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Saturday, December 28, 2013

Infographie Conférence de Paris sur le Climat Quels sont les objectifs les officiels et les autres

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Maintenant, tout le monde ou presque en a entendu parler : du 30 novembre au 11 décembre 2015, Paris accueillera la 21 conférence de l'ONU sur le climat (alias COP21). Mais quels sont les objectifs de ces négociations ?

[Mise à jour] Pour savoir où nous en sommes après la COP21, vous pouvez désormais consulter mon étude de l'Accord de Paris et de ses implications technologiques et économiques




Un accord et des financements...


Contrairement à ce qu'on pourrait croire, il n'y a pas beaucoup d'incertitude sur le contenu des discussions : négociateurs et diplomates préparent la COP21 depuis des mois voire des années, et il est peu probable que les dirigeants de la planètes s'entendent en quelques jours sur quelque chose de révolutionnaire...
En fait les objectifs de la conférence de Paris ont été définis par l'accord de Copenhague (en 2009) et le mandat de Durban (en 2011).

L'accord de Copenhague fixe les directions à long-terme :
  • D'une part réduire, les émissions de gaz à effet de serre de façon à limiter la hausse de la température moyenne de la planète à 2°C par rapport à l'ère pré-industrielle.
  • D'autre part, limiter les conséquences du réchauffement climatique en finançant l'adaptation des pays pauvres à hauteur de 100 milliards de dollars par an à partir de 2020 (le fameux "Fond Vert").
La plateforme de Durban, elle, fixe la forme de l'accord qui devrait être conclu à Paris :
  • Il devra être juridiquement contraignant, c'est-à-dire s'imposer aux pays qui le ratifieront et ne pas se limiter à un simple engagement politique.
  • Il devra aussi être universel : tous les pays devront participer aux efforts de réduction des émissions alors que dans le protocole de Kyoto seuls les pays industrialisés étaient concernés.
En somme, il sera assez facile de se faire une opinion le 11 décembre (ou plutôt le 13 après un week-end de prolongation pour des négociations-marathon-de-la-dernière-chance comme c'est devenu la norme depuis plusieurs années) :
Infographie pour comprendre les objectifs et les résultats de la conférence de Paris sur le climat (COP21)
Comprendre les résultats de la COP21 (cliquez pour agrandir)


Mais surtout : changer le logiciel des négociations internationales sur le climat


Ces objectifs semblent assez difficiles à atteindre et même si un accord était trouvé à Paris, il est peu probable qu'il puisse être ratifié par les États-Unis. Ça tombe bien : le plus important n'est peut-être pas là...

Plus qu'un accord, ce qui compte lors de la conférence de Paris, c'est de tirer les leçons de 20 ans d'échec et de donner un nouveau départ à l'action de la communauté internationale sur le climat. Depuis la signature de la convention-cadre sur le changement climatique à Rio en 1992 et le protocole de Kyoto en 1997, les négociations se sont systématiquement enlisées. Bien sur, la mauvaises volonté de certains acteurs n'a pas aidé, mais c'est aussi parce que ces discussions reposaient sur de mauvaises bases.
Parmi les mécanismes qui ont sans doute contribué à ces échecs, on peut citer :
  • Le principe de "responsabilité commune mais différenciée". Ce principe est en apparence tout-à-fait moral : puisque les pays riches ont plus contribué au problème, ils faut qu'ils fassent plus d'efforts pour trouver une solution. Mais tel qu'il est traduit dans le protocole de Kyoto (où seuls les pays développés ont des obligations de réduction des émissions), il condamne la communauté internationale à l'échec en rendant tout accord conclu sur cette base inacceptable pour la première puissance économique de la planète (voir la résolution Byrd-Hagel) et en exonérant la deuxième de toute obligation...
  • L'approche par objectif top-down. Le déroulement théorique des négociations sur le climat est simple : d'abord, avec l'aide des scientifiques, on définit un niveau d'émission maximal ensuite on négocie sa répartition entre pays. Ces discussions sont forcément délicates puisqu'il s'agit de s'engager sur un résultat sans connaître précisément ce que cela va coûter... D'autres méthodes pourraient tout-à-fait être envisagées, par exemple une approche bottom-up (où on consolide les engagements de chaque Etat) ou une approche par les moyens (où les pays s'engagent sur des politiques plutôt que sur des objectifs d'émission).
  • Les interactions entre négociateurs et politiques. Les COP suivent un scénario bien rodé : 1) les négociateurs s'en donnent à coeur joie et rédigent un projet d'accord de 150 pages dans lequel rien n'est validé, 2) la deuxième semaine, les ministres arrivent, ils ont été briefés dans l'avion et ne savent pratiquement pas ce qu'il s'est passé jusque là, typiquement ils vont repartir de zéro et laisser les négociations s'enliser sur des points de forme, 3) lorsque l'impasse se précise, on fait appel aux chefs d'Etats (qui n'ont pas suivi les étapes précédentes) pour une ultime tentative d'arbitrage alors que la conférence est déjà officiellement terminée. Ce fonctionnement a montré plusieurs fois à quel point il est inefficace, il serait beaucoup plus avisé de commencer par obtenir un accord entre politiques puis de laisser les négociateurs s'entendre sur les points techniques.

A la fois le secrétariat de l'UNFCCC et la présidence française de la COP21 semblent avoir pris conscience de ces problèmes. De multiples innovations ont déjà été proposées ou mises en oeuvre pour les corriger, comme les INDC, l'agenda des solutions ou la proposition de faire venir les chefs d'Etats au début de la conférence. Il me semble que ces sujets, même si ils peuvent passer inaperçus, sont plus important que le nombre de millions de tonnes de CO2 ou de milliards de dollars de financement qui seront annoncés à la fin de la COP21. Même si elle n'atteignait ses objectifs "officiels", la conférence de Paris pourrait être considérée comme un succès si elle parvenait à définir des règles permettant de reprendre des négociations climatiques sur une base saine.

Publié le 20 août 2015 par Thibault Laconde



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Thursday, December 20, 2012

Climat Comment interpréter les objectifs de lAccord de Paris

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Combien de dioxyde de carbone pourra-t-on émettre dans le cadre de l'accord de paris sur le climat ?
Sauf si vous habitez dans une grotte, vous savez certainement qu'un accord international sur le climat a été adopté à Paris samedi dernier. Il reste encore largement à préciser - ce sera le rôle des prochaines conférences - mais il déjà contient des indications claires de la direction que la communauté internationale souhaite donner aux émissions de gaz à effet de serre. Et donc des choix économiques et technologiques à venir. Décryptage...

(Version courte si vous êtes pressé : baisse des émissions d'au moins 4% par an pendant les 35 prochaines années puis zero émissions nettes)

> Cet article est tirée de mon analyse de l'Accord que vous pouvez télécharger intégralement ici.



Ce que dit l'Accord de Paris


L'Accord contient deux objectifs principaux en matière d'atténuation :
  • "Contenir l’élévation de la température moyenne de la planète nettement en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels en poursuivant l’action menée pour limiter l’élévation des températures à 1,5 °C." (article 2)
  • "Parvenir au plafonnement mondial des émissions de gaz à effet de serre dans les meilleurs délais [...] et parvenir à un équilibre entre les émissions anthropiques par les sources et les absorptions anthropiques par les puits de gaz à effet de serre au cours de la deuxième moitié du siècle." (article 4)

Tout cela est bel est bon, me direz-vous, mais ça ne nous dit pas combien de gaz à effet de serre nous pourront émettre en 2030 ou 2070. On y vient.


Interprétation des objectifs de Paris


Le 5e rapport du GIEC (p. 64)  indique que pour avoir une probabilité de 66% de rester en dessous de 2°C, il faut que le total de nos émissions ne dépasse pas  2900 milliards de tonnes équivalent-CO2 (ou GTeqCO2). Compte-tenu de ce qui a déjà été émis nous disposons encore d’un « budget carbone » d’environ 800GTeqCO2.
Le premier objectif de l'Accord de Paris peut donc s'interpréter comme une limitation de nos émissions de gaz à effet de serre à 800GTeqCO2 entre maintenant et le moment où nous atteignons les zéro émissions nettes. Il s'agit d'une limite maximale puisqu'elle revient à renoncer à l’objectif de 1.5°C et nous laisse encore une chance sur trois de dépasser 2°C. Elle correspond à peu près à 20 années d'émissions au rythme actuel.

La seconde partie du second objectif a donné lieu à quelques inquiétudes en fin de semaine dernière, principalement parce que la version anglaise est plus ambiguë que la version française. Mais, en clair, il s'agit de parvenir à zero émissions nettes pendant la seconde moitié du XXIe siècle. C'est-à-dire qu’à un moment au cours de la seconde moitié du XXIe siècle nos émissions devront devenir égales à la quantité de gaz à effet de serre que nous captons. Pour alléger un peu, notons Teq le moment où cet équilibre est atteint et Eeq le niveau d’émission correspondant.
A l’heure actuelle, notre capacité à capturer et à stocker des gaz à effet de serre est très faible. Les projets d’afforestation et de reforestation nous permettent de retirer quelques fractions de pourcents de nos émissions annuelles de l’atmosphère et encore il ne s’agit que d’un stockage temporaire. Des solutions techniques sont proposées, par exemple l’utilisation de centrales à biomasse avec capture et séquestration du carbone, et d’autres pourraient apparaître dans le courant du siècle. Il est donc difficile d’estimer la quantité de gaz à effet de serre qui pourrait être retirée de l’atmosphère dans 50 ans. Pour donner une fourchette large, on peut estimer que Eeq se trouvera quelque part entre 0 (ce qui est très pessimiste) et 10GTeqCO2 par an (ce qui est sans doute beaucoup trop optimiste).

L'addition de ces deux contraintes nous donne un profil d'émissions de ce type :
  • Un pic dans les années qui viennent,
  • L'apparition de puits de carbone (ou "émissions négatives") dans le courant de siècle qui croissent jusqu'à Eeq,
  • Une décroissance rapide des émissions pour passer du pic à Eeq,
  • Un total des émissions nettes (c'est-à-dire la surface hachurée) inférieur à 800GTeqCO2.
émission de gaz à effet de serre autorisées par l'accord de paris sur le climat

Quelques observations


Ce modèle permet de comprendre trois points importants :
  • La phase critique de la mise en œuvre des objectifs de Paris se trouve entre le pic d’émission et le moment où les zéro émissions nettes sont atteintes. Pendant cette période, les émissions mondiales de gaz à effet de serre devront décroître à un rythme soutenu, ce qui implique une forte pression sur les entreprises et les consommateurs.
  • Beaucoup de profil d’émission sont envisageables mais le rythme de baisse moyen pendant cette phase ne dépend que de quatre variables : les émissions entre aujourd’hui et le pic, le niveau d’émission au moment où le pic se produit, Teq et Eeq.
  • Plus le pic d’émission sera tardif plus le rythme de baisse devra être rapide, il est en est de même pour le moment où les zéro émissions nettes sont atteintes. Eeq est le seul paramètre sur lequel nous pouvons réellement jouer pour adoucir la transition. Le cas le plus favorable est celui où le pic d’émissions a lieu immédiatement, les zéros émissions nettes sont atteintes le plus tôt possible (Teq = 2050) et Eeq est maximal (donc selon notre hypothèse Eeq = 10GTeqCO2). Il est à noter que, en dehors de ce cas le plus favorable, une baisse linéaire des émissions ne permet pas d’atteindre l’objectif de 2°C/800GTeqCO2, il faudrait donc un profil de décroissance des émissions plus rapide (par exemple exponentiel).

Dans le cas le plus favorable,  les émissions mondiales de gaz à effet de serre devront baisser en moyenne de 3.9% par an entre 2015 et 2050. Ce qui revient quand même à retirer 860MTeqCO2 par an, soit à peu près aux émissions actuelles de l’Allemagne, chaque année pendant 35 ans.

Publié le 17 décembre 2015 par Thibault Laconde


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