Showing posts with label Attendez. Show all posts
Showing posts with label Attendez. Show all posts

Saturday, March 19, 2016

Attendez vous à en entendre parler la faillite de Peabody Energy et lavenir du charbon

0 comments

"Ses mineurs,
ses actionnaires,
le Wyoming, l'Illinois et le Queensland,
le lobby du charbon
et tous ses amis

ont la douleur de vous faire part du décès de

Peabody Energy

Survenu le 14 avril 2016
au terme d'une longue maladie.

Ni fleurs, ni couronnes."


La chute d'un symbole


Le 15 mars, Peabody Energy n'a pas pu trouver les 71 millions de dollars d’intérêts qu'il devait verser à ses créanciers. Le charbonnier américain dispose maintenant d'un délai de grâce de 30 jours pour honorer ses engagements après quoi il sera officiellement en défaut de paiement.
Sauf coup de théâtre l'entreprise devrait donc se déclarer en banqueroute avant mi-avril et réclamer la protection de la loi américaine sur les faillites.

Ce serait l'aboutissement d'une longue descente aux enfers : il y a 5 ans, les actions de Peabody s'échangeait à plus de 1000$, début 2013 elles valaient encore 300$, 100$ en 2015... et autour de 2.5$ aujourd'hui.
L'entreprise croule sous les dettes : près de 6 milliards de dollars, plus de 100 fois sa valeur en bourse... Et elle a encore perdu 2 milliards l'année dernière.

Peabody Energy, le premier producteur de charbon aux Etats-Unis, est au bord du défaut de paiement et de la failliteCette chute est d'autant plus remarquable que Peabody Energy n'est pas n'importe quel charbonnier. Créée en 1883, c'est, ou c'était, le plus grand producteur de charbon privé de la planète et le leader du secteur aux États-Unis.

Peabody est aussi un des pilier du lobby pro-charbon (et par extension anti-climat) à Washington. Malgré ses difficultés, l'entreprise a encore dépensé plus de 2 millions de dollars l'année dernière pour influencer ou soutenir des dizaines d'initiatives parlementaires. Ses lobbyistes ont été omniprésents sur tous les sujets en lien avec le climat, la pollution de l'air ou le "charbon propre".
En 2014, Peabody s'était même lancé dans une campagne mondiale en faveur du charbon sous le nom d'Advanced energy for life.


Le charbon est-il en train de rejoindre les livres d'histoire ?


Les ennuis de Peabody Energy sont loin d'être isolés : 49 charbonniers américains ont fait faillite depuis de 2012. Le dernier en date, Arch Coal, qui s'est déclaré en banqueroute début janvier était le n°2 du secteur aux États-Unis après Peabody.
En Chine, qui est de loin le premier producteur et le premier consommateur, la production de charbon thermique (celui qui est utilisé pour produire de l'énergie contrairement au charbon métallurgique) s'est effondré de 6% depuis le début de l'année. Une restructuration à haut risque s'annonce avec la fermeture de 1000 mines en 2016 et le licenciement de centaines de milliers de mineurs.
En Inde, troisième consommateur après la Chine et les États-Unis, des mines sont contraintes de se mettre à l'arrêt faute de pouvoir écouler leurs stocks. L'équivalent d'un sixième de la production annuelle attend déjà sur le carreau des mines ou dans les centrales.
Même chez nos voisins allemands où la consommation de charbon reste élevée, les opérateurs de mines et de centrales, notamment Eon et RWE, sont à peine en meilleure forme que leurs confrères américains. Les dernières mines de houilles vont d'ailleurs être fermées dans les 2 années qui viennent et une "sortie du charbon" s'ébauche.

Alors est-ce la fin du charbon ? Probablement pas : malgré la crise qu'il traverse, nous ne sommes pas prêt à nous en passer.

Même si on en entend rarement parler, le charbon représente encore un quart de l'énergie consommée sur la planète et surtout il reste d'assez loin la première source d'électricité : 39% contre 22% pour le gaz.
De plus, la plupart des centrales à charbon sont récentes : la moitié environ ont moins de 20 ans alors que leur durée de vie est dépasse 40 ans. Il est donc peu probable que le charbon recule significativement avant au moins deux décennies.

Age des centrales thermiques à charbon dans le monde : la moitié de la capacité à moins de 20 ans
Age des centrales à charbon dans le monde (source : AIE, 2012)

 Le chapitre final de l'histoire du charbon reste encore largement à écrire, une seule certitude : il ne ressemblera pas à l'avenir mirifique que les publicistes de Peabody imaginaient il y a encore quelques mois...


Publié le 21 mars 2016 par Thibault Laconde


Vous avez aimé cet article ? N'en ratez aucun en vous inscrivant à la newsletter mensuelle.



Saturday, December 26, 2015

Attendez vous à en entendre parler coupures délectricité en Californie cet été

0 comments

Vous vous en souvenez peut-être, la Californie a connu une grave crise énergétique pendant l'hiver 2000-2001. Comme pour tous les films catastrophes à succès du siècle dernier, une suite est en préparation... Bientôt dans vos salles (forcément) obscures : California Energy Crisis 2 : Black-Out Los Angeles.


A l'origine : la fuite de gaz de Porter Ranch


La crise électrique californienne version 2016 commence par une (très grosse) fuite sur un (très gros) réservoir de gaz naturel.
En octobre dernier, les employés de la SoCalGas s'aperçoivent que le site de stockage d'Aliso Canyon, à proximité de Porter Ranch dans le nord de Los Angeles laisse échapper du gaz. Et pas qu'un peu : environ de 1000 tonnes par jour. Il faudra 4 mois de tentatives infructueuses, pour qu'enfin, en février, la fuite soit péniblement colmatée. Entretemps, on estime que 97100 tonnes de méthane et 7300 tonnes d'éthane ont été rejetés dans l'atmosphère.
Le coût de la catastrophe - qui a entrainé le déplacement de 2000 familles - est estimé à 665 millions de dollars. Le méthane est par ailleurs un puissant gaz à effet de serre : cette fuite a eu un impact climatique comparable aux émissions annuelles de 200.000 américains.
La fuite de Porter Ranch est une désastre environnemental. Même si elle est beaucoup moins spectaculaire, elle est souvent comparée au naufrage de Deepwater Horizon en 2010 et à la marée noire qui avait suivi.

L'épisode a évidement entrainé l’arrêt des injections de gaz dans le réservoir et sa vidange progressive. Aujourd'hui il ne contient plus qu'une dizaine de milliards de pieds cubes sur une capacité de 86 (soit à peu près l'équivalent de 3 millions de barils de pétrole sur une capacité de 15). Pour que du gaz soit à nouveau injecté dans le réservoir, il faut attendre que ses 114 puits aient été vérifiés. Personne ne sait exactement combien de temps cela va prendre.


14 jours de coupures d'électricité prévus dans la région de Los Angeles


Après la fuite de gaz de Porter Ranch, la Californie pourrait se retrouver sans électricitéProblème : En temps normal le réservoir d'Aliso Canyon est le point de passage du gaz destiné au chauffage et à la cuisine de 11 millions de clients, ainsi qu'à 16 centrales électriques... Et c'est surtout là que le bât blesse : la Californie est très dépendante du gaz. A lui seul, il assure à peu près la moitié de la production d'électricité de l’état.
Ces centrales peuvent parfaitement fonctionner sans ce réservoir, à condition de gérer le gaz en flux tendu. En l'absence de stockage, si la demande d'électricité, donc de gaz, est plus importante que prévue, la pression baisse entrainant l’arrêt des livraisons. Dans ce cas, les centrales à gaz doivent être arrêtées et il devient nécessaire de délester pour maintenir l'équilibre du réseau électrique.
Le réservoir est donc particulièrement utile pour encaisser les variations de consommation pendant les périodes de forte demande - principalement en hiver, pour le chauffage, et en été, lorsque les climatiseurs tournent à plein régime.

Les agences publiques concernées ont étudié l'effet de la fermeture du réservoir d'Aliso Canyon sur la fourniture d'électricité. Leurs conclusions ont été publiées en avril : il ne sera pas possible d'éviter des coupures. En l'absence de mesure d'économie d'énergie, la durée des pannes d'électricité pourrait atteindre 14 jours.
Cette évaluation est jugée optimiste par certains experts. Ceux-ci pointent notamment le risque de défauts en cascade sur un système électrique surchargé, auquel cas les coupures pourraient durer et s'étendre au reste de la Californie. Le record de 2001, où l'électricité avait été coupée pendant un total de 13 jours, risque donc bien d'être battu.

Les délestages à cette échelle sont excessivement rares dans les pays industrialisés et des images de Hollywood dans le noir ne peuvent que marquer les esprits... A quelques mois des élections présidentielles américaines, il est aussi probable que les coupures californiennes mettront l'énergie et le climat au cœur de la campagne.

Cet article fait partie de la série "Attendez-vous à en entendre parler", dans laquelle je vous explique des événements importants dans le domaine de l'énergie et du climat avant qu'ils surviennent*. Pour voir les articles précédents : cliquez ici. 
* Les prévisions, pronostics et prophéties ne sont ni repris ni échangés. Aucune réclamation ne sera acceptée en cas de non-réalisation.


Publié le 30 mai 2016 par Thibault Laconde


Vous avez aimé cet article ? N'en ratez aucun en vous inscrivant à la newsletter mensuelle.



Sunday, April 14, 2013

Attendez vous à en entendre parler louverture du capital dAramco

0 comments

Il y a un peu moins d'un mois, le prince Mohammed ben Salmane annonçait que l'Arabie Saoudite envisage de privatiser Saudi Aramco, la compagnie pétrolière du royaume.
Cette nouvelle est passée relativement inaperçue en dehors de quelques cercles spécialisés, et pourtant...

Les géants du pétrole ne sont pas ceux que vous croyez


Vous n'êtes peut-être pas familier avec ce nom : pour le grand public, le pétrole évoque des entreprises comme Exxon, Total, BP ou Shell... Mais malgré leur poids économique (Total est la première capitalisation du CAC40, Exxon a un chiffre d'affaire équivalent au PIB de la Colombie...), les majors occidentales sont loin de dominer le marché des hydrocarbures : elles font pratiquement figure de PME familiale comparées aux compagnies pétrolières nationales. Crées pour la plupart dans les années 70, ces entreprises publiques sont parvenues à repousser les grands pétroliers des pays développés vers des gisements marginaux et généralement peu rentables. Aujourd'hui, les CPN contrôlent les 3/4 de la production mondiale de pétrole et 90% des réserves, les ordres de grandeurs sont les mêmes pour le gaz.
Leurs noms ? NIOC en Iran, Qatar Petroleum, PDVSA au Venezuela, Sonatrach en Algérie, Rosneft en Russie...Et, bien sur, Saudi Aramco, la plus grande de toutes.

La gestion d'Aramco est opaque mais ce qu'on en sait défie les superlatifs : à elle seule elle produit un huitième du pétrole mondial (2.5 fois plus qu'Exxon) et possèderait 15% des réserves (10 fois plus qu'Exxon).
Aramco n'est pas cotée, impossible donc de lui donner une valeur mais ceux qui s'y risquent tablent en général sur plusieurs milliers de milliards de dollars, soit une demi-douzaine de Google ou d'Apple.
Privatisation du capital de la CPN saoudienne Aramco, quelles conséquences ?

De quoi Saudi Aramco est-il le nom ?


L'histoire d'Aramco épouse l'histoire du pétrole. C'est d'abord celle de pétroliers américains exclus de Mésopotamie par le Traité de San Remo et qui s'en vont prospecter plus loin. En 1933, une des compagnies issues du démantèlement de l'empire de Rockefeller, la Standard Oil of California obtient une concession en Arabie Saoudite. Pour l'exploiter, elle crée une filiale qui prendra dix ans plus tard le nom d'Arabian-American Oil company, ou Aramco. En 1938, après cinq années de prospection infructueuse, le pétrole jaillit finalement à Dhahran.

Le 14 février 1945, le roi Ibn Saoud rencontre Roosevelt à bord du croiseur Quincy. Le président américain garantie la sécurité de la dynastie saoudienne qui s'engage en échange à approvisionner les États-Unis en énergie. Aramco hérite au passage d'un monopole de 60 ans sur les hydrocarbures saoudiens.
L'entreprise devient le carrefour des majors américaines : en plus de la Standard Oil of California (futur Chevron), Texaco a pris une participation dès 1936, suivie en 1948 de la Standard Oil of New Jersey (qui deviendra Exxon) et de Socony Vacuum (Mobil).

Mais les rapports de force commencent déjà à changer : en 1950, les Saouds menacent de nationaliser Aramco, le projet est abandonné contre une augmentation de leurs royalties et le transfert du siège de la compagnie de New York à Dharhan.
En 1973, le gouvernement saoudien repart à l'assaut en achetant progressivement des parts d'Aramco. La prise de contrôle est achevée en 1980, Aramco qui était encore immatriculée dans le Delaware devient une entreprise 100% publique de droit saoudien.
Cette nationalisation diffèrent de celles qui avaient lieu au même moment dans d'autres pays de l'OPEP. Aramco passe sous pavillon saoudien mais conserve sa culture d'entreprise : la langue de travail y est toujours l'anglais, les postes clés restent ouverts aux étrangers, un certain libéralisme règne même dans ses installations... qui sont, par exemple, le seul endroit dans le royaume où on peut voir une femme conduire. Résultat : l'entreprise se distingue des autres compagnies nationales et du reste de l'administration saoudienne par son efficacité et une relative absence de corruption.


La portée d'une privatisation d'Aramco


Il n’empêche qu'Aramco est géré de façon extrêmement opaque. Elle fournit la grande majorité du budget du royaume mais ne publie pas de résultats. Beaucoup d'incertitude existent aussi sur l'état réel de ses réserves.
Et c'est là que le bât blesse : pour convaincre les investisseurs, l'entreprise devrait se livrer à un exercice de transparence sans précédent depuis sa nationalisation. Pas sur que les saoudiens soient près à livrer les clés de cet État dans l’État...

Beaucoup d'hypothèses circulent en ce moment sur l'intention des saoudiens, les actifs qui pourraient être mis en bourse ou même la faisabilité de l'opération. Une chose est certaine : si elle a lieu, l'ouverture du capital d'Aramco marquerait une rupture avec la géoéconomie du pétrole héritée de du XXe siècle.
Pour renflouer leurs budgets entamés par la baisse des cours du pétrole, pour introduire une dose bien nécessaire de transparence et de bonne gestion, voire pour convertir en cash des champs de pétrole dont la valeur n'est plus si certaine, d'autres pays producteurs pourraient se mettre (ou se remettre) à réflechir. PEMEX, la compagnie nationale mexicaine, attend toujours son entrée en bourse votée en 2013, le secteur pétrolier iranien s'ouvre lui aussi au privé, la privatisation de Petrobras au Brésil a refait parler d'elle fin de 2015...

Il est encore difficile de dire exactement quoi, mais il semble bien qu'il se passe quelque chose dans le monde du pétrole.


Publié le 8 février 2016 par Thibault Laconde

Vous avez aimé cet article ? N'en ratez aucun en vous inscrivant à la newsletter mensuelle.



 
Copyright 2012 Maybell Hamaker | Powered by Blogger
Design by George Robinson Supported by BTDesigner