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Tuesday, May 20, 2014

Qui accueillera les COP23 et 24 Et où ont eu lieu les 22 précédentes

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Ça peut paraitre un peu anecdotique mais la question a agité la COP22 : qui organisera les prochaines conférences sur le climat ? Les pays réunis à Marrakech ne se sont pas bousculés pour accueillir le prochain sommet qui s'annonce, comme celui de cette année très technique, les vraies avancées arrivant plutôt en 2018.
Une solution a cependant finie par être trouvée et les organisateurs de la COP23 et de la COP24 ont été arrêtés par une décision adoptée le dernier jour de la conférence de Marrakech.


Près de la moitié des COP ont eu lieu en Europe


Mais avant de révéler les vainqueurs, il n'est pas inintéressant de regarder un peu en arrière : où se sont déroulées les COP précédentes ?
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Monday, March 17, 2014

Les Haïtiens ont ils été livrés au choléra pour préserver la pureté de leurs rivières

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Le 12  janvier 2010, Port-au-Prince est ravagé par un séisme. Le bilan est de plus de 230 000 morts, 300 000 blessés et 1,2 million de sans-abris. Il s'ensuit une forte mobilisation humanitaire, mais en octobre 2010 des cas de choléra sont découverts dans le nord de Port-au-Prince. L’épidémie, la première en plus d’un siècle à Haïti, se propage très rapidement, en un an elle touche un demi-million de personnes et fait 6631 morts. Il faudra plusieurs années pour en venir à bout.

Derrière cette histoire tragique se cache un scandale révélé par le groupe d’experts indépendants mandaté par l’ONU pour découvrir l'origine de l'épidémie : selon toute vraisemblance, le vibrion cholérique est parti d'un camp de la MINUSTAH à Mirebalais qui abritait un contingent de casques bleus népalais via la contamination d'un affluent de l'Artibonite par des matières fécales.


Choléra, javel et principe de précaution : un scandale dans le scandale ?


Est-ce tout ? Non, si on en croit un article publié en 2013 par le chimiste et vice-président de l’Académie des sciences Bernard Meunier et repris récemment par le sociologue Gerald Bronner pour justifier son opposition au principe de précaution.
D'après eux, le traitement de l'eau au chlore aurait permis d’arrêter l'épidémie mais il a été retardé par crainte de l'impact environnemental de ce procédé : "Principe de précaution oblige, nous dit M. Meunier, de nombreux “responsables”, entourés de bouteilles d’eau importées, ont voulu protéger les populations haïtiennes, qui n’avaient que les rivières contaminées comme seules sources d’eau, des dangers de l’eau de Javel et des produits chlorés". Et M. Bronner de renchérir : "il fallut attendre 5 000 morts et un article de la revue Science qui tirait la sonnette d’alarme, pour qu’on en revienne à des considérations sensées. On purifia les eaux avec de l’eau de Javel et l’épidémie s’interrompit".
Cette histoire a connu un certain succès, apparaissant dans Valeurs actuelles, Le Figaro... et sur des sites web liés à l'industrie chimique.

Mais tout ceci est faux, pur fantasme, pure propagande comme l'a établi le Monde. Les documents des agences de l'ONU (OMS, UNICEF...) et les rapports des ONG montrent que la chloration des eaux a été une des premières mesures mises en place pour tenter de juguler l'épidémie. Quand à l'article de la revue Science évoqué à l'appui de cette thèse, il ne fait tout simplement aucune mention de l'usage du chlore.


Les pauvres, caution pour s'en prendre à l'environnement


On pourrait développer sur les scientifiques dévoyés, ou peut-être juste paresseux, qui prêtent leurs noms à ce type de fables, mais ce n'est pas le sujet (si vous êtes déçu, vous pouvez continuer en lisant cet article). Ce qui m'intéresse ici, c'est plutôt ce que cet épisode dit des liens entre humanitaire et environnement.

Le premier constat c'est que les activités humanitaires, et d'une manière générale les conditions de vie dans les pays les moins avancés, peuvent devenir un terrain d'affrontement dans la bataille idéologique entre pro- et anti-environnement.

Ce n'est pas vraiment une surprise. J'avais déjà observé ce raisonnement dans un ouvrage de la même facture que ceux cités plus haut : protéger l'environnement ce serait condamner les pauvres à rester sous-développés.
Il m'avait semblé suffisamment remarquable pour que je lui donne un nom : l'argument de la lampe à pétrole, par analogie au retour à la bougie : "Si nous décidons de nous passer de nucléaire/gaz de schiste/charbon [rayez la mention inutile] nous condamnons les africains à ne jamais accéder à une énergie moderne". Cet argument est puissant parce qu'il met en conflit deux idées généreuses : protéger l'environnement vs. aider les plus défavorisés. Si on peut à la rigueur accepter des sacrifices pour soi-même, comment en imposer aux autres surtout parmi les plus pauvres ?

Dans cette perspective, il est logique de tenter de montrer une contradiction entre la satisfaction de besoins essentiels et immédiats (santé, nourriture, eau...) et la préservation de l'environnement.


Que nous apprend cet épisode sur les liens entre environnement et humanitaire ?

 
Même si en l’occurrence tout est faux, cette contradiction peut parfois exister. Elle oblige alors à des choix difficiles mais pas ceux auxquels pensent MM. Meunier et Bronner. Dans une situation d'urgence humanitaire, personne n'envisage de protéger l'environnement au détriment de l'humain. Mais il faut parfois prévenir des dégradations irréversibles de l'environnement (désertification, épuisement des acquières, pollution persistante...) pour assurer à long-terme la survie des populations et leur développement. Une chose doit être bien claire : les humanitaires protègent la nature uniquement dans la mesure où cela participe à la protection des populations.

Et ici le principe de précaution a sa place. Il est curieux que M. Bronner qui traite justement de ce principe ne s'attarde pas sur l'origine de l'épidémie. En déversant des eaux usées insuffisamment traitées dans une rivière et en ne s'assurant pas que les casques bleus népalais n’étaient pas porteurs du vibrion cholérique, l'ONU a manqué deux fois au principe de précaution et c'est la conjonction de ces deux manquements qui a conduit à l'épidémie.
Ce que cet épisode démontre, à l'exact opposé de la thèse de M. Bronner, c'est que dans un contexte de crise comme celui qui a suivi le séisme de 2010, l'application du principe de précaution est un devoir absolu. Pourquoi ? Parce que les systèmes d'alerte et de prévention sont désorganisés, les capacités de réponses déjà débordées, la population est dans une situation précaire et qu'une négligence qui aurait pu être bénigne en temps normale dévient vite dramatique.

Et je ne peux pas terminer sans relever la mention des "bouteilles d'eau importées", aparté de M. Meunier manifestement destinée à jeter l'opprobre sur le personnel humanitaire intervenu en Haïti. J'aimerais le rassurer à ce sujet : Action contre la Faim utilise des filtres en céramique pour traiter l'eau de boisson de ses expatriés. Il peut venir le constater par lui-même, si toutefois la vérification de ses sources lui laisse un peu de temps : je pense qu'un séjour dans un contexte d'urgence humanitaire lui apprendrait beaucoup.

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Crédit photo : By Oxfam East Africa (Flickr: An Oxfam cholera prevention float) [CC-BY-2.0], via Wikimedia Commons

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Tuesday, May 7, 2013

Journal de la COP21 intégral ces jours qui ont conduit à lAccord de Paris

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Entre le 3 et le 13 décembre, j'ai publié tous les matins à 9h un point des négociations sur le climat et un bref résumé des événements de la veille à la COP21. En voici la version intégrale avec juste quelques modifications destinées à éviter les répétitions...

Pour plus de détails sur le Conférence de Paris, vous pouvez également consulter :
  • Le dossier spécial COP21
  • Mon analyse détaillée de l'Accord de Paris


Jeudi 3 décembre


COP21 jour 4 : les négos climat sombrent-elles dans l'anecdotique ?La première semaine de la conférence est déjà à moitié derrière nous. Après l'agitation de premiers jours, ponctués de discours et d'annonces, on glisse doucement dans les pourparlers. Ces discussions complexes (et souvent derrière des portes closes) sont frustrantes pour tout le monde, sauf les diplomates qui semblent aimer ça. Pour un observateur distrait, elles peuvent même donner l'impression qu'il ne se passe plus grand chose et que la conférence s'enfonce dans l'anecdotique.
Nous sommes au contraire dans une phase décisive où il faut bâtir sur l'impulsion des premiers jours et effacer le maximum de points de blocage, un travail de fourmi qui conditionne ce qui va se passer la semaine prochaine.

Un projet de texte doit être remis à la présidence de la COP21 samedi 5 décembre, à midi. Pour que les ministres puissent travailler efficacement la semaine prochaine, il faudrait que le maximum de désaccords aient été éliminés d'ici-là. Compte-tenu du rythme actuel des négociations, il existe un risque que le texte de samedi soit encore trop inabouti... Mais il reste deux jours de travail : de nouveaux brouillons devraient être publiés ce soir et demain soir.

Ce qui reste en débat :

  • Le mécanisme de revoyure semble en bonne voie. Les engagements pris pendant la conférence de Paris ne suffiront sans doute pas de limiter le réchauffement de la planète à 2°C comme le souhaite la communauté internationale. Il faut donc prévoir les futures réunions qui permettront de prendre des engagements plus ambitieux. On s'oriente vers une révision tous les 5 ans à partir de 2020, les pays en développement souhaitent que les financements soient revus en même temps.
  • Quel objectif la communauté internationale va-t-elle se fixer à long-terme ? Cette question fait l'objet d'une querelle de wording : "Zéro émission" ? "Décarbonation de l'économie" ? "Neutralité climatique" ? Les discussions évoluent vers cette dernière (et très vague) formulation.
  • Dans les limbes : l'objectif de 1.5°C et les "pertes et dommages". Il s'agit de deux points qui tiennent particulièrement à coeur des pays les plus vulnérables : d'une part mentionner dans l'accord l'objectif de limiter la hausse de la température moyenne à 1.5°C entre le début de l'ère industrielle et la fin du XXIe siècle (même si cet objectif semble largement hors de portée), de l'autre obtenir une compensation pour les dommages subis à cause d'émissions de gaz à effet de serre dont ils ne sont pas responsables.

Ce qui semble acquis :

  • L'impulsion de début de conférence qui valide la stratégie adoptée par la France d'inviter les chefs d'Etat et de gouvernement le premier jour plutôt qu'à la fin.

Vendredi 4 décembre



Nous sommes déjà vendredi, les négociateurs sont au travail depuis presque une semaine... Hier, on pouvait croire que les discussions étaient en train de s'engourdir mais voilà le première montée d'adrénaline de cette COP : un projet de texte doit être remis demain à midi à la présidence. S'il reste en l'état, long et indécis (le dernier brouillon comptait 50 pages et 1412 crochets !), les ministres qui arrivent la semaine prochaine risquent de s'enliser dans d'interminables querelles... et on voit déjà le spectre de Copenhague pointer le bout de son nez.
Si, au contraire, les négociateurs parviennent à un texte simplifié dans les prochaines 24 heures, alors l'accord historique qu'on nous a promis sera en vue.

Une nouvelle organisation a été mise en place hier avec moins de "spin-off group", les groupes travaillant en parallèle sur des questions précises. Il faudra encore attendre un peu pour savoir si elle est efficace : le prochain brouillon du texte est attendu dans la matinée, il sera être accompagné d'une proposition de consensus proposé par les co-présidents et les facilitateurs.
Le même processus se répétera aujourd'hui : spin-off groups dans la journée puis synthèse dans la soirée et la nuit, pour aboutir avant la date limite de samedi.


Samedi 5 décembre


Hier, je vous promettais la première montée d'adrénaline de cette COP... Après les discours de lundi et l'enthousiasme exceptionnel des premiers jours, les discussions s'étaient tendues en milieu de semaine. On craignait déjà l'enlisement quand le premier coup de théâtre de la conférence a eu lieu. Et il est positif : d'un seul coup, la moitié des incertitudes ont été éliminées du projet d'accord !
Dans quelques heures, la première semaine de négociation se refermera par la remise du texte à la présidence. On pourra sans doute la considérer comme un succès. Peut-être est-ce trop tôt, mais j'ai aussi l'impression que cette COP ne ressemblera à aucune de celles qui ont précédé. Touchons du bois...

Hier matin, deux nouveaux textes ont été publiés : celui issu des négociations de la veille, dans lequel il y avait un peu moins de pages qu'avant (46 contre 50) mais toujours autant de passages entre crochets (1400), et une proposition de compromis mise au point par les co-présidents avec "seulement" 38 pages et 750 crochets. Dans l'après-midi, à l'initiative du G77+Chine, ce deuxième texte a été accepté comme base de discussion. Belle accélération : En 24h, la moitié des incertitudes ont ainsi été éliminées !
Ce coup de théatre oblige aussi les réfractaires à sortir du bois. Sans surprise, il s'agit des pays pétroliers, en particulier de l'Arabie Saoudite et du Vénézuela, qui tentent de plus en plus ouvertement de réduire l'ambition de l'accord et de ralentir les négociations.

Les travaux se sont poursuivis cette nuit et un nouveau projet doit être remis à la présidence aujourd'hui à midi.

Dimanche 6 décembre


Si nous récapitulions cette première semaine ?
  • Un début en fanfare : plus de 150 chefs d'Etat qui appellent à l'action, avec aussi quelques annonces intéressantes.
  • Un coup de théatre : en milieu de semaine, les négociations se tendente et les progrès sont très lent. Mais vendredi, les pays perviennent à s'entendre sur une proposition de compromis qui marque une brusque accélération.
  • Un objectif relativement atteint : le projet d'accord bien abouti a été remis dans les temps.
Maintenant, ce sont les ministres qui vont entrer en scène. A eux de réduire les derniers points problématiques...

L'objectif est désormais de parvenir à un texte définitif pour jeudi 10 au matin, ce qui laissera environ 36h pour les traductions et les vérifications juridiques. L'adoption devrait avoir lieu vendredi 11 au soir.
Ensuite, le texte devra être ratifié par chaque signataire selon la procédure en prévue par son droit national. L'accord de Paris devrait entrer en vigueur en 2020.

Ce qui coince encore :

  • La différenciation s'annonce comme un point dur de la seconde semaine. Ce principe, inscrit dans la Convention Climat de 1992, veut que certains pays listés dans l'Annexe I (Europe, Amérique du Nord, Japon, Australie... ) aient une responsabilité historique et portent l'essentiel des efforts. Aujourd'hui, les participants se divisent entre ceux qui en défendent une interprétation stricte du texte de 92 et ceux qui veulent assouplir ce principe pour l'adapter aux évolutions du monde depuis 20 ans. (rappelons qu'aujourd'hui un Chinois moyen émet plus de gaz à effet de serre plus qu'un Français et que le salaire minimum en Chine est supérieur à celui de certains pays européens).
  • Les questions financières, très liées au point précédent, restent aussi largement en suspens. En particulier les pertes et dommages, c'est-à-dire les compensations réclamées par certains pays qui souffrent d'un phénomène dont ils ne sont pas responsables.
  • L'objectif de long-terme ("Zéro émission" ? "Décarbonation de l'économie" ? "Neutralité climatique" ?) reste en débat. La mention de l'objectif de l'objectif de 1.5°C, réclamé par les pays les plus vulnérables même si il n'est plus atteignable, pose également problème.

Ce qui semble acquis à ce stade :

  • La révision tous les 5 ans des engagements d'émissions est en bonne voie. Ce point est capital : les engagements pris pendant la conférence de Paris ne suffiront sans doute pas de limiter le réchauffement de la planète à 2°C comme le souhaite la communauté internationale, il faut donc d'ores-et-déjà prévoir les futures réunions qui permettront de prendre des engagements plus ambitieux. Par contre, les détails restent à régler : quand aura lieu la première révision ? Les objectifs financiers seront-ils revus en même temps que les objectifs d'émission ?
  • L'impulsion de début de conférence qui valide la stratégie adoptée par la France d'inviter les chefs d'Etat et de gouvernement le premier jour plutôt qu'à la fin.

 

Lundi 7 décembre


Dans sa bulle extraterritoriale du Bourget, très loin de l'agitation politicienne du premier tour des régionales, la COP21 continue... Elle entre dans son "segment de haut niveau", la seconde semaine pendant laquelle les négociateurs sont rejoints par leurs ministres.
Lors des COP précédentes, cette phase a rarement conduit à des progrès sur le fond : apparemment, les politiques préfèrent débattre sur la forme et s'aligner sur le plus petit dénominateur commun pour le reste... A leur décharge, lors des COP précédentes, les ministres trouvaient généralement des négociations déjà bien embourbées avec des textes qui faisaient souvent plus de 150 pages. Est-ce que les choses peuvent se passer différemment à Paris après une bonne première semaine et avec un projet d'accord qui ne fait qu'une vingtaine de pages ?

Mardi 8 décembre


Aujourd'hui, c'est le jour des hasards de calendrier. D'abord le 8 décembre est la journée mondiale du climat, ce qui tombe plutôt a propos.
Ensuite Ecofin, le conseil des ministres des finances de l'Union Européenne, se tient à Bruxelles... Précisément au moment où les négociations climatiques achoppent sur la question des financements. Une annonce des ministres européens pourrait aider à débloquer la situation : la taxe sur les transactions financières, dont la France veut faire une des sources de financement du Fond Vert pour le Climat, est justement au sujet de cette réunion.

On reproche souvent aux négociations sur le climat d'être trop isolées des autres discussions internationales. Pour une fois, le calendrier est favorable, reste à voir si les européens saisiront cette occasion de joindre les actes à la parole.

Les ministres ont eu, hier matin, l'occasion de s'exprimer comme l'avaient fait les chefs d'Etat la semaine dernière. Ensuite, une nouvelle organisation s'est mise en place avec des consultations sur quatres sujets précis : les moyens (financements, transferts de technologie...), la différenciation, les ambitions (notamment l'objectif de long-terme et le mécanisme de revoyure) et les actions pré-2020. Chacune de ces discussions est animée par un binome de ministres (un du Nord, un du Sud).
Ils ont présenté leurs premiers rapports hier soir au "Comité de Paris", un groupe informel dont la tâche est de préparer le texte final. Cette première réunion a abouti... au lancement de plus de consultations (sur le préambule, l'adaptation, les forêts...).

Mercredi 9 décembre


Il reste désormais à peine plus de 24h pour trouver accord. Les minutes sont comptées, et pourtant tout semble aller si lentement ! Pendant cette deuxième semaine, les discussions se font aussi plus discrètes. Si peu d'informations filtrent qu'on ne sait plus très bien si une crise couve en coulisse ou si au contraire un compromis est sur le point d'être trouvé... Dans l'incertitude, beaucoup d'observateurs commencent à craindre un accord sans envergure - et il faut bien reconnaitre que l'expérience des 20 COP précédentes n'incite pas l'optimisme.
Nous approchons du paroxysme de cette conférence. Et on se sent partagé entre l'envie de conclure et la crainte de voir apparaître un texte minimal. Encore quelques heures de suspense.

Les "facilitateurs" chargés des consultations sur les sujets qui restent en débat ont fait leur rapport au Comité de Paris hier en fin d'après-midi. Et nombre d'entre-eux semblent piétiner, c'est notamment le cas pour les pertes et dommages et la différentiation.
La présidence de la COP a cependant annoncé un nouveau texte pour aujourd'hui 13h (on imagine qu'ils n'ont pas beaucoup dormi cette nuit) et une réunion du Comité de Paris à 17h. L'objectif est toujours de parvenir à un texte définitif demain pour une adoption vendredi soir au plus tard.


Jeudi 10 décembre


"Votre texte est équilibré, la preuve : personne n'est content." Le délégué malais a parfaitement résumé la journée (et surtout la soirée) d'hier. Un nouveau texte a été présenté dans l'après-midi, il a été accepté comme base de négociation mais...
En fait le texte d'hier parvient à faire consensus en laissant ouvertes des options radicalement opposées. Résultat : l'accord reste encore très indécis, il peut être à la hauteur si les options ambitieuses sont choisies mais tout peut aussi s'effondrer dans les prochaines heures...


Normalement, le texte définitif de l'accord de Paris devrait être publié aujourd'hui. Sauf coup de théatre, ce ne sera pas le cas. Par conséquent, l'adoption formelle du texte, qui était prévue pour demain soir, risque aussi d'être retardée.
Un nouveau brouillon a été publié aujourd'hui, la version précédente datait déjà de samedi... une éternité. On ne peut pas nier que des progrès ont été faits. L'accord lui-même (hors décisions et annexes) est passé de 20 à 14 pages avec 200 passages entre crochets contre près de 500 dans la version précédente. Mais lorsqu'on regarde en détail, le texte reste très ouvert : sur les points cruciaux des options volontaristes cohabitent encore avec d'autres sans envergure.

Vendredi 11 décembre


Ambiance gueule de bois ce matin...
Hier dans la soirée un nouveau projet de texte a été publié. Le nombre d'options avait été radicalement réduit (il ne restait plus qu'une quarantaine de passages entre crochets) tout en préservant l'essentiel de l'ambition... Un accord satisfaisant semblait réellement à portée de main aujourd'hui.
Mais au lieu de régler les derniers détails, les consultations de la nuit ont réouverts des points qui semblaient acquis. Plusieurs pays ont donné l'impression de rehausser leurs exigences.
La nuit a été longue et difficile mais je crois que rien d'irréversible n'a été commis. Un accord reste possible, au plus tôt samedi.

La réunion du Comité de Paris, mercredi soir, a donné à une longue série de prises de parole (une cinquantaine de pays pendant près de 3h). Les discussions se sont poursuivies sur un format réduit (ou Indaba) pendant la nuit de mercredi à jeudi.
Elles ont abouti à un nouveau projet d'accord, présenté hier soir à 21h. Ce texte semblait pratiquement finalisé avec seulement 48 passages entre crochets (contre ~400 avant-hier) et 18 options (contre 83 dans la précédente version). Malgré l'effort de synthèse, les points essentiels du projet avait été préservés.

En particulier, ce qui semblait acquis dans le texte d'hier :

  • Un objectif "bien en dessous de 2°C" avec une mention du seuil de 1.5°C : depuis la conférence de Copenhague, l'objectif officiel de la communauté internationale est de limiter la hausse de la température moyenne à 2°C entre le début de l'ère industrielle et la fin du XXIe siècle. Mais les pays les plus vulnérables réclament une limite plus basse à 1.5°C, la formulation retenue est entre les deux et évite sagement de fixer un objectif de température irréaliste.
  • Un objectif de long-terme relativement ambitieux : Pic des émissions dès que possible suivie d'une réduction rapide pour arriver à la "neutralité des émissions de gaz à effet de serre" dans la seconde moitié du XXIe siècle.
  • La révision des engagements tous les 5 ans à partir de 2023. Ce point est capital : les engagements pris pendant la conférence de Paris ne suffiront sans doute pas à limiter le réchauffement de la planète à 2°C comme le souhaite la communauté internationale, il faut donc d'ores-et-déjà prévoir les futures réunions qui permettront de prendre des engagements plus ambitieux. Certaines parties (dont l'Union Européenne) souhaitaient une première révision plus tôt.

Cinq points importants restaient en suspens :

  • Le mécanisme de flexibilité de l'article 3ter : cet article pourrait créer un système de marché des permis d'émissions comparable à celui qui existait dans le protocole de Kyoto. Les propositions qui restent sur le table comprennent un mécanisme portant uniquement sur les émissions de gaz à effet de serre ou un système plus large, réservés ou non aux pays en développement...
  • Les pertes et dommages, c'est-à-dire les compensations demandées par les pays en développement qui souffrent du changement climatique aux pays industrialisés (art. 5). Trois grandes options restent ouvertes : une simple déclaration de principe, un nouveau mécanisme ou la continuation du mécanisme existant, crée lors de la COP19 de Varsovie.
  • Une guerre de wording fait rage sur les financements destinés aux pays en développement (art. 6) :  doivent-ils être nouveaux, additionnels, adéquates, prévisibles, accessibles, durables et/ou renforcés ?
  • La définition de cas particuliers pour certains groupes de pays : les États insulaire, les pays les moins avancés et/ou les pays africains pourraient bénéficier d'un régime de faveur (obligations réduites, accès facilité aux financements...). Ces options se retrouvent dans de nombreux passages du projet d'accord (articles 3, 4, 6...), il s'agit d'une façon de contourner l'intransigeance des pays émergents sur la différentiation.
  • Les conditions d'entrée en vigueur de l'accord restent indécises (art. 18). Quelles proportion des émissions doivent représenter les pays qui ont ratifié l'accord pour qu'il entre en vigueur (55%, 70%...) ? Si ce seuil est atteint, l'accord pourra-t-il entrer en vigueur avant 2020 ? Le sujet n'est pas anecdotique : un seuil élevé donne un quasi droit de veto aux gros émetteurs... On se souvient que c'est ce qui avait retardé l'entrée en vigueur du Protocole de Kyoto jusqu'en 2005.
La présentation de ce texte a été suivie d'une nuit de consultation (de 23h30 à 5h30 !) au cours de laquelle beaucoup de points ont été remis en discussion. Ce matin, il est difficile de dire à quel point le texte d'hier va devoir être réécrit...
La prochaine version sera présentée demain 9h. Ce sera normalement la dernière et elle sera proposée directement à l'adoption samedi. La COP21 peut s'écrouler à ce moment-là, avec comme cas le plus extrême une fin de la conférence sans accord si le texte présenté ne parvient pas à recueillir l'unanimité, mais une issue positive reste possible...
Les discussions des prochaines 24h vont être décisives mais discrètes : nous ne saurons où nous en sommes que demain au réveil.


Samedi 12 décembre


Grosse fatigue...
Le projet d'accord publié jeudi soir représentait un réel progrès : le nombre d'options avait été radicalement réduit (seulement une quarantaine de passages restaient entre crochets) tout en préservant l'essentiel de l'ambition, mais au lieu de régler les derniers détails, les consultations de la nuit ont taillé en pièces cette proposition.
Les consultations ont continué en bilatéral toute la journée d'hier mais rien ou presque n'a filtré. C'est extrêmement frustrant : ce que nous vivons est, au moins, l'équivalent diplomatique d'une finale de coupe du monde. Et on nous fait attendre le score final, sans le son ni l'image...

De nombreuses discussions bilatérales ont eu lieu vendredi, elles auront sans doute été décisives mais nous n'en savons rien... Les quelques ministres aux traits tirés qui se sont aventurés à donner une conférence de presse sont restés énigmatiques. Nous ne saurons où nous en sommes que samedi à 11h30, lorsque le texte sera présenté au Comité de Paris. Le Comité de Paris n'étant qu'un groupe informel de consultation, il faudra ensuite une réunion de la COP (qui n'est pas encore annoncé à l'heure actuelle) pour l'adopter formellement. Dans le meillleur des cas, on peut espérer que la COP21 se terminera avec l'Accord de Paris dans l'après-midi.


Dimanche 13 décembre


C'est fait !
Le texte final de ce qui est désormais l'Accord de Paris a été publié peu après 13h30 samedi, il était en réalité très proche de la version précédente. Une dernière réunion du Comité de Paris a été programmée à 14h45, reculée à 18h30 pour ne commencer finalement que vers 20h15. Tout est allé extremement vite ensuite et l'Accord a été formellement adopté peu après 20h30.

Il reste évidemment beaucoup de travail... Pour analyser le texte final de l'Accord de Paris, pour le préciser et le rendre opérationnel lors des prochaines conférences sur le climat, pour le ratifier, et bien sur pour traduire en actes, en décisions politiques ou en choix industriels ce qui n'est encore qu'une série de promesses... Mais quelles promesses ! Le premier accord international sur le climat depuis presque 20 ans, sans doute le plus ambitieux jamais adopté !
Comme l'a dit la ministre sud-africaine de l'environnement hier soir : Aujourd'hui, prenons le temps de mesurer le chemin parcouru et de profiter de l'instant. Mais dès demain, il faudra se remettre en route...

Publié le 3 décembre 2015 par Thibault Laconde, dernière mise à jour le 13 décembre 2015


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