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Friday, April 6, 2012

Série dété petites et grandes histoires de ladaptation aux changements climatiques

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Le blog part en vacances ! Retour prévu au alentour du 20 août avec une série d'articles pour reprendre en douceur la préparation de la conférence de Paris sur le climat...
En attendant, je vous ai préparé une série d'articles que j'espère originaux, peut-être divertissants, et en même temps instructifs. J'en publierai un par semaine a priori le mardi (sous réserve d'accès à internet).


Nous allons vers une hausse de la température de 2°C (au mieux). So what ?


Comme vous le savez certainement, sous l'effet de nos émissions de gaz à effet de serre, la température moyenne de la Terre a augmenté de 0.8°C depuis le début de l'ère industrielle. Le GIEC estime, dans son scénario le plus favorable, que cette hausse devrait se poursuivre pour atteindre 1.1 à 2.5°C à la fin du siècle - une augmentation beaucoup plus forte (au-delà de 5°C) n'étant pas écartée.
Voilà pour les chiffres.

Un des grands malheurs dans la lutte contre le changement climatique, c'est que pratiquement personne ne comprend la signification de ces variations de température. Nous allons vers une hausse de la température de 2°C au mieux, so what ?

On est évidemment tenté d'analyser ce chiffre sur la base de sa propre expérience : 2°C de plus = enlever une épaisseur. Ce sera un peu plus compliqué, nous disent les scientifiques, et de citer une longue liste des désastres probables : hausse du niveau des mers, augmentation de l'intensité des événements climatiques extrêmes, modification des zones de prévalence des maladies, baisse des rendements agricoles...
Mais en la matière il n'y a guère de certitudes : pour ne citer qu'un seul exemple, le GIEC a multiplié par deux ses prévisions quant à la hausse du niveau des mers entre son quatrième et son cinquième rapport !

Et même si les scientifiques pouvaient nous décrire avec précision et certitude les conséquences du réchauffement climatique sur notre environnement, cela ne nous dirait toujours pas comment nous allons, nous individus et sociétés, y réagir. En d'autres termes, quels seront les impacts économiques, sociaux et politiques de ces changements ?
Il y a 10 ans, l'ouragan Katrina a montré que l'effet d'un phénomène climatique ne peut pas être pensé indépendamment de ces facteurs. Que la première puissance mondiale ait eu tant de mal à faire face à une tempête sur son propre sol, que la catastrophe naturelle ait fait ressortir les préjugés raciaux et les biais médiatiques, que les égoïsmes aient si vite pris le dessus... Tout cela devrait nous alerter : peut-être surestimons-nous la capacité de nos sociétés à continuer à fonctionner dans un climat perturbé.


Regarder en arrière faute de pouvoir prévoir l'avenir


Mais essayer de décrire cet avenir ce serait donner plus dans la fiction que de la science. Plutôt que de tenter en vain de prévoir les réactions de nos sociétés au changement climatique en cours, il me semble préférable de regarder en arrière. L'espèce humaine a déjà été confronté à des changements climatiques, certes plus modestes que celui que nous connaissons actuellement mais il est sans doute possible d'apprendre de ces expériences.

Les progrès de la paléoclimatologie nous permettent désormais de connaître avec une bonne précision les évolutions du climat au cours des derniers millénaires. Ces données éclairent parfois d'un jour nouveau notre Histoire : nous avons tous entendu parler à l'école de la grande famine de 1315, de la peste noire et de la Guerre de 100 ans, mais qui sait que ces évènements sont contemporains de la fin de l'optimum climatique médiéval et de l'entrée dans un petit âge glaciaire ? Ce n'est peut-être pas un hasard...

illustration du petit age glaciaire à la fin du moyen age : les rivières gelées des tableaux de Bruegel
Un paysage d'hiver vu par Bruegel l'Ancien en 1565,
les rivières gelées représentées sur plusieurs de ses tableaux sont
souvent vues comme un témoignage du petit âge glaciaire

Comment nos ancêtres, plus ou moins lointains, ont-ils réagi face à la hausse ou à la baisse de quelques fractions de degrés de la température moyenne de la planète ? Quand cela leur a-t-il été favorable ? Comment ont-il essayer de s'adapter ? S'ils ont échoué, pourquoi ?
Voilà les histoires que je vais vous raconter au cours des prochaines semaines : les fortunes diverses des hommes préhistoriques confrontés aux crises climatiques, l'effondrement de la colonie viking du Groenland, les efforts des empereurs de Chine pour faire face aux variations de la mousson...

J'espère que ces articles vous plairont et je vous retrouve dans un mois !

Articles déjà parus dans cette série :
  • Quelques degrés de plus, opportunité ou menace (pour l'homme préhistorique)
  • Quand les résistances sociales sont trop fortes : l'effondrement de la colonie viking du Groenland
  • Climat et politique : comment la mousson défaisait les dynasties chinoises


Disclaimer :
Tous les articles dans cette série sont basés sur des publications scientifiques (que je cite évidemment). Dans certains cas, les thèses exposées sont encore débattues. En général, il ne s'agit pas d'un débat sur les événements climatiques mais d'une discussion entre climatologues et historiens, ces derniers insistants sur d'autres causalités. Pour garder une lecture agréable, je ne rend pas compte de ces discussions mais, si vous êtes intéressé, un moteur de recherche scientifique vous permettra de les trouver très facilement.

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Tuesday, March 29, 2011

De Hippocrate à Montesquieu climat et changements climatiques avant le XIXe siècle

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Dans un article précédent, j'ai expliqué que la compréhension du changement climatique actuel remonte au XIXe siècle. Mais les hommes se sont intéressés au climat, à ses évolutions et à leurs impacts sur la société bien avant cette date. Ces réflexions sont un peu tombées dans l'oubli mais elles ont souvent des résonances modernes frappantes.


La théorie des climats


Les voyageurs se sont toujours étonnés des différences de mœurs et de caractères qu'ils rencontraient chez les peuples étrangers. Dans les époques qui ont été marquées par la prise de contact avec des civilisations inconnues, notamment pendant l'expansion grecque en Méditerranée et à les grandes découvertes européennes, l'explication de ces différences a été un enjeu important pour les philosophes, les scientifiques et les religieux. Une solution proposée dès l'antiquité grecque et régulièrement reprise jusqu'à l'époque moderne consiste à expliquer les différences entre groupes humains par les climats auxquels ils sont soumis, c'est ce que l'on appelle la "théorie des climats".
Hippocrate est le père de la théorie des climats, influente jusqu'au XIXe siècle
Cette théorie est généralement attribuée au maitre de la médecine grecque Hippocrate (ci contre). Dans son ouvrage Des airs, des eaux et des lieux (environ -400), il essaie de discerner l'influence de l'environnement sur la santé - cette approche qui voit l'origine des maladies dans une forme de pollution dominera la médecine occidentale jusqu'à la fin du XIXe siècle. Hippocrate attribue un rôle particulièrement important aux conditions climatiques, pour lui celles-ci déterminent les caractéristiques physiques mais aussi, par extension, morales et intellectuelles des populations.

Cette idée d'un déterminisme climatique est largement répandue chez les auteurs grecs puis romains, elle se retrouve notamment chez Platon, Aristote, Gallien et Ptolémée. Aristote affirme par exemple :
"Les peuples qui habitent les climats froids, même dans l'Europe, sont en général pleins de courage. Mais ils sont certainement inférieurs en intelligence et en industrie ; aussi conservent-ils leur liberté ; mais ils sont politiquement indisciplinables, et n'ont jamais pu conquérir leurs voisins. En Asie, au contraire, les peuples ont plus d'intelligence, d'aptitude pour les arts ; mais ils manquent de cœur, et ils restent sous le joug d'un esclavage perpétuel. La race grecque, qui topographiquement est intermédiaire, réunit toutes les qualités des deux autres. Elle possède à la fois l'intelligence et le courage. Elle sait en même temps garder son indépendance et former de très bons gouvernements, capable, si elle était réunie en un seul État, de conquérir l'univers."
Politique, livre IV, chapitre VI
(traduction de Barthélemy Saint-Hilaire)



Montesquieu : "L'empire du climat est le premier de tous les empires"


Hippocrate, Aristote, Ptolémée... Ces auteurs exercent une énorme influence sur la pensée occidentale à la fin du Moyen Age et pendant la Renaissance. Il n'est donc pas surprenant de voir resurgir de temps à autres la théorie des climats, par exemple chez Thomas d'Aquin (XIIIe siècle), Jean Pic de la Mirandole (XVe) ou Francis Bacon (XVIe-XVIIe).
Avec les grandes découvertes et la révolution scientifique du XVIIe et XVIIIe siècle, elle connait un véritable renouveau. On doit surtout à Montesquieu de l'avoir développé et systématisé : plusieurs livres de l'Esprit des lois (publié 1748) sont intégralement consacrés à l'influence du climat sur les caractères et sur les modes de gouvernement. Pour Montesquieu, et pour beaucoup de savants et de philosophes des Lumières, "l'empire du climat est le premier de tous les empires"...

A la même époque se produit un basculement important : des observateurs notent l'influence sur le climat local de la déforestation, du développement de monoculture dans les colonies ou de la concentration d'activités industrielles. Alors que depuis Ptolémée, le climat était considéré comme déterminé par la longitude, les savants prennent conscience de variations locales. Le climat n'est donc plus pensé comme une caractéristique géographique immuable mais comme un ensemble de données variables dans le temps et susceptibles d'être modifiées par les activités humaines.


Modifier le climat, pour le meilleurs et pour le pire


Si le climat façonne les sociétés et que les activités humaines sont susceptibles de l'altérer, il faut veiller à ne pas le dégrader. Cette préoccupation que nous aurions cru réservé au XXIe siècle est très présente au début de l'industrialisation européenne.
On s'inquiète alors régulièrement de dérèglements néfastes causés par les activités humaines. En 1821, au terme d'un hiver particulièrement rude, le ministre de l'intérieur Siméon réclame, par exemple, une enquête aux préfets sur le sujet : "Depuis quelques années, nous sommes témoins de refroidissements sensibles dans l’atmosphère, de variations subites dans les saisons et d’ouragans […] auxquels la France semble devenir de plus en plus sujette. On l’attribue en partie aux déboisements des montagnes, aux défrichements des forêts" (cité ici). En 1822, le philosophe socialiste Charles Fourier (qui n'a aucune relation avec le Joseph Fourier qui à la même date découvre l'effet de serre) s'inquiète : "les désordres climatériques sont un vice inhérent à la culture civilisée ; elle bouleverse tout par la lutte de l’intérêt individuel avec l’intérêt collectif."
A cette époque, il arrive que la décadence de la civilisation égyptienne soit attribuée à une mauvaise gestion de l'environnement qui aurait éloigné son climat de l'optimum tempéré.

Inversement, en 1780, Buffon affirme que l'humanité pourrait "modifier les influences du climat qu’elle habite et en fixer pour ainsi dire la température au point qui lui convient". Si, aux mêmes latitudes, le climat américain est beaucoup plus froid que le climat européen, c'est explique-t-il parce que les forets n'y ont pas encore été abattues, la colonisation et la mise en valeur du nouveau continent devrait donc s'accompagner de l'apparition d'une climat plus favorable.

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, ces réflexions s'effacent progressivement. D'abord les progrès de la médecine et la révolution pasteurienne discréditent les vieilles thèses hippocratiques : les maladies s'expliquent enfin et il n'est plus nécessaire de faire appel aux causes environnementales. De même, l'apparition de la sociologie tend à substituer des facteurs sociaux aux facteurs environnementaux comme déterminant des caractéristiques morales, intellectuelles et politiques d'un groupe.
Enfin les progrès en science de la Terre permettent de comprendre que la planète est beaucoup plus ancienne qu'on le pensait auparavant et que le climat a connu d'importantes variations dans le passé : on revient à une conception ptoléméenne du climat comme un cadre déterminé par des paramètres astronomiques et pratiquement fixe à l'échelle historique. Mais pas pour longtemps...


Publié le 5 octobre 2016 par Thibault Laconde

Illustration : By Sailko (Own work) [CC BY 3.0], via Wikimedia Commons

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