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Monday, April 13, 2015

COP22 Et au fait où en sont les négociations

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COP22 - CMP12 - CMA1: avancement des négociations à Marrakech
Les négociations internationales sur le climat sont un très très gros bateau, et ce n'est pas parce qu'un iceberg apparait à l'horizon qu'elles vont s’arrêter. Si l'élection de Donald Trump a beaucoup fait parler cette semaine, elle n'a pas interrompu les discussions, loin de là. Les réunions se sont enchainées, très denses, très techniques et généralement très ennuyeuses...
Où en est-on après cette première semaine ? C'est difficile de se faire un avis mais voici déjà quelques points qui ont retenu mon attention.

(Attention : cet aperçu est tout sauf exhaustif)



Suspendre la CMA1, jusqu'à quand ?


La CMA1, c'est-à-dire la première réunion des pays qui ont adhéré à l'Accord de Paris, n'est pas encore formellement ouverte et tout le monde est déjà d'accord pour la suspendre.
Comme je l'expliquais la semaine dernière, le sort de la CMA1 est un enjeu important de la conférence de Marrakech. Cette première réunion doit préciser l'Accord adopté l'année dernière mais son entrée en vigueur éclair a pris de vitesse les travaux préparatoires. Dans ces conditions, un consensus semble se dessiner pour ouvrir la CMA1 la semaine prochaine, adopter quelques décisions relatives à son fonctionnement puis la suspendre : la réunion ne serait pas officiellement close à la fin de la conférence de Marrakech et reprendrait lors du ou des prochains sommets.

Et c'est justement là que le consensus s’arrête : jusqu'à quand suspendre la CMA1 ? En d'autres termes : quelle date limite se donne-t-on pour rendre l'Accord de Paris opérationnel ?
Dès mardi (donc avant le résultat de l'élection américaine), le groupe Parapluie a pris position pour un report à 2018. L'Union Européenne a annoncé vendredi que cette option a aussi sa préférence.

En tout état de cause, le temps est compté pour avancer cette année : la session de l'APA, le groupe de travail chargé de préparer la mise en œuvre de l'Accord de Paris, se termine lundi avant l'arrivée des chefs d’État. Des discussions pourraient tout de même se poursuivre de façon informelle la semaine prochaine. 


Agenda pre-2020


Puisque l'Accord de Paris a de bonne chance de ne pas être opérationnel avant plusieurs années. Que fait-on avant notamment en termes de financement et de réduction des émissions ? C'est la question de l'agenda pre-2020 qui ne peut que se poser alors que la COP22 se veut "la COP de l'action".

Sans surprise, c'est le G77+Chine (la coalition des pays en développement) et le groupe des pays africains qui poussent pour avoir des réponses claires sur ce sujet et pour que les pays industrialisés honorent les engagements qu'ils ont déjà pris.


Où se tiendra la COP23 ?


Jeudi, on a vu passer un tweet curieux de l'UNFCCC :


C'est vrai que, dans la perspective d'une suspension de la CMA1 jusqu'en 2018, la prochaine conférence risque encore d'être très technique et de n’intéresser que les spécialistes... Alors qui se dévouera pour l’accueillir ?
Pour l'instant, une chose est sure : les Îles Fidji ont proposé de présider une COP qui se tiendrait à Bonn au siège de l'UNFCCC. Mais vendredi, la délégation chinoise a laissé entendre que Pékin pourrait accueillir la COP23, ce serait évidemment un symbole fort pour le leadership chinois au moment où les Etats-Unis menacent de se désengager.


Publié le 11 novembre 2016 par Thibault Laconde


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Saturday, December 28, 2013

Infographie Conférence de Paris sur le Climat Quels sont les objectifs les officiels et les autres

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Maintenant, tout le monde ou presque en a entendu parler : du 30 novembre au 11 décembre 2015, Paris accueillera la 21 conférence de l'ONU sur le climat (alias COP21). Mais quels sont les objectifs de ces négociations ?

[Mise à jour] Pour savoir où nous en sommes après la COP21, vous pouvez désormais consulter mon étude de l'Accord de Paris et de ses implications technologiques et économiques




Un accord et des financements...


Contrairement à ce qu'on pourrait croire, il n'y a pas beaucoup d'incertitude sur le contenu des discussions : négociateurs et diplomates préparent la COP21 depuis des mois voire des années, et il est peu probable que les dirigeants de la planètes s'entendent en quelques jours sur quelque chose de révolutionnaire...
En fait les objectifs de la conférence de Paris ont été définis par l'accord de Copenhague (en 2009) et le mandat de Durban (en 2011).

L'accord de Copenhague fixe les directions à long-terme :
  • D'une part réduire, les émissions de gaz à effet de serre de façon à limiter la hausse de la température moyenne de la planète à 2°C par rapport à l'ère pré-industrielle.
  • D'autre part, limiter les conséquences du réchauffement climatique en finançant l'adaptation des pays pauvres à hauteur de 100 milliards de dollars par an à partir de 2020 (le fameux "Fond Vert").
La plateforme de Durban, elle, fixe la forme de l'accord qui devrait être conclu à Paris :
  • Il devra être juridiquement contraignant, c'est-à-dire s'imposer aux pays qui le ratifieront et ne pas se limiter à un simple engagement politique.
  • Il devra aussi être universel : tous les pays devront participer aux efforts de réduction des émissions alors que dans le protocole de Kyoto seuls les pays industrialisés étaient concernés.
En somme, il sera assez facile de se faire une opinion le 11 décembre (ou plutôt le 13 après un week-end de prolongation pour des négociations-marathon-de-la-dernière-chance comme c'est devenu la norme depuis plusieurs années) :
Infographie pour comprendre les objectifs et les résultats de la conférence de Paris sur le climat (COP21)
Comprendre les résultats de la COP21 (cliquez pour agrandir)


Mais surtout : changer le logiciel des négociations internationales sur le climat


Ces objectifs semblent assez difficiles à atteindre et même si un accord était trouvé à Paris, il est peu probable qu'il puisse être ratifié par les États-Unis. Ça tombe bien : le plus important n'est peut-être pas là...

Plus qu'un accord, ce qui compte lors de la conférence de Paris, c'est de tirer les leçons de 20 ans d'échec et de donner un nouveau départ à l'action de la communauté internationale sur le climat. Depuis la signature de la convention-cadre sur le changement climatique à Rio en 1992 et le protocole de Kyoto en 1997, les négociations se sont systématiquement enlisées. Bien sur, la mauvaises volonté de certains acteurs n'a pas aidé, mais c'est aussi parce que ces discussions reposaient sur de mauvaises bases.
Parmi les mécanismes qui ont sans doute contribué à ces échecs, on peut citer :
  • Le principe de "responsabilité commune mais différenciée". Ce principe est en apparence tout-à-fait moral : puisque les pays riches ont plus contribué au problème, ils faut qu'ils fassent plus d'efforts pour trouver une solution. Mais tel qu'il est traduit dans le protocole de Kyoto (où seuls les pays développés ont des obligations de réduction des émissions), il condamne la communauté internationale à l'échec en rendant tout accord conclu sur cette base inacceptable pour la première puissance économique de la planète (voir la résolution Byrd-Hagel) et en exonérant la deuxième de toute obligation...
  • L'approche par objectif top-down. Le déroulement théorique des négociations sur le climat est simple : d'abord, avec l'aide des scientifiques, on définit un niveau d'émission maximal ensuite on négocie sa répartition entre pays. Ces discussions sont forcément délicates puisqu'il s'agit de s'engager sur un résultat sans connaître précisément ce que cela va coûter... D'autres méthodes pourraient tout-à-fait être envisagées, par exemple une approche bottom-up (où on consolide les engagements de chaque Etat) ou une approche par les moyens (où les pays s'engagent sur des politiques plutôt que sur des objectifs d'émission).
  • Les interactions entre négociateurs et politiques. Les COP suivent un scénario bien rodé : 1) les négociateurs s'en donnent à coeur joie et rédigent un projet d'accord de 150 pages dans lequel rien n'est validé, 2) la deuxième semaine, les ministres arrivent, ils ont été briefés dans l'avion et ne savent pratiquement pas ce qu'il s'est passé jusque là, typiquement ils vont repartir de zéro et laisser les négociations s'enliser sur des points de forme, 3) lorsque l'impasse se précise, on fait appel aux chefs d'Etats (qui n'ont pas suivi les étapes précédentes) pour une ultime tentative d'arbitrage alors que la conférence est déjà officiellement terminée. Ce fonctionnement a montré plusieurs fois à quel point il est inefficace, il serait beaucoup plus avisé de commencer par obtenir un accord entre politiques puis de laisser les négociateurs s'entendre sur les points techniques.

A la fois le secrétariat de l'UNFCCC et la présidence française de la COP21 semblent avoir pris conscience de ces problèmes. De multiples innovations ont déjà été proposées ou mises en oeuvre pour les corriger, comme les INDC, l'agenda des solutions ou la proposition de faire venir les chefs d'Etats au début de la conférence. Il me semble que ces sujets, même si ils peuvent passer inaperçus, sont plus important que le nombre de millions de tonnes de CO2 ou de milliards de dollars de financement qui seront annoncés à la fin de la COP21. Même si elle n'atteignait ses objectifs "officiels", la conférence de Paris pourrait être considérée comme un succès si elle parvenait à définir des règles permettant de reprendre des négociations climatiques sur une base saine.

Publié le 20 août 2015 par Thibault Laconde



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Monday, September 5, 2011

Quand les resistances sociales sont trop fortes leffondrement de la colonie viking du Groenland

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Pour ce deuxième article dans ma série d'été consacrée aux variations du climat et à ses effets dans l'histoire, je vais vous parler du Groenland et plus spécifiquement de la colonie viking qui y a prospéré à partir de l'an mille avant de disparaitre brusquement au XVe siècle.


Le mythe climatique du Groenland et la réalité



Mais avant d'aller plus loin, anticipons sur les commentaires à venir : au café du commerce, le Groenland occupe un place importante dans les débat sur le changement climatique... Si vous discutez avec un climatosceptique, il vous dira sans doute à un moment ou à un autre que Groenland signifie "pays vert", un nom donné par les vikings, et que c'est bien la preuve que le climat était plus chaud à l'époque qu'il l'est actuellement et que donc il n'y a vraiment aucune raison de s'inquiéter.

Commençons par faire la part de la réalité et du mythe dans ces affirmations. Une chose est certaine : aucun homme n'a jamais vu le Groenland couvert de prairies, les glaciers qui le recouvrent actuellement sont âgés de 400 à 800.000 ans. Il est possible ce nom ait été choisi pour attirer plus facilement des colons (c'est en tout cas ce que raconte la Saga d'Erik le Rouge), ou bien tout simplement que l'étymologie ne soit pas aussi simple que ça...

Reste que le Groenland s'est effectivement réchauffé autour de l'an mille. La planète connaît alors pendant 2 à 3 siècle un petit réchauffement par rapport aux périodes froides qui ont précédés et suivis, c'est ce que l'on appelle l'optimum médiéval. Cette période chaude s'explique par une activité solaire plus importante, peu d'éruptions volcaniques (qui ont tendance à refroidir le climat) et des paramètres orbitaux légèrement plus favorables. Pendant l'optimum médiéval, la température moyenne de la planète est grosso-modo la même que celle qu'ont connu nos grands parents au milieu du XXe siècle.
Mais cette moyenne cache des variations locales : le réchauffement a été sensiblement plus important dans l'Atlantique Nord où la température moyenne était sans doute comparable à celle que nous connaissons actuellement (Mann et al., 2009).

Pendant l'optimum médiéval, le Groenland a donc bénéficié de conditions plus favorables que pendant la période précédente mais pas très différentes de celles que vous pouvez y rencontrer si vous vous y rendez aujourd'huis.


Colonisation par les viking et disparition


C'est dans ces conditions qu'Erik le Rouge, donc, débarque au Groenland en 986 avec la ferme intention de coloniser ce territoire. Il vient d'Islande où a sévit une terrible famine, ce qui l'aide sans doute dans ses projets. Et c'est un succès : l'implantation principale se développe jusqu'à compter 200 fermes et une douzaine d'églises. Un évêque y est même nommé en 1126 - preuve qu'il ne s'agit pas seulement d'une colonie isolée mais d'une vraie ville reconnue comme telle jusqu'à Rome. Une autre implantation à 500 kilomètres au nord-ouest connaît un succès plus modeste avec 90 fermes et 4 églises. La population viking sur l'île atteint plusieurs milliers d'habitants, jusqu'à 6000 selon McGovern. C'est peu ? C'est presque autant qu'aujourd'hui : la population d'origine européenne de l'île avoisine 7000 personnes.

Leif Erikson (fils d'Erik le Rouge) découvre l'Amérique du Nord
(tableau de Christian Krogh en 1893)
Et puis la success story s'arrête : la colonie nord est abandonnée vers 1350, celle du sud disparaît à son tour environ un siècle plus tard.
Cette disparition a longtemps intrigué les historiens : si tous s'entendent pour reconnaître le rôle joué par le refroidissement du climat (Dugmore et al., 2007), il ne semble pas pouvoir expliquer à lui seul l'effondrement des colonies viking au Groenland. Et pour cause : l'île a d'autres habitants, les inuits, qui eux sont restés sur place et ont survécu jusqu'à nos jours !


Quand une société échoue à s'adapter


Alors pourquoi les viking disparaissent-ils lorsque le climat se refroidit mais pas les inuits ? Pour répondre à cette énigme, Thomas McGovern (1980) avance une explication intéressante que je vous propose ici : la disparition des colonies viking au Groenland ne serait pas du à une impossibilité technique de s'adapter mais au conservatisme de la société.

Pour comprendre cette théorie, il vous faut renoncer à ce que vos livres d'histoire vous ont appris : les viking, avant d'être des marins et des pillards, étaient des agriculteurs. Leur économie reposait essentiellement sur l'élevage de bovins et d'ovins. Les sédiments lacustres du Groenland confirment cette hypothèse : à partir de l'an mille, la quantité de pollen d'herbacés augmente au détriment des arbres de grande taille, on retrouve également plus de spores de champignons parasites des racines et de champignons coprophiles (Gauthier et al., 2010). Qu'est-ce que ce charabia signifie ? Que les arbres sont abattus et laissent place à des prairies, que les sols sont retournés et que des troupeaux d'herbivores prospèrent...
Malgré la proximité de la mer, la pêche joue un rôle marginal dans l'alimentation des viking : près de 80% de leur nourriture est d'origine terrestre (Arneborg et al. 1999).

Malheureusement, l'essor de l'élevage ne résiste pas au refroidissement du climat : les dépôts sédimentaires montre une nette inversion de la tendance à partir de 1320.
Le Groenland ne devient pas invivable pour autant : la pêche ou la chasse au phoque aurait pu fournir largement de quoi subsister. A ce moment, les viking auraient donc pu s'adapter et survivre en adoptant un mode de vie proche de celui des inuits. Mais voilà, la société viking était très hiérarchisée et inégalitaire et la possession de têtes de bétail était un marqueur important du pouvoir. Pour cette raison, les viking se sont obstinés à vivre à proximité des pâturages, même si ces zones devenaient hostiles, et à élever du bétail, même si, sous leurs yeux,  les inuits s'en sortaient manifestement mieux en vivant de la pêche et de la chasse.
Par ailleurs, une société très inégalitaire signifie que les élites ont les moyens d'échapper, au moins en partie, au sort de la population. Les "décideurs" vikings disposaient des meilleures terres et consommaient une large part des biens importés depuis l'Europe, grâce à ces conditions favorable ils n'ont peut-être tout simplement pas compris ce qui était en train de se passer, ou se sont cru protégés.


La morale de l'histoire 


L'adaptation au changement climatique n'est pas, et de loin, une simple question technique : à la fin de l'optimum médiéval, les viking ont disparu du Groenland alors qu'à quelques kilomètres d'eux les inuits disposaient qu'un modèle économique qui leur a permis de survivre jusqu'à nos jours. Mais adopter ce modèle aurait sans doute remis trop gravement en cause le fonctionnement de leur société et la position de leurs élites.
Alors que nous abordons une variation du climat bien plus importante et généralisée, ne sommes nous pas un peu dans la même situation ?

Cet article fait partie d'une série consacrée aux conséquences des changements climatiques passés pour les sociétés qui les ont subi. Déjà parus :
  • Quelques degrés de plus, opportunité ou menace (pour l'homme préhistorique)
  • Climat et politique : comment la mousson défaisait les dynasties chinoises




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