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Monday, September 19, 2016

80 mots expressions et acronymes pour comprendre les négociations climatiques et les COP

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Vocabulaire, expression, acronymes sur le changement climatique et la COP21"Les INDC sont un bon signe pour la COP mais ça ne veut pas dire que le groupe parapluie et le G77+Chine accepteront d'en faire des QELROs, pour l'instant tout ça reste entre crochets." Vous suivez ?
Si vous vous intéressez aux négociations internationales sur le climat, vous vous êtes sans doute déjà gratté la tête devant ce type de propos ésotériques. Il n'y a pourtant rien de bien secret là dedans : il suffit de connaître les acronymes et les expressions employées par les négociateurs pour que tout s'éclaire...

D'où l'intérêt d'un bon glossaire !

Accès rapide :
A - B - C - D - E - F - G - H - I - J - K - L - M - N - O - P - Q - R - S - T - U - V - W - X - Y - Z

(Tous les mots en italique dans cet article font l'objet d'une entrée dans le lexique)

A


AAU  (Assigned Amount Unit) - Une AAU est un permis d'émission négociable attribué à un État dans le cadre du Protocole de Kyoto. A la fin d'une période d'engagement, chaque État doit posséder autant d'AAU qu'il a émis de tonnes équivalent CO2 de gaz à effet de serre, s'il en possède plus il peut les vendre, s'il lui en manque il peut en acheter ou en obtenir via les mécanismes de flexibilité (MOC et MDP). Ne pas confondre avec EUA, CER ou ERU.

Adaptation - L'adaptation désigne l'ensemble des actions, individuelles ou collectives, qui ont pour effet de réduire la vulnérabilité d'une communauté au changement climatique (par opposition à l'atténuation qui vise à réduire l'ampleur du phénomène lui-même).

Additionalité - Une action est dite additionnelle par rapport à un mécanisme si elle n'aurait pas pu avoir lieu sans recours à ce mécanisme. L'additionnalité est une condition centrale dans l'attribution de crédit-carbone que ce soit des CER, des ERU ou des opérations de compensation volontaire. Par exemple, un projet de réduction des émissions mené dans le cadre du MDP doit démontrer qu'il n'aurait pas pu atteindre l'équilibre financier sans la revente des CER. Le terme est parfois aussi utilisé dans le domaine de l'aide publique au développement, dans ce cas il est tout simplement synonyme de nouveaux financements (par opposition à la réaffectation d'un budget déjà prévu).

Annexe I - L'annexe 1 de la Convention-Climat liste les pays considérés comme développés. Ils sont au nombre de 42 (+ l'UE) dont les pays industrialisés et les "économies en transition".Cette liste est centrale dans l'application du principe de responsabilité commune mais différenciée (ou CBDR).

Annexe II - L'annexe II regroupe les 23 pays de l'annexe I également membres de l'OCDE (+ l'UE). Ces pays dit "industrialisés" sont supposés aider les autres à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre et à s'adapter au changement climatique.

Annexe B - L'annexe B est composée des pays de l'annexe I auxquels ont été attribués des objectifs d'émissions dans le cadre de la première ou de la deuxième période d'engagement du protocole de Kyoto.

AOSIS (Alliance of Small Island States, Alliance des petits États Insulaires) - Coalition de 44 pays insulaires ou côtiers très exposés aux effets du changement climatique. Ce groupe est très actif pour réclamer un accord ambitieux notamment en matière d'atténuation et de pertes et dommages. Les pays de l'AOSIS sont également membres du G77 mais ils s'en distinguent régulièrement par un discours plus volontariste.

APA (Ad Hoc Working Group on the Paris Agreement) - Groupe de travail spécial chargé de préparer la mise en œuvre de l'Accord de Paris. Il doit terminer ses travaux en 2018.

APD (aide publique au développement) - Dons et prêts à conditions préférentielles versés par les pays développés aux pays en développement. L'APD est un moyen à la disposition des pays de l'annexe II pour s'acquiter de leur obligation d'aider les pays en développement dans leurs efforts d'adaptation au changement climatique mais les aides dans ce domaines sont rarement additionnelles.

Atténuation - L'atténuation ("mitigation" en anglais) regroupe l'ensemble des actions qui visent à réduire l'ampleur du changement climatique, c'est-à-dire à contrôler des émissions de gaz à effet de serre (par opposition à l'adaptation qui cherche à réduire la vulnérabilité).

AWG-ADP (Ad-hoc working group on the Durban Platform for enhanced action) - Groupe de travail établi lors de la conférence de Durban (COP17) pour préparer l'Accord de Paris.

B


BINGO - Près de 2000 organisations non-gouvernementales sont accréditées pour participer aux COP/CMP. Elles sont réparties par collectifs, le collectif BINGO regroupe les entreprises et leurs groupements. L'Union internationale des chemins de fer, l'Organisation internationale des constructeurs d'automobiles ou la Chambre de commerce internationale sont quelques-unes de organisations françaises au sein de ce collectif. Aujourd'hui, 15% environ des organisations accréditées pour les conférences de l'ONU appartiennent au collectif BINGO.

C


CBDR (Common but differenciated responsability, responsabilité commune mais différenciée) - Principe inscrit dans la Convention-Climat selon lequel les pays développés ont une responsabilité plus importante dans le réchauffement climatique et doivent fournir plus d'efforts pour résoudre le problème. Ce principe est à l'origine de la distinction entre pays de l'annexe I et pays hors-annexe I. (Pour plus de détails voir cet article)

CCNUCC (Convention cadre des Nations Unies sur le changement climatique, ou simplement Convention-climat) - voir UNFCCC

CCS (Carbon capture and storage, capture et stockage du carbone) - Technologies destinées à atténuer le changement climatique en captant le CO2 en sortie des installations industrielles puis en le séquestrant, généralement dans un réservoir souterrain. Ces technologies sont loin d'être matures mais laissent espérer une solution au changement climatique ne nécessitant pas de modifier significativement notre consommation d'énergie et donc nos modes de vie.

CER (Certified emission reduction) - Permis d'émission négociable d'une tonne équivalent CO2 produit grâce au MDP, c'est-à-dire en finançant un projet de réduction des émissions de gaz à effet de serre dans un pays hors-annexe I. Un CER peut être échangé contre une AAU et permettre à un pays de l'annexe B de remplir ses engagements. Certains CER (les "Green CER") peuvent aussi être échangés contre des EUA et utilisés sur le marché du carbone européen. Ne pas confondre avec AAU, EUA, ou ERU.

CH4 - Formule chimique du méthane (ou "gaz naturel"). Le CH4 est à la fois un combustible et un gaz à effet de serre avec un PRG à 100 ans 28 fois supérieur au dioxyde de carbone. Il fait partie des gaz visés par le Protocole de Kyoto. Il est rejeté essentiellement par les fuites des installations gazières et par l'agriculture.

CMA (COP serving as Meeting of the Parties to the Paris Agreement) - Réunion annuelle des parties à l'Accord de Paris. Elle se tient en même temps que la COP bien que formellement distincte. Les pays qui n'ont pas encore ratifié l'Accord de Paris (par exemple la Russie, l'Australie ou la Grande Bretagne) ne participent pas aux CMA. La première CMA (ou CMA1) aura lieu lors de la COP22 de Marrakech.

CMP (COP serving as Meeting of the Parties to the Kyoto Protocol) - Réunion annuelle des parties au Protocole de Kyoto. Bien que formellement distinctes, les CMP ont lieu en même temps que les COP. Les pays qui n'adhèrent pas au protocole de Kyoto (notamment les Etats-Unis et le Canada) ne participent pas aux CMP même si ils sont étroitement associés. La conférence de Paris sur le Climat était la 11e CMP et la 21e COP, d'où l'appellation COP21/CMP11. On rencontre parfois l'acronyme MOP (Meeting of the Parties).

CO2 - Formule chimique du dioxyde de carbone. C'est le principal gaz à effet de serre d'origine humaine, il est produit notamment par la combustion d'énergies fossiles, la réaction de calcification dans les cimenteries et la déforestation. Il fait partie des gaz visés par le protocole de Kyoto.

Co-bénéfice - On parle de co-bénéfice lorsqu'un projet produit des effets positifs en plus de son objectif principal. Cette notion est souvent utilisée pour "climatiser" l'aide au développement (APD) mais par définition ces projets ne sont pas additionnels (ex : la construction d'un barrage hydroélectrique peut produire un co-bénéfice en matière d'adaptation si elle permet de mieux gérer la ressource en eau et de faire face à des sécheresses plus longues).

Compensation - Transfert d'une réduction d'émission entre deux personnes ou deux projets en général contre paiement. Le principe de la compensation a donné naissance aux marchés volontaires du carbone (voir cette histoire de la compensation carbone).

COP (Conference of the Parties) - Réunion annuelles des parties à l'UNFCCC. La Conférence de Paris sur le Climat était la 21e COP, ou COP21.

Convention-Climat - voir UNFCCC 

Crochétiser (bracketing) - voir entre crochets

D


Décision - Accord entre les parties à l'UNFCCC ou au Protocole de Kyoto, adopté respectivement dans une COP ou une CMP. Les décisions sont juridiquement contraignantes.

Différentiation - voir CBDR

E


EIT (Economy in transition, Économie en transition) - Anciens pays soviétiques de l'Annexe I.

ENGO - Près de 2000 organisations non-gouvernementales sont accréditées pour participer aux COP/CMP. Elles sont réparties par collectifs, le collectif ENGO regroupe les organisations de protection de l'environnement (par exemple Greenpeace ou le WWF). C'est, de loin, le plus nombreux : il représente environ 42% des organisations accréditées pour la COP21.

Émissions négatives (Négative emissions) - Gaz à effet de serre retirés de l'atmosphère par des méthodes écologiques (reforestation, gestion des sols...) ou technologiques. L'objectif de zéro émission nette fixé par l'Accord de Paris suppose le développement de ces filières. A ne pas confondre avec la CCS qui consiste à capter les gaz à effet de serre avant leur rejet dans l'atmosphère ou avec la compensation. Pour plus de détails consulter cette interview.

EnR (Énergie renouvelables) - Technologies permettant de produire de l'énergie sans consommer une ressource finie, en particulier sans énergie fossile ou combustible nucléaire.

Entre crochets - Lors des négociations climatiques, les points non-validés ou les variantes figurent entre crochets (par exemple, vous pouvez occuper 200 négociateurs pendant une journée entière en leur soumettant la phrase suivante : "We [shall] [should] do something"). Moins il y a de crochets, plus l'accord est proche...

Équivalent CO2 - Le calcul des PRG permet d'établir des équivalences entre gaz à effet de serre et d'exprimer l'ensemble des émissions par la quantité de CO2 qui aurait le même effet sur le climat à un horizon de temps fixé (en général un siècle). Par exemple, une tonne de méthane a un PRG à 100 ans de 25, donc une tonne de méthane "vaut" 25 tonnes équivalent CO2 (ou 21 TeqCO2).

ERU (Emission Reduction Unit) - Permis d'émission négociable d'une tonne équivalent CO2 produit grâce à la MOC, c'est-à-dire en finançant un projet de réduction des émissions de gaz à effet de serre dans une économie en transition. Une ERU peut être échangée contre une AAU et permettre à un pays de l'annexe B de remplir ses engagements. Ne pas confondre avec AAU, EUA, ou CER.

ETS (European Trading Scheme) - Marché du carbone européen.

EUA (EU Allowance) - Permis d'émission d'une tonne équivalent CO2 utilisable dans le cadre du marché du carbone européen. Les EUA sont soit attribuées à titre gratuit aux entreprises concernées soit mises aux enchères. A la fin de la période, chaque entreprise doit présenter un nombre d'EUA correspondant à ses émissions de gaz à effet de serre, si elle en possède plus elle peut les vendre, s'il lui en manque elle peut en acheter, convertir des Green CER ou payer une amende. Ne pas confondre avec AAU, CER ou ERU.

F


Facilitateur - Négociateur chargé par le président de la conférence de consulter les différentes parties (généralement sur un sujet précis) puis de lui faire une proposition de consensus. Dans les COP, les facilitateurs travaillent généralement en binome, l'un issu d'un pays industrialisé, l'autre d'un pays en développement.

Fonds vert pour le climat (en anglais, Green Climate Fund) - Mécanisme financier crée lors de la COP16 de Cancun et rattaché à l'UNFCCC. Il a pour objectif de financer les projets d'atténuation et d'adaptation des pays en développement grâce aux fonds versés par les pays développés. Le montant et l'origine exacts des financements destinés au Fonds Vert restent débattus. Son siège se trouve à Songdo en Corée du Sud.

Fuite de carbone - Il s'agit des émissions qui se déplacent d'un pays de l'annexe B vers un pays dont les émissions ne sont pas limitées par le protocole de Kyoto, par exemple si le marché du carbone européen conduit des entreprises à délocaliser leurs activités polluantes vers la Chine ou l'Inde.

G


G77 + Chine - Groupe des pays en développement, il a été crée en 1964 par 77 pays, d'où son nom, mais en compte aujourd'hui plus de 130 dont la quasi-totalité des pays africains, sud-américains et asiatiques. C'est une coalition assez lâche avec des intérêts divergents notamment entre les pays les moins avancés ou l'AOSIS et les pays émergents.

GES (Gaz à effet de serre) - Gaz capable d'intercepter une partie du rayonnement infrarouge émis par la surface terrestre, et ainsi de réchauffer l'atmosphère. Le protocole de Kyoto a pour objectif de réguler les émissions de certains gaz à effet de serre dont le CO2, le CH4, le N2O, des HFC et le SF6, il existe d'autres notamment l'ozone et la vapeur d'eau.

GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) - Organe international crée en 1988 par l'Organisation météorologique mondiale et le Programme des Nations Unies pour l'Environnement afin de fournir une information scientifique pertinente aux gouvernements. Co-Prix Nobel de la Paix en 2007.

GHG (Greenhouse gases) - Voir GES

Groupe de l'intégrité environnementale - Coalition comprenant le Mexique, la Corée du Sud et la Suisse, elle se donne pour objectif de faciliter le dialogue entre pays riches et pays en développement.

Groupe parapluie - Coalition informelle regroupant en général les États-Unis, le Japon, la Russie, l’Australie, le Canada, l’Islande, la Nouvelle Zélande, la Norvège, et l’Ukraine. Il a pris la suite du JUSSCANNZ après le sommet de Kyoto. Pourquoi "groupe parapluie" ? Parce que tous les autres noms cool étaient déjà pris.

H


HFC (hydrofluorocarbure) - Famille de gaz qui a progressivement remplacé les CFC lorsque leur effet sur la couche d'ozone a été découvert. Les HFC ne présentent pas d'effet négatif pour l'ozone stratosphérique mais sont des gaz à effet de serre très puissants (avec un PRG parfois supérieur 1000).

High Ambition Coalition - Coalition en faveur d'un accord ambitieux formée dans les mois qui ont précédé la COP21. Elle compte une centaine de pays, notamment issus du G77 et de l'UE, et a été rejointe par le Brésil et les États-Unis pendant le sommet. Elle a été très active pour obtenir un accord juridiquement contraignant, une révision tous les 5 ans des engagements et l'objectif à long terme de zéro émission nette.

Hors-annexe I - Pays réputés en développement et ne figurant pas à l'annexe I de l'UNFCCC. Certains pays hors-annexe I ont un PIB par habitant supérieur à celui de pays de l'annexe I.

Hot air - Nom donné aux AAU excédentaires attribuées aux économies en transition dans le cadre du Protocole de Kyoto : en raison de la crise économique qui a suivi l'effondrement de l'URSS, les ex-pays soviétiques ont vu leurs émissions de gaz à effet de serre baisser rapidement et ont facilement atteint et dépassé leurs objectifs de réduction. Les AAU étant négociables, ils ont pu revendre leurs quotas d'émission à d'autres pays de l'annexe I qui ont ainsi atteint leurs objectifs sans réel effort d'atténuation.

I


Indaba - Mot zoulou désignant une réunion des anciens en vue de trouver un compromis sur un problème important. Il s'agit d'une méthode de consultation proposée pour la première fois par la présidence sud-africaine lors de la Conférence sur le climat de Durban (COP17) et largement utilisé dans la seconde semaine de la Conférence de Paris. Concrètement, c'est une réunion informelle portant généralement sur la recherche d'un compromis sur un sujet précis, à laquelle seuls les ministres ou les chefs de délégations (éventuellement accompagné d'un collaborateur) sont conviés.

INDC (Intended nationally determined contribution, en français : Contribution prévue  déterminée au niveau national, CPDN) - Dans le cadre de la plateforme de Durban (voir AWG-ADP), tous les pays ont été invités à communiquer avant la COP21 les réductions d'émission qu'ils envisagent de réaliser après 2020.  Les INDCs ont commencé à être remises au secrétariat de l'UNFCCC au printemps 2015. Presque tous les pays, dont la Chine, l'Union Européenne, la Russie, le Japon et les États-Unis, se sont acquittés de cette formalité dans les temps.

IPCC (Intergovernmental Panel on Climate Change) - Voir GIEC

J


Juridiquement contraignant - En droit international, un accord juridiquement contraignant prime sur les lois nationales des pays qui l'ont ratifié, il peut être accompagné d'un mécanisme de contrôle du respect des engagements. A titre d'exemple, la Convention Européenne des Droits de l'Homme est juridiquement contraignante : si vous estimez qu'elle a été violée, vous pouvez saisir la CEDH et sa décision s'imposera même si elle est contraire aux lois du pays où vous résidez. Les traités internationaux et leurs protocoles additionnels, notamment, sont juridiquement contraignants. A l'inverse, un accord non-contraignant est un simple engagement politique sans valeur juridique. C'est le cas, par exemple, de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme.
Évidemment, dans les COP (comme dans toutes les négociations internationales, d'ailleurs), il est difficile d'obtenir un accord juridiquement contraignant : d'une part, les parties sont réticentes à prendre des engagements fermes, d'autre part un tel accord nécessite en général par une procédure de ratification longue et risquée politiquement (par exemple, aux Etats-Unis, les traités doivent être ratifiés par le Sénat à la majorité des deux-tiers). Lors de la COP17, à Durban, les parties se sont fixées comme objectif de parvenir en 2015 à "un protocole, un autre instrument légal ou une solution concertée ayant une force légale", ce qui laisse en suspens la nature exacte du futur accord de Paris.

JUSSCANNZ - Coalition de pays industrialisés pendant les négociations du protocole de Kyoto, elle a ensuite évolué pour former le groupe parapluie. Le nom vient de  l'acronyme en anglais pour Japon, États-Unis, Suisse, Canada, Australie, Norvège et Nouvelle-Zélande.

L


Landing zone - Terrain d'entente acceptable par tous, compromis respectant les lignes rouges de chaque parties. 

Legally binding - voir juridiquement contraignant

LGMA - Près de 2000 organisations non-gouvernementales sont accréditées pour participer aux COP/CMP. Elles sont réparties par collectifs, le collectif LGMA regroupe les collectivités locales. Au sein de ce collectif, on trouve par exemple la Fédération des municipalités canadiennes ou la Conseil américains des maires.Ce collectif est peu nombreux : 1% environ des organisations accréditées pour la COP21.

Ligne rouge - Limite au-delà de laquelle un pays n'acceptera pas l'accord, par opposition aux points sur lesquels il peut envisager de transiger. Comme l'unanimité est nécessaire, le succès de la négociation repose souvent sur la capacité des facilitateurs a proposer un terrain d'entente respectant les lignes rouges de toutes les parties.

LULUCF (land use, land-use change and forestry) - Ensemble d'activités liées à l'utilisation des sols (agriculture, déforestation, afforestation...), elles sont suceptibles d'entrainer des émissions de gaz à effet de serre mais aussi de capter du dioxyde de carbone (par exemple dans le cas d'un programme de reforestation).

M


MBM (Mesures basées sur le marché, en anglais : Market-based measures) - Terme employé par l'Organisation de l'Avion Civile Internationale pour désigner toute mesure visant à réduire les émissions sans recours à la réglementation. Cela comprend notamment les marchés du carbone, les taxes et redevance sur les émissions et la compensation .

MDP (Mécanisme de développement propre, en anglais : Clean development mechanism ou CDM) - Mécanisme de flexibilité du protocole de Kyoto permettant de produire des permis d'émission (en l'occurence des CER) en finançant un projet de réduction des émissions dans un pays hors-annexe 1.

MOC (Mise en œuvre conjointe, en anglais : Joint implementation ou JI) - Mécanisme de flexibilité du protocole de Kyoto permettant de transférer des crédits carbone d'une économie en transition vers un pays industrialisé lorsque celui-ci finance un projet de réduction des émissions sur le territoire du premier. Dans ce cas, le pays financeur se voit attribuer des ERU et le pays dans lequel est mis en œuvre le projet se fait retirer le nombre correspondant d'AAU.

N


N2O - Formule chimique du protoxyde d'azote (alias oxyde nitreux ou "gaz hilarant"). Le N2O fait partie des gaz à effet de serre visés par le protocole de Kyoto, son PRG est de 298 sur un siècle. Il est essentiellement produit par des activités agricoles.

Non-paper - Document officieux publié pendant une conférence pour servir de base de négociation.

P


Partie - Les parties sont les États et les organisations qui ont ratifié un accord international. Dans le contexte des négociations climatiques, il s'agit généralement des parties à la Convention-Climat de 1992.

Pertes et dommages (en anglais : loss and damage) - La Convention-climat reconnait que les pays industrialisés doivent aider les pays en développement à réduire leurs émissions et à s'adapter aux effets du changement climatique, mais il s'agit bien d'une aide et pas d'une compensation pour les dommages subis. Certains pays en développement souhaitent que les pays industrialisés soient tenus pour responsables des "pertes et dommages" qu'ils subissent à cause du réchauffement et qu'un mécanisme soit mis en place pour les indemniser.

PMA (Pays les moins avancés, en anglais : Least developped countries) - Groupe de 48 pays définis par l'ONU comme les plus pauvres de la planète, les PMA sont aussi une coalition dans les négociation internationale sur le climat. Ils sont particulièrement actifs sur les questions d'adaptation.

ppm (partie par million) - Unité de mesure de la concentration, notamment utilisée pour la concentration de gaz à effet de serre dans l'atmosphère : la concentration de CO2 dépasse aujourd'hui 400ppm alors qu'elle était aux alentours de 280ppm avant le début de l'ère industrielle.

PRG (Pouvoir ou potentiel de réchauffement global) - Il existe de nombreux gaz à effet de serre dont la durée de vie et l'impact sur le climat sont différents. Le PRG est la quantité d'énergie renvoyée vers la surface par une tonne du gaz considéré pendant une période choisie (en général un siècle) divisée par la quantité d'énergie renvoyée vers la surface par une tonne de CO2 pendant la même période. Cette mesure permet de comparer l'effet de différents gaz sur le climat : par exemple, selon le dernier rapport du GIEC, le PRG du CH4 sur un siècle est de 28, sur cette période on peut donc considérer qu'une tonne de méthane (CH4) est équivalente à 28 tonnes de CO2. Il s'agit d'une approximation (en 1995, le GIEC évaluez le PRG du méthane à 21) qui peut, de plus, donner une vision très différente en fonction de l'échelle de temps choisie : sur un siècle, le méthane représente environ 20% des émissions de gaz à effet de serre humaines loins derrière le CO2 (70%) mais sur 20 ans, leurs contributions au changement climatique deviennent à peu près équivalement (respectivement 44 et 50%).

Q


QUELROs (Quantified emissions limitation and reduction objectives) - Il s'agit des objectifs d'émissions attribuées aux parties de l'annexe B par le protocole de Kyoto. Ces objectifs sont quantifiés et juridiquement contraignants.

R


Recommandation - Acte sans valeur juridiquement contraignante adopté lors d'une COP ou d'une CMP.

REDD+ - Mécanisme destiné à réduire les émissions de CO2 liées à la déforestation et de la dégradation des forêts tropicales.

Résolution - Acte adopté lors d'une COP ou d'une CMP mais de portée inférieure à une décision.

RINGO - Près de 2000 organisations non-gouvernementales sont accréditées pour participer aux COP/CMP. Elles sont réparties par collectifs, le collectif RINGO regroupe les organisations de recherche et les organisations indépendantes. Concrètement, on y retrouve des universités, des think tanks et des ONG qui ne trouvent pas leurs place parmi les ENGO. ParisTech, l'INRA ou ATTAC font partie des organisations françaises au sein de ce collectif. Après le collectif RINGO est le plus nombreux après les ENGO, il représente 27% environ des organisations accréditée en 2015.

S


SF6 (Hexafluorure de soufre) - Un des gaz à effet de serre visé par le protocole de Kyoto. Son PRG à 100 ans est de 22.200. Il est principalement utilisé comme gaz inerte ou isolant dans l'industrie.

Shall/Should - "Shall" est un verbe anglais dont le sens juridique est ambigu : il peut signifier à la fois une obligation et une possibilité - la Constitution des Etats-Unis fournit des exemples fameux de ces deux sens et les procès visant à les distinguer font depuis longtemps la fortune des avocats. "Should" est la forme conditionnelle de "shall" ajoutant donc un degrès encore plus grand d'incertitude. L'arbitrage entre "shall" et "should" est un running gag des négociations climatiques : cette alternative entre une vague intention et une éventuelle volontée se trouve pratiquement à toutes les lignes des projets d'accord et chaque occurence peut donner lieu à d'interminables argumentations et marchandages entre négociateurs, suscitant la perplexité des observateurs et des non-anglophones.

T


TUNGO - Près de 2000 organisations non-gouvernementales sont accréditées pour participer aux COP/CMP. Elles sont réparties par collectifs, le collectif TUNGO regroupe les organisations de travailleurs et les syndicats. C'est l'un des collectif les moins nombreux. La Confédération paysanne ou la Confédération syndicale internationale, par exemple, font partie de ce collectif peu nombreux (seules 13 organisations accréditées pour le COP21).

U


UE (Union Européenne) - Dans les négociations climatiques, l'Union Européenne a un statut qui s'approche de celui d'un État : elle est partie à la convention et au protocole de Kyoto et représentent ses États-membres dans les discussions (par exemple, dans le cadre du protocole de Kyoto, les objectifs de réduction sont fixés au niveau européen). Cependant, elle ne dispose pas de droit de vote.

UNFCCC (United Nations Framework Convention on Climate Change) - Traité international adopté lors du Sommet de la Terre de Rio en 1992 et destiné à "stabiliser [...] les concentrations de gaz à effet de serre dans l'atmosphère à un niveau qui empêche toute perturbation anthropique dangereuse du système climatique". Il compte aujourd'hui 196 parties. Le terme peut aussi désigner les organes de la convention, notamment le secrétariat de l'UNFCCC basé à Bonn.

V


V20 - Groupe de 20 pays parmi les plus exposés au changement climatique. Il comprend certains membres de l'AOSIS mais aussi le Bangladesh, l'Ethiopie, le Népal, le Vietnam...


Y


YOUNGO - Près de 2000 organisations non-gouvernementales sont accréditées pour participer aux COP/CMP. Elles sont réparties par collectifs, le collectif YOUNGO regroupe les organisations de jeunes. Parmi les organisations accréditées au sein du collectif YOUNGO, on trouve, par exemple, l'Organisation mondiale du mouvement scout ou le Réseau français des étudiants pour le développement durable.Ce collectif représente environ 3% des organisations accréditées pour assister à la COP21.

Z


Zéro émission nette - Objectif de long terme fixé par l'article 4 de l'Accord de Paris ("parvenir à un équilibre entre les émissions anthropiques par les sources et les absorptions anthropiques par les puits de gaz à effet de serre au cours de la  deuxième  moitié  du  siècle"). Il suppose l'élimination de la plupart de nos émissions de gaz à effet de serre et la compensation du reliquat par des émissions négatives.


Il manque un terme ? Dites-le en commentaire et aidez à améliorer ce dictionnaire !


Publié le 27 août 2015 par Thibault Laconde, dernière mise à jour le 1er novembre 2016


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Friday, April 6, 2012

Série dété petites et grandes histoires de ladaptation aux changements climatiques

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Le blog part en vacances ! Retour prévu au alentour du 20 août avec une série d'articles pour reprendre en douceur la préparation de la conférence de Paris sur le climat...
En attendant, je vous ai préparé une série d'articles que j'espère originaux, peut-être divertissants, et en même temps instructifs. J'en publierai un par semaine a priori le mardi (sous réserve d'accès à internet).


Nous allons vers une hausse de la température de 2°C (au mieux). So what ?


Comme vous le savez certainement, sous l'effet de nos émissions de gaz à effet de serre, la température moyenne de la Terre a augmenté de 0.8°C depuis le début de l'ère industrielle. Le GIEC estime, dans son scénario le plus favorable, que cette hausse devrait se poursuivre pour atteindre 1.1 à 2.5°C à la fin du siècle - une augmentation beaucoup plus forte (au-delà de 5°C) n'étant pas écartée.
Voilà pour les chiffres.

Un des grands malheurs dans la lutte contre le changement climatique, c'est que pratiquement personne ne comprend la signification de ces variations de température. Nous allons vers une hausse de la température de 2°C au mieux, so what ?

On est évidemment tenté d'analyser ce chiffre sur la base de sa propre expérience : 2°C de plus = enlever une épaisseur. Ce sera un peu plus compliqué, nous disent les scientifiques, et de citer une longue liste des désastres probables : hausse du niveau des mers, augmentation de l'intensité des événements climatiques extrêmes, modification des zones de prévalence des maladies, baisse des rendements agricoles...
Mais en la matière il n'y a guère de certitudes : pour ne citer qu'un seul exemple, le GIEC a multiplié par deux ses prévisions quant à la hausse du niveau des mers entre son quatrième et son cinquième rapport !

Et même si les scientifiques pouvaient nous décrire avec précision et certitude les conséquences du réchauffement climatique sur notre environnement, cela ne nous dirait toujours pas comment nous allons, nous individus et sociétés, y réagir. En d'autres termes, quels seront les impacts économiques, sociaux et politiques de ces changements ?
Il y a 10 ans, l'ouragan Katrina a montré que l'effet d'un phénomène climatique ne peut pas être pensé indépendamment de ces facteurs. Que la première puissance mondiale ait eu tant de mal à faire face à une tempête sur son propre sol, que la catastrophe naturelle ait fait ressortir les préjugés raciaux et les biais médiatiques, que les égoïsmes aient si vite pris le dessus... Tout cela devrait nous alerter : peut-être surestimons-nous la capacité de nos sociétés à continuer à fonctionner dans un climat perturbé.


Regarder en arrière faute de pouvoir prévoir l'avenir


Mais essayer de décrire cet avenir ce serait donner plus dans la fiction que de la science. Plutôt que de tenter en vain de prévoir les réactions de nos sociétés au changement climatique en cours, il me semble préférable de regarder en arrière. L'espèce humaine a déjà été confronté à des changements climatiques, certes plus modestes que celui que nous connaissons actuellement mais il est sans doute possible d'apprendre de ces expériences.

Les progrès de la paléoclimatologie nous permettent désormais de connaître avec une bonne précision les évolutions du climat au cours des derniers millénaires. Ces données éclairent parfois d'un jour nouveau notre Histoire : nous avons tous entendu parler à l'école de la grande famine de 1315, de la peste noire et de la Guerre de 100 ans, mais qui sait que ces évènements sont contemporains de la fin de l'optimum climatique médiéval et de l'entrée dans un petit âge glaciaire ? Ce n'est peut-être pas un hasard...

illustration du petit age glaciaire à la fin du moyen age : les rivières gelées des tableaux de Bruegel
Un paysage d'hiver vu par Bruegel l'Ancien en 1565,
les rivières gelées représentées sur plusieurs de ses tableaux sont
souvent vues comme un témoignage du petit âge glaciaire

Comment nos ancêtres, plus ou moins lointains, ont-ils réagi face à la hausse ou à la baisse de quelques fractions de degrés de la température moyenne de la planète ? Quand cela leur a-t-il été favorable ? Comment ont-il essayer de s'adapter ? S'ils ont échoué, pourquoi ?
Voilà les histoires que je vais vous raconter au cours des prochaines semaines : les fortunes diverses des hommes préhistoriques confrontés aux crises climatiques, l'effondrement de la colonie viking du Groenland, les efforts des empereurs de Chine pour faire face aux variations de la mousson...

J'espère que ces articles vous plairont et je vous retrouve dans un mois !

Articles déjà parus dans cette série :
  • Quelques degrés de plus, opportunité ou menace (pour l'homme préhistorique)
  • Quand les résistances sociales sont trop fortes : l'effondrement de la colonie viking du Groenland
  • Climat et politique : comment la mousson défaisait les dynasties chinoises


Disclaimer :
Tous les articles dans cette série sont basés sur des publications scientifiques (que je cite évidemment). Dans certains cas, les thèses exposées sont encore débattues. En général, il ne s'agit pas d'un débat sur les événements climatiques mais d'une discussion entre climatologues et historiens, ces derniers insistants sur d'autres causalités. Pour garder une lecture agréable, je ne rend pas compte de ces discussions mais, si vous êtes intéressé, un moteur de recherche scientifique vous permettra de les trouver très facilement.

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Tuesday, March 29, 2011

De Hippocrate à Montesquieu climat et changements climatiques avant le XIXe siècle

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Dans un article précédent, j'ai expliqué que la compréhension du changement climatique actuel remonte au XIXe siècle. Mais les hommes se sont intéressés au climat, à ses évolutions et à leurs impacts sur la société bien avant cette date. Ces réflexions sont un peu tombées dans l'oubli mais elles ont souvent des résonances modernes frappantes.


La théorie des climats


Les voyageurs se sont toujours étonnés des différences de mœurs et de caractères qu'ils rencontraient chez les peuples étrangers. Dans les époques qui ont été marquées par la prise de contact avec des civilisations inconnues, notamment pendant l'expansion grecque en Méditerranée et à les grandes découvertes européennes, l'explication de ces différences a été un enjeu important pour les philosophes, les scientifiques et les religieux. Une solution proposée dès l'antiquité grecque et régulièrement reprise jusqu'à l'époque moderne consiste à expliquer les différences entre groupes humains par les climats auxquels ils sont soumis, c'est ce que l'on appelle la "théorie des climats".
Hippocrate est le père de la théorie des climats, influente jusqu'au XIXe siècle
Cette théorie est généralement attribuée au maitre de la médecine grecque Hippocrate (ci contre). Dans son ouvrage Des airs, des eaux et des lieux (environ -400), il essaie de discerner l'influence de l'environnement sur la santé - cette approche qui voit l'origine des maladies dans une forme de pollution dominera la médecine occidentale jusqu'à la fin du XIXe siècle. Hippocrate attribue un rôle particulièrement important aux conditions climatiques, pour lui celles-ci déterminent les caractéristiques physiques mais aussi, par extension, morales et intellectuelles des populations.

Cette idée d'un déterminisme climatique est largement répandue chez les auteurs grecs puis romains, elle se retrouve notamment chez Platon, Aristote, Gallien et Ptolémée. Aristote affirme par exemple :
"Les peuples qui habitent les climats froids, même dans l'Europe, sont en général pleins de courage. Mais ils sont certainement inférieurs en intelligence et en industrie ; aussi conservent-ils leur liberté ; mais ils sont politiquement indisciplinables, et n'ont jamais pu conquérir leurs voisins. En Asie, au contraire, les peuples ont plus d'intelligence, d'aptitude pour les arts ; mais ils manquent de cœur, et ils restent sous le joug d'un esclavage perpétuel. La race grecque, qui topographiquement est intermédiaire, réunit toutes les qualités des deux autres. Elle possède à la fois l'intelligence et le courage. Elle sait en même temps garder son indépendance et former de très bons gouvernements, capable, si elle était réunie en un seul État, de conquérir l'univers."
Politique, livre IV, chapitre VI
(traduction de Barthélemy Saint-Hilaire)



Montesquieu : "L'empire du climat est le premier de tous les empires"


Hippocrate, Aristote, Ptolémée... Ces auteurs exercent une énorme influence sur la pensée occidentale à la fin du Moyen Age et pendant la Renaissance. Il n'est donc pas surprenant de voir resurgir de temps à autres la théorie des climats, par exemple chez Thomas d'Aquin (XIIIe siècle), Jean Pic de la Mirandole (XVe) ou Francis Bacon (XVIe-XVIIe).
Avec les grandes découvertes et la révolution scientifique du XVIIe et XVIIIe siècle, elle connait un véritable renouveau. On doit surtout à Montesquieu de l'avoir développé et systématisé : plusieurs livres de l'Esprit des lois (publié 1748) sont intégralement consacrés à l'influence du climat sur les caractères et sur les modes de gouvernement. Pour Montesquieu, et pour beaucoup de savants et de philosophes des Lumières, "l'empire du climat est le premier de tous les empires"...

A la même époque se produit un basculement important : des observateurs notent l'influence sur le climat local de la déforestation, du développement de monoculture dans les colonies ou de la concentration d'activités industrielles. Alors que depuis Ptolémée, le climat était considéré comme déterminé par la longitude, les savants prennent conscience de variations locales. Le climat n'est donc plus pensé comme une caractéristique géographique immuable mais comme un ensemble de données variables dans le temps et susceptibles d'être modifiées par les activités humaines.


Modifier le climat, pour le meilleurs et pour le pire


Si le climat façonne les sociétés et que les activités humaines sont susceptibles de l'altérer, il faut veiller à ne pas le dégrader. Cette préoccupation que nous aurions cru réservé au XXIe siècle est très présente au début de l'industrialisation européenne.
On s'inquiète alors régulièrement de dérèglements néfastes causés par les activités humaines. En 1821, au terme d'un hiver particulièrement rude, le ministre de l'intérieur Siméon réclame, par exemple, une enquête aux préfets sur le sujet : "Depuis quelques années, nous sommes témoins de refroidissements sensibles dans l’atmosphère, de variations subites dans les saisons et d’ouragans […] auxquels la France semble devenir de plus en plus sujette. On l’attribue en partie aux déboisements des montagnes, aux défrichements des forêts" (cité ici). En 1822, le philosophe socialiste Charles Fourier (qui n'a aucune relation avec le Joseph Fourier qui à la même date découvre l'effet de serre) s'inquiète : "les désordres climatériques sont un vice inhérent à la culture civilisée ; elle bouleverse tout par la lutte de l’intérêt individuel avec l’intérêt collectif."
A cette époque, il arrive que la décadence de la civilisation égyptienne soit attribuée à une mauvaise gestion de l'environnement qui aurait éloigné son climat de l'optimum tempéré.

Inversement, en 1780, Buffon affirme que l'humanité pourrait "modifier les influences du climat qu’elle habite et en fixer pour ainsi dire la température au point qui lui convient". Si, aux mêmes latitudes, le climat américain est beaucoup plus froid que le climat européen, c'est explique-t-il parce que les forets n'y ont pas encore été abattues, la colonisation et la mise en valeur du nouveau continent devrait donc s'accompagner de l'apparition d'une climat plus favorable.

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, ces réflexions s'effacent progressivement. D'abord les progrès de la médecine et la révolution pasteurienne discréditent les vieilles thèses hippocratiques : les maladies s'expliquent enfin et il n'est plus nécessaire de faire appel aux causes environnementales. De même, l'apparition de la sociologie tend à substituer des facteurs sociaux aux facteurs environnementaux comme déterminant des caractéristiques morales, intellectuelles et politiques d'un groupe.
Enfin les progrès en science de la Terre permettent de comprendre que la planète est beaucoup plus ancienne qu'on le pensait auparavant et que le climat a connu d'importantes variations dans le passé : on revient à une conception ptoléméenne du climat comme un cadre déterminé par des paramètres astronomiques et pratiquement fixe à l'échelle historique. Mais pas pour longtemps...


Publié le 5 octobre 2016 par Thibault Laconde

Illustration : By Sailko (Own work) [CC BY 3.0], via Wikimedia Commons

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