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Tuesday, May 3, 2016

Le gaz peut il être une énergie de transition dans la lutte contre la changement climatique

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Le secteur électrique est responsable d'un quart des émissions de gaz à effet de serre d'origine humaine. Au cœur du problème : le charbon, qui reste la première source d'électricité à l'échelle de la planète.
Le sort des centrales à charbon existantes est donc un enjeu majeur dans la lutte contre le changement climatique et la mise en œuvre de l'Accord de Paris. Devrait-on, comme certains le recommandent, les remplacer par des centrales à gaz ?

> Cet article est un extrait d'une étude complète des  implications économiques et technologiques de l'Accord de Paris.


L'électricité, enjeu majeur de la mise en œuvre de l'Accord de Paris


Si nous voulons atteindre les objectifs de l'Accord de Paris, il nous faut baisser nos émissions de gaz à effet de serre d'au moins 4% par an jusqu'en 2050. La production d'électricité présente trois caractéristiques qui la place au cœur de ce défi :
  • Elle est responsable d'environ un quart des émissions de gaz à effet de serre à l'échelle mondiale, ce qui en fait un des premiers contributeurs au changement climatique, à peu près à égalité avec l'agriculture et les transports. 
  • Il existe un large choix de technologies permettant de produire de l'électricité sans émissions de gaz à effet de serre : hydroélectricité, nucléaire, biomasse, "négawatt", éolien et solaire photovoltaïque (même si certaines questions liées à l'intermittence restent à résoudre pour les deux derniers). D'autres technologies pourraient aussi arriver à maturité prochainement par exemple la capture du carbone ou la production de gaz sans émissions (biogaz ou méthanation). 
  • Le secteur présente une très forte inertie liée à la durée de vie des infrastructures : une centrale électrique fonctionne généralement pendant plusieurs décennies. Il faut donc prendre maintenant des décisions d'investissements qui décideront des émissions de gaz à effet de serre au milieu du siècle.
Le charbon qui est l'énergie fossile la plus émettrice de gaz à effet de serre reste aussi la première source d'électricité. C'est d'autant plus problématique que le parc de centrales à charbon est relativement jeune :
Centrale à charbon : puissance installée dans le monde par tranche d'âge

 

Le gaz peut-il être une "énergie de transition" ?


Une proposition fréquemment évoquée pour réduire les émissions liées à l'électricité consiste à effectuer une transition en deux étapes : d'abord du charbon vers le gaz, ensuite du gaz vers des énergies décarbonnées. Cette stratégie peut paraitre intéressante parce que, à énergie équivalente, le gaz émet beaucoup moins de dioxyde de carbone que le charbon. Il pourrait donc servir d'énergie de transition en attendant que d'autres solutions, plus satisfaisantes, soient disponibles.

Pour évaluer la compatibilité de cette proposition avec les objectifs de Paris, supposons que la construction de centrales à charbon cesse immédiatement et que celles qui existent soient systématiquement remplacées par des centrales à gaz lorsqu'elles arrivent en fin de vie, ces nouvelles centrales à gaz étant à leur tour remplacées par des énergies décarbonnées lorsqu'elles arrivent au terme de leur existence.

On prend ces hypothèses :

Les émissions de gaz à effet de serre liées au parc de centrales à charbon actuel et à son remplacement seraient alors les suivantes :
Emissions de gaz à effet de serre liées au parc actuel de centrales à charbon et à son remplacement par des centrales à gaz

Le remplacement du parc de centrales à charbon permet effectivement de diminuer les émissions mais pas suffisamment pour se conformer aux objectifs de Paris : on obtient une baisse de 27% entre 2015 et 2050, bien loin de la division par 4 qui serait nécessaire (au moins).

De plus, le gain immédiat permis par le remplacement d'une centrale à charbon par une centrale à gaz se paient par des émissions à long terme Remplacer les centrales à charbon par des centrales à gaz, c'est un peu comme demander un allongement de crédit à votre banquier : sur le coup vos mensualités vont baisser mais vous allez payer plus longtemps et, au total, beaucoup plus...
Dans ce scénario, la dernière centrale à gaz "de transition" fermerait ses portes à la fin du XXIe siècle. Au total, le parc actuel de centrales à charbon serait responsable de l'émission de près de 500 milliards de tonnes de dioxyde de carbone (ou 500GTeqCO2) entre 2015 et 2100, dont 270GTeqCO2 par les centrales à charbon et 230 par les centrales à gaz qui les remplacent. Il absorberait donc à lui seul les deux tiers du budget carbone qu'il nous reste si nous voulons limiter le réchauffement de la planète à 2°C.


Seule solution : une transition directe vers une électricité décarbonnée


Ce résultat ne dépend pas de la durée de vie des centrales à gaz : même en admettant qu'elles ne sont construites que pour 20 ans, la baisse des émissions serait de seulement 36% en 2050 et le cumul sur le siècle resterait de 390GTeqCO2. L'accélération de la fermeture des centrales à charbon n'aide pas plus : si on les ferme à leur trentième anniversaire pour les remplacer par des centrales à gaz construites elles aussi pour 30 ans, la baisse des émissions au milieu du siècle est limitée à 32% (cumul : 430GTeqCO2).
En fait, on obtiendrait un meilleure résultat (quoique encore insuffisant) en prolongeant légèrement les centrales à charbon pour pouvoir les remplacer directement par des solutions décarbonnées. Par exemple en leur donnant une durée de vie de 50 ans puis en leur substituant des énergies sans carbone, les émissions baisseraient de 41% en 2050 par rapport à 2015, les émissions totales entre 2015 et 2100 seraient aussi plus basses à 380GTeqCO2.

Scénario de transition charbon-gaz-décarboné avec leurs impacts climatiques sur le XXIe siècle
Quelques scénarios de transition électrique et leurs impacts climatiques


L'utilisation du gaz comme énergie de transition est donc manifestement incompatible avec les objectifs de l'Accord de Paris. Si les États tiennent leurs engagements, les projets de centrales à gaz qui sont lancés aujourd'hui devront être retirés avant leur fin de vie et ne possèdent probablement pas de rationalité économique.

Si on souhaite que les émissions liées au parc de centrales à charbon baissent de 4% par an afin de contribuer équitablement à l'effort nécessaire pour remplir les objectifs de Paris, un scénario possible consisterait à fermer ces centrales lorsqu'elles atteignent leur trentième année et à les remplacer directement par des alternatives sans carbone (renouvelables, nucléaire, CCS, baisse de la demande, etc.). Les objectifs de Paris impliquent donc une transition électrique rapide et sans étape intermédiaire : dans ce scénario, la dernière centrale à charbon fermerait avant 2050.

Cette échelle de temps n'est pas complètement irréaliste : en France, la transition vers le nucléaire s'est fait en une vingtaine d'années et l'Allemagne étudie en ce moment la possibilité de se passer du charbon avant 2040.


Publié le 8 avril 2016 par Thibault Laconde, dernière mise à jour le 2 mai 2016


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Sunday, July 28, 2013

Avis dexpert La lutte contre le changement climatique et lAccord de Paris vus de Chine

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Demain, vendredi 22 avril, l'Accord de Paris sur le climat sera ouvert à la signature au siège new-yorkais de l'ONU. Ce sera un pas de plus vers son entrée en vigueur, probablement entre 2018 et 2020. C'est aussi l'occasion de s'interroger sur les prochaines étapes...

> Cet entretien est extrait d'une analyse complète de l'Accord de Paris. Vous pouvez télécharger l'étude ici.


La Chine est devenue il y a un peu moins de 10 ans le premier émetteur de gaz à effet de serre de la planète. Une place qu'elle va garder et conforter : d'ici quelques années, les émissions par habitant des chinois devraient dépasser celles d'un européen.
La Chine est donc être un acteur incontournable dans la mise en œuvre de l'Accord de Paris et plus généralement dans la lutte contre le changement climatique. Mais comment ce sujet est-il perçu dans le pays ? Est-il possible de concilier la maîtrise des émissions avec la poursuite du développement économique ?
J'ai posé ces questions à Feng Zhang. Feng est docteur en génie industriel et expert des questions de développement durable. Il est directeur des opérations dans une entreprise spécialisée dans l'efficacité énergétique.


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Friday, May 17, 2013

Le changement climatique opportunité ou menace Demandons son avis à un homme préhistorique

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A priori, une hausse de la température moyenne est plutôt une chose sympathique. Entre autres, on peut espérer réduire les dépenses de chauffage, accélérer la croissance des plantes (donc les rendements agricoles) et aller à la plage plus souvent.
C'est d'ailleurs comme ça que le voyait Svante Arrhenius, le premier a avoir compris que l'utilisation à grande échelle d'énergie fossile allait faire augmenter la température moyenne de la planète.
En 1896, il calcule qu'un doublement de la concentration en dioxyde de carbone dans l'athmosphère conduirait à un réchauffement de 4°C (c'est à peu de choses près ce que prévoit toujours aujourd'hui le GIEC). Mais cette perspective ne l'inquiète pas particulièrement. D'autant qu'il savait déjà que le climat change naturellement : les archéologues du XIXe siècle avaient compris en analysant les restes d'animaux découverts sur des sites préhistoriques que la température avait changé significativement dans le passé - c'est d'ailleurs pour expliquer ces découvertes qu'Arrhenius s'intéresse à l'effet de serre. 


Les variations climatiques du paléolithique supérieur et leur impact sur l'homme


S'il avait disposé des connaissances que nous avons actuellement sur sur les variations passées du climat et de leurs conséquences pour les premiers hommes, il aurait peut-être été un peu moins enthousiaste....

Lorsque les premiers hommes modernes débarquent en Europe, il y a environ 40.000 ans, ils y trouvent un climat a priori hostile : nous sommes en plein dans le dernier maximum glaciaire, une période de refroidissement global qui a culiminé il y a environ 20.000 ans, et la moitié nord de l'Europe est recouverte de quelques kilomètres de glace. Cependant cette période est ponctuée de rechauffements rapides et brefs. La température remonte alors pour atteindre des niveaux tempérés pendant quelques siècles. Ces anomalies sont connues sous le nom d'évenements de Heinrich et de cycle de Dansgaard-Oeschger et leur origine reste incertaine.

Question : comment se sont comportés nos lointain ancètres lorsque ces événements leur offraient pour quelques générations un climat tempéré ?
On peut répondre, au moins en partie, grâce aux progrès de la la datation au carbone 14 (notamment à la spectrométrie de masse par accélérateur) qui permet de dater précisément les vestiges et donc d'extrapoler les variations de population dans le temps. Et là, surprise...


Les premiers européens préféraient le froid...


Comme tout bon européen, nos ancètres sont allés se mettre à l'abri du froid en Espagne et dans le Sud de la France. Ils y resteront pendant toute la période glaciaire avec une population ne dépassant pas 40.000 individus (Van Andel et Davies, 2003).

Plus surprenant : les intermèdes tempérés ne permettent pas à la population de croitre. C'est même le contraire qui s'est produit : la fréquences des sites baisse nettement à chaque réchauffement (d'Errico, 2010). Les premiers européens semblent bien avoir préféré les périodes de basse température...
Les paléontologues expliquent ce résultat contre-intuitif par l'évolution de la végétation : nos ancètres étaient des chasseurs, grands consommateurs d'ongulés. Or ceux-ci se trouvent plus facilement dans les steppes, lorsque le climat se réchauffe, la steppe laisse place à une végétation plus dense, la chasse devient difficile et la population baisse.


Et à l'âge de bronze ?


Bon, vous me direz qu'il s'agissait de chasseurs dépendant très directement de leur environnement et qui n'avaient sans doute pas de connaissances techniques ou de structures sociales leur permettant de s'adapter à une variation du climat. Vous n'avez pas tort... Mais une société plus avancée garantit-elle un meilleurs résultat ?

Faisons un grand bond en avant pour arriver en 850 avant notre ère. A ce moment-là, l'Europe connait encore un changement climatique rapide : son climat devient plus frais et plus humide.
Au Pays-Bas, ce climat plus humide provoque une élévation rapide des nappes phréatiques : les plaines se tranforment progressivement en marais et en tourbières. Cette fois nos ancètres tentent de s'adapter : des fouilles ont montré queles habitants de Hollande Septentrionale, installés sur place depuis près d'un millénaire, ont modifié leurs techniques de constructions afin de surélever les habitations. Mais c'est insuffisant : les marécages continuant à gagner sur les terres arables, ces populations ont finalement été contraintes d'émigrer.
Mais pour d'autres l'effet a été positif : c'est le cas des scythes, un peuple nomade installé à l'époque en Sibérie centrale. Pendant que les agriculteurs européens peinent, eux connaissent un remarquable développement démographique et culturel et une extension vers l'Europe de l'est et du Sud-est (ce qui les fera entrer en contact avec les Grecs). L'explication de cet essor semble tenir encore une fois à la végétation : avec un climat plus humide, des zones semi-arides se sont transformées en steppes favorables aux herbivores, donc aux nomades (Van Geel, 2009).

Morale de l'histoire


Parmi une multitude d'autres, ces quelques exemples montrent à quel point il est difficile de prévoir les effets d'une variation du climat sur une communauté humaine. Seront-ils positifs ou négatifs ? C'est l'interaction entre, d'une part, les modifications physiques de l'environnement causées par un changement climatique et, d'autre part, les caractéristiques (économiques, sociales, politiques, culturelles...) de la communauté considérée qui le dira. Interactions d'autant plus complexe et dynamiques que les sociétés sont développées et interdépendantes.

De ce point de vue, je crois qu'il serait vraiment ambitieux d'essayer de prévoir comment le réchauffement que nous connaissons actuellement va influer sur nos propres sociétés et d'essayer de deviner des gagnants et des perdants, comme le font manifestement certains pays qui ne collaborent pas aux efforts de réduction des émissions.
Nous pouvons sans doute, au moins en partie, prévoir les impacts du changement climatique actuel sur notre environnement physique mais beaucoup moins sur notre environnement humain. Et à l'arrivée, le résultat peut se révéler assez contre-intuitif...



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