La 20e conférence des nations unies sur le climat s'ouvre le 1er décembre à Lima. Si vous n'avez pas la chance d'être sur place, vous pouvez tout de même suivre la conférence de l'intérieur grâce aux comptes Twitter des très nombreux participants à la COP20. Vous pouvez suivre tous ces comptes d'un seul coup en vous abonnant à cette liste.
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On n'attendait pas grand chose de la conférence sur le climat qui s'ouvre demain au Maroc, mais l'entrée en vigueur à grande vitesse de l'Accord de Paris a tout changé : voilà que la COP22 sera aussi la CMA1, c'est-à-dire la première conférence des parties à l'Accord de Paris (CMA est l'accronyme de "COP serving as Meeting of the parties to the Paris Agreement").
Un programme de travail chargé pour la CMA1
Or l'Accord de Paris a renvoyé de très nombreuses questions à cette première réunion. La CMA1 doit en particulier préciser le fonctionnement de plusieurs mécanismes prévus par le texte, c'est le cas :
Des contributions nationales, les fameuses INDC, dont il faut arrêter le calendrier (article 4)
Du mécanisme de réduction des émissions (art. 6)
Du renforcement des capacités (art. 11)
Du mécanisme de transparence par lequel les pays développés doivent rendre public tous les deux ans l'aide qu'ils apportent aux pays en développement (art. 13)
Des procédures permettant de s'assurer que l'Accord est bien respecté (art. 15)
La portée réelle de l'Accord de Paris dépendra largement de ces procédures qui dans une versions la ambitieuse peuvent empiéter sur la souveraineté des États. En tous cas, il n'est pas possible d'improviser des négociations sur des sujets aussi techniques et aussi sensibles.
Report probable mais à haut risque
Les décisions qui accompagnent l'Accord de Paris prévoyaient la création d'un groupe de travail spécial chargé de préparer la CMA1 (connu sous le petit nom d'APA dans les cercles spécialisés) et demandaient au GIEC de produire un rapport sur la mise en œuvre de l'Accord mais l'un et l'autre ont été pris de vitesse par l'entrée en vigueur du texte. Le rapport du GIEC doit paraitre en 2018 et l'APA ne s'est réuni qu'une seule fois à Bonn en mai... Il faut dire que l'entrée en vigueur de l'Accord de Paris était prévue aux alentours de 2020, pas dès cette année. La communauté internationale se trouve donc avec un programme de travail chargé sans avoir eu le temps de s'y préparer.
Par ailleurs, même si le texte est déjà en vigueur près de la moitié des pays n'ont pas encore terminé sa ratification. C'est le cas de gros émetteurs comme la Russie, l'Australie, le Royaume Uni, l'Italie ou le Japon mais aussi de nombreux pays d'Afrique et du Moyen Orient. Pour l'instant, ces pays ne peuvent participer à la CMA1 qu'en tant qu'observateurs et ils sont en théorie exclus des décisions. Trancher des points sensibles dans ces conditions risquerait d'entrainer d'interminables contestations.
Cela fait au moins deux bonnes raisons de reporter les négociations sur la mise en œuvre de l'Accord de Paris à plus tard. Reste à savoir ce qu'on reporterait, et à quand. Une échéance logique serait la COP24. De nombreux préparatifs pour la mise en œuvre de l'Accord doivent en effet s'achever en 2018 : le sixième rapport du GIEC, les travaux de l'APA, les recommandation du SBSTA (un autre organe de la Convention cadre) sur la comptabilisation des ressources financières, etc. Mais un défi de la conférence de Marrakech est aussi de préserver la dynamique née de la COP21 et de l'entrée en vigueur très rapide de l'Accord de Paris. Un report en bloc de deux ans serait un très mauvais signal, beaucoup d'acteurs y verraient une façon pour les États de revenir sur les engagements qu'ils ont pris l'année dernière.
Il va donc falloir trouver un équilibre difficile et s'efforcer de progresser dans l'application du texte dès maintenant. Le sommet qui s'ouvre demain promet d'être plus compliqué et mouvementé que prévu...
Maintenant, tout le monde ou presque en a entendu parler : du 30 novembre au 11 décembre 2015, Paris accueillera la 21 conférence de l'ONU sur le climat (alias COP21). Mais quels sont les objectifs de ces négociations ?
[Mise à jour] Pour savoir où nous en sommes après la COP21, vous pouvez désormais consulter mon étude de l'Accord de Paris et de ses implications technologiques et économiques
Un accord et des financements...
Contrairement à ce qu'on pourrait croire, il n'y a pas beaucoup d'incertitude sur le contenu des discussions : négociateurs et diplomates préparent la COP21 depuis des mois voire des années, et il est peu probable que les dirigeants de la planètes s'entendent en quelques jours sur quelque chose de révolutionnaire... En fait les objectifs de la conférence de Paris ont été définis par l'accord de Copenhague (en 2009) et le mandat de Durban (en 2011).
L'accord de Copenhague fixe les directions à long-terme :
D'une part réduire, les émissions de gaz à effet de serre de façon à limiter la hausse de la température moyenne de la planète à 2°C par rapport à l'ère pré-industrielle.
D'autre part, limiter les conséquences du réchauffement climatique en finançant l'adaptation des pays pauvres à hauteur de 100 milliards de dollars par an à partir de 2020 (le fameux "Fond Vert").
La plateforme de Durban, elle, fixe la forme de l'accord qui devrait être conclu à Paris :
Il devra être juridiquement contraignant, c'est-à-dire s'imposer aux pays qui le ratifieront et ne pas se limiter à un simple engagement politique.
Il devra aussi être universel : tous les pays devront participer aux efforts de réduction des émissions alors que dans le protocole de Kyoto seuls les pays industrialisés étaient concernés.
En somme, il sera assez facile de se faire une opinion le 11 décembre (ou plutôt le 13 après un week-end de prolongation pour des négociations-marathon-de-la-dernière-chance comme c'est devenu la norme depuis plusieurs années) :
Comprendre les résultats de la COP21 (cliquez pour agrandir)
Mais surtout : changer le logiciel des négociations internationales sur le climat
Ces objectifs semblent assez difficiles à atteindre et même si un accord était trouvé à Paris, il est peu probable qu'il puisse être ratifié par les États-Unis. Ça tombe bien : le plus important n'est peut-être pas là...
Plus qu'un accord, ce qui compte lors de la conférence de Paris, c'est de tirer les leçons de 20 ans d'échec et de donner un nouveau départ à l'action de la communauté internationale sur le climat. Depuis la signature de la convention-cadre sur le changement climatique à Rio en 1992 et le protocole de Kyoto en 1997, les négociations se sont systématiquement enlisées. Bien sur, la mauvaises volonté de certains acteurs n'a pas aidé, mais c'est aussi parce que ces discussions reposaient sur de mauvaises bases. Parmi les mécanismes qui ont sans doute contribué à ces échecs, on peut citer :
Le principe de "responsabilité commune mais différenciée". Ce principe est en apparence tout-à-fait moral : puisque les pays riches ont plus contribué au problème, ils faut qu'ils fassent plus d'efforts pour trouver une solution. Mais tel qu'il est traduit dans le protocole de Kyoto (où seuls les pays développés ont des obligations de réduction des émissions), il condamne la communauté internationale à l'échec en rendant tout accord conclu sur cette base inacceptable pour la première puissance économique de la planète (voir la résolution Byrd-Hagel) et en exonérant la deuxième de toute obligation...
L'approche par objectif top-down. Le déroulement théorique des négociations sur le climat est simple : d'abord, avec l'aide des scientifiques, on définit un niveau d'émission maximal ensuite on négocie sa répartition entre pays. Ces discussions sont forcément délicates puisqu'il s'agit de s'engager sur un résultat sans connaître précisément ce que cela va coûter... D'autres méthodes pourraient tout-à-fait être envisagées, par exemple une approche bottom-up (où on consolide les engagements de chaque Etat) ou une approche par les moyens (où les pays s'engagent sur des politiques plutôt que sur des objectifs d'émission).
Les interactions entre négociateurs et politiques. Les COP suivent un scénario bien rodé : 1) les négociateurs s'en donnent à coeur joie et rédigent un projet d'accord de 150 pages dans lequel rien n'est validé, 2) la deuxième semaine, les ministres arrivent, ils ont été briefés dans l'avion et ne savent pratiquement pas ce qu'il s'est passé jusque là, typiquement ils vont repartir de zéro et laisser les négociations s'enliser sur des points de forme, 3) lorsque l'impasse se précise, on fait appel aux chefs d'Etats (qui n'ont pas suivi les étapes précédentes) pour une ultime tentative d'arbitrage alors que la conférence est déjà officiellement terminée. Ce fonctionnement a montré plusieurs fois à quel point il est inefficace, il serait beaucoup plus avisé de commencer par obtenir un accord entre politiques puis de laisser les négociateurs s'entendre sur les points techniques.
A la fois le secrétariat de l'UNFCCC et la présidence française de la COP21 semblent avoir pris conscience de ces problèmes. De multiples innovations ont déjà été proposées ou mises en oeuvre pour les corriger, comme les INDC, l'agenda des solutions ou la proposition de faire venir les chefs d'Etats au début de la conférence. Il me semble que ces sujets, même si ils peuvent passer inaperçus, sont plus important que le nombre de millions de tonnes de CO2 ou de milliards de dollars de financement qui seront annoncés à la fin de la COP21. Même si elle n'atteignait ses objectifs "officiels", la conférence de Paris pourrait être considérée comme un succès si elle parvenait à définir des règles permettant de reprendre des négociations climatiques sur une base saine.
La 21e conférence de l'ONU sur le climat (alias COP21) s'ouvre dans quelques jours, le 30 novembre, à Paris. Les enjeux sont énormes : 194 pays doivent se mettre d'accord sur un nouvel accord permettant de limiter les émissions de gaz à effet de serre et d'aider les pays pauvres à s'adapter au changement climatique. Même si cette conférence s'adressent avant tout aux négociateurs des différents pays, des dizaines de milliers de personnes, du lobbyiste au chef indigène, vont faire le déplacement pour défendre leurs propres visions de l'avenir de la planète.
Mais vous êtes vous déjà demandé qui sont ces gens ? Quel est le profil-type du participant à une conférence internationale sur le climat ?
> Pour savoir quelles seront les conséquences de la COP21 pour les entreprises, vous pouvez desormais télécharger mon rapport sur les implications technologiques et économiques de l'Accord de Paris