Showing posts with label autres. Show all posts
Showing posts with label autres. Show all posts

Wednesday, April 1, 2015

La COP21 sera t elle un succès et autres tentatives plus ou moins imprudentes de divination

0 comments

prévoir le déroulement de la COP21 et ses résultats pour le climat
Demain s'ouvre officiellement la conférence de Paris sur le Climat. Ses objectifs sont connus - ils ont été fixés par le mandat de Durban : il s'agit d'une part de trouver un nouvel accord permettant de limiter la hausse de la température moyenne à 2°C et d'autre part de financer l'adaptation des pays en développement.

Mais que va-t-il vraiment se passer pendant ces deux semaines. Comme disait l'autre, "la prédiction est un art difficile, surtout lorsqu'elle concerne l'avenir", mais il faut savoir vivre dangereusement...

Voici donc en 4 questions, ce qui va vraisemblablement se passer et pourquoi :
  • Y aura-t-il un accord juridiquement contraignant ? 
  • Sera-t-il suffisant pour rester sous le seuil des 2°C ?
  • Qui seront les pays au centre des discussions ?
  • Et pour finir, est-ce que la COP21 sera un succès ?
Rendez-vous dans deux semaines pour vérifier...

[Edit] Pour savoir ce qu'il s'est passé pendant la COP21, vous pouvez desormais télécharger mon analyse de l'Accord de Paris et de ses implications technologiques et économiques



    Y aura-t-il un accord juridiquement contraignant ?

    Oui, mais pas entièrement.


    Les pays ne se séparent presque jamais après une COP sans un accord (la seule exception est la COP6 de La Haye). La question n'est donc pas s'il y aura un accord à la COP21 mais à quoi il ressemblera. Et en particulier : la conférence de Paris pourra-t-elle aboutir à un texte juridiquement contraignant ?

    Un accord juridiquement contraignant s'impose sur le droit national des pays qui le ratifient : une fois que vous vous êtes engagé, vous ne pouvez plus revenir en arrière même en modifiant votre  loi ou votre constitution. C'est donc, en théorie, un engagement très fort. Et comme les règles de l'ONU impose l'unanimité, il est toujours difficile d'y parvenir.

    Mais si l'accord de Paris ne sera pas entièrement juridiquement contraignant, c'est pour une autre raison : Barack Obama n'a ni le temps, ni les moyens politiques d'obtenir le vote des deux-tiers du Sénat, comme l'impose la Constitution américaine pour la ratification des accords internationaux.
    Il peut s'en sortir par une pirouette juridique : le président des États-Unis peut engager son pays sans passer par le Sénat avec un "executive agreement". De nombreux juristes ont planché sur la question et le consensus qui se dégage est qu'Obama pourrait signer sans l'accord du Sénat à condition que le texte ne contienne pas d'engagement d'émission ni de financement.
    Évidemment, cela réduit fortement les ambitions... Mais a-t-on le choix ? Les États-Unis sont le deuxième émetteur de gaz à effet de serre de la planète et il est peu probable que les grands pays émergents, Inde (3e émetteur) et Chine (1ère) en tête, signent s'ils ont un doute sur l'engagement américain.

    Sauf à créer une coquille vide, la communauté internationale est donc obligée de tailler un texte sur mesure pour les États-Unis. Cette contrainte exclut un accord entièrement juridiquement contraignant, il est probable que le texte qui sortira de la COP21 sera hybride : avec des parties contraignantes (probablement la procédure de révision des engagements) complétés par des engagements politiques (sur les émissions et les financements).


    Est-ce que l'accord permettra de rester sous le seuil de 2°C ?

    Non.


    C'est l'autre point-clé du mandat de Durban, hérité de la conférence de Copenhague : la communauté internationale veut limiter la hausse de la température moyenne à 2°C entre le début de l'ère industrielle et la fin du XXIe siècle.
    Les engagements de réduction des émissions qui seront pris à Paris (et qui n'auront pas de valeur juridique, cf. paragraphe précédent) seront sans doute insuffisants pour atteindre cet objectif. En effet, en amont de la conférence, les participants ont été invités à communiquer les engagement qu'ils sont prêts à prendre (aussi appelés INDC). Lorsque l'on agrège ces chiffres et qu'on les entre dans un modèle climatique, on voit qu'on se trouve sur la trajectoire d'une hausse de 3°C plutôt que de 2.

    Un degrés de plus, ça peut paraître peu mais cela correspond à plusieurs centaines de milliards de tonnes de dioxyde de carbone. Même si on est pas à l'abri d'une bonne surprise et d'engagements plus ambitieux annoncés pendant la conférence, il est peu probable qu'ils soient suffisants. C'est la raison pour laquelle il est important que l'accord contienne des clauses de revoyure, prévoyant un examen et une révision régulière des engagements.


    Quels pays vont bloquer ? Quels pays vont être au centre des discussions ?

    Les pays pétroliers et les grands émergents


    Les INDC permettent également de deviner le rôle des différents pays, et deux choses semblent évidentes :
    • Les pays pétroliers n'ont pas caché leurs mauvaise volonté : seuls deux pays membres de l'Organisation des Pays Producteurs de Pétrole ont publié leurs INDC dans les temps (l'Algérie et l'Equateur). Et lorsque, comme l'Arabie Saoudite, ils ont fini par rendre leurs copies elles se sont révélées très décevantes.
    • La Chine et l'Inde sont désormais au coeur du problème. Au début des années 90, le changement climatique était surtout un problème européen et américain. Depuis la Chine a connu un développement fulgurant et elle est devenue le premier émetteur mondial de gaz à effet de serre en 2007, l'Inde suit aujourd'hui le même chemin. D'après les INDC, en 2030, l'Inde et la Chine devraient être les deux premiers pollueurs de la planète très loin devant les États-Unis et l'Union Européenne.

      prévision d'émission de GES pour les principaux pays en 2030 : pourquoi la Chine et l'Inde seront les pays-clé de la COP21

      D'ici 15 ans, les émissions de ces deux pays devraient écraser celles des autres grandes économies : la Chine émettra 5 fois plus que l'Europe, l'Inde 3 fois plus. Et les émissions australiennes, par exemple, ne représenteront plus que 3% des émissions chinoises... Dans ces conditions, la Chine et l'Inde vont se retrouver au coeur des discussions : compte-tenu des volumes en jeu un effort supplémentaire de leur part, même quelques dixièmes de pourcents, sera significatif ! La position de l'Inde, qui est traditionnellement très attachée au droit au développement, sera particulièrement observée.
    Ces deux groupes de pays sont, a priori, protégés par le principe de responsabilité commune mais différenciée. Un principe inscrit dans la Convention Climat signée en 1992 et qui veut que les pays industrialisés (listés dans l'annexe I) soient les principaux responsables du changement climatique et doivent porter l'essentiel des efforts. On peut donc prévoir que ce principe de différencienciation sera au coeur des discussions.


      Alors, la COP21 sera un succès ou un échec ?

      Tout dépend ce qu'on en attend...


      Vous l'aurez compris à ce stade, il y aura vraisemblablement un accord le 11 décembre mais il sera insuffisant et très en recul par rapport aux objectifs affichés par le mandat de Durban.
      Mais d'un autre coté, le texte qui sortira de la COP21 sera sans doute le plus ambitieux et le plus complet de l'histoire des négociations climatiques : pour la première fois tous les pays devraient être à bord et s'engager sur une trajectoire de réchauffement beaucoup plus basse que les 4 à 5°C que nous aurions si nous ne faisions rien. La conférence de Paris devrait aussi permettre de redéfinir une méthode et des principes qui remettent les discussions sur les rails après 20 ans d'échec.

      Alors est-ce que ça en fait un échec ou un succès ? Une chose est sure : la question du changement climatique ne sera pas résolue à la fin du sommet : les engagements pris devront être vérifiés et revus régulièrement, ils devront être déclinés dans les politiques nationales, mis en oeuvre par les collectivités, les entreprises et les consommateurs... Même si je m'attend à un succès, la conférence de Paris sera plus un nouveau départ qu'un aboutissement.

      Publié le 29 novembre 2015 par Thibault Laconde


      Vous avez aimé cet article ? N'en ratez aucun en vous inscrivant à la newsletter mensuelle.



      Saturday, December 28, 2013

      Infographie Conférence de Paris sur le Climat Quels sont les objectifs les officiels et les autres

      0 comments

      Maintenant, tout le monde ou presque en a entendu parler : du 30 novembre au 11 décembre 2015, Paris accueillera la 21 conférence de l'ONU sur le climat (alias COP21). Mais quels sont les objectifs de ces négociations ?

      [Mise à jour] Pour savoir où nous en sommes après la COP21, vous pouvez désormais consulter mon étude de l'Accord de Paris et de ses implications technologiques et économiques




      Un accord et des financements...


      Contrairement à ce qu'on pourrait croire, il n'y a pas beaucoup d'incertitude sur le contenu des discussions : négociateurs et diplomates préparent la COP21 depuis des mois voire des années, et il est peu probable que les dirigeants de la planètes s'entendent en quelques jours sur quelque chose de révolutionnaire...
      En fait les objectifs de la conférence de Paris ont été définis par l'accord de Copenhague (en 2009) et le mandat de Durban (en 2011).

      L'accord de Copenhague fixe les directions à long-terme :
      • D'une part réduire, les émissions de gaz à effet de serre de façon à limiter la hausse de la température moyenne de la planète à 2°C par rapport à l'ère pré-industrielle.
      • D'autre part, limiter les conséquences du réchauffement climatique en finançant l'adaptation des pays pauvres à hauteur de 100 milliards de dollars par an à partir de 2020 (le fameux "Fond Vert").
      La plateforme de Durban, elle, fixe la forme de l'accord qui devrait être conclu à Paris :
      • Il devra être juridiquement contraignant, c'est-à-dire s'imposer aux pays qui le ratifieront et ne pas se limiter à un simple engagement politique.
      • Il devra aussi être universel : tous les pays devront participer aux efforts de réduction des émissions alors que dans le protocole de Kyoto seuls les pays industrialisés étaient concernés.
      En somme, il sera assez facile de se faire une opinion le 11 décembre (ou plutôt le 13 après un week-end de prolongation pour des négociations-marathon-de-la-dernière-chance comme c'est devenu la norme depuis plusieurs années) :
      Infographie pour comprendre les objectifs et les résultats de la conférence de Paris sur le climat (COP21)
      Comprendre les résultats de la COP21 (cliquez pour agrandir)


      Mais surtout : changer le logiciel des négociations internationales sur le climat


      Ces objectifs semblent assez difficiles à atteindre et même si un accord était trouvé à Paris, il est peu probable qu'il puisse être ratifié par les États-Unis. Ça tombe bien : le plus important n'est peut-être pas là...

      Plus qu'un accord, ce qui compte lors de la conférence de Paris, c'est de tirer les leçons de 20 ans d'échec et de donner un nouveau départ à l'action de la communauté internationale sur le climat. Depuis la signature de la convention-cadre sur le changement climatique à Rio en 1992 et le protocole de Kyoto en 1997, les négociations se sont systématiquement enlisées. Bien sur, la mauvaises volonté de certains acteurs n'a pas aidé, mais c'est aussi parce que ces discussions reposaient sur de mauvaises bases.
      Parmi les mécanismes qui ont sans doute contribué à ces échecs, on peut citer :
      • Le principe de "responsabilité commune mais différenciée". Ce principe est en apparence tout-à-fait moral : puisque les pays riches ont plus contribué au problème, ils faut qu'ils fassent plus d'efforts pour trouver une solution. Mais tel qu'il est traduit dans le protocole de Kyoto (où seuls les pays développés ont des obligations de réduction des émissions), il condamne la communauté internationale à l'échec en rendant tout accord conclu sur cette base inacceptable pour la première puissance économique de la planète (voir la résolution Byrd-Hagel) et en exonérant la deuxième de toute obligation...
      • L'approche par objectif top-down. Le déroulement théorique des négociations sur le climat est simple : d'abord, avec l'aide des scientifiques, on définit un niveau d'émission maximal ensuite on négocie sa répartition entre pays. Ces discussions sont forcément délicates puisqu'il s'agit de s'engager sur un résultat sans connaître précisément ce que cela va coûter... D'autres méthodes pourraient tout-à-fait être envisagées, par exemple une approche bottom-up (où on consolide les engagements de chaque Etat) ou une approche par les moyens (où les pays s'engagent sur des politiques plutôt que sur des objectifs d'émission).
      • Les interactions entre négociateurs et politiques. Les COP suivent un scénario bien rodé : 1) les négociateurs s'en donnent à coeur joie et rédigent un projet d'accord de 150 pages dans lequel rien n'est validé, 2) la deuxième semaine, les ministres arrivent, ils ont été briefés dans l'avion et ne savent pratiquement pas ce qu'il s'est passé jusque là, typiquement ils vont repartir de zéro et laisser les négociations s'enliser sur des points de forme, 3) lorsque l'impasse se précise, on fait appel aux chefs d'Etats (qui n'ont pas suivi les étapes précédentes) pour une ultime tentative d'arbitrage alors que la conférence est déjà officiellement terminée. Ce fonctionnement a montré plusieurs fois à quel point il est inefficace, il serait beaucoup plus avisé de commencer par obtenir un accord entre politiques puis de laisser les négociateurs s'entendre sur les points techniques.

      A la fois le secrétariat de l'UNFCCC et la présidence française de la COP21 semblent avoir pris conscience de ces problèmes. De multiples innovations ont déjà été proposées ou mises en oeuvre pour les corriger, comme les INDC, l'agenda des solutions ou la proposition de faire venir les chefs d'Etats au début de la conférence. Il me semble que ces sujets, même si ils peuvent passer inaperçus, sont plus important que le nombre de millions de tonnes de CO2 ou de milliards de dollars de financement qui seront annoncés à la fin de la COP21. Même si elle n'atteignait ses objectifs "officiels", la conférence de Paris pourrait être considérée comme un succès si elle parvenait à définir des règles permettant de reprendre des négociations climatiques sur une base saine.

      Publié le 20 août 2015 par Thibault Laconde



      Vous avez aimé cet article ? N'en ratez aucun en vous inscrivant à la newsletter mensuelle.



      Thursday, August 23, 2012

      Retrospective 2015 les 5 articles les plus lus et 5 autres qui méritent dêtre re découverts

      0 comments

      Avant de s'engager dans cette nouvelles années, il est l'heure de jeter un coup d'œil en arrière. En 2015, ce blog a accueilli très exactement 562.188 visites soit une progression de 75% par rapport à l'année précédente.
      Ce résultat est évidemment lié à la COP21 et à l'intérêt qu'elle a suscité pour les questions énergétiques et climatiques mais il reste assez incroyable... Et c'est donc vous, lecteurs, que je voulais commencer par remercier en particulier ceux qui prennent le temps de commenter ou de partager les articles : c'est grâce à votre fidélité et à votre engagement que, d'année en année, ce blog se développe !

       

      Le TOP5 des articles de 2015


      En 2015, j'ai publié 60 articles. C'est beaucoup plus que les années précédentes - là encore un effet de la COP21... Et sans surprise, on retrouve beaucoup de posts sur le Conférence de Paris parmi les plus lus.

      N°1 : La COP21 au jour le jour

      Pendant la Conférence de Paris, j'ai publié chaque jour un compte-rendu des négociations et un petit billet d'humeur. La compilation de ces posts arrivent en tête des articles les plus lus cette année.
      Lire l'article : Journal de la COP21

      N°2 : Responsabilité sociale et environnementale des associations

      Fin mai, la Croix Rouge Française s'est fait taper sur les doigts pour n'avoir pas respecté le droit du travail. Cet événement m'a inspiré un article assez éloigné des sujets que je traite habituellement, et pourtant... C'est l'invité surprise de ce classement.
      Lire l'article : L'Inspection du travail à la Croix Rouge, et après ? Plaidoyer pour une responsabilité sociétale des ONG.

      N°3 : Le lexique du climat

      A l'approche de la COP21, j'ai compilé un petit dictionnaire sur le jargon des négociations climatiques. Sans surprise, vous vous êtes rués dessus en décembre...
      Lire l'article : 70 mots et expressions pour comprendre le climat

      N°4 : Réserves de pétrole et d'autres ressources non-renouvelables

      En début d'année, les débats sur les stocks d'hydrocarbure restants m'ont poussé à m'intéresser aux chiffres (souvent contradictoires) qui y sont cités. Cet article apporte plus de critiques de leur interprétation simpliste que de réponse, ce qui ne l'a pas empêché d'avoir un beau succès.
      Lire l'article : Combien d'années de pétrole ? Et autres questions sur les stocks de ressources non-renouvelables.

      N°5 : Suivre la production d'électricité en direct

      Inspiré par les données erronées que les politiques s'envoient à la figure à chaque fois qu'ils parlent d'énergie, voici un recueil de sites permettant de suivre en direct la production d'électricité dans les principaux pays d'Europe.
      Lire l'article : Comment suivre en direct la production d'électricité des principaux pays européens



      Le FLOP5 : 5 articles que vous avez ignoré mais que je vous invite à (re-)lire


      Le succès ou l'échec d'un article est souvent une surprise, il arrive que quelques idées assemblées sur un coin de table connaissent un immense succès et parfois c'est l'inverse... Parmi ces articles qui auraient pu réussir mais qui ont plafonné sous les 1000 lectures, en voici 5 que je vous recommande.

      N°1 : Violence climatique...

      Loin du cliché de l'ours blanc sur sa banquise, le conflit syrien a montré que le changement climatique est une affaire de vie ou de mort, et parfois de guerre ou de paix. Dans cet article, j'ai détaillé quelques exemples en m'appuyant sur la littérature scientifique. Avec une infographie pour ceux qui n'aiment pas lire...
      Lire l'article : Chaos climatique : comment le réchauffement déstabilise déjà la planète.

      N°2 : Histoire scientifique du climat

      Le climat, et plus largement l'environnement, sont des sujet très transverses. On y trouve tour à tour les sciences dures, la sociologie, l'économie... Mais trop rarement l'histoire. Or ces sujets qui nous apparaissent comme des préoccupations immédiates ont généralement connus une longue gestation. Un coup d'œil en arrière est souvent éclairant.
      Lire l'article : Réchauffement climatique anthropique : depuis quand sait-on ce qui nous attend ?

      N°3 :  Prix du carbone : apprendre des erreurs du passé

      Histoire encore... A l'approche de la COP21, le "prix du carbone" s'est imposé dans le débat comme un levier majeur pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Mais cette idée qui a semblé jaillir de nulle-part a elle aussi un histoire qu'il est indispensable de comprendre si on veut réellement la mettre en œuvre.
      Lire l'article : La taxe carbone, une idée neuve ?

      N°4 : Solaire chinois

      En début d'année, des statistiques chinoises ont suscité l'enthousiasme dans le petit monde du solaire européen. Mais la croissance de la production solaire photovoltaïque cache la vraie spécificité de la Chine : le choix du solaire thermique, secteur dans lequel elle exerce une domination écrasante. Une success story dont nous ferions bien de nous inspirer.
      Lire l'article : Pour le solaire, la Chine est un exemple. Mais pas celui que vous croyez.

      N°5 : Analyse économique des ressources non-renouvelables

      Imaginez que vous découvriez un gisement de pétrole ou un filon de cuivre au fond de votre jardin. Avez-vous intérêt à l'exploiter ou vaut-il mieux attendre qu'il prenne de la valeur ? Cette question simple en apparence est l'occasion de s'intéresser aux théories économiques des ressources naturelles.
      Lire l'article : Rente ricardienne et règle d'Hotelling : Comment un économiste classique voit les ressources naturelles ?

      Publié le 7 janvier 2016 par Thibault Laconde


      Vous avez aimé cet article ? N'en ratez aucun en vous inscrivant à la newsletter mensuelle.





      Tuesday, July 3, 2012

      Combien dannées de pétrole Et autres questions sur les stocks de ressources non renouvelables

      0 comments

      J'ai déjà consacré plusieurs articles aux liens entre énergie et croissance économique. Je dois dire que c'est un sujet qui m'intéresse particulièrement en ce moment. Je vais sans doute y revenir dans les semaines qui viennent mais j'aimerais d'abord faire, disons, une remarque liminaire.
      Combien d'années les réserves de ressources non-renouvelables peuvent-elles soutenir notre économie ? C'est une question très intuitive, y répondre devrait être un pré-requis pour tous les choix économiques - un peu comme on jette un coup d'oeil au niveau de batterie de son portable avant de sortir ou au réservoir de sa voiture avant un trajet... Et pourtant, j'ai eu beaucoup de mal à trouver une réponse satisfaisante à cette question. Pour la plupart des ressources les chiffres sont introuvables : combien d'années de consommation de charbon, de tugstène, d'étain ou d'aluminium nous reste-t-il ? Bonne chance pour trouver une réponse... Et lorsque les chiffres existent, comme c'est le cas pour le pétrole, il me semble que le mode de calcul est fondamentalement en contradiction avec nos attentes économiques.


      Les pétroliers seraient-ils décroissants (ou a minima acroissants) ?


      L'estimation des réserves est un problème complexe sur plan géologique, mais aussi d'un point de vue économique : une ressource même prouvée géologiquement n'a de valeur économique que si son exploitation (coûts d'exploration, de développement, d'extraction et de transport) est plus rentable que sa non-exploitation. Des modèles existent (comme la règle d'Hotelling) mais ils sont, à mon avis, largement obsolètes.
      Mais laissons cela de coté pour l'instant : imaginons, par exemple, que le chiffre des réserves prouvées de pétrole tel qu'il est fourni par diverses organisations soit fiable. Savoir que 1.655 milliards de barils sont disponibles (estimation 2014 de l'agence américaine de l'énergie) n'est pas très parlant. C'est pourquoi ce chiffre est généralement exprimé en années de consommation au rythme actuel : 50 en l'occurrence puisque qu'en 2013 le monde (toujours selon l'EIA) a brûlé 91.2 millions de barils par jours (1.655.000/(91.2x365)≈50).

      Voilà un chiffre bien plus parlant. Les optimistes diront qu'il nous laisse largement le temps de découvrir des substituts ou de nouvelles réserves, les pessimistes que la fin du pétrole est pour 2065, et les rationnels que de toutes façon c'est bien plus que ce que l'on peut utiliser sans dérégler complètement le climat.
      Mais à peu près tous il aura échappé que cette conversion d'une réserve physique en année de consommation repose sur une hypothèse surprenante : celle que notre consommation de pétrole va rester stable.
      Curieux en effet de considérer que la consommation de pétrole, de cuivre, de tantale, de cabillaud ou de toute autre ressource naturelle est destinée à rester stable alors que dans le même temps on attend de notre économie qu'elle croisse à un rythme constant, c'est à dire que la production suive une courbe exponentielle.

      Je ne sais pas pour le cabillaud, mais pour l'énergie l'élasticité de la consommation par rapport au produit intérieur brut (PIB) est faible, c'est-à-dire que la consommation d'énergie augmente grosso-modo au rythme de la croissance économique.
      Une simple comparaison des courbes permet de s'en assurer : loin d'être constante, la consommation de pétrole suit le PIB, aussi bien à la hausse qu'à la baisse :

      Courbe représentant la consommation de pétrole (baril/j) et la richesse mondiale (à dollar constant)


      De combien d'années de réserves dispose-t-on vraiment ?


      Ne faudrait-il pas corriger la durée de vie des réserves par la croissance attendue ? Dans ce cas, le nombre d'année de réserve ne s'écrit plus :
      formule classique pour calculer la durée de vie des réserves de ressources naturelles
      Mais :
      formule pour calculer la durée de vie des ressources naturelles non-renouvelables en tenant compte de la croissance économique
       
      Bon, on y perd un peu en simplicité, mais ce qui importe surtout c'est le résultat : si on considère que la croissance à long-terme s'établira autour de 3% (dixit l'OCDE), la durée de vie de nos réserves de pétrole n'est plus de 50 ans mais de 30 ans.

      On peut faire le même calcul avec quelques-unes des ressources les plus courantes :

      années de reserves or, pétrole, argent, cuivre et autres ressources naturelles

      Comme d'habitude, vous pouvez consulter et vérifier les calculs et les sources des données utilisées : il suffit de cliquer ici.


      Derniers ajustements


      J'en entend au fond qui disent que cette évaluation n'est pas beaucoup plus exacte que la précédente parce que :
      1. Même si l'efficacité énergétique progresse faiblement, à long-terme la consommation de pétrole croit sensiblement moins vite que le PIB,
      2. De nouveaux gisements sont découverts régulièrement et viennent s'ajouter à l'évaluation des réserves.
      Sur le premier point, rien ne vous empêche de calculer un taux de croissance de la consommation tenant compte à la fois de la croissance du PIB et des gains d'efficacité :
      équation : évaluation de la croissance de la consommation en fonction de la croissance économique et de l'efficacité
      Par exemple dans le cas du pétrole, si on considère que les gains d'efficacité vont continuer selon leur rythme moyen depuis 2000 (1% par an environ) et que la croissance économique est de 3%, la croissance de la consommation va être de 1.97%. La durée de vie des réserves prouvées de pétrole passe ainsi de 30 ans à 34 ans... royal !

      Sur le second point : je l'ai dit en début d'article, l'évaluation des réserves est une question compliquée. Mais une chose est certaine : elles sont finies, cela n'aurait donc pas de sens de leur affecter un taux de croissance. Par contre vous pouvez jouer sur ce paramètre en prenant l'évaluation qui vous convient. Mais ne vous attendez pas à des miracles : le moment où une croissance exponentielle atteint ses limites est en effet peu sensible à la valeur exacte de la limite.
      Il y a certainement un théorème portant le nom d'un économiste célèbre pour ça, mais pour toute personne ayant quelques notions mathématiques c'est une évidence. Par exemple, si on considère que les réserves de pétrole sont finalement deux fois plus élevées que leur évaluation actuelle, leur durée de vie passe seulement de 30 à 46 ans. Si on veut assurer un siècle de consommation au rythme de 3% de croissance par an, il faudrait multiplier les réserves par au moins 10 !

      Ce sont là deux arguments typiques du "laisser-faire", en sens inverse une troisième objection existe : ce mode de calcul ne nous dit rien de la faisabilité de l'exploitation au vue de contraintes qui ne soient ni géologiques ni strictement économiques. Par exemple l'évaluation des ressources par l'USGS, que j'ai beaucoup utilisé dans cet article, nous apprend que nous disposons de vastes réserves d'amiante, est-ce que cela signifie que cette industrie est pérenne ? Vraisemblablement non, car nous connaissons désormais bien les effets sur la santé de cette substance même à très faible dose ce qui limite fortement l'utilisation que nous pourrons en faire à l'avenir.
      De la même façon, les réserves de gaz, de charbon ou de pétrole ne pourront pas continuer être exploitées au rythme actuel compte-tenu de l'effet de leurs utilisations sur le climat.

      C'est ici que les modèles "classiques" touchent le plus clairement à leurs limites... Et que d'autres façons de penser et de calculer doivent être inventées. C'est précisément la question qui m'occupe en ce moment et à laquelle je reviendrai dans de prochains articles.

      Publié le 9 février 2015 par Thibault Laconde

      Vous avez aimé cet article ? N'en ratez aucun en vous inscrivant à la newsletter mensuelle.



       
      Copyright 2012 Maybell Hamaker | Powered by Blogger
      Design by George Robinson Supported by BTDesigner