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Thursday, June 2, 2016

COP21 Quest ce que le principe de différenciation et pourquoi ça coince

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Prenez un sujet qui bloque les négociations en ce moment même à la COP21 (les financements, le mécanisme de revoyure, etc.) et creusez un petit peu... Vous tomberez presque toujours sur le même problème : la différenciation.

Ce principe, qui remonte aux origines des négociations sur le climat, a empoisonné les discussions depuis deux décennies. Même s'il a été largement assoupli lors des préparatifs de la conférence de Paris, il continue à poser problème... 


> Pour aller plus loin, , vous pouvez desormais consulter mon analyse de l'Accord de Paris et de ses conséquences technologiques et économiques



La différenciation : Kezako ?


La différenciation, ou la CBDR ("Common But Differentiated Responsability") est un des principes inscrits dans la Déclaration de Rio, adoptée lors du Sommet de la Terre de 1992 (pdf) :

"Étant donné la diversité des rôles joués dans la dégradation de l'environnement mondial, les États ont des responsabilités communes mais différenciées. Les pays développés admettent la responsabilité qui leur incombe dans l'effort international en faveur du développement durable, compte tenu des pressions que leurs sociétés exercent sur l'environnement mondial et des techniques et des ressources financières dont ils disposent."

En gros, ce principe affirme que la protection de l'environnement est une responsabilité mondiale mais que les efforts des différents pays doivent être modulés en fonction :
  • De leur responsabilité historique : les pays qui se sont industrialisés plus tôt et qui ont contribué depuis plus longtemps à la dégradation de la planète doivent faire plus d'effort.
  • Des moyens techniques et financiers dont ils disposent.

Ce principe joue un rôle important dans la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, le texte fondateur des négociations sur le climat qui a aussi été adopté pendant le Sommet de la Terre. Mais la Convention va plus loin. Non seulement elle invoque trois fois ce principe mais elle divise les pays en deux groupes, développé ou non, et fixe des obligations plus importantes pour les premiers qu'elle liste dans son annexe I.
Quelques années plus tard, le protocole de Kyoto va encore plus loin dans la différenciation : les 38 pays énumérés dans l'annexe I de la Convention s'engagent à réduire leurs émissions alors que les autres n'ont aucune obligation.


Et alors, c'est quoi le problème ?


La différenciation, telle qu'elle est énoncée par la Déclaration de Rio, est un principe de justice et de bon sens. Mais avec la Convention-Climat puis le protocole de Kyoto, il a dérivé dangereusement :
  • D'une part, la convention a gravé dans le marbre la liste des pays de l'annexe I qui sont supposés responsables et capables d'agir, une liste qui ne peut que devenir de plus en plus artificielle avec le temps. Presque un quart de siècle après, beaucoup de gros émetteurs ne figurent pas dans l'annexe I et certains dépassent des pays "développés" en richesse par habitant.
  • D'autre part, le Protocole de Kyoto donne une interprétation extrême de ce principe puisque la différenciation devient une absence totale d'engagement pour les pays hors-annexe I.
A posteriori, cette dérive est largement responsable des échecs de la communauté internationale sur les questions climatiques. C'est notamment parce qu'il refusait de s'engager sans contrepartie des pays en développement que le Sénat américain n'a pas ratifié le Protocole de Kyoto en 1997. Et c'est en grande partie parce qu'ils ne voulaient pas renoncer à ce privilège que les grands émergent ont fait capoter le Sommet de Copenhage en 2009...

Aujourd'hui, la différenciation se retrouve encore au coeur des débats avec plusieurs problèmes sur :
  • Les financements : Qui doit payer et qui doit recevoir ? On peut difficilement s'empêcher de sourire lorsqu'on voit le Qatar réclamer l'aide internationale...
  • Les "pertes et dommages" : les pays les plus vulnérables souffrent du réchauffement climatique alors qu'ils n'en sont pas responsables et réclament des compensations. Mais pour ça, il faudrait pouvoir définir qui sont les victimes du changement climatique, et qui sont les coupables. 
  • Les réductions d'émissions : en 2030, les deux plus gros émetteurs de gaz à effet de serre seront la Chine et l'Inde et leurs émissions par habitant seront supérieures à celles de l'Europe. L'accord ne devrait-il pas refléter l'avenir plutôt que le passé ? Le mécanisme de revoyure pose le même problème mais de façon encore plus aiguë...

Que va-t-on faire de la CBDR ?


Inscrit dans le texte fondateur des négociations climatiques, le principe de différentiation est pratiquement intouchable. D'autant qu'il cimente le G77+Chine, la puissante coalition des pays en développement. Sans surprise, les tentatives de gommer ce principe du projet d'accord de Paris ont provoqué une levée de boucliers des grands émergent mais aussi des pays les moins développés.

Même si la liste de pays établie en 1992 est manifestement obsolète, il n'est donc pas question de la remettre en cause frontalement, plutôt de l'assouplir. Le principe restera mais tous les pays seront encouragés à contribuer en fonction de leurs moyens.
Même si la mention de cet assouplissement dans l'accord de Paris reste problématique, beaucoup de travail a déjà été fait dans ce sens : tous les pays ont été invité à communiquer des objectifs volontaires de réduction des émissions (les fameuses INDC), certains pays hors annexe I ont d'ores-et-déjà accepté de contribuer au Fond Vert...

De son coté, le G77 devrait aussi faire la police dans ses rangs pour éviter l'instrumentalisation du principe de différenciation par des pays qui cherchent manifestement à échapper à leurs responsabilités ou à ralentir les négociations.

Publié le 8 décembre 2015 par Thibault Laconde



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Tuesday, February 23, 2016

Business Climate Summit ce quil faut en retenir

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1) On est d'accord sur les principes


Tous les intervenants se sont entendus sur au moins quelques points : l'objectif de zéro émissions pour la seconde moitié du siècle, l'absurdité des subventions aux énergies fossiles, la nécessité d'un prix du carbone et urgence de se préparer aux effets du réchauffement. Rien de bien révolutionnaire mais ce consensus est quand même remarquable de la part de la trentaine de PDG et de ministres intervenus hier.

2) Un peu moins sur les détails...


Mais le consensus s'arrête vite lorsqu'on commence à creuser : A quelle date les émissions de gaz à effet de serre devront-elles avoir disparu ? Quels sont les moyens à mettre en oeuvre ? Quel prix donner au carbone ? Selon quels mécanismes ?
En particulier, il y a une fracture évidente entre ceux qui demandent une taxe sur le carbone et ceux qui croient encore aux permis négociables et aux marchés.
Sur ce sujet, on notera la position d'Angel Gurria (le secrétaire général de l'OCDE) qui défend vigoureusement une taxe carbone en soulignant que le marché de crédits négociables n'a manifestement pas fonctionné en Europe. Je doute que tout le monde dans la salle ait partagé son avis.
 

3) Les pétroliers génés aux entournures


Evidemment cette ébauche de consensus remet directement cause le business model de certaines industries. C'est le cas notamment du secteur des hydrocarbures qui était pourtant bien représenté. Pour eux, l'exercice a vite montré ses limites.
On peut aussi ranger dans cette catégorie le ministre du pétrole de l'Arabie Saoudite qui, malgré une formule fracassante, s'est employé à montrer qu'il ne faut surtout rien faire pour diminuer la consommation d'hydrocarbures.
Les pétroliers ne sont pas les seuls pollueurs me direz vous. Oui, mais ils ont été les seuls à ne pas assumer leurs contradictions. Des opérateurs de centrales à charbon ont également eu la parole mais eux au moins ont admis la nécessité d'un changement.


4) Des politiques français au taquet


François Hollande et Ségolène Royal sont intervenus le premier jour, respectivement en ouverture et en cloture de la journée, et Laurent Fabius a conclu le sommet. Belle mobilisation gouvernementale...
Le président a tenté de donner un cahier des charges (on pourrait peut-être dire une liste au Père Noel) aux entreprises avant la COP21. La ministre de l'écologie a dressé un tableau de l'ensemble des aspects de la lutte contre le changement climatique, sujet sur lequel elle était manifestement à l'aise. Leurs interventions m'ont paru assez encourageantes.


5) Les patrons français ont un besoin urgent de cours d'anglais


Thursday, October 8, 2015

Réchauffement climatique anthropique depuis quand sait on ce qui nous attend

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L'actualité est pleine de rebondissements : le 5 novembre 2015, le procureur de New York ouvrait une enquête à l'encontre d'ExxonMobil, la plus grande compagnie pétrolière cotée de la planète. Pourquoi donc ? Parce que des documents ont montré que les chercheurs employés par Exxon avaient averti l'entreprise dès 1977 des effets néfastes de la combustion d'hydrocarbures sur le climat. Ainsi informée, elle a dépensé des millions de dollars pour retarder la prise de conscience des consommateurs et des pouvoir publics. Jusque là rien d'anormal. Mais si, par malheur, Exxon a aussi menti à ses investisseurs cela devient une fraude financière, péché mortel dans la ville de Wall Street.

Le pétrolier savait donc depuis les années 80 qu'il détraquait le climat ! Le lecteur ne s'était pas plus tôt remis de cette révélation que l'American Association for the Advancement of Science, la plus grande société scientifique au monde, célébrait l'anniversaire d'un rapport mettant en garde contre la changement climatique et remis au président Johnson le 5 novembre... 1965.

1977 ? 1965 ? On s'y perd... Depuis quand sait-on vraiment que nos émissions de gaz à effet de serre dérèglent le climat ?


L'effet de serre, c'est tellement XIXe siècle...


En fait, l'histoire commence bien avant en 1824. A l'époque le bon roi Louis XVIII vient de mourir dans son lit et Charles X lui succède, Victor Hugo est un jeune romancier médiocre et, à l'École Polytechnique, Joseph Fourier est bien embêté...

Découverte de l'effet de serre par Fourier - Remarques générales sur les températures du globe terrestre et des espaces planétairesFourier est un immense mathématicien et physicien français du début du XIXe siècle, on lui doit notamment des travaux sur la chaleur et les transferts d'énergie. Or justement, il calcule que, compte-tenu du rayonnement qu'elle reçoit du soleil, la terre devrait être beaucoup plus froide.
Afin d'expliquer ce décalage, il propose une théorie. Selon ses propres mots : "La température peut être augmentée par l’interposition de l’atmosphère, parce que la chaleur trouve moins d’obstacle pour pénétrer l’air, étant à l’état de lumière, qu’elle n’en trouve pour repasser dans l’air lorsqu’elle est convertie en chaleur obscure."

Remplacez "chaleur obscure" par l'appellation moderne "rayonnement infrarouge", et voici publié dans un article de 1824, la première description de l'effet de serre qui nous est si familier aujourd'hui.
Un autre français, Claude Pouillet, développe en 1838 l'idée de Fourier. Il fait notamment l'hypothèse que seuls certains gaz, dont la vapeur d'eau et le dioxyde de carbone, sont capables d'intercepter le rayonnement infrarouge.

Le dioxyde de carbone est un gaz à effet de serre et la combustion de charbon qui s'est accéléré depuis le début de la Révolution Industrielle en rejette de grandes quantités... A ce stade, il ne reste plus qu'à relier les points.
C'est fait dès le milieu du siècle. En 1855, comme beaucoup de ses contemporains, Eugène Huzar s'inquiète des "changements climatériques" dans un essai à succès titré La fin du monde par la science. Il y note : "Vous pouvez prédire que dans cent ou deux cents ans le monde, étant sillonné de chemins de fer, de bateaux à vapeur, étant couvert d’usines, de fabriques, dégagera des billions de mètres cubes d’acide carbonique et d’oxyde de carbone, et comme les forêts auront été détruites, ces centaines de billions d’acide carbonique et d’oxyde de carbone pourront bien troubler un peu l’harmonie du monde." Plutôt bien vu, non ?

A l'époque, il ne s'agit encore que de théories et d'hypothèses. Mais plus pour très longtemps : en 1859, le physicien Irlandais John Tyndall construit un des premiers spectromètres et confirme expérimentalement que la vapeur d'eau et le dioxyde de carbone ont bien la propriété prévue par Fourrier et Pouillet d'intercepter une partie du rayonnement infrarouge. Il en profite pour allonger la liste des gaz à effet de serre en mesurant, outre la vapeur d'eau et le dioxyde de carbone, les coefficients d'absorption du méthane et de l'ozone.

La question qui se pose à partir de cette date n'est déjà plus celle de l'existence de l'effet de serre mais de la sensibilité climatique. En d'autres termes : les émissions humaines de ces gaz sont-elle suffisantes pour modifier significativement le climat ?
En 1896, le chimiste suédois (et un des premiers Prix Nobel) Svante Arrhenius donne la première réponse à cette question : il calcule que le doublement de la concentration en dioxyde de carbone entrainera une hausse de 4°C de la température moyenne. Ce résultat est remarquablement proche de ceux que nous obtenons aujourd'hui avec des modèles bien plus élaborés


Pourquoi n'a-t-on rien fait avant ?


Toutes les bases physiques pour prévoir que les activités humaines vont réchauffer la planète sont donc en place dès la fin du XIXe siècle. Et ces travaux ne sont pas confinés dans quelques laboratoires : les calculs d'Arrhenius sont largement publiés et discutés dans les revues scientifiques de l'époque (par exemple ici en 1901 par un autre éminent savant suédois Knut Angstrom) et dès le début du siècle on trouve l'information dans des journaux destinés au grand public :
Article sur le changement climatique anthropique dans un magazine du début du XXe siècle
Article publié dans Popular Mechanics en mars 1912 (version complète ici)


Alors pourquoi ne s'inquiète-t-on pas plus à l'époque ? C'est que, même si il est possible de prévoir l'élévation de la température moyenne et les grandes caractéristiques du changement climatique à venir (réchauffement plus rapide aux pôles, augmentation des précipitations...), il est encore difficile au début du XXe siècle d'en saisir la portée catastrophique.

Pour cela il faudra attendre la fin de la Seconde Guerre Mondiale et le développement des systèmes d'observation météorologiques (stations, radars puis satellites), les progrès de la paléoclimatologie et surtout les premiers ordinateurs. En effet les simulations climatiques nécessitent une puissance de calcul telle qu'elles étaient hors de portée avant l'apparition de l'informatique.
Les progrès reprennent donc dans les années 50 après presque un demi-siècle de pause. C'est à cette époque que sont mis au point les premiers modèles de circulation générale à l'Université de Princeton. Et en 1957, Charles Keeling installe à Mauna Loa (Hawai) le premier observatoire capable de mesurer le taux de dioxyde de carbone dans l'atmosphère. La "courbe de Keeling" enregistre depuis, avec une régularité de métronome, la hausse de la concentration en CO2 dans l'air.

Dans les années 70 et 80, le climat devient un réel sujet de préoccupation et plusieurs rapports sont demandés à l'Académie des Sciences américaine. Ils convergents vers une augmentation de la température de 2 à 3°C en 2050 avec la possibilité d'une hausse beaucoup plus forte. C'est par exemple le cas du Rapport Charney remis en 1979.
A la même époque, l'Organisation Météorologique Mondiale organise une série de conférences sur le climat qui préfigurent le GIEC. Elle le cofondera en 1988 avec le Programme des Nations-Unies pour l'Environnement.
Résolution 43/53 de l'AGNU : le climat préoccupation commune de l'humanité
Extrait de la résolution 43/53 de l'AGNU
La même année, l'Assemblée Générale des Nations-Unies déclare que le climat est une "préoccupation commune de l'humanité" (Résolution 43/53). A ce moment, la question du changement climatique anthropique sort du domaine scientifique pour entrer de plain pied dans le champ politique et diplomatique.


En conclusion ?


Alors depuis quand sait-on ? Depuis les premières prévisions d'Arrhenius ? Depuis les rapports alarmistes qui se sont multipliés à partir des années 60 ? Depuis que la communauté internationale a reconnue l'importance du sujet ? Depuis que les économistes s'en sont emparés, notamment que William Nordhaus a identifié le changement climatique comme le seul problème environnemental capable de déstabiliser l'économie mondiale ?

En fait, le sujet n'est pas là. La vraie question, c'est quel niveau de précision et de certitude nous faut-il pour passer à l'action ? Peut-on même accepter collectivement la réalité d'un phénomène qui remet à ce point en cause notre vision du monde ?

Publié le 6 novembre 2015 par Thibault Laconde, dernière mise à jour le 2 novembre 2016




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Thursday, May 9, 2013

Combien de carbone peut on émettre pour rester sous les 2°C Et doù vient ce chiffre

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Combien de gaz à effet de serre peut-on émettre pour limiter le réchauffement de la planète à 2°C ?
- "Pour limiter le réchauffement de la planète à 2°C, il ne faut pas émettre plus de tant de milliards de tonnes de carbone."
- "Compte tenu des émissions à venir, on se dirige vers une augmentation de la température moyenne de x degrés à la fin du siècle."

Vous avez sans doute tous entendu ou lu des affirmations comme celles-ci au cours des dernières semaines. Mais vous êtes-vous demandé d'où viennent ces chiffres et comment ils sont calculés ? Et accessoirement s'ils sont fiables ou même juste cités correctement ? Petit guide...


Les scénarios du GIEC


En matière de changement climatique, la question n'est plus (et de puis longtemps !) de savoir si nos émissions de gaz à effet de serre réchauffent la planète mais de combien et combien nous pouvons émettre avant de dérégler dangereusement le climat.
La plupart des réponses que vous pouvez entendre à cette question s'appuient :
  • D'abord sur le relatif consensus hérité du Sommet de Copenhague qui considère que le réchauffement climatique serait dangereux s'il dépassait +2°C en 2100 par rapport à l'ère pré-industrielle. Ce seuil est optimiste quand on voit le potentiel de déstabilisation qu'a déjà le changement climatique.
  • Ensuite sur les scénarios du GIEC, notamment un qui permet, avec une bonne probabilité, de rester sous le seuil de 2°C.
Ce scénario, RCP 2.6 de son petit nom, se trouve dans le 5e rapport du GIEC. Il est le seul parmi les scénarios développé par le GIEC à rester dans les clous par rapport à l'objectif de la communauté internationale : les 3 autres (RCP4.5, RCP6.0 et RCP8.5) dépassent allégrement les 2°C. RCP signifie Representative Concentration Pathways et le chiffre indique l'augmentation du forçage radiatif, c'est-à-dire de la capacité de l'atmosphère à retenir la chaleur.

prévision de température du GIEC en fonction des émissions de dioxyde de carbone
Evolution de la température moyenne pour les scénarios RCP2.6 et RCP8.5
Chaque scénario réunit une multitude de paramètres, notamment l'évolution des émissions pour chaque  gaz à effet de serre au cours du siècle prochain. Il sont accessible librement en ligne et les chercheurs du monde entier peuvent les utiliser pour faire des projections climatiques avec leurs propres modèles.

Résultat : le scénario RCP2.6 aboutit à une hausse de la température qui se situe avec une probabilité de 90% entre 0.9°C et 2.3°C, la meilleure estimation étant de +1.6°C sur la période 2080-2100 comparée à 1850-1900.
Ces scénarios permettent des simulations très détaillées et surtout comparables d'une équipe de recherche à l'autre, mais ils sont très complexes.


Le "budget carbone"


Pour communiquer des résultats au grand public, le GIEC a proposé une méthode simplifiée : le "budget carbone". Par exemple, pour avoir une probabilité de 66% de rester sous les 2°C, l'humanité dispose d'un budget carbone de 3670 milliards tonnes équivalent-CO2 (ou 1000 milliards de tonnes équivalent-carbone).
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Précisions importantes :
  • Entre le début de la révolution industrielle et 2011, nous avions déjà consommé une grosse moitié de ce budget (environ 1950 GTCO2 sur 3670).
  • Ce budget ne tiens compte que des émissions de dioxyde de carbone, il faut y soustraire l'effet des autres gaz à effet de serre.
  • Ce budget ne tient pas compte de certaines rétroactions positives qui sont encore mal connues (par exemple des rejets de méthane causés par le dégel du permafrost).
Au total, moyennant ces précisions, nous pouvons encore émettre 1000 milliards de tonnes de CO2 entre 2012 et 2100. Au rythme actuel (d'environ 40 milliards de tonnes par an), nous aurions épuisé notre budget carbone dans une vingtaine d'années. Et il va de soi que plus nos émissions commencerons à baisser tard plus le budget restant sera entamé.

On peut aussi calculer les budgets correspondants à d'autres hypothèses, par exemple :
  • Pour avoir une probabilité de 50% de rester sous les 2°C, nous pourrions encore émettre 1300 milliards de tonnes de CO2,
  • Si on on se contente d'une chance sur 3, on passe à 1500 milliards de tonnes.
  • Si on souhaite rester sous les 1.5°C (comme le réclame les pays les plus vulnérables) avec une probabilité de 66%, alors notre budget carbone tombe à 400 milliards de tonnes et sera épuisé dès 2020.

Note : l'utilisation tantôt d'équivalent carbone, tantôt d'équivalent-CO2 est une source infinie de confusions lorsque l'on parle de climat. Elle explique que le système de budget carbone pourtant très simplifié soit régulièrement cité de façon erroné. Le budget carbone global est bien de 1000 milliards de tonnes équivalent-carbone et le budget carbone restant en 2012 après prise en compte des autres gaz à effet de serre de 1000 milliards de tonnes équivalent-CO2.


L'exercice inverse : si j'émets tant de carbone, j'obtiens quelle température ?



Vous avez certainement entendu ces derniers jours, des gens expliquer que compte-tenu des propositions remises par les États (les fameuses INDC), la planète s'achemine vers une réchauffement de tant de degrès (la valeur généralement citée est 2.7°C mais il existe d'autres évaluations).
Ces évaluations sont généralement venues d'ONG ou de think-tank mais pas d'organes scientifiques. Et ils sont sortis quelques jours voire quelques heures seulement après la remise des INDC. Alors comment sont obtenus ces chiffres ?

Ils viennent tout simplement d'outils de simulation développés par des universités et qui permettent de projeter l'évolution du climat en fonction des émissions de gaz à effet de serre. C'est par exemple le cas de MAGGIC qui est téléchargeable gratuitement en ligne.

Publié le 24 novembre 2015 par Thibault Laconde


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Crédit illustration : © Jorge Royan / http://www.royan.com.ar, via Wikimedia Commons
 
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