Showing posts with label Et. Show all posts
Showing posts with label Et. Show all posts

Tuesday, December 13, 2016

Rencontre avec les artisans de la COP21 épisode 8 Yves Mathieu et le débat citoyen planétaire

0 comments

La lutte contre le changement climatique n'est pas qu'une question d'experts et les sommets de l'ONU sur le climat ne sont pas réservés aux diplomates. Chaque habitant de la planète, quelle que soit sont origine, est concerné puisqu'il est à la fois victime potentielle du réchauffement et contributeur à la réduction des émissions de gaz à effet de serre.
Mais comment prendre en compte l'avis des citoyens dans des discussions aussi complexes ? C'est à ce défi que s'attaque le "débat citoyen planétaire sur l'énergie et le climat" organisé le 6 juin avec le soutien de l'UNFCCC. Yves Mathieu, codirecteur de Missions Publiques, est un des initiateurs du projet. Il nous explique de quoi il s'agit :




Le débat citoyen planétaire est un exercice de démocratie participative d'une dimension inédite : le 6 juin, des panels de citoyens seront réunis dans plus d'une centaine de pays. Selon un protocole identique pour tous, ils échangeront leurs points de vue et répondront à 30 questions sur les enjeux de la COP21. Leurs réponses seront mises en ligne en temps réel sur le site du World Wide Views où l'on verra se dessiner au fur et à mesure que les discussions avances dans chaque créneaux horaires une opinion mondiale sur le changement climatique. Les résultats seront ensuite consolidés et analysés et remis aux décideurs lors de la conférence de Paris.

Un nouvel épisode de cette série est publié chaque jeudi. Pour n'en manquer aucun, abonnez-vous à ma chaine Youtube.
Les rencontres précédentes :
  • Alice Audouin et Art of Change 21
  • Vincent Laurent, Alternatiba et le village des alternatives à Paris
  • Didier Saulnier et Artists 4 Paris Climate 2015
  • Mathilde Imer, le WARN et la Conference of Youth
  • Brice Lalonde sur le Business & Climate Summit
  • Kamera Vesic sur "Welcome chez moi" 
  • Sylvianne Villaudière sur SolutionsCOP21
Vous recherchez d'autres événements ? Voici l'agenda de toutes les manifestions autour de la COP21.
Vous avez un projet et vous souhaiteriez apparaître dans cette rubrique ? Parlez-moi en.

Vous avez aimé cet article ? N'en ratez aucun en vous inscrivant à la newsletter mensuelle.



Tuesday, May 10, 2016

Rencontre avec les artisans de la COP21 épisode 5 Didier Saulnier et Artists 4 Paris Climate 2015

0 comments

Le conférence sur le climat qui se tiendra à Paris en décembre 2015 vous semble une réalité lointaine ? Sans grandes conséquences pour votre vie quotidienne ? Détrompez-vous : derrière les négociations entre diplomates et experts se cachent des questions très concrètes sur nos modèles de société et nos conditions de vies... C'est pourquoi de nombreuses personnes s'activent déjà pour que la COP21 (le petit nom de la conférence de Paris en jargon onusien) mobilise la société civile et soit l'occasion d'un vrai débat.
Chaque mercredi, je vous propose de faire la connaissance d'une de ces personnes, de comprendre son parcours, ses convictions et les projets qu'elle défend.Pour ne ratez aucun de ces entretien, n'hésitez pas à vous abonner à ma chaine Youtube.

Et aujourd'hui, je vous invite à rencontrer Didier Saulnier qui a créé le projet Artists 4 Paris Climate 2015.


L'objectif de cette opération originale est double. D'une part, il s'agit de sortir des discours habituels sur le climat et de mobiliser en faisant appel à l'art contemporain, notamment à une trentaine d'artistes mondialement reconnus qui interviendront à Paris et en région parisienne pendant la COP21. D'autres part, Artists4Climate organisera la vente aux enchères d'oeuvres présentées pendant la conférence afin de financer des projets de lutte contre le changement climatique et la désertification dans des pays du Sud. L'art sera donc à la fois un moyen de sensibiliser et d'agir...

Les rencontres précédentes :
  • Mathilde Imer, le WARN et la Conference of Youth
  • Brice Lalonde sur le Business & Climate Summit
  • Kamera Vesic sur "Welcome chez moi" 
  • Sylvianne Villaudière sur SolutionsCOP21

Vous recherchez d'autres événements ? Voici l'agenda de toutes les manifestions autour de la COP21.
Vous avez un projet et vous souhaiteriez apparaître dans cette rubrique ? Parlez-moi en.

Vous avez aimé cet article ? N'en ratez aucun en vous inscrivant à la newsletter mensuelle.



Wednesday, March 23, 2016

De la psychologie du climato sceptique et de lart de lui répondre

0 comments

Il m'arrive assez régulièrement de trouver sur ce blog des commentaires qui mettent en doute l'existence du réchauffement climatique ou le rôle des émissions de gaz à effet de serre d'origine humaine dans ce changement. Cela va du simple troll jusqu'à de longues argumentations auxquelles l'auteur -presque toujours anonyme- a manifestement consacré du temps.
Pendant longtemps, j'ai regardé ces messages avec amusement. Et aussi un peu de curiosité : Qui sont ces inconnus qui arpentent le web pour faire partager leur lubie ? Qu'est-ce qui peut bien les motiver ? Et puis, il y a quelques mois, je me suis décidé à répondre à ces commentaires. Non parce que j'espère convaincre leurs auteurs mais parce que je ne veux pas laisser le champ libre à la désinformation sur mon blog, même dans les commentaires.

En même temps que je menais cette petite guérilla, je me suis penché sur la psychologie et les méthodes du climato-sceptique (qui, figurez-vous, sont des sujets de recherche tout à fait sérieux). Je vous propose dans cet article une rapide synthèse de ce que j'ai appris, à la fois par la pratique et au travers de ces recherches. Avec l'espoir que cela puisse être utiles aux blogueurs, journalistes, community managers ou autres qui font face aux mêmes personnes.


Climato-sceptique ou climato-négationniste ?


D'abord il convient de bien nommer les choses : ici on ne parle pas de doute scientifique (demander des preuves avant d'adopter une opinion) mais au contraire de personnes qui ont déjà une opinion arrétée et qui évaluent la validité des arguments scientifiques en fonction de leurs convictions. Le "climatosceptique", paradoxalement, n'est en général pas un sceptique : il est certain d'avoir raison et le doute dont il se réclame ne s'applique qu'aux thèses qu'il rejette.
Pour faire cette distinction, l'anglais a deux termes climate skeptic et climate denier. Le second pourrait se traduire par "négationniste du climat", une expression qui n'a pas encore fait son chemin en français mais qui reflète bien la réalité du phénomène : comme  le négationiste historique, le négationniste scientifique défend une thèse manifestement erronée ("le changement climatique n'existe pas", "l'homme a été crée il y a 6000 ans", "il n'y a pas de lien entre HIV et SIDA", "les vaccins causent l'autisme", etc...), malgré un consensus scientifique écrasant soutenu par de nombreuses preuves.

Evidemment, si on laisse de coté les quelques individus qui y ont intéret personnel ou professionnel, le négationnisme scientifique parait incompréhensible : qu'est-ce qui peut bien pousser un individu, qui généralement n'a pas les moyens d'effectuer ses propres recherches, à adopter et défendre une opinion à l'encontre du consensus scientifique ?
Cette question a fait l'objet de plusieurs études qui tendent à montrer que le négationnisme scientifique, comme le négationnisme historique, est généralement d'origine idéologique. On peut citer, par exemple, l'experience conduite par l'Université de Washington : des cobayes reçoivent une coupure de presse présentant un rapport sur le changement climatique, ils sont ensuite invités à évaluer cette menace. Il existe deux versions de l'article qui décrivent dans les mêmes termes la hausse des températures, le rôle de l'homme et les risques en cas d'inaction, la seule différence se trouve dans les conclusions : la première version recommande la régulation des émissions de dioxyde de carbone, la seconde plaide pour une déréglementation de l'industrie nucléaire. Résultat : les lecteurs de tendance libérale-conservatrice auxquels on a soumis la version "régulation" voient dans le changement climatique un danger moindre que ceux qui ont reçu la version "nucléaire", en fait ils l'évaluent même en dessous du groupe de contrôle (qui n'a lu aucun des deux articles). En d'autres termes, l'information reçue est inefficace lorsqu'elle est associée à une recommandation à laquelle le lecteur n'adhère pas, elle a même tendance à être contre-productive...

Pour le négationniste, consciemment ou non, une information scientifique ne peut être correcte que si elle est en accord avec sa représentation de soi et du monde. On parle pour décrire ce phénomène de lyssenkisme (du nom du biologiste soviétique Trofim Lyssenko qui crut pouvoir appliquer la lutte des classes à l'agronomie).
Parce qu'il est lyssenkiste, vous ne pourrez jamais convaincre un climatosceptique par un argument scientifique : en réalité, même s'il place la discussion sur le plan scientifique, ses objections sont d'ordres politiques, morales ou religieuses...


Comprendre les stratégies pour y répondre


Si vous voulez quand même lui répondre, sachez que dans la plupart des cas votre interlocuteur ne cherche pas à étayer son opinion mais à affaiblir la votre. Selon une vieille stratégie théorisée par l'industrie du tabac il y a plus d'un demi-siècle, il s'agit de créer du doute... Pour cela, il peut recourir à trois méthodes : il peut soit 1) mettre en doute l'existence même d'un consensus scientifique, 2) attaquer les personnes (vous, les scientifiques, les institutions, etc.), 3) remettre en cause directement la théorie scientifique.
Si vous parvenez à classer les arguments de votre interlocuteur dans une des ces catégories, vous pourrez plus facilement y répondre :

  1. S'il met en doute le consensus

    La technique est assez simple, on pourrait résumer ainsi : "Je ne suis pas scientifique mais je sais qu'il existe des chercheurs qui doutent du réchauffement climatique. Attendons que le débat soit clos avant d'agir." Une compilation de la littérature conservatrice aux États-Unis a montré que c'est l'argument le plus souvent utilisé pour nier le changement climatique.
    Que répondre ? D'abord, on peut rappeler que 500 ans après la première circumnavigation, il existe encore un certain nombre de personnes convaincues que la Terre est plate : l'unanimité est hors de portée quel que soit le sujet... Mais ce n'est pas l'unanimité qui définit une certitude scientifique, c'est l'existence de nombreuses preuves convergentes (en théorie des sciences, on parle de consilience) en particulier lorsqu'elles sont partagées par des scientifiques issus de plusieurs disciplines et de différentes origines géographiques. Ce qui est le cas pour le changement climatique.
    D'un point de vue plus terre à terre, de nombreuses études ont tenté d'évaluer l'existence ou non d'un consensus sur le changement climatique dans la communauté scientifique. Avec des méthodologies différentes (sondage, revue des publications, étude des prises de parole publiques...), elles sont toutes parvenues à un constat similaire : le consensus scientifique est de l'ordre de 97% depuis le début des années 90 (voir ici, ici, ici ou ici, entres autres).

  2. S'il s'attaque aux personnes

    Quel que soit le sujet, si vous pensez avoir raison contre 97% des scientifiques et 80 académies nationales des sciences, il faut bien que, en dépit des apparences, tous ces gens soient des idiots et/ou des conspirateurs. C'est pourquoi l'attaque ad hominem est pratiquement une figure obligée de tout discours négationniste. On en trouve de multiples avatars : des attaques ciblées contre certains chercheurs (le cas de Michael Mann est emblématique mais loin d'être unique) ou contre des figures médiatiques (Al Gore, par exemple), contre le GIEC ou les climatologues en général, voire tout simplement contre vous... Ces attaques ne se limitent pas à quelques commentaires de blogs : elles peuvent prendre la forme de procès abusifs, de plaintes auprès des autorités académiques, de diffamations, de piratages informatiques, de menaces, etc. (Lewandowsky et al., 2013) Et ça marche... il en résulte une forme d'autocensure qui a conduit les climatologues à ne pas publier leurs prévisions les plus pessimistes (Brysse et al., 2013).
    Que répondre ? Attaquer les personnes faute de pouvoir réfuter les idées est un recours traditionnel de l'obscurantisme, ne vous y laissez pas entraîner. Essayer plutôt de ramener la discussion dans le champ scientifique : la qualité de travaux ne dépend pas de leurs auteurs mais de leur contenu. Vous pouvez au passage rappeler que la liberté académique, c'est-à-dire la possibilité de conduire des recherches et d'en rendre compte même si elles déplaisent à tel ou tel groupe politique, économiques ou religieux, est indispensable au progrès scientifique (et, accessoirement, garantie en France par le Conseil Constitutionnel et le Code l'Education).

  3. Si son objection est d'ordre scientifique

    Ici, on a que l'embarra du choix : il peux s'agir de contester les données et les observations ("le réchauffement a cessé en 1998", "les mesures de température ne sont pas fiables", "les glaciers progressent"...), de mettre en doute les modèles ("on ne sait pas prévoir le temps qu'il fera dans deux semaines", "le GIEC a revu ses prévisions"...), de proposer des théories alternatives ("le soleil est responsable du réchauffement climatique", "ce sont les rayonnements cosmiques", "les volcans", etc.). Malgré leurs variétés, ces arguments reposent souvent sur la même chose : une méconnaissance du sujet, des raisonnements fallacieux (paralogisme, tautologie, fausse analogie, faux dilemme, etc.) et/ou un choix de données orienté - ce que les anglophones appellent "cherry picking".
    Que répondre ? Même si vous voyez les erreurs de votre interlocuteur, je vous conseille de partir du principe qu'il est de bonne foi et que lui-même pense que son argument est valide : plusieurs ressorts psychologiques, comme le biais de confirmation, peuvent expliquer que des personnes d'ordinaire rigoureuses acceptent un raisonnement faux. Expliquez l'erreur et faites preuve de pédagogie. Pour vous aider, vous pouvez trouver ici (en anglais) des réponses détaillées à la plupart des arguments climatosceptiques.


    Quelques conseils pratiques


    Avant de répondre à un climato-sceptique (ou à un négationniste scientifique, quel que soit le sujet), surtout sur internet, vous devez avoir conscience :
    • Que c'est un combat inégal : vous avez face à vous le plus souvent un anonyme, dont l'objectif n'est généralement pas de montrer qu'il a raison de mais de faire croire que vous avez tort, ce qui lui permet notamment de se contredire sans sourcilier d'une ligne à l'autre et de crier victoire si votre position varie d'un iota.
    • Mais que vous n'êtes pas seul : identifiez les passages clés de l'argumentation de votre contradicteur et passez-les à la moulinette d'un moteur de recherches, vous pourrez ainsi en déterminer l'origine et voir si d'autres ont déjà répondu. Si c'est le cas, n'hésitez pas à renvoyer vers les réponses existantes.
    • Que vous êtes maître de la discussion : soyez celui qui pose les questions, qui oriente les échanges, donne le ton... Une fois dépouillé du vocabulaire pseudo-scientifique, un "argument" climatosceptique se réduit en général à une série d'affirmations vagues et embrouillées, ne faites pas l'erreur d'essayer de répondre en fonction de ce que vous pensez avoir deviné de la position de votre interlocuteur. Commencez plutôt par lui faire énoncer de façon claire (et si possible sourcée) quelle est sa thèse, ensuite vous pourrez argumenter sans chasser des fantômes. A ce moment-là, il changera souvent de sujet ("Expliquez-moi plutôt pourquoi etc."), à vous de garder une discussion suivie et centrée sur le sujet initial.
    • Que vous ne vous adressez pas à votre interlocuteur mais aux autres lecteurs : résistez à la tentation de forcer le trait ou d'amener la discussions sur un plan personnel (les qualifications du commentateur, ses motivations...), contentez vous de démonter son raisonnement ou les faits qu'il avance de façon aussi précise et rigoureuse que possible.

    Bonne chance !



      Vous avez aimé cet article ? N'en ratez aucun en vous inscrivant à la newsletter mensuelle.



      Thursday, May 28, 2015

      Linspection du travail à la Croix Rouge et après Plaidoyer pour une responsabilité sociétale des ONG

      0 comments

      Responsabilité sociale et environnementale à la croix rouge et dans le secteur associatif
      Comme vous le savez si vous faites partie de mes lecteurs les plus fidèles, j'ai été jusqu'en décembre 2014 responsable du développement durable chez Action contre la Faim (voir ici). A ce titre, j'ai beaucoup travaillé sur les pratiques environnementales et sociales des associations et j'ai eu l'occasion d'échanger sur ces sujets avec de nombreux responsables d'ONG.
      Autant vous dire que j'observe les déboires actuels de la Croix Rouge avec beaucoup d'attention, et quelques remarques...

      "Violence des échanges en milieu associatif"


      D'abord les faits : alertée par un délégué du personnel, l'inspection du travail est allée enquêter au siège de la Croix Rouge Française à Paris. Elle y a dégoté de très nombreuses irrégularités, principalement des journées dépassant la durée maximale autorisée par le code du travail : 3300 pour la seule année 2014. Et l'addition risque d'être salée, entre les amendes et les indemnités, la Croix Rouge devrait débourser 11 millions d'euros alors qu'elle peine déjà à équilibrer son budget...
      Mais le pire, sans doute, pour l'ONG, c'est que le rapport de l'inspection du travail s'est retrouvé dans la presse qui, à la suite du Parisien, l'a copieusement commenté et continue joyeusement au moment où j'écris. Il est probable que cet épisode laissera des traces sur l'image de l'organisation et diminuera son attractivité auprès des donateurs, des salariés et des bénévoles. C'est malheureux pour la Croix Rouge qui est loin d'être la seule ONG a prendre des libertés avec le droit du travail.

      C'est que les travailleurs associatifs sont généralement des gens très engagés qui ont tendance à accepter beaucoup plus qu'ils ne devraient les heures supplémentaires non-payées, les contrats précaires à répétition ou les licenciements abusifs...  Le secteur associatif a d'ailleurs connu plusieurs conflits au cours des mois passé : vous avez peut-être entendu parler d'Aides, du WWF, de SoliCités... Derrière ces mouvements collectifs qui ont fait quelques encarts dans la presse, se cachent tous les cas individuels, souvent tabous au sein même des associations.
      Si on ajoute les problèmes de gouvernances et les questions environnementales, rares sont les organisations qui, même en menant de très belles actions, n'ont pas quelques cadavres dans leurs placards.


      La mission sociale n'excuse pas tout, au contraire


      Sans surprise, la Croix Rouge s'est retranchée derrière la ligne de défense traditionnelle de l'ONG prise la main dans la sac : "Oui, j'ai fauté. Mais, voyez-vous, je sauve des vies".
      C'est vrai qu'une partie des mauvaises pratiques peut sans doute s'expliquer par les conditions de travail des associations, dont les interventions humanitaires d'urgence sont un exemple paroxysmique... mais finalement assez rare. Dans de nombreux cas, il s'agit seulement de négligences excusées à bon compte au nom de la mission sociale de l'organisation.

      D'ailleurs cette rhétorique touche vite ses limites : ce que l'inspection du travail reproche à la Croix Rouge, c'est une organisation "pathogène",  "préjudiciables à la santé physique et mentale" des salariés. Est-ce vraiment des conditions permettant d'aider efficacement qui que ce soit ?
      C'est un secret de polichinelle que les humanitaires ont un vrai problème de gestion des ressources humaines : épuisement, maladie, burn-out, conduites à risques... écourtent beaucoup trop de carrières, gaspillant les potentiels et les compétences. Dans de nombreuses organisations, le taux de turn-over atteint 60 ou 70% au bout de 3 ans, il dépasse parfois 95% pour les postes de terrain.
      Comment alors avoir une action efficace ? Comment apprendre à connaître les personnes que l'on aide ? Développer une expertise ? Impossible... Pire, le recrutement et la formation deviennent de véritables gouffres, engloutissant les budgets, le temps et l'énergie de l'organisation.

      Assurer des conditions de travail décentes ne nuit pas à la réalisation des missions des ONG. Au contraire, c'est une condition indispensable pour garantir un fonctionnement efficace et des programmes de qualité. Il en va de même pour d'autres sujets tout aussi négligés par les associations comme leurs impacts sur l'environnement.


      Vers une responsabilité sociétale des associations


      Il s'agit donc de trouver un équilibre entre la volonté louable de consacrer toute son énergie aux missions, désir souvent partagés par les salariés au point de se mettre en danger, et la nécessité de gérer durablement les organisations. Comment faire ?
      Comme souvent en France, on parle déjà de faire une loi... Mais l'encadrement juridique n'est pas la solution à tous les problèmes : il peut fixer des règles générales mais les conditions d'intervention des ONG nécessitent aussi de la souplesse, les humanitaires notamment doivent être prudents lorsqu'ils projettent leurs standards sur les pays où ils interviennent. Et puis ce serait oublier les très nombreux salariés étrangers des ONG : je doute que le droit du travail centrafricain ou népalais offre des solutions satisfaisantes...

      Le respect du droit applicable, en France comme dans les pays hôtes, est évidemment incournable. Le cas de la Croix Rouge montre qu'il reste parfois du travail...
      Mais ce n'est pas suffisant : je crois qu'il est de la responsabilité des organisations d'assurer la santé et la sécurité de leurs salariés mais aussi de l'ensemble de leurs parties-prenantes : bénévole, prestataires, riverains, bénéficiaires... Bref ce que les entreprises ont pris l'habitude d'appeler leur responsabilité sociétale. Même si c'est difficile à entendre, le secteur marchand est en avance dans ce domaine, il a accumulé de l'expérience et développé des méthodes et des bonnes pratiques dont les associations seraient bien inspirées de se saisir. Ne serait-ce que pour ne pas laisser s'élargir le fossé entre leurs pratiques sociales et environnementales et celles des entreprises.

      Plutôt que d'attendre la prochaine crise sous la menace de l'opinion et du législateur, les ONG doivent apprendre à porter un regard critique sur elles-mêmes et accepter de se saisir des expériences existantes pour définir ensemble un cadre de bonnes pratiques adapté à leurs situations particulières. Loin d'être en contradiction avec leurs missions, cela renforcerait leur crédibilité et participerait, au moins par l'exemple, à l'accomplissement de leurs mandats.
      Espérons que les mésaventures de la Croix Rouge aideront au moins à cette prise de conscience...


      Vous avez aimé cet article ? N'en ratez aucun en vous inscrivant à la newsletter mensuelle.



      Monday, April 13, 2015

      COP22 Et au fait où en sont les négociations

      0 comments

      COP22 - CMP12 - CMA1: avancement des négociations à Marrakech
      Les négociations internationales sur le climat sont un très très gros bateau, et ce n'est pas parce qu'un iceberg apparait à l'horizon qu'elles vont s’arrêter. Si l'élection de Donald Trump a beaucoup fait parler cette semaine, elle n'a pas interrompu les discussions, loin de là. Les réunions se sont enchainées, très denses, très techniques et généralement très ennuyeuses...
      Où en est-on après cette première semaine ? C'est difficile de se faire un avis mais voici déjà quelques points qui ont retenu mon attention.

      (Attention : cet aperçu est tout sauf exhaustif)



      Suspendre la CMA1, jusqu'à quand ?


      La CMA1, c'est-à-dire la première réunion des pays qui ont adhéré à l'Accord de Paris, n'est pas encore formellement ouverte et tout le monde est déjà d'accord pour la suspendre.
      Comme je l'expliquais la semaine dernière, le sort de la CMA1 est un enjeu important de la conférence de Marrakech. Cette première réunion doit préciser l'Accord adopté l'année dernière mais son entrée en vigueur éclair a pris de vitesse les travaux préparatoires. Dans ces conditions, un consensus semble se dessiner pour ouvrir la CMA1 la semaine prochaine, adopter quelques décisions relatives à son fonctionnement puis la suspendre : la réunion ne serait pas officiellement close à la fin de la conférence de Marrakech et reprendrait lors du ou des prochains sommets.

      Et c'est justement là que le consensus s’arrête : jusqu'à quand suspendre la CMA1 ? En d'autres termes : quelle date limite se donne-t-on pour rendre l'Accord de Paris opérationnel ?
      Dès mardi (donc avant le résultat de l'élection américaine), le groupe Parapluie a pris position pour un report à 2018. L'Union Européenne a annoncé vendredi que cette option a aussi sa préférence.

      En tout état de cause, le temps est compté pour avancer cette année : la session de l'APA, le groupe de travail chargé de préparer la mise en œuvre de l'Accord de Paris, se termine lundi avant l'arrivée des chefs d’État. Des discussions pourraient tout de même se poursuivre de façon informelle la semaine prochaine. 


      Agenda pre-2020


      Puisque l'Accord de Paris a de bonne chance de ne pas être opérationnel avant plusieurs années. Que fait-on avant notamment en termes de financement et de réduction des émissions ? C'est la question de l'agenda pre-2020 qui ne peut que se poser alors que la COP22 se veut "la COP de l'action".

      Sans surprise, c'est le G77+Chine (la coalition des pays en développement) et le groupe des pays africains qui poussent pour avoir des réponses claires sur ce sujet et pour que les pays industrialisés honorent les engagements qu'ils ont déjà pris.


      Où se tiendra la COP23 ?


      Jeudi, on a vu passer un tweet curieux de l'UNFCCC :


      C'est vrai que, dans la perspective d'une suspension de la CMA1 jusqu'en 2018, la prochaine conférence risque encore d'être très technique et de n’intéresser que les spécialistes... Alors qui se dévouera pour l’accueillir ?
      Pour l'instant, une chose est sure : les Îles Fidji ont proposé de présider une COP qui se tiendrait à Bonn au siège de l'UNFCCC. Mais vendredi, la délégation chinoise a laissé entendre que Pékin pourrait accueillir la COP23, ce serait évidemment un symbole fort pour le leadership chinois au moment où les Etats-Unis menacent de se désengager.


      Publié le 11 novembre 2016 par Thibault Laconde


      Vous avez aimé cet article ? N'en ratez aucun en vous inscrivant à la newsletter mensuelle.



      Tuesday, April 7, 2015

      Mis à jour Et si finalement la finance sauvait le climat

      0 comments

      Finance et changement climatique : divestment, risque carbone, activisme actionnarial
      Vous n'associez pas a priori Standard & Poor's à la lutte contre la changement climatique ?
      Vous avez peut-être tort : en avril, l'agence de notation a averti que le changement climatique aurait un impact sur la solvabilité des entreprises - elle avait déjà lancé un avertissement similaire l'année dernière pour les dettes souveraines. A terme, elle pourrait prendre en compte la résilience au changement climatique dans sa méthodologie de notation : Imaginez ce qu'il se passerait si, d'un seul coup, les entreprises qui émettent le plus de gaz à effet de serre ou qui sont mal préparées aux effets du réchauffement voyaient leurs notes baisser...


      > Pour une mise à jour après la COP21, n'hésitez pas à télécharger cette études des conséquences économiques et technologiques de l'Accord de Paris




      Les financiers de plus en plus sensibles aux risques climatiques


      Refuser de placer son argent dans les industries les plus polluantes ou le retirer progressivement (le désinvestissement ou "divestment" en anglais) était jusqu'à assez récemment un comportement militant. Les universités anglo-saxonnes, poussées par leurs étudiants et professeurs, s'y sont illustrées depuis quelques années comme d'autres fonds déjà impliqués dans l'investissement socialement responsable.
      Mais depuis le sommet de New York en septembre 2014, c'est l'ensemble de l'industrie financière qui commence à s'intéresser au climat, et le prendre en compte dans les décisions d'investissement est de moins en moins tabou... Dans une étude récente, Novethic a recensé les investisseurs internationaux qui ont pris des engagements en matière de changement climatique. Résultats :

      "550 banques, assurances, fondations, etc. gérant plus de 22.000 milliards d'euros se sont déjà engagées pour le climat."




      Pourquoi ? Parce que les investisseurs perçoivent désormais des risques réels pour la valeur de leurs portefeuilles :
      1. Risque carbone, c'est-à-dire le risque de voir les entreprises très émettrices en gaz à effet de serre perdrent de la valeur parce que de nouvelles réglementations rendent leurs opérations plus difficiles, voire remettent en cause leur business-model. Les premiers concernés sont les énergéticiens qui détiennent des réserves de pétrole, de charbon ou de gaz : ces actifs ont-ils encore une valeur alors que la communauté internationale s'est engagée à limiter le réchauffement à 2°C, ce qui implique de laisser dans le sol un tiers des réserves de gaz, deux tiers de celles de pétroles et 80% du charbon ?
      2. Risque climat, c'est-à-dire le risque que le changement climatique mette des entreprises en difficulté. C'est par exemple le cas de l'agro-alimentaire : est-il réellement préparé pour faire face à une baisse des rendements agricoles ou à un accès plus difficile à l'eau ?
      Les investisseurs sont en train de réaliser que la combinaison de ces deux risques rend les investissements dans certaines entreprises hasardeux. Et cette prise de conscience pourrait avoir un très fort effet de levier : en détournant le capital des entreprises carbo-intensives, elle peut rendre instantanément plus difficile les investissements dans de nouvelles énergies fossiles comme les sables bitumineux ou le gaz de schiste. A l'inverse, les entreprises résilientes au changement climatique ou peu émettrices pourront accéder plus facilement aux fonds.


      Et après ? Comment mettre (et garder) le secteur financier sur la voie des 2°C ?


      Il est bien entendu trop tôt pour ce réjouir. Cette évolutions pose de nombreuses questions : Comment mesurer l'empreinte carbone d'un portefeuille ? Peut-on décliner dans le domaine de la finance l'objectif des 2°C ? En particulier, comment faire en sorte, non seulement de ne plus investir dans les activités polluantes, mais aussi de financer celles qui permettent la transition comme l'efficacité énergétique ou les énergies renouvelables ?
      Une question très concrète par exemple : faut-il réellement désinvestir ? Certes ça rendra la vie des pétroliers plus difficiles mais ça ne les incitera pas vraiment à améliorer leurs pratiques. Ne vaudrait-il pas mieux continuer à investir dans le secteur des énergies fossiles mais seulement chez les "best in class", les entreprises qui font de réels efforts ?
      De nombreux travaux sont en cours sur ces sujets, notamment chez le World Ressource Institute qui devrait les publier pendant la Climate Week en mai prochain.

      Enfin, et surtout, la finance est une affaire d'anticipation. Si le secteur bouge aujourd'hui, c'est parce qu'il anticipe des réglementation plus sévères. Il ne continuera pas longtemps dans cette voie si la mobilisation de la société civile s’essouffle ou si les gouvernements semblent incapables de limiter réellement les émissions de gaz à effet de serre.
      Un changement important est peut-être en train de prendre forme mais il reste fragile... et notamment conditionné à la réussite de la conférence de Paris sur le Climat !

      Illustration : By Harald Bischoff (Own work) [CC BY-SA 3.0], via Wikimedia Commons

      Vous avez aimé cet article ? N'en ratez aucun en vous inscrivant à la newsletter mensuelle.



      Sunday, December 14, 2014

      Cotillons et rétrospective Energie et Développement Durable dépasse le demi million de lectures !

      0 comments

      C'est sans doute négligeable par rapport au trafic quotidien brassé par les gros site du web mais toute de mêm un petit événement pour l'amateur : ce blog, qui a fêté le mois dernier ses trois ans, a été lu pour la 500.000e fois cette nuit.

      Le premier article a été publié en septembre 2011. Très techniques, ces textes atteignaient alors un nombre de vue proprement faramineux : 153 en septembre, 241 en octobre, 211 en novembre... Mais se sont bien rattrapés depuis : beaucoup d'entre eux ont accumulés plus de 10.000 lectures et sont solidement installés en tête des résultats sur Google.

      L'explosion du trafic a eu lieu l'année suivante : entre avril 2012 et avril 2013, le nombre de visiteurs est multiplié par 10. C'est aussi à cette époque que la "ligne éditoriale" change : je ne publie plus d'articles techniques mais des analyses sur les questions d'énergie et de développement durable. J'aborde des sujets d'actualité, parfois polémiques, en essayant de garder la pédagogie et la rigueur qui ont fait le succès des premières publications.
      Ce choix est payant au moment où se lance le débat sur la transition énergétique : mes articles sont repris par des sites institutionnels et un vrai débat se crée dans les commentaires.

      Depuis le blog a continué sur une croissance plus lente mais réelle (j'espère passer les 30.000 lectures par mois d'ici la fin de l'année) malgré un rythme de publication limité : tout juste 148 articles en 3 ans avec des périodes d'inactivités assez longues. Suivant mon évolution professionnelle, les sujets traités tendent à dépasser les questions énergétiques pour traiter plus largement de développement durable, de RSE et de solidarité internationale.



      Et en pratique, ça donne quoi ? Voici cinq articles emblématiques de ces trois années :
      • Comment calculer la production réelle d'un panneau solaire ?
        Article typique de ma période technicienne, c'est aussi le plus lu : il accumule à lui seul 66.763 vues... and counting.
      • Bonus-malus énergie : ce qui va changer sur votre facture d'électricité ou de gaz
        Publié en septembre 2012, il marque ma volonté de suivre le débat sur la transition énergétique. C'est l'article le plus commenté à ce jour : 52 commentaires avant que je close la discussion.
      • Allemagne, sortie du nucléaire et charbon : le vrai et le faux
        Si vous ne trouvez pas l'article de référence qui répondrait à toutes vos questions sur un sujet, écrivez-le vous même... Je l'ai fait aussi sur le gaz de schiste.
      • Visitez les centrales solaires les plus remarquables de la planète... avec Google Maps
        Puisque les grandes infrastructures énergétique sont visibles du ciel, pourquoi ne pas en profiter pour les faire visiter sur une carte... Existe aussi pour les mines de lignites allemandes et de sable bitumineux canadiennes ce qui permet de mesurer la dévastation qu'elles représentent
      • C'est prouvé : faire ses courses dans un magasin bio rend égoïste et malhonnête
        Titre provocateur, c'est vrai, mais il reflète le contenu d'un article parfaitement sérieux. Ici, on aime bien penser à rebrousse-poil...

      Tuesday, December 9, 2014

      Jai un projet décriture et jaimerais votre avis

      0 comments

      Voici près de 4 ans que je tiens ce blog... C'est un expérience extrêmement enrichissante mais aussi, parfois, un peu frustrante parce que je peux difficilement aller au-delà de 6000 ou 7000 signes. Alors régulièrement j'ai envie d'écrire sans être limité... Et pourquoi pas un livre ? Justement, voici qu'arrive l'été - morte saison pour les blogueurs. Si c'était l'occasion de s'y mettre ?
      J'y ai un peu réfléchi. J'ai essayé de comprendre ce qui fait le succès de ce site, et ce qui me manque lorsque je vais faire le tour des librairies... Je crois qu'il serait possible de parler d'écologie et de développement durable de façon accessible sans tomber dans la simplification ou la moralisation. Ce sont des sujets complexes c'est vrai, parce qu'ils ont toujours des dimensions politiques, économiques, culturelles... mais ils nous concernent tous.

      Continuer la lecture »

      Sunday, November 30, 2014

      Comment suivre en direct la production délectricité des principaux pays européens et cesser de raconter nimporte quoi à la télé

      0 comments

      [Publié initialement le 16/12/2013, mis à jour le 16/07/2015] Vous vous souvenez du débat entre Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal à la veille du second tour de la présidentielle de 2007 ? Et de ce moment épique où aucun des deux n'a été capable de dire quelle est la part du nucléaire dans la production d'électricité française ?



      Cet exemple est vraiment caricatural, mais le scénario se répète : le débat sur l'énergie est tristement marqué par la méconnaissance des faits et qui le réduit souvent à une confrontation idéologique.
      Pourtant les entreprises du secteur ont fait de gros efforts de transparence et à condition de connaître les adresses et les outils disponibles, vous pouvez tout savoir minute par minute de la production d'électricité en Europe : Combien les parcs éoliens de mer du nord produisent-ils à cet instant précis ? En ce moment la France est-elle importatrice ou exportatrice d'électricité ? Quel est la part des énergies renouvelables dans la production allemande aujourd'hui ? Les réponses sont ici...


      En France : RTE Eco2mix

      Le service Eco2mix mis en place par le réseau de transport d'électricité offre un aperçu complet et ergonomique de l'état de la production électrique en France : la production instantanée des différentes filières, l'empreinte carbone des kilowattheures produits, les échanges aux frontières... Toutes ces données sont disponibles en direct ou pour n'importe quelle période des 3 mois précédents. Une version par région a même été mise en ligne récemment.


      En Allemagne et en Autriche

      De nombreuses informations sur la production d'électricité allemande sont disponible sur le portail de l'Institut Fraunhofer, notamment la production quotidienne et le prix spot (merci à Cyril qui m'a indiqué ce site en commentaire !).
      L'European Energy Exchange, la bourse de l'énergie en Europe centrale, met également à disposition de nombreuses données sur la production d'électricité en Allemagne, en Autriche et dans quelques autres pays.


      En Grande Bretagne

      Le service britannique brille plus par son exhaustivité que par son ergonomie... Avec un peu de patience il est possible d'y trouver à peu près tout ce que l'on peut souhaiter comme l'évolution de la production par filière, le détail de la production éolienne ou les flux internationaux.


      Au Danemark

      Energienet, l'équivalent danois du français RTE, propose une carte interactive sur laquelle apparaissent les productions et les flux à la fois d'électricité et de gaz.
      Energie et développement - combien d'électricité éolienne au Danemark ? La réponse en direct !
      Capture d'écran du service proposé par Energienet au Danemark


      En Espagne

      Le réseau de transport d'électricité espagnol, Red Eléctrica de España, met lui aussi à disposition un suivi de la production des différentes filières en temps réel. Avantage de ce service : il propose un historique remarquablement long puisqu'il est possible de retrouver les informations pour n'importe quel jour jusqu'en 2007 !


      En Belgique

      Elia propose de nombreuses informations mais le suivi en temps réel n'est disponible que pour l'éolien et le solaire. Pour les autres énergies, il faut se reporter au programme de production à J-1 ou au rapport de production réelle à J+1.
      Quelques données complémentaires peuvent être trouvé sur le site de l'EEX.


      Vous avez aimé cet article ? N'en ratez aucun en vous inscrivant à la newsletter mensuelle.



      Vous connaissez des services équivalents en Chine, aux États-Unis ou dans d'autres pays ? Vous ne réussissez pas à trouver les informations que vous souhaitez ? N'hésitez pas à réagir en commentaire pour améliorer cet article !

       * * *
      Ces articles peuvent vous intéresser :
      • En Allemagne, la sortie du nucléaire carbure-t-elle au charbon ?
      • Kill (Energy) bill ! Comment la réforme énergétique anglaise tourne à la crise politique
      • Les leçons de la "sortie du nucléaire" allemande pour la transition énergétique française

      Wednesday, June 18, 2014

      Rencontre avec les artisans de la COP21 épisode 1 Sylvianne Villaudière et SolutionsCOP21

      0 comments

      Qu'est-ce que la 21e conférence de l'ONU sur le climat (alias COP21) qui se tiendra à Paris en décembre ? Un grand rendez-vous diplomatique ? Certainement. Mais aussi une très forte mobilisation de la société civile autour de questions aussi cruciales que la solidarité Nord-Sud ou l'équité entre les générations. Derrière l'évènement un peu technocratique se cachent donc de grandes mobilisations citoyennes... même si elles sont encore peu visibles.
      C'est précisément la préparation de ces mobilisations que j'aimerais vous faire partager. Qui sont les personnes qui s'activent pour les faire éclore ? Quels projets préparent-ils ? Quelles sont leurs convictions ? Leurs visions ?

      Je commence aujourd'hui une série d'entretiens en vidéo avec quelques unes des personnes qui organisent en ce moment-même les événements qui accompagneront le sommet international. Je mettrai en ligne une nouvelle vidéo chaque mercredi (inch'allah), n'hésitez donc pas à vous abonner à la chaine Youtube que j'ai créé pour l'occasion.


      Pour le premier épisode de cette série, j'ai rencontré Sylvianne Villaudière pour discuter de SolutionsCOP21 dont elle est coordinatrice générale.
      SolutionsCOP21 est un collectif réunissant de nombreuses organisations privées et publiques afin de promouvoir les solutions existantes pour lutter contre la changement climatique, aussi bien en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre que d'adaptation. Il propose notamment une plateforme web sur laquelle sont présentés des projets exemplaires, cette plateforme est ouverte à tous : entreprises, collectivités, associations sont invitées à soumettre leurs propres bonnes pratiques.
      Enfin, une exposition ouverte au grand public et gratuite sera organisée au Grand Palais du 4 au 11 décembre (c'est-à-dire pendant le sommet) afin de présenter et de faire connaitre les solutions climat.
       
      Vous recherchez d'autres événements ? Voici l'agenda de toutes les manifestions autour de la COP21.
      Vous avez un projet et vous souhaiteriez apparaitre dans cette rubrique ? Parlez-moi en.

      Vous avez aimé cet article ? N'en ratez aucun en vous inscrivant à la newsletter mensuelle.



      Monday, January 6, 2014

      Rencontre avec les artisans de la COP21 épisode 10 Silvia Marcon et Paris Climat 2015 20 ans après

      0 comments

      A six mois de son ouverture, la conférence de Paris sur le climat occupe de plus en plus les esprits mais il ne faut pas oublier qu'elle ne résoudra pas seule la question du réchauffement climatique. Même si un accord ambitieux y était adopté, le plus difficile resterait à faire : traduire, aux quatre coins du monde, ces engagements en changements concrets.
      Partant de ce constat, la Fondation de l'écologie politique a décidé de se livrer à un exercice de prospective : imaginons qu'un accord est signé à Paris, que va-t-il se passer dans les 20 années qui vont suivre ? Silvia Marcon, directrice de la Fondation explique cette démarche :


      Le résultat peut être téléchargé gratuitement : c'est un recueil dans lequel une vingtaine de personnalités (chercheurs, élus, entrepreneurs...) ont imaginé le monde en 2035 en partant du principe que le sommet de Paris en 2015 a été un succès. 

      ***

      Compte-tenu de la pause estivale, ce dixième épisode de "rencontre avec les artisans de la COP21" va être, pour l'instant, le dernier. Je reprendrai la publication de vidéos à la rentrée, alors n'hésitez pas à vous abonner à ma chaîne Youtube.
      En attendant, vous pouvez voir ou revoir les rencontres précédentes :
      • Anne-Sophie Novel et Place to B
      • Yves Matthieu et le débat citoyen planétaire
      • Alice Audouin et Art of Change 21
      • Vincent Laurent, Alternatiba et le village des alternatives à Paris
      • Didier Saulnier et Artists 4 Paris Climate 2015
      • Mathilde Imer, le WARN et la Conference of Youth
      • Brice Lalonde sur le Business & Climate Summit
      • Kamera Vesic sur "Welcome chez moi" 
      • Sylvianne Villaudière sur SolutionsCOP21
      Vous recherchez d'autres événements ? Voici l'agenda de toutes les manifestions autour de la COP21.
      Vous avez un projet et vous souhaiteriez apparaître dans cette rubrique ? Parlez-moi en.


      Vous avez aimé cet article ? N'en ratez aucun en vous inscrivant à la newsletter mensuelle.



      Thursday, May 9, 2013

      Combien de carbone peut on émettre pour rester sous les 2°C Et doù vient ce chiffre

      0 comments

      Combien de gaz à effet de serre peut-on émettre pour limiter le réchauffement de la planète à 2°C ?
      - "Pour limiter le réchauffement de la planète à 2°C, il ne faut pas émettre plus de tant de milliards de tonnes de carbone."
      - "Compte tenu des émissions à venir, on se dirige vers une augmentation de la température moyenne de x degrés à la fin du siècle."

      Vous avez sans doute tous entendu ou lu des affirmations comme celles-ci au cours des dernières semaines. Mais vous êtes-vous demandé d'où viennent ces chiffres et comment ils sont calculés ? Et accessoirement s'ils sont fiables ou même juste cités correctement ? Petit guide...


      Les scénarios du GIEC


      En matière de changement climatique, la question n'est plus (et de puis longtemps !) de savoir si nos émissions de gaz à effet de serre réchauffent la planète mais de combien et combien nous pouvons émettre avant de dérégler dangereusement le climat.
      La plupart des réponses que vous pouvez entendre à cette question s'appuient :
      • D'abord sur le relatif consensus hérité du Sommet de Copenhague qui considère que le réchauffement climatique serait dangereux s'il dépassait +2°C en 2100 par rapport à l'ère pré-industrielle. Ce seuil est optimiste quand on voit le potentiel de déstabilisation qu'a déjà le changement climatique.
      • Ensuite sur les scénarios du GIEC, notamment un qui permet, avec une bonne probabilité, de rester sous le seuil de 2°C.
      Ce scénario, RCP 2.6 de son petit nom, se trouve dans le 5e rapport du GIEC. Il est le seul parmi les scénarios développé par le GIEC à rester dans les clous par rapport à l'objectif de la communauté internationale : les 3 autres (RCP4.5, RCP6.0 et RCP8.5) dépassent allégrement les 2°C. RCP signifie Representative Concentration Pathways et le chiffre indique l'augmentation du forçage radiatif, c'est-à-dire de la capacité de l'atmosphère à retenir la chaleur.

      prévision de température du GIEC en fonction des émissions de dioxyde de carbone
      Evolution de la température moyenne pour les scénarios RCP2.6 et RCP8.5
      Chaque scénario réunit une multitude de paramètres, notamment l'évolution des émissions pour chaque  gaz à effet de serre au cours du siècle prochain. Il sont accessible librement en ligne et les chercheurs du monde entier peuvent les utiliser pour faire des projections climatiques avec leurs propres modèles.

      Résultat : le scénario RCP2.6 aboutit à une hausse de la température qui se situe avec une probabilité de 90% entre 0.9°C et 2.3°C, la meilleure estimation étant de +1.6°C sur la période 2080-2100 comparée à 1850-1900.
      Ces scénarios permettent des simulations très détaillées et surtout comparables d'une équipe de recherche à l'autre, mais ils sont très complexes.


      Le "budget carbone"


      Pour communiquer des résultats au grand public, le GIEC a proposé une méthode simplifiée : le "budget carbone". Par exemple, pour avoir une probabilité de 66% de rester sous les 2°C, l'humanité dispose d'un budget carbone de 3670 milliards tonnes équivalent-CO2 (ou 1000 milliards de tonnes équivalent-carbone).
      .
      Précisions importantes :
      • Entre le début de la révolution industrielle et 2011, nous avions déjà consommé une grosse moitié de ce budget (environ 1950 GTCO2 sur 3670).
      • Ce budget ne tiens compte que des émissions de dioxyde de carbone, il faut y soustraire l'effet des autres gaz à effet de serre.
      • Ce budget ne tient pas compte de certaines rétroactions positives qui sont encore mal connues (par exemple des rejets de méthane causés par le dégel du permafrost).
      Au total, moyennant ces précisions, nous pouvons encore émettre 1000 milliards de tonnes de CO2 entre 2012 et 2100. Au rythme actuel (d'environ 40 milliards de tonnes par an), nous aurions épuisé notre budget carbone dans une vingtaine d'années. Et il va de soi que plus nos émissions commencerons à baisser tard plus le budget restant sera entamé.

      On peut aussi calculer les budgets correspondants à d'autres hypothèses, par exemple :
      • Pour avoir une probabilité de 50% de rester sous les 2°C, nous pourrions encore émettre 1300 milliards de tonnes de CO2,
      • Si on on se contente d'une chance sur 3, on passe à 1500 milliards de tonnes.
      • Si on souhaite rester sous les 1.5°C (comme le réclame les pays les plus vulnérables) avec une probabilité de 66%, alors notre budget carbone tombe à 400 milliards de tonnes et sera épuisé dès 2020.

      Note : l'utilisation tantôt d'équivalent carbone, tantôt d'équivalent-CO2 est une source infinie de confusions lorsque l'on parle de climat. Elle explique que le système de budget carbone pourtant très simplifié soit régulièrement cité de façon erroné. Le budget carbone global est bien de 1000 milliards de tonnes équivalent-carbone et le budget carbone restant en 2012 après prise en compte des autres gaz à effet de serre de 1000 milliards de tonnes équivalent-CO2.


      L'exercice inverse : si j'émets tant de carbone, j'obtiens quelle température ?



      Vous avez certainement entendu ces derniers jours, des gens expliquer que compte-tenu des propositions remises par les États (les fameuses INDC), la planète s'achemine vers une réchauffement de tant de degrès (la valeur généralement citée est 2.7°C mais il existe d'autres évaluations).
      Ces évaluations sont généralement venues d'ONG ou de think-tank mais pas d'organes scientifiques. Et ils sont sortis quelques jours voire quelques heures seulement après la remise des INDC. Alors comment sont obtenus ces chiffres ?

      Ils viennent tout simplement d'outils de simulation développés par des universités et qui permettent de projeter l'évolution du climat en fonction des émissions de gaz à effet de serre. C'est par exemple le cas de MAGGIC qui est téléchargeable gratuitement en ligne.

      Publié le 24 novembre 2015 par Thibault Laconde


      Vous avez aimé cet article ? N'en ratez aucun en vous inscrivant à la newsletter mensuelle.



      Crédit illustration : © Jorge Royan / http://www.royan.com.ar, via Wikimedia Commons

      Sunday, July 22, 2012

      Rente ricardienne et règle dHotelling comment un économiste classique voit les ressources naturelles

      0 comments

      Economie et finance des ressources naturelles non-renouvelables : quand extraire ? quand attendre ?
      Imaginez que vous découvriez dans votre jardin un gisement de pétrole, une veine de charbon, un filon de cuivre ou une autre ressource naturelle non-renouvelable : que devez-vous en faire ? L'exploiter immédiatement ? Attendre qu'il gagne de la valeur ? Voilà un vrai problème économique !
      Et pourtant, les économistes classiques, à l'image de David Ricardo, ont longtemps regardé cette question de haut. Il a fallu attendre le XXe siècle et Harold Hotelling pour voir s'ébaucher une théorie néoclassique des ressources épuisables. Voyons ce qu'ils ont à vous dire...

      Exploitez dès que les coûts d'extraction sont inférieurs au prix du marché (Ricardo) 


      Quelque part dans le grand livre des manques d'intuition des pères de l'économie trône cette citation fameuse de Jean-Baptiste Say :

      Les richesses naturelles sont inépuisables, car, sans cela, nous ne les obtiendrions pas gratuitement. Ne pouvant être ni multipliées ni épuisées, elles ne sont pas l’objet des sciences économiques."

      Pour les premiers économistes, dont Say, l'idée même de ressources épuisable est obscure. En effet, malgré le début de la révolution industrielle, la terre est encore de loin la ressource naturelle la plus critique. Il n'est donc pas surprenant que lorsque David Ricardo parle des ressources minières (dans Des principes de l'économie politique et des impôts en 1823), il utilise le même raisonnement que pour décider de cultiver ou non un terrain, oubliant au passage le caractère non-renouvelable de ces ressources.

      Le principe proposé par Ricardo est le suivant : A un instant t, vous pouvez vendre votre ressource au prix du prix du marché (appelons-le p(t), comme prix) à condition de l'extraire, ce qui a un coût (c(t), comme coût). Vous allez donc gagner (ou perdre si le coût d'extraction est supérieur au cours de la ressource) p(t)-c(t). Cette différence définit le prix de la ressource en terre que l'on note λ(t).
      Pour Ricardo, vous avez intérêt à extraire votre ressource dès que λ(t) est strictement supérieur à zéro, c'est à dire dès que le prix d'une unité de ressource est supérieure au coût de son extraction.


      Prendre en compte la valeur future de la ressource (Hotelling)


      Il y a quand même un petit défaut dans ce raisonnement : comme votre ressource ne se reconstitue pas, vous avez certes gagné λ(t) en l'exploitant mais vous avez aussi définitivement perdu l'opportunité d'attendre un temps x et de gagner λ(t+x).
      Si λ(t+x) est inférieur ou égal à λ(t), tout va bien pour vous. Mais a priori ce n'est pas le cas : on peut supposer que les coûts d'extraction vont décroitre avec le progrès technologique et que le prix de la ressource va augmenter au fur et à mesure qu'elle devient plus rare, donc que la fonction λ est croissante.
      Est-ce que cela signifie qu'il faut toujours attendre avant d'exploiter une ressource ? Pas nécessairement, mais cela signifie deux choses importantes par rapport à la règle de Ricardo :
        • Que la décision d'exploiter ou non une ressource n'est pas basée uniquement sur la situation actuelle mais aussi sur la situation (cours, progrès technologique, etc.) que vous anticipez dans le futur.
        • Que vous ne devriez exploiter votre ressource non-renouvelable que s'il est plus intéressant pour vous d'obtenir une somme λ(t) maintenant plutôt que d'attendre un peu et d'obtenir une somme a priori supérieure λ(t+x).

          En 1931, le statisticien américain Harold Hotelling a consacré un long article à ce sujet. Pour lui, décider d'extraire ou non une ressource revient à choisir entre :
          1. Laisser en terre la ressource pendant un temps x afin de gagner λ(t+x)
          2. L'extraire et la vendre immédiatement avec un profit λ(t), puis placer ce profit avec un niveau de risque comparable à celui de laisser votre ressource sous terre et obtenir un taux d'intérêt γ de telle façon que, avec les intérêts composés, votre gain au bout d'un temps x sera :
            Prévoir l'évolution du prix des matières premières naturelles (pétrole, gaz, charbon, cuivre, or, argent, etc.)
          Vous avez donc intérêt à extraire si et seulement si :
          Règle d'hotteling sur l'exploitation des ressources naturelles

          Derrière cette formule un peu barbare se cache une idée toute simple. Mettons que le pétrole que vous avez découvert dans votre jardin puisse vous rapporter 100€. Vous pouvez extraire et placer cette somme sur votre livret A (disons à 2%) et vous aurez 102€ dans un an, vous n'avez donc intérêt à attendre que si vous pensez que votre réserve de pétrole vous rapportera au moins 102€ l'année prochaine. C'est ce qu'on appelle la règle d'Hotelling.

          Si vous décider de gérer votre ressource en vous appuyant sur la règle d'Hotelling, cela a deux conséquences intéressantes (surtout pour analyser la situation actuelle du marché du pétrole) :
          1. Cette règle implique que les cours des matières premières devraient être corrélés aux taux d'intérêt.
          2. Elle signifie aussi qu'une baisse des cours peut être auto-réalisatrice : si les propriétaires de ressources naturelles anticipent que la hausse des cours ne va pas être suffisante, ils ont intérêt à extraire le plus vite possible et à placer leur argent ailleurs... ce qui aura pour conséquence de  faire effectivement baisser le prix de la ressource (et d'amener d'autre exploitants à revoir leur prévisions à la baisse et ainsi de suite : le phénomène peut s'auto-entretenir).
          On peut déduire plein d'autres résultats amusants de cette règle mais il y a quand même un petit problème : à des très rares exceptions, les marchés des ressources naturelles n'ont pas eu dans le passé le comportement prédit par Hotelling.

          Alors qu'allez vous faire des richesses enfouies dans votre jardin ? Vous pouvez continuer votre réflexion avec ces articles :
          • Combien d'années de pétrole ? Et autres questions sur les stocks de ressources non-renouvelables
          • Comprendre ce que sont les externalités positives et négatives : définition et exemples
          • L'actualisation, obstacle majeur à l'évaluation économique de l'environnement

          Publié le 19 février 2015 par Thibault Laconde

            Vous avez aimé cet article ? N'en ratez aucun en vous inscrivant à la newsletter mensuelle.



            Tuesday, July 3, 2012

            Combien dannées de pétrole Et autres questions sur les stocks de ressources non renouvelables

            0 comments

            J'ai déjà consacré plusieurs articles aux liens entre énergie et croissance économique. Je dois dire que c'est un sujet qui m'intéresse particulièrement en ce moment. Je vais sans doute y revenir dans les semaines qui viennent mais j'aimerais d'abord faire, disons, une remarque liminaire.
            Combien d'années les réserves de ressources non-renouvelables peuvent-elles soutenir notre économie ? C'est une question très intuitive, y répondre devrait être un pré-requis pour tous les choix économiques - un peu comme on jette un coup d'oeil au niveau de batterie de son portable avant de sortir ou au réservoir de sa voiture avant un trajet... Et pourtant, j'ai eu beaucoup de mal à trouver une réponse satisfaisante à cette question. Pour la plupart des ressources les chiffres sont introuvables : combien d'années de consommation de charbon, de tugstène, d'étain ou d'aluminium nous reste-t-il ? Bonne chance pour trouver une réponse... Et lorsque les chiffres existent, comme c'est le cas pour le pétrole, il me semble que le mode de calcul est fondamentalement en contradiction avec nos attentes économiques.


            Les pétroliers seraient-ils décroissants (ou a minima acroissants) ?


            L'estimation des réserves est un problème complexe sur plan géologique, mais aussi d'un point de vue économique : une ressource même prouvée géologiquement n'a de valeur économique que si son exploitation (coûts d'exploration, de développement, d'extraction et de transport) est plus rentable que sa non-exploitation. Des modèles existent (comme la règle d'Hotelling) mais ils sont, à mon avis, largement obsolètes.
            Mais laissons cela de coté pour l'instant : imaginons, par exemple, que le chiffre des réserves prouvées de pétrole tel qu'il est fourni par diverses organisations soit fiable. Savoir que 1.655 milliards de barils sont disponibles (estimation 2014 de l'agence américaine de l'énergie) n'est pas très parlant. C'est pourquoi ce chiffre est généralement exprimé en années de consommation au rythme actuel : 50 en l'occurrence puisque qu'en 2013 le monde (toujours selon l'EIA) a brûlé 91.2 millions de barils par jours (1.655.000/(91.2x365)50).

            Voilà un chiffre bien plus parlant. Les optimistes diront qu'il nous laisse largement le temps de découvrir des substituts ou de nouvelles réserves, les pessimistes que la fin du pétrole est pour 2065, et les rationnels que de toutes façon c'est bien plus que ce que l'on peut utiliser sans dérégler complètement le climat.
            Mais à peu près tous il aura échappé que cette conversion d'une réserve physique en année de consommation repose sur une hypothèse surprenante : celle que notre consommation de pétrole va rester stable.
            Curieux en effet de considérer que la consommation de pétrole, de cuivre, de tantale, de cabillaud ou de toute autre ressource naturelle est destinée à rester stable alors que dans le même temps on attend de notre économie qu'elle croisse à un rythme constant, c'est à dire que la production suive une courbe exponentielle.

            Je ne sais pas pour le cabillaud, mais pour l'énergie l'élasticité de la consommation par rapport au produit intérieur brut (PIB) est faible, c'est-à-dire que la consommation d'énergie augmente grosso-modo au rythme de la croissance économique.
            Une simple comparaison des courbes permet de s'en assurer : loin d'être constante, la consommation de pétrole suit le PIB, aussi bien à la hausse qu'à la baisse :

            Courbe représentant la consommation de pétrole (baril/j) et la richesse mondiale (à dollar constant)


            De combien d'années de réserves dispose-t-on vraiment ?


            Ne faudrait-il pas corriger la durée de vie des réserves par la croissance attendue ? Dans ce cas, le nombre d'année de réserve ne s'écrit plus :
            formule classique pour calculer la durée de vie des réserves de ressources naturelles
            Mais :
            formule pour calculer la durée de vie des ressources naturelles non-renouvelables en tenant compte de la croissance économique
             
            Bon, on y perd un peu en simplicité, mais ce qui importe surtout c'est le résultat : si on considère que la croissance à long-terme s'établira autour de 3% (dixit l'OCDE), la durée de vie de nos réserves de pétrole n'est plus de 50 ans mais de 30 ans.

            On peut faire le même calcul avec quelques-unes des ressources les plus courantes :

            années de reserves or, pétrole, argent, cuivre et autres ressources naturelles

            Comme d'habitude, vous pouvez consulter et vérifier les calculs et les sources des données utilisées : il suffit de cliquer ici.


            Derniers ajustements


            J'en entend au fond qui disent que cette évaluation n'est pas beaucoup plus exacte que la précédente parce que :
            1. Même si l'efficacité énergétique progresse faiblement, à long-terme la consommation de pétrole croit sensiblement moins vite que le PIB,
            2. De nouveaux gisements sont découverts régulièrement et viennent s'ajouter à l'évaluation des réserves.
            Sur le premier point, rien ne vous empêche de calculer un taux de croissance de la consommation tenant compte à la fois de la croissance du PIB et des gains d'efficacité :
            équation : évaluation de la croissance de la consommation en fonction de la croissance économique et de l'efficacité
            Par exemple dans le cas du pétrole, si on considère que les gains d'efficacité vont continuer selon leur rythme moyen depuis 2000 (1% par an environ) et que la croissance économique est de 3%, la croissance de la consommation va être de 1.97%. La durée de vie des réserves prouvées de pétrole passe ainsi de 30 ans à 34 ans... royal !

            Sur le second point : je l'ai dit en début d'article, l'évaluation des réserves est une question compliquée. Mais une chose est certaine : elles sont finies, cela n'aurait donc pas de sens de leur affecter un taux de croissance. Par contre vous pouvez jouer sur ce paramètre en prenant l'évaluation qui vous convient. Mais ne vous attendez pas à des miracles : le moment où une croissance exponentielle atteint ses limites est en effet peu sensible à la valeur exacte de la limite.
            Il y a certainement un théorème portant le nom d'un économiste célèbre pour ça, mais pour toute personne ayant quelques notions mathématiques c'est une évidence. Par exemple, si on considère que les réserves de pétrole sont finalement deux fois plus élevées que leur évaluation actuelle, leur durée de vie passe seulement de 30 à 46 ans. Si on veut assurer un siècle de consommation au rythme de 3% de croissance par an, il faudrait multiplier les réserves par au moins 10 !

            Ce sont là deux arguments typiques du "laisser-faire", en sens inverse une troisième objection existe : ce mode de calcul ne nous dit rien de la faisabilité de l'exploitation au vue de contraintes qui ne soient ni géologiques ni strictement économiques. Par exemple l'évaluation des ressources par l'USGS, que j'ai beaucoup utilisé dans cet article, nous apprend que nous disposons de vastes réserves d'amiante, est-ce que cela signifie que cette industrie est pérenne ? Vraisemblablement non, car nous connaissons désormais bien les effets sur la santé de cette substance même à très faible dose ce qui limite fortement l'utilisation que nous pourrons en faire à l'avenir.
            De la même façon, les réserves de gaz, de charbon ou de pétrole ne pourront pas continuer être exploitées au rythme actuel compte-tenu de l'effet de leurs utilisations sur le climat.

            C'est ici que les modèles "classiques" touchent le plus clairement à leurs limites... Et que d'autres façons de penser et de calculer doivent être inventées. C'est précisément la question qui m'occupe en ce moment et à laquelle je reviendrai dans de prochains articles.

            Publié le 9 février 2015 par Thibault Laconde

            Vous avez aimé cet article ? N'en ratez aucun en vous inscrivant à la newsletter mensuelle.



             
            Copyright 2012 Maybell Hamaker | Powered by Blogger
            Design by George Robinson Supported by BTDesigner