Mi-mars, la Chine a publié son 13e plan quinquennal. Ce document à l'appellation un peu démodée fixe les orientations économiques et sociales du pays pour la période 2016-2020.
L'énergie et l'environnement y tiennent naturellement une place importante. Et sur ces questions, les orientations du gouvernement chinois étaient très attendues : au lendemain de la COP21, alors que le secteur de l'énergie est en plein bouleversement et que la croissance chinoise ralentit, que compte faire la deuxième économie de la planète ?
Poursuite des efforts sur l'intensité énergétique
Le plan 2016-2020 fixe une limite à la consommation d'énergie chinoise : elle devra être inférieure à 5 milliards de tonnes équivalent charbon en 2020. A première vue, ce chiffre est décevant : un objectif de 4.8 avait été annoncé en 2014. Par ailleurs, si on s'en tient aux statistiques officielles qui affichent une consommation de 3.6 en 2015, cela correspond à une simple stabilisation de l'intensité énergétique (puisque dans le même temps une croissance annuelle entre 6.5 et 7% est prévue).
En réalité cet objectif tient compte de la découverte en 2015 d'une sous-évaluation massive de la consommation de charbon chinoise. Un fois les statistiques corrigées, l'intensité énergétique de l'économie chinoise devrait décroître de 15% entre 2016 et 2020. C'est un objectif légèrement inférieur celui des deux plans précédents (-16%) d'autant qu'ils avaient été dépassés (-18.2% pendant le 12e plan).
Des efforts accrus sur les émissions de gaz à effet de serre
Le recul de l'intensité carbone, c'est-à-dire la quantité de gaz à effet de serre nécessaire pour produire un renminbi de richesse, devrait lui s'accélérer par rapport à la période précédente. L'intensité carbone de l'économie chinoise devrait baisser de 18% entre 2016 et 2020. Pendant le plan précédent, l'objectif était fixé à -17% sur 5 ans et il a été largement dépassé (-20%). Compte-tenu des prévisions de croissances, cette baisse de l'intensité carbone conduit encore à une augmentation sensible des émissions. Celles-ci devraient croitre entre 12 et 15% entre 2020 et 2015. Malgré cette augmentation, la Chine se met sur la voie annoncée dans son INDC : celle-ci prévoyait une baisse de 60 à 65% de l'intensité carbone entre 2005 et 2030, en 2020 le pays devrait en être à -48%.
Conséquence logique, le développement des énergies bas-carbone va s'accélérer : les énergies "non-fossiles" (renouvelables + nucléaire) devrait représenter 15% du mix énergétique chinois en 2020 contre 12% en 2015 (l'objectif fixé par le 12e plan était de 11.4%). Là encore, l'essentiel du chemin sera fait vers l'engagement de 20% pris avant la COP21.
Le plan quinquennal ne donne pas de détail sur la part des différentes énergies. Celles-ci devraient être précisées dans des sous-plans publiés dans les prochains mois. Le gouvernement chinois a déjà promis des nouvelles capacités de 150GW en solaire et 250GW en éolien d'ici à 2020. Simultanément, la consommation de charbon devrait baisser. Les centrales chinoises affichent un taux de charge particulièrement mauvais (4329 heures de fonctionnement en moyenne en 2015) et les autorités s'efforcent de réduire les surcapacités.
Pollution et infrastructures
En dehors des émissions de gaz à effet de serre, le 13e plan quinquennal s'attaque à la pollution, en particulier aux polluants atmosphériques : les émissions de dioxyde de souffre (SO2) et d'oxyde d'azote (NOx) devront baisser de 15%, les taux de particules fines (PM2.5) de 18%. Ces objectifs font suite à la révision de la loi sur la protection de l'environnement qui avait considérablement renforcé les sanctions pour les pollueurs fin 2015. La pollution atmosphérique est devenu un enjeu sanitaire majeur dans les grandes villes et les chinois poussent leur gouvernement à l'action. De façon significative, le premier ministre Li Keqiang a mis particulièrement l'accent sur cette question dans son discours d'ouverture.
Enfin la Chine va continuer à s'équiper à grande vitesse - parfois en contradiction avec les objectifs précédents : une cinquantaine d'aéroports sont prévus dans des villes moyennes, 30.000km d'autoroute seront construits, le réseau ferroviaires sera étendu notamment le réseau à grande vitesse qui couvrira 80% des grandes villes en 2020 et le réseau urbain qui va croître de 3000km...
D'une manière générale, le 13e plan quinquennal chinois fait le job : il confirme les engagements déjà pris par la Chine et marque son intention de continuer sa transition énergétique et climatique. Mais ces prévisions sont peut-être encore pessimistes : au cours des deux périodes précédentes, les objectifs énergétiques et climatiques ont toujours été atteints et dépassés. En 2015, la consommation d'énergie chinoise n'a augmenté que de 0.9%, les émissions de carbone liées à l'énergie ont, elles, baissé de 1.5% en raison du recul du charbon. Or depuis le début de l'année, la production de charbon thermique s'est écroulée de 6% ! Le basculement de la Chine vers un modèle plus respectueux de l'environnement est peut-être plus avancé qu'on le croit...
Publié le 31 mars 2016 par Thibault Laconde
Illustration : Par Alex Gindin [CC0], via Wikimedia Commons
Modèle pour les uns, contre-exemple pour les autres, la politique énergétique allemande et sa "sortie du nucléaire" font paradoxalement plus débat de ce coté-ci du Rhin que de l'autre. Et comme souvent dans le domaine de l'énergie, ces polémiques ont leur lot d'affirmations contradictoires : L'Energiewende carbure-t-il au charbon ? La sortie du nucléaire impose-t-elle à l'Allemagne d'acheter de l'électricité à ses voisins ? Les énergies renouvelables rendent-elles le réseau instable ? L'électricité allemande est-elle la plus chère du monde ? Pour vous y retrouver sur ces questions et quelques autres voici un vrai-faux sur la politique énergétique allemande.
L'Allemagne est un gros consommateur de charbon
→ Vrai
Le mix électrique allemand repose historiquement sur le charbon, surtout du lignite local mais aussi de la houille importée. Cet héritage explique que la part du charbon dans la production d'électricité allemande reste élevée : 42% contre 26% en moyenne dans l'Union Européenne. Vu de France ces proportions peuvent paraitre énormes : dans notre pays le charbon ne compte que pour quelques pourcents de la production électrique. Mais ici c'est la France qui est atypique : toutes les autres grandes économies dépendent significativement du charbon. Celui-ci assure par exemple 30% de la production électrique au Japon, 32% en Grande Bretagne, 38% aux États-Unis et la Chine est bien au-delà avec 72% de charbon dans son mix électrique.
La consommation de charbon augmente en Allemagne
→ Faux
En valeur absolue, la production d'électricité à partir du charbon est pratiquement constante depuis un quart de siècle. Comme dans le même temps la production totale d'électricité a sensiblement augmenté, la part du charbon a baissé régulièrement : elle était de 54% en moyenne dans les années 90, 47% entre 2000 et 2009 et 43% depuis depuis 2010. Difficile d'y voir une hausse...
Cette tendance de long terme à la baisse n'a été affectée ni par la réunification ni par la décision, prise dans les années 2000, de sortir du nucléaire. Le constat est plus mitigé pour la période qui suit l'accident nucléaire de Fukushima : la baisse de la part du charbon dans le mix électrique allemand semble faire une pause mais sans pour autant repartir à la hausse.
La sortie du nucléaire est une décision précipitée, prise sous le coup de l'émotion après l'accident de Fukushima
→ Faux
Les efforts de l'Allemagne pour se passer du nucléaire s'inscrivent dans un temps très long. La décision politique date des années 2000 et n'a jamais été remise en cause depuis malgré les alternances. Mais même cette décision s'inscrit dans une tendance antérieure : elle a été rendue possible par la construction d'un très large consensus (90% des allemands approuvent la politique énergétique de leur pays) et la création de filières industrielles dans les années 80 et 90.
Alors que vient faire Fukushima là-dedans ? Il y a effectivement eu brève inflexion de la politique allemande en 2010 et 2011. Reprenons la chronologie :
En 2000, la coalition Vert-SPD officialise la sortie du nucléaire par la Convention du 14 juin 2000 qui limite la quantité d'énergie qui pourra être produite par les centrales en service avant leur fermeture. La fin du nucléaire allemand est alors prévue autour de 2020. Cette décision n'est pas remise en cause lorsque les Verts quittent le gouvernement en 2005.
En 2010, la majorité conservatrice menée par Angela Merkel confirme la fin du nucléaire mais assouplit le calendrier. L'Allemagne se donne alors de nouveaux objectifs énergétiques à l'horizon 2050 (c'est ce qu'on a appelé l'Energiekonzept), la fermeture de la dernière centrale nucléaire y est prévue pour 2036.
Quelques mois plus tard, en 2011, l'accident de Fukushima pousse Angela Merkel a revenir au calendrier de 2000. Pendant l'été, une nouvelle série de lois sur l'énergie est adoptée (Energiewende), elle ne remet pas fondamentalement en cause les orientations de l'Energiekonzept mais revient au calendrier des années 2000. La sortie du nucléaire est désormais prévue en 2022 et les 8 réacteurs les plus anciens sont mis à l'arrêt immédiatement.
Pour une description plus détaillée de ces différentes étapes, vous pouvez lire cet article : Les leçons de la "sortie du nucléaire" allemande pour la transition énergétique française.
La sortie accélérée du nucléaire signifie un retour aux énergies fossiles
→ Faux
Le revirement de l'été 2011,et surtout la fermeture immédiate de 8 réacteurs soit près de 8.5GW, a fait dire à de nombreux commentateurs que l'Allemagne serait obligée d'augmenter sa consommation d'énergie fossile. Cette prévision tenait la route à l'époque mais 5 ans plus tard il est clair qu'elle ne s'est pas réalisé.
Avec le recul dont nous disposons maintenant, il est clair que les allemands sont en train de gagner leur pari : depuis 2010, les énergies renouvelables ont fait plus que compenser le recul du nucléaire permettant de baisser dans le même temps la production d'électricité d'origine fossile.
Depuis 2010, c'est la consommation de gaz qui a reculé, pas la consommation de charbon
→ Vrai
En 2015, la part du charbon dans le mix électrique allemand était de 42% exactement comme en 2010. Dans le même temps, la part du gaz a reculé de 14 à 9%. D'un point de vue climatique, l'inverse aurait évidemment été préférable puisque, à énergie équivalente, le gaz émet à peu près deux fois moins de dioxyde de carbone que le charbon.
Cette évolution s'explique avant tout par la compétitivité du charbon en Europe par rapport aux autres fossiles. Deux responsables :
La baisse du cours du charbon qui est passé de 84$ la tonne au printemps 2011 à environ 60$ aujourd'hui. Cette baisse s'explique par l'exploitation rapide des gaz non-conventionnels aux États-Unis. Celle-ci à fait baisser de l'ordre de 30% le prix du gaz en sortie de puits mais le gaz étant difficilement transportable, la baisse des cours outre-atlantique ne l'a pas rendu plus compétitif en Europe. Au contraire elle a détourné une partie de la production américaine de charbon vers l'export. Plus récemment, le ralentissement de la croissance chinoise accompagné de fortes surcapacités a également tiré le prix du charbon vers le bas.
Les ratés du marché européen du carbone : un de ses objectifs était justement de rendre le gaz compétitif par rapport au charbon. Mais le prix de la tonne de CO2 (moins de 5€) est beaucoup trop bas pour cela.
Les allemands sont bien conscients de ce problème et il est probable que la prochaine étape de leur politique énergétique va être de s'attaquer au charbon. Une consultation sur le sujet est en cours et devrait aboutir à la fin de l'année. En attendant, le gouvernement allemand a déjà décidé l'arrêt de 2.7GW de centrales à lignite dans les 5 prochaines années et la fermeture des mines de houilles avant 2018.
La sortie du nucléaire se fait au détriment du climat
→ Faux (mais ça se discute)
Si la part des énergies fossiles reculent dans le mix électrique allemand, les émissions de gaz à effet de serre ne peuvent que baisser. En 2015, les émissions liées à la production d'électricité étaient de 313 millions de tonnes de CO2 contre 320 en moyenne entre 2010 et 2014 et 334 entre 2000 et 2004. Même si cette baisse est modeste, le résultat de 2015 est le meilleur résultat depuis 15 ans à la seule exception de 2009 où la production d'électricité s'était fortement contracté sous l'effet de la crise.
Cependant, si elle est plutôt neutre pour le climat, la politique énergétique allemande a un coût d'opportunité : à investissement égal, une politique énergétique tournée vers la réduction des émissions plutôt que la sortie du nucléaire aurait pu diviser par deux la consommation de charbon allemande entre 2000 et 2020 et faire baisser les émissions annuelles de carbone de 150 millions de tonnes environ. Au lieu de quoi, la production d'électricité grâce aux énergies fossiles est la même aujourd'hui qu'il y a 20 ans à quelques térawatt-heures près. Le choix des allemands a été de faire passer la fermeture des centrales nucléaires avant celle des centrales à charbon. Est-ce le bon ? L'effort allemand ne devrait-il pas être rééquilibré : fermer les réacteurs nucléaires moins vite pour réduire plus rapidement les énergies fossiles ?Ce sont des questions légitimes, alors autant la poser de façon honnête.
L'Allemagne ferme ses réacteurs nucléaires mais compense en achetant l'électricité des centrales françaises
→ Faux
C'est une idée qu'on entend de temps à autres : la sortie du nucléaire serait rendue possible par l'importation d'électricité venue des pays voisins. A la lecture des statistique cette affirmation apparait totalement fantaisiste. Au contraire, les exportations d'électricité allemande ont explosé depuis le début de la transition énergétique : importatrice nette en 2000, l'Allemagne a exporté 18TWh en 2010 et plus de 50TWh en 2015 ! En particulier, le solde des échanges avec la France est positif (de 5.9TWh en 2014). C'est donc la France qui achète de l'électricité à l'Allemagne, pas l'inverse.
(Un lecteur a attiré mon attention sur un paradoxe : Alors que l'Allemagne est exportatrice nette d'électricité vers la France, le solde des flux physiques d'électricité entre l'Allemagne et la France est négatif. L'explication est simple : de l'électricité française peut, par exemple, passer physiquement par l'Allemagne alors qu'elle est destinée au marché belge ou suisse. C'est donc bien le flux contractuel, évoqué plus haut, qui renseigne sur la réalité des échanges.)
Avec un mix électrique qui intègre autant d'énergies renouvelables intermittentes, le réseau allemand est instable
→ Faux
En 2014, le mix électrique allemand comptait 30% de renouvelable dont presque deux tiers d'éolien (13%) et de solaire (6%) - des énergies dites "intermittentes". Il y a encore quelques années, beaucoup d'experts pensaient que les réseaux électriques ne pourraient pas supporter longtemps la progression des énergies intermittentes, celles dont la disponibilité varient en fonction de facteurs extérieurs notamment la météo. Au-delà de quelques pourcents du mix électrique, disait-on alors, ces énergies dégraderaient la sécurité électrique, voire entraineraient l'effondrement du réseau. Avec le recul, l'intégration des énergies renouvelables est bien un défi technique (l'Allemagne doit par exemple renforcer son réseau notamment les lignes reliant le nord où les éoliennes sont installées et le sud industriel) et économique (avec des périodes où le prix de l'électricité est négatif) mais elle ne semble plus insurmontable. Aujourd'hui le réseau électrique allemand est un des plus fiable d'Europe. La durée annuelle des coupures y est quatre fois inférieure à celle du réseau français.
L'électricité allemande est parmi les plus chères du monde
→ Faux et vrai à la fois
Si on regarde le prix de gros, l'électricité allemande est la moins chère d'Europe. C'est logique : d'une part, les centrales à charbon sont déjà amorties et le combustible est peu onéreux, d'autre part les énergies renouvelables ont un coût marginal de production nul qui tire les prix vers le bas.
Mais si on regarde la facture des consommateurs finaux, l'électricité allemande coute environ 0.3€/kWh ce qui la place parmi les plus onéreuses, c'est par exemple deux fois plus cher qu'en France. En effet, le développement des énergies renouvelables repose sur des prix garantis pendant 20 ans et ce sont les ménages qui payent le plus gros de la différence avec le prix spot via une taxe (l'EEG-Umlage). Même si les foyers allemands sont très économes, de telle sorte que leur facture finale est à peu près la même que dans les autres pays européens (en moyenne 978€/an contre 834 pour les français), la transition énergétique à un coût, tout particulièrement pour les les moins aisés qui consacrent une part plus importante de leurs revenus à l'énergie.
La plupart des chiffres cité dans cet article sont tiré de l'AGEB. Comme d'habitude, vous pouvez accéder au détail des données et des calculs, il suffit de cliquer ici. Crédit photo : By Kateer 8 May 2007 (UTC) (Own work) [CC-BY-SA-2.5], via Wikimedia Commons
Publié le 21 octobre 2013 par Thibault Laconde, dernière mise à jour le 27 juillet 2016
(Dans un long article publié le 8 juillet sur son blog et intitulé "What Greece, Cyprus, and Puerto Rico Have in Common", Gail Tverberg décortique le rôle de l'énergie dans la situation de la Grèce. Avec son aimable autorisation, je reproduis ici une traduction en Français de ce texte)
Quel est le point commun entre la Grèce, Chypre et Puerto Rico ? Oui, bien sur ! De graves problèmes financiers. Mais il y a autre chose : ils sont tous très dépendants du pétrole. La figure 1 montre la part du pétrole dans le mix énergétique des pays européens en 2006.
Figure 1. Part du pétrole dans la consommation totale d'énergie en 2006, (d’après Energy information data, juin 2015)
La Grèce et Chypre sont en haut ce tableau. Les autres "PIIGS" (Irlande, Espagne, Italie, et Portugal) viennent juste après. Puerto Rico n’est pas européen et donc absent de la figure 1, mais s’il était présentés dans ce tableau, il apparaitrait entre la Grèce et Chypre – avec une part de pétrole dans son mix énergétique de 98,4% en 2006. L'année 2006 a été choisie pour donner une image de la situation avant le krach de 2008. Les pourcentages sont un peu plus bas aujourd'hui, mais les ordres de grandeurs restent les mêmes.
"En plus de leurs difficultés financières, la Grèce, Chypre et les "PIIGS" ont en commun une forte dépendance au pétrole."
Pourquoi la part du pétrole dans leurs consommations d’énergie est-elle un problème pour ces pays ? Leur problème, semble-t-il, est un problème de compétitivité (ou de non-compétitivité) sur le marché mondial. Il y a des années, disons dans les années 1900, lorsque les pays ont construit leurs infrastructures, le prix du pétrole était beaucoup plus bas qu'aujourd'hui - moins de 20 dollars par baril (même en tenant compte de l'inflation). Entre 1985 et 2000 il y a eu une autre période où les prix étaient inférieurs à 40$ le baril. À l'époque, le prix du pétrole était proche du prix des autres énergies, un mix énergétique tourné vers le pétrole n’était donc pas un problème.
Figure 2. Evolution des cours mondiaux du pétrole en dollars de 2014 (D’après BP Statistical Review of World History 2015).
Les prix du pétrole sont maintenant autour 60$ le baril, ce qui reste élevé par rapport aux moyennes historiques. Et les ennuis financiers de ces pays ont commencé il y a quelques années alors que les cours étaient plutôt aux alentours de 100$ le baril. Pendant que les pays largement dépendants du pétrole peinent, d’autres utilisant majoritairement des combustibles fossiles bon marché ont des économies florissantes. La Chine, par exemple, a connu une croissance rapide au cours des dernières années. En 2006, la part du pétrole dans son mix énergétique était seulement de 23,0%, ce qui la situerait entre la Norvège et la Pologne tout en bas de la figure 1.
Regardons un peu à ce qu'il faut pour qu’une économie pour produire de la croissance, et ce qui va mal dans les pays où l’énergie est chère. Précisons que le prix de l’énergie peut augmenter pour de multiples raisons, pas uniquement parce que le mix est axé vers le pétrole. D'autres causes possibles peuvent être un pourcentage élevé de sources d'énergie renouvelables onéreuses ou les prix élevés du gaz naturel liquéfié (GNL). La raison n'a pas vraiment d'importance un prix élevé de l’énergie est un problème, quelle qu’en soit sa cause.
Ce dont une économie a besoin pour croitre
Voici, de mon point de vue, ce qu’il faut à une économie pour connaitre la croissance :
1. Une offre croissante d’énergie, produite localement ou achetée sur le marché mondial, est nécessaire pour une économie de croître.
Pourquoi ? Parce qu’il faut de l'énergie (humaine mais aussi sous d’autres formes) pour produire des biens ou des services.
L’énergie musculaire ne produit plus guère d’emplois aujourd’hui. Les postes bien rémunérés, par exemple conduire un bulldozer, produire de grandes quantités de nourriture dans une ferme à l'aide d'équipements modernes, ou utiliser un ordinateur, ont tous besoin d'énergie supplémentaire en plus de l'énergie humaine. Il serait possible de créer des emplois utilisant essentiellement de l’énergie d’origine humaine (par exemple réaliser une comptabilité manuelle sans électricité ni ordinateur, produire de la nourriture sans équipement moderne, ou creuser les fossés avec des pelles) mais ces emplois ont tendance à être très mal payés parce que la production par heure travaillée est généralement faible. Pour créer de l’emploi, une offre croissante de produits énergétiques permettant de tirer un meilleur parti du travail humain est nécessaire. En observant l'économie mondiale, nous pouvons voir que, historiquement, la croissance de la consommation d'énergie est fortement corrélée avec la croissance économique.
Figure 3. PIB mondial en dollars de 2010 (d’après USDA) vs. consommation mondiale d'énergie (d’après BP Statistical Review of World Energy 2014).
En fait, il nous faut de plus en plus d’énergie pour produire un point de croissance parce que la droite tracée à la figure précédente coupe l’axe des y à -17,394 et non à l’origine :
En 1969, 1% d’énergie en plus permettait de faire croitre le PIB de 2,2%. Aujourd’hui ce n'est plus que 1,2%."
C’est une triste réalité. En dépit de tous nos efforts pour améliorer l’efficacité énergétique, nous avons besoin d’une croissance de plus en plus forte de notre consommation d’énergie pour produire le même niveau de croissance du PIB. C’est une situation regrettable dont nos dirigeants ne parlent jamais. Ils préfèrent en général souligner que la croissance du PIB reste légèrement plus élevée que la croissance de la consommation d'énergie.
2. Cette offre croissante d'énergie doit être peu coûteuse pour pouvoir créer des produits compétitifs sur le marché mondial.
L'énergie humaine est par nature une énergie onéreuse. Les humains ont besoin de nourriture, d’eau, de vêtements et de logement pour répondre à leurs besoins biologiques... Nous ne somment pas adaptées à la consommation d'aliments crus, ou à la vie dans des climats très froids sauf si nous sommes correctement équipés. Par conséquent, les salaires doivent être suffisamment élevés pour couvrir tous ces coûts.
L'apport d'énergie supplémentaire bon marché permet d'obtenir un effet de levier important, beaucoup plus que si l'énergie est onéreuse. Si nous pouvons rentabiliser l'énergie humaine avec une énergie peu couteuse comme les combustibles fossiles ou le bois, il est facile de faire baisser les coûts. (Un coût moyen de l'énergie peut être calculé par calorie ou BTU, avec la somme de l'énergie fournie par le travail humain plus l’apport des énergies supplémentaires.) Si au contraire, l'énergie supplémentaire est elle aussi couteuse, il est très difficile de faire baisser ce coût moyen. Voilà pourquoi le prix élevé du pétrole, ou le prix élevé de n’importe quelle énergie, est un problème.
Si l'énergie humaine peut être rentabilisée avec une quantité croissante d’énergie bon marché, elle peut produire une quantité croissante de biens et de services, à des prix décroissants. En fait, c’est la recette de la croissance économique. La valeur ajoutée produite peut irriguer de nombreux secteurs de l'économie, y compris les finances publiques, les hauts et bas salaires, le remboursement des prêts, et le payement de dividendes aux actionnaires. Si il y a suffisamment de biens et services produits grâce à cet effet de levier, tous les secteurs de l'économie peuvent obtenir une part raisonnable, et tous peuvent prospérer. S’il n'y a pas assez pour tout le monde, alors des déficits vont probablement apparaitre dans de nombreux secteurs de l'économie. Il deviendra sans doute difficile de trouver des emplois bien rémunérés. Les gouvernements auront probablement des difficultés à équilibrer leurs budgets. Ils devront peut-être réduire les taux d'intérêt, ou prendre d'autres mesures pour soutenir les entreprises. Même avec des taux d'intérêt plus bas, les risques de défauts deviendront un problème (voir l’article Why We Have an Oversupply of Almost Everything). L'ensemble de l'économie aura tendance à aller mal.
Dans leur article Accounting for Growth: The Role of Physical Role of Physical Work, Ayres et Warr fournissent une illustration de la façon dont un approvisionnement croissant en énergie bon marché peut conduire à une plus grande consommation de cette énergie, dans ce cas l’électricité.
Figure 4. Ayres et Warr prix et demande d’électricité (source : Accounting for Growth: The Role of Physical Role of Physical Work)
Il y a une raison logique pour laquelle la baisse des prix de l'énergie conduit à son utilisation croissante. Si une personne peut se permettre d'acheter, par exemple, 100$ d'énergie et que le coût est de 1$ par unité, elle achètera 100 unités. Si le coût est de 5$ par unité, elle ne pourra acheter que 20 unités d'énergie. Si c’est l’énergie qui permet la croissance de la production (en transportant des biens plus loin ou en faisant fonctionner une machine plus longtemps), alors un prix de l'énergie plus bas conduit à une consommation d’énergie plus élevée, qui elle-même entraine une croissance de la production. La valeur ajoutée produite est souvent partagée avec les travailleurs sous la forme de salaires plus élevés en contrepartie des "gains de productivité" (en fait liés à la mobilisation d’une énergie bon marché).
Concernant le coût de la production d'énergie, il y a deux moteurs tirant dans des directions contradictoires. Dans un sens, il y a les économies réalisées grace au progrès technologique. Dans l'autre, il y a la croissance des coûts d'extraction parce que les entreprises ont tendance à extraire la ressource la moins chère en premier. A mesure que les ressources les plus facilement accessibles s’épuisent, le coût d'extraction a tendance à augmenter. Nous pouvons voir sur la figure 2 que le prix du pétrole a connu un premier pic dans les années 1970. Après quelques «correctifs» temporaires (recul de la production d’électricité et du chauffage au fioul et mise en exploitation de nouvelles ressources en Alaska, au Mexique et dans la Mer du Nord), le problème a semblé résolu pour un moment. Il est réapparu au début des années 2000, et persiste aujourd’hui. Ainsi, la hausse des coûts d’extraction semble l’emporter. [1]
Au moment où les prix du pétrole ont grimpé, la Grèce et d'autres pays chez qui il représentait toujours une part importante du mix énergétique ont étaient handicapés parce que leurs produits ont eu tendance à devenir trop coûteux pour les consommateurs - leurs salaires ayant progressé moins vite que les coûts de l’énergie. Les touristes ne pouvaient plus s’offrir un billet d’avion ou une croisière, dont les prix sont corrélés à celui du pétrole. Et même lorsque les prix du pétrole ont chuté récemment, les compagnies aériennes n’ont pas réduit le prix des billets d'avion pour tenir compte de leurs économies. Comme les coûts liés à l’énergie ont augmenté, les coûts de fabrication ont également eu tendance à s’élever. Avec moins de tourisme et moins d’opportunités à l’export, le nombre d'emplois bien rémunérés s’est réduit. Sans suffisamment d'emplois bien rémunérés, la demande grecque en énergie de toutes sortes a chuté rapidement. (La demande reflète la quantité de biens qu’une personne veut et peut se permettre d’acheter. Les jeunes sans emploi vivent avec leurs parents, et donc n’achètent pas de nouvelles maisons ou de voitures, abaissant la consommation.)
Figure 5. Consommation d’énergie grecque par source (d’après BP Statistical Review of World Energy mondiale, 2015).
D'autres pays qui étaient en position de produire d'énormes quantités d'énergie bon marché ont pu continuer à croître. Le grand gagnant a été la Chine : elle a été capable d’augmenter rapidement et à bon compte ses approvisionnement en charbon après être entrée dans l'Organisation mondiale du commerce en 2001. Si la Grèce voulait augmenter sa production, elle devrait être en mesure de faire concurrence à la Chine et aux autres exportateurs.
Figure 6. Consommation d'énergie chinoise par source (d’après BP Statistical Review of World Energy mondiale, 2015).
3. Si l'alimentation en énergie est bon marché, peu importe qu’elle soit produite localement ou importée.
Si un pays est contraint d’utiliser une énergie couteuse, la produire localement est « moins mauvais » que d’avoir à l’importer mais ne suffit pas à résoudre le problème.
Si une offre croissante d'énergie bon marché est disponible, elle peut être utilisée pour tirer parti de la main-d'œuvre locale et fabriquer des produits compétitifs. Cela fonctionne bien, peu importe que l'énergie en question soit importée ou non. C’est justement parce que l’énergie importée "fonctionne" que de nombreuses nations insulaires (y compris Chypre et Puerto Rico) ont été en mesure de développer leurs économies en utilisant le pétrole comme énergie principale. Ces pays insulaires n'ont généralement pas accès au gaz naturel, sauf à importer à grand prix du GNL. Le charbon et le nucléaire sont aussi difficiles à utiliser, car les centrales sont généralement trop importantes pour être commodes sur une petite île. Le pétrole, lui, a fait le job, même lorsqu’il a fallu l’importer.
La Grèce comprend 227 îles habitées, elle est donc confrontée peu ou prou aux mêmes problèmes qu’un Etat insulaire. Lorsque le pétrole était bon marché, il offrait une solution facile. Il pouvait être utilisé pour la production d'électricité et pour de nombreux procédés qui nécessitent de la chaleur - cuisson, teinture de tissus, fabrication de briques et recyclage des métaux.
Si un pays utilise du pétrole importé, une fois que les cours augmentent il n’y a pratiquement rien à faire pour résoudre le problème. La dévaluation de la monnaie ne fonctionne pas, car cela augmenterait le prix du pétrole dans la nouvelle monnaie dévaluée. Par conséquent, les produits nationaux ne gagneraient pas en compétitivité même après la dévaluation. De plus, la dévaluation rendrait aussi plus chers d'autres produits énergétiques importés, comme le gaz naturel liquéfié et les panneaux solaires photovoltaïques.
"Une sortie de l'euro et une dévaluation ne resoudraient pas les problèmes énergétiques à l'origine de la crise grecque."
En ce qui concerne les énergies renouvelables déjà installées, les coûts de fonctionnement sont pour l’essentiel les paiements des emprunts contractés pour leurs installations. La façon dont une dévaluation influencerait ces payements dépend de la monnaie dans laquelle la dette est libellée. Si c’est dans la monnaie du pays, ils ne seront pas affectés (donc la dévaluation ne permettra pas de réduire les coûts). Si c’est dans une autre devise (comme le dollar ou l’euro), la dévaluation de la monnaie va augmenter le coût des énergies renouvelables, rendant les prêts plus difficiles à rembourser.
Même pour un pays exportateur comme l'Arabie Saoudite, un prix élevé du pétrole est un problème, pour plusieurs raisons:
Si l'exportateur de pétrole utilise une partie de son pétrole lui-même, le revenu qui aurait été généré par sa vente à l'étranger est perdu. Le gouvernement peut être en mesure d'acquérir du pétrole pour les coûts d'extraction, mais il perd le revenu supplémentaire qu'il gagnerait en le vendant à l'étranger. Ce chiffre d'affaires pourrait être utilisé pour financer des programmes gouvernementaux et de nouveaux investissements dans la production.
Les pays importateurs ont tendance à voir leur économie déprimée par une hausse des cours du pétrole, ce qui réduit leur demande. Ainsi, les exportations de pétrole baissent à leur tour.
Le prix du pétrole peut redescendre (et, en effet, il a déjà chuté et pourrait continuer) en raison de la faible demande. Avec des prix bas, il devient difficile pour les exportateurs de collecter suffisamment de revenus pour équilibrer leurs budget et développer de nouvelles ressources.
Si le prix du pétrole est élevé, il est "moins mauvais" qu’il soit produit localement plutôt qu’importé parce que les emplois liés à la production resteront dans le pays, ce qui est un avantage en soi. En cas de dévaluation, les coûts salariaux et les autres coûts locaux seront plus faibles, ce qui rendra l’énergie moins chère à produire. Malheureusement, les coûts de production (y compris les impôts indispensables pour le maintien des services publics) peuvent se retrouver au-dessus du cours mondial en raison de la demande déprimée.
4. La dette contribue à augmenter la demande de biens. Mais pour qu’elle soit remboursable, ces produits doivent être fabriqués avec une énergie bon marché.
S’endetter peut aider mais uniquement si cela permet de vendre dans de bonnes conditions plus de biens et de services sur le marché mondial. La Grèce a accumulé les dettes, mais n'a pas été en mesure de les utiliser pour créer des produits suffisamment bon marché pour être compétitifs.
La Chine n’a pas hésité à s’endetter pour financer les projets industriels et les logements qu’elle a bâtis grâce à son charbon. Il ne fait aucun doute que la croissance de la dette de la Chine a joué un rôle majeur dans l’accélération de la production de charbon. Maintenant, la consommation de charbon chinoise ralentit pour plusieurs raisons, notamment les surcapacités industrielles, la pollution et le coût élevé de l’extraction. Ce ralentissement de la consommation d'énergie entraine un ralentissement de la croissance économique, et pourrait même conduire à un crash brutal. La Grèce a vu sa dette croitre mais cela ne lui a pas permis d’accéder à de nouvelles sources d’énergie. Au lieu de cela, une grande partie de la dette grecque semble avoir servi au renflouement des banques. Cela ne nous dit pas vraiment quel est ou était le problème de son économie au début de la crise. Je soutiens cependant que le prix élevé de l’énergie rend difficile la production de biens ou de services capable de rivaliser sur le marché mondial, ce qui est au moins une partie du problème. Le résultat est que les entreprises, quelque soit l’utilisation qu’elles fassent des fonds empruntés, ne parviennent pas à être rentables.
Le gouvernement grec cherche à résoudre les problèmes du pays avec des programmes qui sont financés par la dette. Les subventions cachées semblent exister dans plusieurs entreprises publique du domaine de l’énergie : Public Power Corporation of Greece (le plus grand électricien du pays), Hellenic Petroleum, DEPA Natural Gas, et l’opérateur de réseau SMAIE. La privatisation de ces entreprises a été proposée pour en améliorer la gestion. Qu’elles soient ou non bien gérées actuellement, je pense qu’il leur sera très difficile de devenir rentables tout simplement en raison du prix de leurs productions et de la baisse de pouvoir d’achat des travailleurs. Ce problème est lié au coût élevé de leurs intrants.
Il y a eu quelques propositions pour tenter de réduire le prix de l’énergie, y compris la proposition d’une nouvelle centrale électrique au lignite. Il y a aussi un plan pour connecter quatre des îles au réseau électrique, de sorte qu’elles ne dépendraient plus de centrales au fioul. Même si ces projets sont mis en œuvre, il n’est pas évident que le prix de l’énergie puisse baisser suffisamment en Grèce pour produire des biens qui soient compétitifs sur le marché mondial. Une chose est par ailleurs certaine : les avions et les navires de croisière fonctionne au pétrole, pas à l’électricité ou au lignite, ils ne bénéficieront donc pas de ces projets. De mon point de vue, la dette de la Grèce doit être annulée. Il est impossible que le pays puisse changer son système et la rembourser mais la Grèce serait peut-être en mesure de supporter de nouveaux emprunts destinés à réduire le coût de son énergie.
Conclusion
La plupart des gens ne comprennent pas que l’économie mondiale repose sur une énergie à bas coût. Une énergie onéreuse ne peut pas la remplacer même si elle est "bas carbone" ou prétend disposer d’un EROEI (taux de retour énergétique) raisonnable. Notre économie est sensible aux prix et au cours, même si le débat actuel "politiquement correct" ne tient pas compte de ces questions.
Actuellement, nos économies ne peuvent pas non plus se passer d'approvisionnement en énergie. Les humains ne se sont jamais reposés uniquement sur leur énergie musculaire depuis l’âge des chasseurs-cueilleurs, lorsque nous avons appris à maitriser le feu : une énergie supplémentaire est toujours nécessaire. En fait, il semble que ce soit l'utilisation de grandes quantités d'énergie supplémentaire qui nous permette de soutenir une population mondiale de plus de 7 milliards de personnes.
Étant donné que l'économie mondiale fonctionne à l'énergie "pas chère", de nouvelles ressources en énergie chère, aussi vertes soient-elles, ne résout pas les problèmes financiers d'un pays. Au contraire, elles tendent à les aggraver. Il est impossible de produire des biens et services qui sont compétitifs sur le marché mondial avec une énergie onéreuse. En fait, il est peu probable qu’une énergie couteuse puisse générer des profits assez élevés pour soutenir notre système, c’est-à-dire payer des impôts suffisants pour entretenir les services publics indispensables, tels que les écoles et les routes. Lorsqu’elle est couteuse, l'énergie tend plutôt à absorber des subventions gouvernementales, à la fois pour construire les installations et pour aider les consommateurs à payer leurs factures.
La Grèce a manifestement beaucoup de problèmes en dehors du coût élevé de l'énergie, y compris des pensions excessives et des sociétés publiques inefficaces. Dans une certaine mesure, je pense que ces autres problèmes reflètent la difficulté de créer des produits susceptibles de rivaliser sur le marché mondial. Si leurs entreprises ne peuvent pas devenir compétitives dans l’économie mondiale, je peux comprendre pourquoi les gouvernants grecs tentent à tous prix de maintenir le système actuel, c’est-à-dire ajouter de la dette à la dette afin de maintenir le niveau trop élevés des salaire dans les entreprises publiques et des programmes de retraite trop généreux.
Un avantage de la Grèce est de disposer d’un climat relativement chaud et d’une bonne expérience lorsqu’il s’agit de faire plus avec peu d’énergie supplémentaire. La Grèce antique était connue pour sa philosophie, sa littérature et son théâtre, sa musique et sa danse, sa science et sa technologie et l’art et l'architecture. L’Europe du Nord, en raison de son climat froid, n'a pas pu faire grand-chose jusqu'à ce que la tourbe et le charbon lui apporte suffisamment d’énergie. Une fois qu’elle a eu accès à ce supplément d’énergie à bas prix, l'Europe du Nord a été en mesure de s'industrialiser, tandis que l'Europe du Sud restait à la traîne. Si à l’avenir l’utilisation d’énergie fossiles devenait plus difficile, peut-être que l'avantage reviendra à nouveau aux habitants des climats suffisamment chauds pour pouvoir pratiquement vivre sans énergie d'appoint.
Note: [1] La hausse des coûts de production du pétrole n’entraine pas nécessairement une hausse comparable de son prix. En effet, les cours sont tombés en dessous des coûts de production parce que ceux-ci sont désormais trop élevés par rapport aux salaires ce qui rend le pétrole inabordable. C’est un fait important, susceptible d’entrainer un effondrement du système. Voir par exemple mon post : Ten Reasons Why a Severe Drop in Oil Prices is a Problem.
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Illustration : By Andrew Ciscel (originally posted to Flickr as LaRouche supporters) [CC-BY-SA-2.0], via Wikimedia Commons