A la veille de la COP21, tous les pays participant à la Conférence de Paris ont été invités à remettre leurs propositions pour lutter contre le changement climatique. Malgré quelques réfractaires (notamment les pays exportateurs de pétrole), la grande majorité s'est acquitté de cette formalité dans les temps. Ces documents (appelés INDC) contiennent les objectifs de chaque pays pour 2030. Avec un peu de patience, leur analyse permet de calculer les futures émissions de gaz à effet de serre et de dessiner la géopolitique du carbone pour les 20 ans à venir...
Dans cet article, je vous propose mes propres calculs pour les 10 plus gros émetteurs de la planète : Chine, États-Unis, Union Européenne à 27, Inde, Russie, Japon, Brésil Canada, Indonésie et Australie. Comme d'habitude, l'ensemble des calculs et les hypothèses utilisées sont accessibles. Je vous recommande de les consulter si vous souhaitez réutiliser ces chiffres.
Pour un aperçu rapide, cette infographie présente l'évolution des émissions de gaz à effet de serre par habitants entre 1990 et 2030 :
Évolution des émissions de gaz à effet de serre en valeur absolue
Commençons par les émissions totales de gaz à effet de serre. En 2030, les dix plus gros pollueurs de la planète devraient émettre un peu plus de 35 milliards de tonnes équivalent-CO2 contre 28GTeqCO2 en 2010. La répartition est la suivante :
On voit qu'en 2030, le classement est très largement dominé par la Chine et l'Inde, responsables des 2/3 du total. Suivent de loin les États-Unis puis l'Union Européenne. L'Indonésie qui était dernière de ce top10 en 1990 atteint la 5e place. La Russie poursuit sa régression et est dépassée par le Japon. En bas de classement, on trouve le Brésil, le Canada et l'Australie.
Les émissions de CO2 par habitant
Mais les émissions totales ne sont pas un très bon indicateur : Comment comparer, par exemple, l'Australie et le Brésil alors que le second est dix fois plus peuplé ? Pour se faire une idée plus exacte des efforts réalisés par chacun, il faut calculer les émissions par habitant. Et celles-ci racontent une autre histoire :
L'Australie et le Canada qui étaient en queue de classement se retrouvent premier et deuxième, suivis des États-Unis. Malgré une baisse sensible de leurs émissions, la hiérarchie des pires pollueurs de la planète n'est pas modifié : ces trois pays sont déjà sur le podium aujourd'hui... Arrive ensuite la Chine dont les émissions par habitant s'approchent de celle des États-Unis ! Les émissions indiennes aussi connaissent un bond spectaculaire : elles sont multipliée par 3 en 20 ans.
Dans le sens inverse, les européens polluent de moins en moins : avec des émissions par habitant pratiquement divisée par 2 entre 1990 et 2030, ils se trouvent en 2030 derrière l'Inde ou l'Indonésie. Enfin, il faut saluer l'ambition brésilienne : compte-tenu de la croissance de sa population, il réalise un effort considérable. Si les objectifs définis dans son INDC sont tenus, ses émissions par habitant devraient avoir baissé de moitié en 2030 par rapport à 2010 !
Que signifient ces évolutions pour les négociations internationales sur le climat ? C'est l'objet d'un autre article que vous pouvez retrouver ici.
Publié le 5 octobre 2015 par Thibault Laconde, dernière mise à jour le 19 juillet 2016.
Vous ne vous en êtes peut-être pas aperçu, mais hier a été une rude journée dans le petit monde du climat. Figurez-vous que 1011 13 pays ont décidé de remettre leurs INDC le même jour !
INDC ? Mais oui, vous savez les CPDN...
INDC est l'acronyme anglais pour "Intended nationally determined contribution" ou en français : Contribution prévue déterminée au niveau national (CPDN). Il s'agit d'une procédure destinée à préparer la conférence de Paris : chaque pays est invité à publier les engagements qu'il pourrait prendre dans le cadre d'un nouvel accord sur le climat.
Cette procédure a plusieurs mérites : elle permet a chaque pays de prendre le temps de la réflexion et de proposer une contribution qui correspond à ses moyens sans avoir l'impression de se faire tordre le bras dans une COP. Elle évite aussi les jugements à l'emporte-pièce en laissant le temps aux experts et à la société civile d'évaluer et de consolider toutes les propositions. Enfin, et surtout, elle permet de sortir en douceur des mécanismes qui ont conduit à l'échec du Protocole de Kyoto : une approche top-down (on décide combien on peut émettre puis on répartit par pays) en réalité impraticable et une interprétation beaucoup trop radicale du "principe de responsabilité commune mais différenciée" (dans laquelle les pays en développement -dits non-annexe I- n'avaient aucune obligation).
Des soumissions poussives qui s'affolent brusquement...
La soumission a été ouverte au printemps. L'Union Européenne, éternelle bonne élève, a rendu sa copie le 6 mars, suivie des États-Unis (le 31) et un peu plus tard de la Chine (le 30 juin). Mais depuis le processus semblait s'enliser : même si la plupart des poids lourds avait soumis leur contribution avant l'été, à 3 mois de la COP21 seuls une cinquantaine de pays s'étaient engagés. Or il ne suffit pas que les gros émetteurs s'engagent : en vertu du sacro-saint principe d'égalité souveraine des États, il ne peut y avoir d'accord à Paris qu'à l'unanimité... Par ailleurs, plus il y a de pays qui s'engagent, plus la pression est forte sur ceux qui hésitent.
A l'approche de l'Assemblée Générale de l'ONU, le processus s'est brusquement accéléré la semaine dernière avec 18 nouvelles soumissions dont l'Indonésie et de l'Afrique du Sud. Il frôle l'emballement aujourd'hui avec (à l'heure où j'écris) 13 nouvelles INDC dont celle très attendue (et plutôt encourageante) du Brésil. Au dernier comptage (lundi 28 à minuit) 93 pays avaient joué le jeu, soit presque la moitié des parties à la Convention-Climat.
Les points clés de quelques-unes des INDC soumises hier
(Vous pouvez retrouver les points-clés des principales INDC au fur et à mesure qu'elles sont publiées via mon compte twitter)
Que va-t-il se passer maintenant ?
Lorsqu'une nouvelle INDC est publié des ONG comme le World Ressource Institute, ou en France le RAC-F, se jettent dessus. Parions qu'elles n'ont pas chômé hier... Leur objectif est d'une part d'évaluer le niveau d'ambition de la proposition : le pays prend-il de nouveaux engagements ? Quels sont les moyens et les politiques envisagés ? Demande-t-il des aides pour réduire ses émissions ? En profite-t-il pour faire passer un message sur sa position dans les négociations ? Etc. L'autre objectif est de consolider les émissions de gaz à effet de serre prévues pour 2030 afin de voir si elles sont compatibles avec l'objectif officiel de la communauté internationale, à savoir un réchauffement de la planète limité à 2°C par rapport à l'époque pré-industrielle.
L'attention va aussi se tourner de plus en plus vers les pays qui n'ont pas soumis leurs INDC. En particulier, l'absence des pays de l'OPEP commence à se voir : seule l'Algérie a remis sa proposition. On veut bien excuser la Lybie et l'Irak mais l'Arabie Saoudite, l'Iran, le Venezuela, le Nigeria, le Koweit, le Quatar, etc. manquent aussi à l'appel. Autre point noir : l'Inde, le troisième émetteur mondial, enfermé dans sa rhétorique du droit au développement qui divise au sein même du G77 depuis Durban, va-t-il refuser de collaborer ?
A deux mois du début de la Conférence de Paris, la multiplication des INDC est sans aucun doute un signe positif. Mais on voit aussi se dessiner de plus en plus clairement en creux les obstacles et les réfractaires à un accord ambitieux lors de la COP21. Il reste du travail...
Comme vous le savez si vous faites partie de mes lecteurs les plus fidèles, j'ai été jusqu'en décembre 2014 responsable du développement durable chez Action contre la Faim (voir ici). A ce titre, j'ai beaucoup travaillé sur les pratiques environnementales et sociales des associations et j'ai eu l'occasion d'échanger sur ces sujets avec de nombreux responsables d'ONG. Autant vous dire que j'observe les déboires actuels de la Croix Rouge avec beaucoup d'attention, et quelques remarques...
"Violence des échanges en milieu associatif"
D'abord les faits : alertée par un délégué du personnel, l'inspection du travail est allée enquêter au siège de la Croix Rouge Française à Paris. Elle y a dégoté de très nombreuses irrégularités, principalement des journées dépassant la durée maximale autorisée par le code du travail : 3300 pour la seule année 2014. Et l'addition risque d'être salée, entre les amendes et les indemnités, la Croix Rouge devrait débourser 11 millions d'euros alors qu'elle peine déjà à équilibrer son budget... Mais le pire, sans doute, pour l'ONG, c'est que le rapport de l'inspection du travail s'est retrouvé dans la presse qui, à la suite du Parisien, l'a copieusement commenté et continue joyeusement au moment où j'écris. Il est probable que cet épisode laissera des traces sur l'image de l'organisation et diminuera son attractivité auprès des donateurs, des salariés et des bénévoles. C'est malheureux pour la Croix Rouge qui est loin d'être la seule ONG a prendre des libertés avec le droit du travail.
C'est que les travailleurs associatifs sont généralement des gens très engagés qui ont tendance à accepter beaucoup plus qu'ils ne devraient les heures supplémentaires non-payées, les contrats précaires à répétition ou les licenciements abusifs... Le secteur associatif a d'ailleurs connu plusieurs conflits au cours des mois passé : vous avez peut-être entendu parler d'Aides, du WWF, de SoliCités... Derrière ces mouvements collectifs qui ont fait quelques encarts dans la presse, se cachent tous les cas individuels, souvent tabous au sein même des associations. Si on ajoute les problèmes de gouvernances et les questions environnementales, rares sont les organisations qui, même en menant de très belles actions, n'ont pas quelques cadavres dans leurs placards.
La mission sociale n'excuse pas tout, au contraire
Sans surprise, la Croix Rouge s'est retranchée derrière la ligne de défense traditionnelle de l'ONG prise la main dans la sac : "Oui, j'ai fauté. Mais, voyez-vous, je sauve des vies". C'est vrai qu'une partie des mauvaises pratiques peut sans doute s'expliquer par les conditions de travail des associations, dont les interventions humanitaires d'urgence sont un exemple paroxysmique... mais finalement assez rare. Dans de nombreux cas, il s'agit seulement de négligences excusées à bon compte au nom de la mission sociale de l'organisation.
D'ailleurs cette rhétorique touche vite ses limites : ce que l'inspection du travail reproche à la Croix Rouge, c'est une organisation "pathogène", "préjudiciables à la santé physique et mentale" des salariés. Est-ce vraiment des conditions permettant d'aider efficacement qui que ce soit ? C'est un secret de polichinelle que les humanitaires ont un vrai problème de gestion des ressources humaines : épuisement, maladie, burn-out, conduites à risques... écourtent beaucoup trop de carrières, gaspillant les potentiels et les compétences. Dans de nombreuses organisations, le taux de turn-over atteint 60 ou 70% au bout de 3 ans, il dépasse parfois 95% pour les postes de terrain. Comment alors avoir une action efficace ? Comment apprendre à connaître les personnes que l'on aide ? Développer une expertise ? Impossible... Pire, le recrutement et la formation deviennent de véritables gouffres, engloutissant les budgets, le temps et l'énergie de l'organisation.
Assurer des conditions de travail décentes ne nuit pas à la réalisation des missions des ONG. Au contraire, c'est une condition indispensable pour garantir un fonctionnement efficace et des programmes de qualité. Il en va de même pour d'autres sujets tout aussi négligés par les associations comme leurs impacts sur l'environnement.
Vers une responsabilité sociétale des associations
Il s'agit donc de trouver un équilibre entre la volonté louable de consacrer toute son énergie aux missions, désir souvent partagés par les salariés au point de se mettre en danger, et la nécessité de gérer durablement les organisations. Comment faire ? Comme souvent en France, on parle déjà de faire une loi... Mais l'encadrement juridique n'est pas la solution à tous les problèmes : il peut fixer des règles générales mais les conditions d'intervention des ONG nécessitent aussi de la souplesse, les humanitaires notamment doivent être prudents lorsqu'ils projettent leurs standards sur les pays où ils interviennent. Et puis ce serait oublier les très nombreux salariés étrangers des ONG : je doute que le droit du travail centrafricain ou népalais offre des solutions satisfaisantes...
Le respect du droit applicable, en France comme dans les pays hôtes, est évidemment incournable. Le cas de la Croix Rouge montre qu'il reste parfois du travail... Mais ce n'est pas suffisant : je crois qu'il est de la responsabilité des organisations d'assurer la santé et la sécurité de leurs salariés mais aussi de l'ensemble de leurs parties-prenantes : bénévole, prestataires, riverains, bénéficiaires... Bref ce que les entreprises ont pris l'habitude d'appeler leur responsabilité sociétale. Même si c'est difficile à entendre, le secteur marchand est en avance dans ce domaine, il a accumulé de l'expérience et développé des méthodes et des bonnes pratiques dont les associations seraient bien inspirées de se saisir. Ne serait-ce que pour ne pas laisser s'élargir le fossé entre leurs pratiques sociales et environnementales et celles des entreprises.
Plutôt que d'attendre la prochaine crise sous la menace de l'opinion et du législateur, les ONG doivent apprendre à porter un regard critique sur elles-mêmes et accepter de se saisir des expériences existantes pour définir ensemble un cadre de bonnes pratiques adapté à leurs situations particulières. Loin d'être en contradiction avec leurs missions, cela renforcerait leur crédibilité et participerait, au moins par l'exemple, à l'accomplissement de leurs mandats. Espérons que les mésaventures de la Croix Rouge aideront au moins à cette prise de conscience...
[Publié initialement le 16/12/2013, mis à jour le 16/07/2015] Vous vous souvenez du débat entre Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal à la veille du second tour de la présidentielle de 2007 ? Et de ce moment épique où aucun des deux n'a été capable de dire quelle est la part du nucléaire dans la production d'électricité française ?
Cet exemple est vraiment caricatural, mais le scénario se répète : le débat sur l'énergie est tristement marqué par la méconnaissance des faits et qui le réduit souvent à une confrontation idéologique. Pourtant les entreprises du secteur ont fait de gros efforts de transparence et à condition de connaître les adresses et les outils disponibles, vous pouvez tout savoir minute par minute de la production d'électricité en Europe : Combien les parcs éoliens de mer du nord produisent-ils à cet instant précis ? En ce moment la France est-elle importatrice ou exportatrice d'électricité ? Quel est la part des énergies renouvelables dans la production allemande aujourd'hui ? Les réponses sont ici...
En France : RTE Eco2mix
Le service Eco2mix mis en place par le réseau de transport d'électricité offre un aperçu complet et ergonomique de l'état de la production électrique en France : la production instantanée des différentes filières, l'empreinte carbone des kilowattheures produits, les échanges aux frontières... Toutes ces données sont disponibles en direct ou pour n'importe quelle période des 3 mois précédents. Une version par région a même été mise en ligne récemment.
En Allemagne et en Autriche
De nombreuses informations sur la production d'électricité allemande sont disponible sur le portail de l'Institut Fraunhofer, notamment la production quotidienne et le prix spot (merci à Cyril qui m'a indiqué ce site en commentaire !). L'European Energy Exchange, la bourse de l'énergie en Europe centrale, met également à disposition de nombreuses données sur la production d'électricité en Allemagne, en Autriche et dans quelques autres pays.
En Grande Bretagne
Le service britannique brille plus par son exhaustivité que par son ergonomie... Avec un peu de patience il est possible d'y trouver à peu près tout ce que l'on peut souhaiter comme l'évolution de la production par filière, le détail de la production éolienne ou les flux internationaux.
Au Danemark
Energienet, l'équivalent danois du français RTE, propose une carte interactive sur laquelle apparaissent les productions et les flux à la fois d'électricité et de gaz.
Capture d'écran du service proposé par Energienet au Danemark
En Espagne
Le réseau de transport d'électricité espagnol, Red Eléctrica de España, met lui aussi à disposition un suivi de la production des différentes filières en temps réel. Avantage de ce service : il propose un historique remarquablement long puisqu'il est possible de retrouver les informations pour n'importe quel jour jusqu'en 2007 !
En Belgique
Elia propose de nombreuses informations mais le suivi en temps réel n'est disponible que pour l'éolien et le solaire. Pour les autres énergies, il faut se reporter au programme de production à J-1 ou au rapport de production réelle à J+1. Quelques données complémentaires peuvent être trouvé sur le site de l'EEX.
Vous connaissez des services équivalents en Chine, aux États-Unis ou dans d'autres pays ? Vous ne réussissez pas à trouver les informations que vous souhaitez ? N'hésitez pas à réagir en commentaire pour améliorer cet article !
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Suite à mon article de lundi, dans lequel je détaillais les futures émissions de principaux pollueurs de la planète sur la base de leurs INDC. Je vous propose une nouvelle façon de visualiser les résultats.
Cette infrographie représente le classement des 10 plus gros émetteurs de gaz à effet de serre en 1990, 2010 et 2030. Le classement est basé sur les émissions totales de gaz à effet de serre (pas seulement le CO2). Continuer la lecture »
Dans quelques jours, l'Accord de Paris sur le climat sera ouvert à la signature au siège new-yorkais de l'ONU. C'est une première étape vers son entrée en vigueur, et l'occasion se s’interroger sur les effets de cet accord dans les années et les décennies qui viennent.
> Cet entretien est extrait d'une étude sur les implications économiques et technologiques à long-terme de l'Accord de Paris. Vous pouvez télécharger l'étude complète ici.
En se donnant pour objectifs d'atteindre zéro émission nette pendant la seconde moitié du XXIe siècle (article 4 : "parvenir à un équilibre entre les émissions anthropiques par les sources et les absorptions anthropiques par les puits de gaz à effet de serre au cours de la deuxième moitié du siècle"), l'Accord de Paris sous-entend que nous serions capable de retirer des gaz à effet de serre de l'atmosphère et ainsi de compenser les émissions que nous ne parviendrons pas à éliminer. En réalité, si nous commençons à savoir capter le dioxyde de carbone dans les fumées des installations émettrices, nous sommes encore loin de pouvoir l'isoler en grandes quantités dans l'air ambiant où il est 500 fois moins concentré. Alors, la capture atmosphérique du carbone est-elle un mirage ? J'en ai discuté avec Noah Deich, directeur du Center for Carbon Removal à l'université de Berkeley.
En quoi la capture atmosphérique du carbone est-elle importante après l'Accord de Paris ?
La capture du carbone est très précieuse pour atteindre l'objectif de long-terme de l'Accord de Paris. Au rythme actuel, le budget carbone permettant de limiter le réchauffement à 2°C sera épuisé dans 20 ans et le budget associé à 1.5°C sera épuisé dans seulement 6 ans. Même si les INDC proposées avant la COP21 sont toutes respectées, les émissions vont continuer à croitre pendant les prochaines décennies. Comme seule la capture atmosphérique peut compenser un dépassement de notre budget carbone, c'est une assurance vitale au cas où nous ne pourrions pas réduire les émissions assez vite . Une autre raison importante pour développer les solutions de capture atmosphérique du carbone est qu'elles peuvent aider à élargir le soutien aux politiques climatiques, ce qui utile aussi bien pour réduire les émissions que pour capturer le CO2. Une explication complète de l’intérêt de la capture atmosphérique est disponible dans notre rapport Philanthropy Beyond Carbon Neutrality.
La capture atmosphérique est souvent vue comme de la science-fiction, qu'en est-il vraiment ?
La capture du carbone est souvent représentée à tort comme une seule solution ou une seule approche. En réalité, il existe une large variété de solutions écologiques et technologiques capables de retirer du CO2 de l'air, par exemple la restauration des écosystèmes, le biocharbon, la biomasse avec capture et séquestration du CO2 et des procédés chimiques qui isole le CO2 directement dans l'air ambiant. Toutes ces approches nécessitent encore de la recherche et développement avant que nous puissions retirer le dioxyde de carbone de l'atmosphère de façon sure et efficace. D'une manière générale, les techniques écologiques sont plus proches de leur maturité commerciale mais des pilotes et des démonstrateurs existent pour des technologies comme la biomasse + CSC ou la capture directe. Il ne s'agit donc certainement pas de science-fiction.
Aperçu des méthodes de capture atmosphérique du carbone envisagées à l'heure actuelle (cliquer sur l'image pour agrandir)
Quel est le retour d'expérience des projets existants ?
Les premiers projets montrent que les méthodes biologiques nécessitent une comptabilité carbone et des standards d'analyse de cycle de vie rigoureux avant de pouvoir être valorisées. Les solutions technologiques, elles, sont encore chères mais les essais montrent que les coûts pourraient baisser considérablement avec leur déploiement. Nos analyses présentent plus d'informations sur les projets et les différentes solutions. La question clé est l'échelle : Quelles solutions ont le meilleurs potentiel ? Et sous quelles conditions pourront-elles être mises sur le marché ?
Qu'est-ce qui est nécessaire aujourd'hui pour accélérer le développement de la capture atmosphérique ?
De la recherche et développement et des démonstrateurs pour faire baisser les coûts et améliorer la comptabilisation du carbone, ainsi que des politiques, des réglementations et des marchés qui créent une demande pour la capture atmosphérique. Il faut encore de la R&D pour un grand nombre de solution et il est trop tôt pour dire qui seront les gagnants et les perdants.
A votre avis, quand la capture atmosphérique pourrait-elle commencer à jouer un rôle significatif dans la lutte contre le changement climatique ? Et à quel prix ?
D'ici une décennie, la capture atmosphérique pourrait jouer un rôle majeur dans les efforts d'atténuation. Je m'attend à ce que les premiers développement portent sur les solutions agricoles et écosystémiques qui s'appuient sur la photosynthèse pour séquestrer le carbone dans les plantes et les sols. Les systèmes technologiques, comme la biomasse + CSC ou la capture directe, pourraient être disponibles à l'échelle commerciale peu après. La vitesse à laquelle ces solutions seront commercialisées dépend des investissement qui seront réalisés par les gouvernements et le secteur privé. A long-terme, les coûts seront vraisemblablement entre 10 et 100$ par tonne équivalent CO2. Mais il est difficile de dire combien cela va couter de développer ces techniques jusqu'au moment où elle deviendront rentables.
Fin février, la ministre de l'environnement, Ségolène Royal s'est dites prête à prolonger de 10 ans la durée de vie des centrales nucléaires françaises. Celles-ci conçues à l'origine pour durer 30 ans et déjà prolongées de 10 ans dans les années 2000 pourraient donc fonctionner jusqu'à leur cinquantième anniversaire. Quelques jours auparavant, Jean Bernard Levy, le PDG d'EDF, était allé plus loin en évoquant même un prolongement jusqu'à 60 ans. Comme on pouvait s'y attendre, cette annonce a été suivie d'un débat sur lequel je ne reviens pas, j'en ai déjà dit l'essentiel ailleurs.
Maintenant que la poussière commence à retomber, si nous en profitions pour prendre un peu de recul ?
Le sujet ce n'est pas le nucléaire, c'est l'avenir de l'électricité française
La discussion sur l'allongement de la durée de vie des centrales est souvent confondue avec un débat pour ou contre le nucléaire. C'est une erreur : on peut très bien vouloir fermer les anciens réacteurs pour en ouvrir de nouveaux, ou bien défendre simultanément la prolongation des centrales nucléaires et le rééquilibrage du mix électrique français - c'est du moins la position du gouvernement. Cette confusion conduit aux empoignades habituelles dès que l'on parle de nucléaire et occulte le vrai problème : le système électrique français est en fin de cycle et personne ne semble se préoccuper de ce qui viendra après.
En 1974, avec le plan Messmer, la France s'est lancée résolument dans l'énergie nucléaire. Dans les années 80, des dizaines de réacteurs ont été raccordés au réseau : le nucléaire, qui représentait un quart de notre mix électrique en 1980, a bondi jusqu'à 75% en moins d'une décennie. S'équiper aussi vite comportait un écueil qui aurait pu être prévu dès cette époque : les centrales nucléaire françaises vont toutes arriver en fin de vie simultanément. C'est exactement là que nous en sommes : sans prolongation, 34 réacteurs sur 58 devront avoir fermé en 2025, soit plus de la moitié de la puissance installée... Nous nous trouvons face à un véritable mur !
Que peut-on faire ? Quelques calculs de coin de table...
Prolonger la durée de vie des centrales ne ferait évidemment que reculer l'échéance mais peut-on l'éviter ? "Impossible n'est pas français" alors on va essayer de se passer de ce mot, même si ça demandera quelques efforts...
D'abord j'en entend, au fond, qui disent qu'on peut très bien remplacer le nucléaire par des renouvelables et que, la preuve, c'est que les allemands sont en train de le faire. C'est vrai pour l'Allemagne mais en France nous ne sommes pas sur les mêmes ordres de grandeurs. Pour vous en convaincre comparons la "sortie du nucléaire" allemande à l’arrêt des centrales françaises après 40 ans :
La transition énergétique allemande consiste à retirer 21.5GW de nucléaire entre 2000 et 2022 dont moins d'un gigawatt pendant les 10 première années. Si nous prenions aujourd'hui la décision de ne pas prolonger nos centrales nucléaires, nous devrions retirer 57.1GW en 22 ans dont 31.6 pendant les 10 premières années. Il faudrait donc faire, entre 2016 et 2038, plus du double de ce que les allemands sont en train de faire entre 2000 et 2022, et surtout il faudrait démarrer trente fois plus vite qu'eux...
A ce stade, j'ai déjà très envie d'écrire "impossible". Mais continuons...
Réfléchissons sur les 10 prochaines années. Pour commencer, admettons que nous parvenions à diminuer de 10% notre consommation d'électricité pendant cette période (alors qu'elle a stagné pendant la décennie précédente), nous économiserions environ 50TWh. Imaginons de plus que nous réduisions à zéro nos exportations d'électricité, soit une économie de 60TWh supplémentaires. Ces 110TWh représentent à peu près la production de 15GW de centrales nucléaires (avec un facteur de charge de 80%). Il nous resterait donc encore 15GW de nouvelles capacités à construire avant 2025, cela peut représenter au choix :
Une dizaine d'EPR,
Deux ou trois nouvelles grosses centrales à gaz ou à charbon par an (25 tranches de 600MW),
Une multiplication par 5 en 10 ans du parc éolien français (soit l'installation de 24000 éoliennes terrestres de 2MW avec une facteur de charge de 25% en négligeant les questions d'intermittence).
L'option EPR peut être écartée d'emblée : vu l'expérience de Flamanville, jamais nous ne parviendrons à faire sortir de terre un réacteur par an entre aujourd'hui et 2025. Les deux autres (ou plus vraisemblablement un mix des deux : gaz/renouvelables) ne sont pas totalement irréalistes techniquement mais représenteraient un des projets les plus ambitieux jamais conduit en France.
La question n'est plus "Allons-nous prolonger nos centrales nucléaires ?"
La perspective peut sembler enthousiasmante mais elle ne serait pas indolore pour le contribuable et l'abonné. Et de toute façon, aucune des conditions qui nous permettraient d'aborder sereinement une telle transformation ne sont réunies :
Du coté des conditions politiques : une transition énergétique demande une forte impulsion. De plus comme une transition énergétique dure des décennies et se déroule généralement sur plusieurs alternances, s'il n'y a pas de consensus au sein de la population et entre les principales formations politiques, il est impossible de la mener à bien.
Conditions économiques : renouveler un mix électrique coûte cher, pour y parvenir il faut disposer d'excédents ou être en mesure de s'endetter. Ni l’État ni les grands acteurs de l'énergie en France ne semblent en mesure de financer un tel projet. Au contraire, EDF compte sur une prolongation comptable (la capacité d'amortir ses centrales sur un temps plus long) pour se renflouer.
Conditions technologiques : quelle que soit l'orientation choisie, la France n'a plus de savoir-faire : Areva (paix à son âme) et EDF sont incapables de terminer un réacteur, l'activité centrale électrique d'Alstom a été vendue à l'étranger et malgré quelques belles entreprises intermédiaires c'est le vide qui domine du coté des nouvelles énergies.
C'est pour ces raisons que les centrales nucléaires vont probablement être prolongées de 10 ans : pas parce qu'il n'y a pas d'alternative ou parce que le nucléaire est la meilleure solution mais parce que 20 ans d'imprévoyance de nos responsables économiques et politiques ont rendu la prolongation du nucléaire inévitable. La situation dans laquelle nous nous trouvons actuellement était prévisible. Pour y faire face, y compris pour renouveler le parc nucléaire français si cela avait été l'option retenue, il aurait fallu des décisions d'investissement dans les années 2000, au moment où nos voisins européens se mettaient en mouvement et où la durée de vie des centrales était prolongée de 30 à 40 ans...
... Mais "Comment éviter que ça se reproduise dans 10 ans ?"
Ce qui importe maintenant c'est d'éviter de se retrouver dans la même situation en 2025 avec des centrales qui approchent de 50 ans et aucun autre plan que de les prolonger jusqu'à 60. Ce petit jeu ne peut pas durer éternellement... C'est le bon moment : le feuilleton de Fessenheim va sans doute faire de l'énergie un thème des campagne présidentielles et législatives en 2017, le vainqueur aura la légitimité nécessaire pour lancer de grands chantiers et si, comme c'est très probable, les réacteurs français sont prolongés jusqu'à 50 ans, il aura 10 ans devant lui pour le mener à bien. Reste à savoir s'il se trouvera dans la classe politique françaises des personnes à la hauteur du défi.
Publié le 7 mars 2016 par Thibault Laconde Illustration : By Florival fr (Own work) [CC BY-SA 3.0 or GFDL], via Wikimedia Commons
En ce début d'année 2016, nous sommes témoin d'un phénomène curieux : il semble désormais y avoir une corrélation positive entre les indices boursiers et les cours du pétrole. En d'autres termes, lorsque le baril de brut baisse, les bourses mondiales dévissent. Lorsque le prix du pétrole remonte, les marchés financiers le suivent à la hausse...
Ce phénomène n'est pas seulement nouveau, il est à l'opposé de ce que le bon sens et la doxa économique tenaient pour une évidence il y a encore quelques semaines...
Pourquoi le prix du pétrole devrait avoir un effet positif sur l'économie
En principe, une baisse des cours du pétrole est sensé dynamiser l'économie des pays importateurs. A l'inverse une hausse peut, comme ce fut le cas lors des deux chocs pétroliers et en 2008, les précipiter dans la crise.
En effet, le cours du pétrole donne la direction du prix de l'énergie : il détermine très largement le prix du gaz et dans une moindre mesure celui du charbon. Ces trois ressources fossiles représentent, rappelons-le, plus de 90% de la consommation mondiale d'énergie primaire. Or une baisse du prix de l'énergie stimule à la fois la consommation et l'activité :
Coté consommateur : la réduction de la facture énergétique fait augmenter le pouvoir d'achat et permet des dépenses qui, dans les pays importateurs au moins, auront un effet multiplicateur plus élevé,
Coté producteur : une énergie bon marché, ce sont des coûts de production qui baissent. L'énergie peut aussi se substituer partiellement à d'autres facteurs de production, notamment le travail, ce qui peut permettre d'augmenter la production.
Pourquoi les bourses mondiales baissent-elles avec le pétrole dans ce cas ? Une seule explication possible : même si ces mécanismes continuent à exister, elles anticipent qu'un prix durablement bas de l'énergie aura des conséquences négatives suffisamment importantes pour les contrebalancer. Comme ce phénomène n'a jamais été observé auparavant, ces conséquences négatives sont à rechercher dans la conjoncture actuelle. Elles sont, à mon avis de deux ordres.
Les hydrocarbures non-conventionnels seront-ils les subprimes de 2016 ?
Il va de soi que si elle est positive pour les consommateurs, la baisse du prix du pétrole est négative pour les producteurs. De nombreux pays exportateurs d'hydrocarbure font déjà face à d'importants problèmes économiques. Ce n'est pourtant pas un jeu à somme nulle : dans le passé, les gains pour les pays consommateurs ont dépassé les pertes subies ailleurs, de telle sorte que le pétrole bon marché a profité à l'économie mondiale dans son ensemble. Est-ce que cela aurait changé ?
D'ordinaire, c'étaient des économies périphériques (Venezuela, Moyen-Orient, Angola, Nigeria...) et/ou relativement fermées (URSS dans les années 80) qui subissaient le contrecoup de la baisse du pétrole. Aujourd'hui la première économie mondiale est aussi exposée, ce qui change radicalement la donne. En l'espace de quelques années, les États-Unis sont redevenus le premier producteur mondial d'hydrocarbures - place qu'ils tenaient jusqu'au début des années 70 mais à l'époque les prix étaient réglementés. Cet essor est basé sur des investissements importants dans l'extraction des gaz et pétrole non-conventionnels, une filière particulièrement onéreuse qui désigne les producteurs américains comme grands perdants de la baisse actuelle.
On peut même aller au-delà avec une question qui taraude sans doute les investisseurs : si les producteurs d'hydrocarbures s'enfoncent dans la crise, une contamination est-elle possible au reste de l'économie américaine ? Et en particulier au secteur financier ? Le scénario catastrophe serait une répétition du credit crunch de 2008 avec l'oil & gas dans le rôle des subprimes :
Une vague de faillite dans les hydrocarbures non-conventionnels,
Les institutions financières qui sont engagées dans ce secteur commencent à prendre peur,
On ne sait pas exactement qui est exposé et qui ne l'est pas donc plus personne n'ose prêter de l'argent,
Faute de liquidité, le système financier cesse de fonctionner ce qui fait caler le reste de l'économie.
Un tel scénario est-il réaliste ? Reprenons point par point :
Une vague de faillite : probable. Le coût de production des hydrocarbures non-conventionnels américains est autour de 15$ le baril et comme ceux-ci se négocient généralement en dessous du cours de référence (le West Texas Intermediate), il est probable que beaucoup de producteurs ne parviennent déjà plus à rentrer dans leurs frais. Selon Moody's, le risque de défaut aux États-Unis est au plus haut depuis 2010 et c'est presque entièrement à cause des pétroliers et gaziers.
Des institutions financières qui prennent peur : c'est en tous cas ce que suggère la fébrilité des marchés.
Un système opaque qui provoque une défiance mutuelle : ici, la réponse est moins évidente. La situation n'est peut-être pas aussi catastrophique qu'en 2008 où, par la grâce de la titrisation, des institutions qui n'avaient jamais fait de prêt hypothécaire se retrouvaient avec des actifs toxiques plein leurs placards, mais des incertitudes existent notamment parce que le secteur oil & gas américain est très financiarisé. Aux pertes potentielles liés aux prêts (qui se chiffrent déjà en centaines de milliards) s'ajoutent peut-être d'autres risques plus opaques.
En bref, le parallèle entre la situation actuelle et celle qui a précédé l'éclatement de la bulle immobilière en 2008 n'est pas parfait mais il vient assez spontanément à l'esprit... et cela peut suffire dans une industrie où l'opinion moyenne compte plus que son propre jugement.
Risque de déflation en Europe
La baisse du prix du pétrole pourrait aussi avoir un effet moins spectaculaire mais tout aussi dévastateur en faisant basculer l'Europe dans la déflation.
Pour comprendre de quoi il s'agit remontons un peu en arrière. Une baisse du prix de l'énergie entraîne une baisse des prix à la consommation, ce qui a priori stimule la croissance : les consommateurs gagnent du pouvoir d'achat, les entreprises vendent plus et l'activité augmente. Mais ce n'est pas toujours le cas. Si la baisse des prix devient générale et durable, c'est-à-dire si on rentre en déflation, les consommateurs seront incités à retarder leurs achats (puisqu'ils ont compris désormais que la télé qu'ils veulent dans leur salon coûtera moins cher dans quelques mois), les investisseurs et les employeurs à leur tour deviendront attentistes et l'économie entrera dans une stagnation qui peut s'éterniser. C'est ce mécanisme qui est à l'origine de la "décennie perdue" au Japon, et un quart de siècle après le pays n'en est pas encore sorti...
Or l'Europe est depuis plusieurs années déjà sur le fil du rasoir avec une inflation très faible voire ponctuellement négative. A l'échelle nationale : en 2014, 5 pays européens étaient en déflation. En 2015, ils étaient 12, beaucoup n'y échappant que de l'épaisseur du trait : la France, l'Allemagne et l'Italie ont eu l'année dernière un taux d'inflation de... 0.1%.
Inflation annuelle dans la Zone Euro (source : Eurostat)
Ajoutons que l'Europe est complètement désarmée pour lutter contre une déflation. En effet, il existe deux outils pour cela qui seraient tous les deux inopérants dans la situation actuelle :
La méthode la plus conventionnelle consiste à baisser les taux d’intérêt : garder de l'argent sur son compte en banque devient alors moins intéressant et les consommateurs sont de nouveau incités à dépenser. Problème : comment faire lorsque le taux directeur de la Banque Centrale Européenne est déjà de 0.05% ?
La seconde méthode est tout simplement d'imprimer des billets et de les déverser sur l'économie, ce qui doit faire diminuer la valeur de la monnaie et donc augmenter les prix. Toutes les grandes économies ont eu recours à un avatar de cette méthode - le quantitative easing - depuis la crise de 2008, la BCE a d'ailleurs accéléré il y a un an. Mais elle ne fonctionne pas en déflation : s'ils anticipent une baisse des prix, les agents économiques vont thésauriser l'argent qu'ont leur donne au lieu de le dépenser. Vous pouvez donc créer autant de monnaie que vous voulez, cela n'aura aucun effet parce qu'elle n'arrivera pas jusqu'à l'économie réelle, c'est ce qu'on appelle un "piège à liquidité".
Si la baisse des prix de l'énergie se poursuit, elle pourrait bien faire basculer l'Europe dans la déflation. On peut comprendre qu'une stagnation durable de la première zone économique de la planète ne soit pas une perspective très réjouissante pour les marchés.
Prendre le bus, couper l'eau quand vous vous brossez les dents et éteindre la lumière en sortant. Fin de l'affaire ? Si vous cherchez quelques idées un peu plus originales pour faire de 2015 une année verte, voici ce que j'ai en boutique...
Bonne résolution verte n°0 :
Et si vous commenciez par respecter vos (autres) résolutions ?
Arrêter de fumer, moins boire, manger plus sainement... rien à voir avec l'environnement ? Détrompez-vous : ce qui est mauvais pour vous est rarement bon pour la planète (et vice-versa).
La culture du tabac est responsable de la déforestation de 200.000 hectares par an et fait concurrence à l'agriculture vivrière : les surfaces utilisées pour produire du tabac pourraient nourrir 10 à 20 millions de personnes. Le tabac est ailleurs une plante fragile, nécessitant de nombreux traitements chimiques.
La fabrication d'alcool a elle-aussi besoin de grandes surfaces pour des cultures souvent très friandes en eau. Et la récolte finira en grande partie sous forme de déchet : pour 1 litre de tequila, par exemple, 5kg de déchets solides et 7 à 10 litres d'eau contaminée sortent également de la distillerie. A cela s'ajoute l'empreinte carbone liée au transport et à la réfrigération.
Faut-il revenir sur le cas de la malbouffe ? Selon l'ADEME, les produits alimentaires sont la troisième source de gaz à effet de serre en France, pratiquement à égalité avec le transport. Cuisiner vous-même des produits locaux et de saison est bon à la fois pour vous, votre famille et votre environnement...
"Ma bonne résolution verte pour 2015 : prendre soin de moi, et de la planète."
Bonne résolution verte n°1 :
Passer du café au thé
Restons un instant sur l'alimentation : vous êtes plutôt thé ou café ? Derrière ce choix anodin se cachent des montagnes d'eau : il faut 21.000 litres d'eau en moyenne pour produire un kilo de café contre "seulement" 9.200 pour un kilo de thé. En remplaçant ses 5kg de café annuel par 5kg de thé, le français moyen économiserait donc 60.000 litres d'eau par an. C'est l'équivalent d'un bain par jour ! Alors... Chiche que vous remplacez votre café de 14h par une tasse de thé ?
"Ma bonne résolution verte pour 2015 : remplacer mon café par un thé !"
Bonne résolution verte n°2 :
Taper l'adresse web de vos sites préférés dans la barre d'adresse
Alors d'accord, comme ça, ça peut avoir l'air un peu bête. Mais combien sommes-nous à passer par un moteur de recherche pour aller sur des sites dont nous connaissons parfaitement l'adresse web comme facebook.com, lemonde.fr ou autres du même genre. Ce petit détour n'est pas neutre : selon une étude fameuse (et vigoureusement contestée par le premier intéressé), faire deux recherches sur Google consomme autant d'énergie que de chauffer une bouilloire d'eau. Et si vous n'y arrivez vraiment pas, vous pouvez toujours faire d'Ecosia votre moteur de recherche par défaut : cette entreprise allemande compense l'empreinte carbone de vos recherches et verse 80% de ses bénéfices à des projets de reforestation.
"Ma bonne résolution verte pour 2015 : mieux utiliser les moteurs de recherche."
Bonne résolution verte n° 3 :
Participer à la mobilisation avant la conférence de Paris
En décembre 2015, Paris accueillera la 21e conférence internationale sur la climat (alias COP21). Cette conférence doit trouver un nouveau système pour limiter les émissions de gaz à effet de serre après l'expiration du protocole de Kyoto. Et même si nous sommes tout au plus à quelques années d'une catastrophe irréversibles, c'est peu dire qu'elle n'est pas très bien engagée. Il reste quelques mois pour faire pressions sur les décideurs politiques, et même pour les plus paresseux c'est l'occasion ou jamais de s'engager : tout se passe a coté de chez vous ! Vous pouvez bien sur choisir une organisation de protection de l'environnement ou une organisation humanitaire (qui font déjà face aux conséquences du changement climatique) mais vous aurez aussi l'embarras du choix parmi les initiatives et de manifestations ponctuelles : l'Armada pour le climat, "The place to be", la "climate week" du WWF en mars, "My cop in Paris" pour les étudiants, "One earth, one tree", "Black market for usefull knowledge" en octobre... Les occasions de vous informer et de vous impliquer ne vont pas manquer dans les prochains mois !
"Ma bonne résolution verte pour 2015 : m'engager pour le climat avant la COP21 à Paris !"
Bonne résolution verte n°4 :
Suivre un cours en ligne sur le développement durable
C'est l'une révolution de ces dernières années : grâce aux MOOC, les cours en ligne ouverts et massifs, vous pouvez suivre gratuitement des formations dispensées par les meilleures universités du monde. Pourquoi ne pas en profiter pour vous mettre à jours sur les problématiques environnementales et approfondir en interagissant avec des étudiants des quatre coins du monde ? Ce n'est pas le choix qui manque en ce début d'année :
Sur la plateforme francophone France Université Numérique le cours de l’École Centrale sur le développement durable redémarre une session en février.
Également en français, le cours de l'Université de Louvain : Ressources naturelles et développement durable en février.
Et pour les anglophones, il y a l'embarras du choix : Politics and Economics of international energy de Science-Po (début le 19 janvier), Forests and Livelihoods in Developing Countries de l’UBC (dès le 6 janvier), Introduction to Environmental Science de l'Université de Dartmouth (à partir du 3 février), The Age of sustainable development de l'Université de Columbia (à votre rythme : vous pouvez démarrer le 1er au matin si vous êtes motivé !), Greening the Economy: Lessons from Scandinavia (à partir du 19 janvier) et beaucoup d'autres...
"Ma bonne résolution verte pour 2015 : suivre un cours en ligne sur le développement durable."
Bonne résolution verte n°5 :
Et si vous vous y mettiez aussi à votre travail ?
La création de politiques de développement durable dans les entreprises est une très bonne chose, mais elle a parfois fait oublier que rien n'est possible sans l'ensemble des salariés. Au-delà des génériques "mettre votre ordinateur en veille", "éteignez la lumières dans les toilettes".... il y a sûrement des choses à faire dans votre domaine professionnel pour le rendre un peu plus écologique, et personne ne peut le savoir mieux que vous dont c'est le métier. Prenez deux minutes pour y réfléchir. Et parlez en à vos collègues ou à votre responsable développement durable si votre entreprise en a un : je peux vous garantir qu'au moins vous lui ferait plaisir...
"Ma bonne résolution verte pour 2015 : m'y mettre aussi au travail !"
Bonne résolution verte n°6 :
Mettez-vous au défi !
Même avec beaucoup de bonne volonté, rien n'est plus difficile à changer qu'une habitude. Une bonne stratégie : évitez les grands mots ("plus jamais", "toujours", etc.) et mettez vous au défi pour un temps limité. est de se mettre au défi pour un temps limité. Ne dites pas que vous n'utiliserez plus jamais que les transports en commun mais essayer de vous passer une semaine de votre voiture. Peut-être que vous vous apercevrez que c'est plus facile que prévu... et si ce n'est pas le cas vous aurez au moins essayé !
"Ma bonne résolution verte pour 2015 : je me met au défi !"
Si vous voulez un peu d'inspiration, je vous propose 15 défis. Pourrez vous les relever cette année ?
Vous en voulez encore ? Jetez un coup d'œil à mes propositions de bonnes résolutions écologiques pour l'année dernière. Vous pouvez également partager vos idées en commentaire, je les ajouterai à l'article !
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