.
D'autant que la Commission fait désormais la chasse aux tarifs de rachats garantis (ou feed-in tariff), le mécanisme utilisée jusqu'à présent pour soutenir les énergies renouvelables notamment en France et en Allemagne. La différence entre les deux systèmes est subtile : pour les feed-in tariff, l'électricité est vendue au réseau à un prix convenu par avance alors qu'avec un CfD l'électricité est vendu au prix du marché puis l'écart avec le strike price compensé. Pour le reste, c'est toujours l’État qui intervient pour choisir les projets et garantir un tarif à l'exploitant, et toujours le consommateur final qui paie via un prélèvement sur sa facture d'électricité.

Les contrats de différence, comparables à celui d'Hinkley Point, pourraient donc s'imposer dans les années qui viennent comme la nouvelle méthode d'intervention des États européens dans le secteur de l'électricité. Peut-être se souviendra-t-on alors avec ironie que le pays qui a inventé le CfD fut peu de temps auparavant le plus fervent avocat de la libéralisation du marché de l'énergie...


Publié le 25 juillet 2016 par Thibault Laconde


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